A SA NIÈCE RELIGIEUSE
Elle lui donne des avis pour se perfectionner dans la vie spirituelle. — De quelle manière il faut se comporter à l'élection d'une Supérieure.
Ma très-chère et bien-aimée fille,
La paix et l'amour de JÉsus soient votre part et votre héritage éternel.
Béni soit cet objet suraimable de nos cœurs, qui ut purifier votre âme avec tant de miséricorde. Pensez-vous que je dise vrai, ma chère fille? Oui, assurément, les souffrances par lesquelles vous avez passé, sont les marques du bien qu'il vous veut. Il me semble que ci-devant je vous avais parlé comme si vous eussiez là entrer en cet état. Sachez donc encore une fois, que butes les âmes à qui Dieu veut faire de grands biens wat conduites par ce chemin. Premièrement, il vous à appelée par un grand attrait intérieur, et il vous a lonné ensuite de fortes impressions et des désirs ardents lentrer dans la parfaite imitation de son Fils, vous
(1) Qu'il nous soit permis de recommander tout particulièrement cette lettre ilattention des personnes qui désirent sérieusement marcher dans les voies line solide piété. On trouverait difficilement ailleurs, il nous semble, des règles k conduite plus sages, plus claires et plus pratiques, ainsi qu'une intelligence {us remarquable de la vraie vie spirituelle et des illusions qui en arrêtent quel-
ielois les progrès.
donnant l'expérience de ce que ce même Fils a dit reg ki autrefois : Nul ne vient à moi si mon Père ne le tire. |] Dig" VoR vous a donc tirée dans la solitude où il vous a parlé au cœur Wa 4 par les saints mouvements qu'il vous a donnés dans purgatiot votre enfance spirituelle, où néanmoins, quelque vertu RHODES, qu'on ait, l'on commet beaucoup d'imperfections, comme lpéPate de présomption, d'amour de propre excellence, d'im- M} ‘ POert mortification et d'avarice spirituelle (trop grand désir (mble 6 des grâces sensibles). wment. « On boit tous ces défauts comme de l'eau et sans piuequé qu’on s'en aperçoive, parce que l'enivrement intérieur AA AUNE offasque de telle sorte qu'on ne voit rien de mauvais. Fo foré Un certain mélange des opérations de Dieu et des sen- RAR, ments de la nature éblouit et fait tout voir le plus Ve los parfsit Cu monde, au jugement de la raison imparfaite: Ep et au fond, quoique tout cela ne soit pas coupable, * ss inférieure
n'étant pas voulu ni recherché, ce sont néanmoins de très-grandes impuretés en matière de choses spiri- À tuelles, et des imperfections qui rendent l'âme faible
des choses faut s'inttr
quand il faut opérer de grands actes intérieurs dans la “Apr 7 + "1 dedans, et
pureté de la Foi, puisqu'elle est embarrassée dans les Pro sens. Si l'âme demeurait toujours en cet état, ellenelS ” de | Rae lent ou ne
ferait pas un grand chemin dans la voie de l'esprit; après pl mais Dieu, qui vous veut plus parfaite que vous n'êtes, de “ We vous a prévenue par un excès de sa bonté pour vous as
y faire avancer. Vous eussiez été trop faible, pour souffrir une s1 grande soustraction de sa grâce sensible, s’il ne vous eût donné ce qu'il vous donna lorsque vous étiez devant le saint Sacrement. C'était pour vous for-k tifier dans le combat qui est un commencement de purgation de la partie sensitive de l'âme, pour laquelle il ne vous faut point décourager : car ne pensez pas que pour être rentrée dans votre paix ordinaire, toud
donc vous
semblables que Dieu v n'est que d des impre pas à la p ront jamai
l'orage soit passé; non, attendez-vous à davantage si
s a dit ‘ : ‘ , Dieu vous aime, comme je le crois de sa bonté. tre. Il : ï é à Or, vous connaîïîtrez si vous faites du progrés et si la PAS purgation a son effet par degrés, si vous êtes bien fidèle, és dans y é À À £ patiente, douce et paisible; si vous êtes obéissante à 1e vertu à ; NE à à A l'opération de Celui qui vous purifie; si vous êtes exacte » comme 1 1 Q A © d à l'observance de vos règles; surtout si vous êtes bien . . humble dans le temps de la souffrance et du délaisnd désir KA k k x va sement. J'ajouterai encore, si vous évitez les amitiés particulières, et les intrigues où les personnes du cloiet sans À :
PR tre, surtout celles de notre sexe, sont sujettes; enfin, si ntérieur À a .
vous fortifiez votre âme contre une certaine humeur nauvais. te NE plaintive, et contre de certaines tendresses sur soi-même des sen- , . , que l'on a dans les peines que l'on ressent. Car dans * le plus , er 4 ce temps-là, le diable ne dort pas; il tâche, lorsque l'âme parfaite; à ; ee à est dans l'impuissance d'agir, de donner à la partie oupable, = . : ER M nférieure mille adresses qu'il lui représente comme moins de À : à . des choses bonnes, justes et permises, et surtout qu'il UE ET s'intriguer pour passer pour personne de mise et ne faible Le ans \ È k d'esprit. Les âmes faibles se perdent quelquefois làs dans la , :
" dedans, et souvent elles s'écartent du chemin que la dans les à : j ; dé grâce leur traçait; et c'est de là que plusieurs recuie . lent ou ne font aucun progrès dans la vie spirituelle, he "M cprès plusieurs années de conversion; et ainsi ils pers n'êtes, ; me dent la grande et avantageuse part que Dieu leur voulait Du
donner dans ses bonnes grâces et dans son amour. Si donc vous êtes courageuse dans les temps de purgation semblables à celui que vous me marquez, vous ferez ce que Dieu veut de vous, car son dessein en ces rencontres n'est que de vous rendre plus capable de ses faveurs, et des impressions saintes qui conduisent l'âme à grands pas à la perfection à laquelle les âmes lâches ne pourront jamais arriver. Voilà pour le temps de l'afliction.
e, pour sensible, que vous vous for-k iment de laquelle bnsez pas hire, tout
Quant à celui de la bonace, ce que vous avez à faire est de ne vous appuyer jamais, non pas même un seul moment, sur vos propres forces; au contraire, défie vous continuellement de vous-même : car il y a des démons qui travaillent puissamment en ce temps, auquel on croit être plus en assurance, à gagner quel. que chose sur l'âme, quand ce ne serait qu'un soupir ou coup d'œil en sa faveur (en faveur de soi-même c'est-à-dire, par amour-propre, ou par un motif humain, Une âme qui aime Jésus doit toujours avoir un œil pointé sur lui, et un autre sur elle-même et sur sa propre bassesse. C'est-à-dire, que notre union avec Dieu, si elle est véritable, bien loin de nous fermer les yeux à nos bassesses, nous les ouvre au contraire à mesure que nous approchons de cette incompréhensible pureté, pour nous faire voir clair dans nos faiblesses et infirmités : et c'est par ce moyen que nous devenons abjectes à nous-mêmes, et humbles (petits) à nos yeux.
Tout ce que je viens de dire regarde vos dispositions présentes, après quoi ne pensez pas que tout soit fait. Si Dieu vous aime, vous passerez par des changements d'états spirituels dans lesquels vous croirez que tout est perdu pour vous; mais en quelque état que vous soyez, souvenez-vous toujours que l'intention de Dieu est de vous y sanctifier. Je ne doute point que le révérend Père Salin et votre supérieure, ne vous aient donné dans les rencontres les avis nécessaires pour vous y fortifier, car les instructions que l'on reçoit dans les commencements doivent tendre à deux fins: la première, à nous instruire et former en la vie spirituelle; et l’autre, à nous y affermir par de bons principes et par des maximes saintes, fondées sur la vie
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et sur les exemples de JEÉsus-CHRIST, notre adorable Maître et divine cause exemplaire. Et vous remarquerez que quand ces maximes sont conformes à notre condition, élles ne doivent pas être variables, maïs conslantes et fermes jusqu'au dernier soupir, n'y ayant aucun moment en notre vie où nous puissions nous exempter d'obéir à notre Dieu et de limiter. Si donc lon vous à établie sur ces principes, comme je le présume de la bonne conduite (direction) des révérends Pères de la compagnie, et de celle de ma révérende Mère Françoise de Saint-Bernard, et aussi comme je l'ai remarqué dans vos lettres et dans vos écrits, roulez continuellement sur ces maximes ; faites-y vos examens particuliers, pour découvrir les imperfections que vous y commettez, pour voir aussi si vous y faites quelques progrès.
Prenez garde surtout à une chose qui est d'une trèsgrande importance pour l'avancement spirituel d'une âme : savoir, qu'il.ne faut pas entreprendre, tout à la fois, la pratique de toutes les vertus et de toutes les maximes que l'on a en vue; ce serait une entreprise inutile, dont la faiblesse humaine ne vous permettrait pas de venir à bout. Vous en auriez la spéculation, mais vous n’en auriez pas la pratique parfaite. Ce n'est pas qu'il ne se rencontre des occasions où il faille ramasser toutes ses forces et mettre en pratique cette généralité de vertus et de maximes, mais cela n'est pas ordinaire. Faites donc le choix des imperfections qui vous nuisent le plus et où vous tombez le plus souvent, et prenez eñsuite les maximes contraires et propres pour les combattre. Mettez un mois à l’une, huit jours à l'autre, selon votre nécessité. Quand vous vous serez bien affermie dans une maxime, passez à la pratique
des autres sans résister, et sans avoir pitié de la nature corrompue, qui ne laissera pas de se plaindre et de crier quelquefois, pour vous jeter en des ten. dresses sur vous-même ; mais n'écoutez noint ses plaintes ni ses cris, si ce n'est que ceux qui vous gouvernent y remarquent de l'indiscrétion ou de l'excès, Si vous faites ainsi, ma chère fille, vous arriverez au degré de perfection où Dieu vous veut, et où votre condition de religieuse vous oblige de tendre.
Votre Directeur vous a mise dans un bon train, ne vous mettez donc point en peine d'en chercher un autre; profitez de ce qu'il vous a appris, et suivez la conduite de celle que Dieu vous donnera pour Supérieure, conformément à ce que la règle ordonne. Je me suis toujours bien trouvée de regarder mes Supérieurs comme me tenant la place de Dieu. Mais il y à un certain orgueil secret qui s'insinue dans les filles si elles n'y prennent garde, qui les porte à un dégoût de l'ordre que Dieu a établi pour leur conduite. Elles s’imaginent que la conduite du dedans (du confesseur ordinaire et de la Supérieure) n'est pas solide, et qu'il en faut chercher une autre, et ainsi ce vice secret les porte insensiblement dans le mépris de ceux de qui elles doivent attendre les ordres de Dieu sur elles, et qui les mèneraient bientôt dans l'esprit de leur Ordre et de leurs règles, d'où elles s'éloignent par cet égarement, qui est un malheur qu'on ne peut assez déplorer. Cela n'empêche pas que de temps en temps, et en de certaines nécessités inévitables selon que la règle le permet, on ne puisse demander quelques bons avis et l'éclaircissement de quelques doutes aux confesseurs que l'on aura élus extraordinairement, ou à quelque autre personne de mérite; en sorte pourtant que la fidélité à
anxiété d autant qu
(1) La véné très-subtile et perfection pou dira : « Dès « sainte, » Uné supérieure, ou les vertus, je « simagine que sainteté, Eh | preuve éviden un an ou deu:
cette époque, gences et vos conséquent. L amusées par qu'on ne trav entre parfaite:
le la indre s tent ses L'OU- XCÈS, eZ au votre
in, ne autre ; nduite , Cons touomme ertain es ny l'ordre ginent aire et cherinsenoivent mène-
leurs qui est n'emtaines ermet, éclair-
e l'on e perlité à
votre Supérieure, et à votre Directeur ordinaire l'emporte par dessus tout autre.
Pour ce qui est des grâces particulières dont vous me parlez, appuyez-vous sur le plus essentiel et le plus solide, et vous verrez qu'elles ne vous sont données que pour votre sanctification et pour la pratique des vertus, que vous ne devez jamais regarder comme éloignée, car ce ne serait qu'un amusement; mais il vous en faut pratiquer les actes selon les occasions présentes. Par exemple, s'il s'agit de votre vocation au Canada, faites en France ce que vous feriez ici : si vous êtes en classe, faites aux filles françaises ce que vous feriez aux filles sauvages du Canada, offrant à Dieu vos actions dans cette intention. Vous ferez le même des autres vertus, et par ce moyen tout vous profitera, et les vertus que vous n'auriez qu'en spéculation, seront réduites en actes. Vous remarquerez ici qu'il y a une certaine anxiété de désirs qui trouble l'âme; il s'en faut garder autant qu'il se pourra, pour conserver la paix du cœur,
(1) La vénérable Mère prémunit ici sa nièce contre une illusion assez commune, très-subtile et très-dangereuse, qui consiste à faire des projets de vertu et de perfection pour l'avenir, ou moyennant des conditions éventuelles. Une novice dira : « Dès que j'aurai fait mes vœux, je travaillerai tout de bon à être une sainte. » Une religieuse : « Après l'élection, dès que nous aurons une autre supérieure, ou un autre confesseur, etc., je me donnerai à la pratique de toutes les vertus, je combattrai toutes mes faiblesses. » On trouve cela très-beau et l’on simagine que ces désirs viennent de la grâce, puisque ce sont des désirs de sainteté. Eh bien! ils viennent infailliblement de la nature ou du démon. La preuve évidente, la voici : Si Dieu vous inspire cet ardent désir de travailler dans un an ou deux, ou dans six mois, à votre perfection, il consent donc à attendre cette époque, il vous permet de rester, en attendant, avec vos défauts, vos négligences et vos imperfections : or, cela est contraire à sa sainteté, impossible par conséquent. La pieuse Mère a donc raison de dire que ces âmes s'amusent et sont anusées par le démon. La perspective et les désirs d'une sainteté future font qu'on ne travaille pas ou qu'on s'applique peu à la sainteté présente : or, cela entre parfaitement dans les vues du démon ; mais nullement dans celles de Dieu.
qui est la demeure du Saint-Esprit. Ne vous inquiétez donc pas pour votre vocation au Canada. Si elie est de Dieu, elle se perfectionnera, et sa bonté la conduira à son exécution dans le temps de son ordonnance pour sa gloire, pour votre bien et pour notre consolation. Cependant je suis tous les jours avec vous 6 -“prit, et je tâche de faire pour vous ce que demande «vine Majesté, et ce que vous désirez de moi.
Les deux imperfections que vous me témoigne. ât'e en vous, et que vous dites être votre faible, ne seront jamais corrigées en perfection qu'à mesure que vous deviendrez spirituelle. L'une et l'autre étant fondées dans votre naturel, vous en aurez plus de peine, et aussi plus de vertu en travaillant à la mortification. On vous a dit la vérité, que vous avez en cela quelque chose de moi : car j'ai été la plus complaisante du monde (d'une complaisance trop naturelle) en ma ‘jeunesse, et j'ai eu et j'ai encore cette vivacité naturelle en me tions: tout cela se tourne en bien lorsqu'on s'accoutu... . faire ses actions avec présence d'esprit, c'est-à-dire si vous veillez en sorte que, si vous êtes complaisante, vos complaisances soient à JESUS par des colloques amoureux, selon l'esprit de grâce qu'il vous donne. Et pour le regard des créatures, n'ayez jamais de la complaisance que dans l'ordre de la charité; car quand il est question d'amusements ou d’imperfections, n’en ayez jamais pour personne. Il faut en ces occasions passer par-dessus tous les respects humains; vous n'en serez pas tant aimée de quelques-unes, mais vous en serez plus chérie de Dieu, et plus estimée des plus sages et des plus saintes. Ce n’est pas qu'il faille rechercher l'estime, mais
(1) Voyez ce que nous avons dit ci-dessus, page 37, sur le mot ordonnance.
elle sui dites q en vous sur vo que l'es d'être es monde :
même e Je n'a Mère C répondre vertu de continui( porte à qui tend sont ma répondre fais avec my port prendra que je ne de vertu, donc de c vertu, où J'ai en tions, dot vous deve vous n’av de vous d porter pot scrupules Notre-Sei ferez, ma
uiétez est de duira ) pour tion.
prit, aivine
. te seront ) Vous ondées t aussi n vous ose de (d'une j'ai eu tions; faire i vous 8 comureux, our le aisance estion is pour dessus s tant chérie es plus e, MAIS
anance.
elle suit naturellement la grâce et la vertu. Vous me dites que l'amour de cette vaine estime se veut nourrir en vous : hélas! ma chère fille, une bonne réflexion sur vous-même vous convaincra tout aussitôt l'esprit que l'estime qu'on a de soi-même et le désir qu'on a d'être estimé des autres est la plus grande sottise du monde : les misères que chacun expérimente en soimême en sont des preuves convaincantes.
Je n'ai point reçu cette lettre dont vous et ma chère Mère Claire me parlez, je n'aurais pas manqué d'y répondre. On m'a donné de si bonnes preuves de la vertu de cette chère fille, que je suis d'avis que vous continuiez votre conversation avec elle, puisqu'elle vous porte à la vertu et qu'elle ne tend qu'à Dieu. L'amitié qui tend à ces fins est toujours bonne; toutes les autres sont mauvaises, et il les faut éviter. Elle me prie de répondre à quelques propositions qu'elle me fait; je le fais avec la sincérité et le mouvement intérieur qui m'y portent. Je ne sais pourtant de quelle manière elle prendra ma réponse. Mais il faut que je vous avoue que je ne puis trahir ni flatter personne en matière de vertu, et qu'alors la sincérité est mon guide. Tâchez donc de courir à qui mieux mieux dans la carrière de la vertu, où la couronne est donnée aux vainqueurs.
J'ai encore un avis à vous donner touchant vos élections, dont je sais que le temps approche. Car comme vous devez y avoir voix, et que c'est une affaire dont vous n'avez point encore d'expérience, je suis bien aise de vous dire de quelle manière vous devez vous y comporter pour éviter les engagements de conscience et les scrupules qui arrivent ensuite, lorsqu'on n'y prend pas Notre-Seigneur pour guide. Voici donc ce que vous ferez, ma chère fille. Préparez-vous trois mois aupara-
vant, et, durant ce temps-là, videz-vous de tous désirs et de toutes inclinations naturelles envers qui que ce soit, ne prenez les sentiments d'aucune autre; ne vous intriguez avec qui que ce soit pour parler de l'élection ; n'en dites pas non plus vos sentiments ni vos pensées à personne. Tous les jours, présentez à Notre-Seigneur celle qu'il a en son dessein pour tenir sa place en la Communauté, pour y gouverner ses épouses. Demandezlui son Saint-Esprit afin qu'il vous donne la lumière pour la connaître, et que vous en fassiez le choix. Ne prenez vos conclusions que le matin à la messe qui se dit du Saint-Esprit. Si vous faites de la sorte, je vous assure que vous élirez celle que Dieu veut.
Vous voyez, ma chère fille, par tout ce que je viens de vous dire, que je vous veux dans la pratique d'une vraie et solide vertu. Car si vous y travaillez, les bénédictions du Ciel viendront en abondance dans votre âme. Il est question de devenir sainte, et partant il faut marcher d'un bon pas dans la voie de la sainteté. Et ne vous excusez pas sur votre jeunesse, car si vous êtes jeune d'âge, il faut être ancienne de sens.
Prenez patience dans les occasions qui vous tirent de la solitude par obéissance ou par nécessité. Si vous étiez en Canada vous auriez peut-être encore moins de retraite. C’est pourquoi faites en votre âme, comme sainte Catherine de Sienne, une solitude intérieure, que vous puissiez garder partout, et tâchez d'y vivre de la vie de Dieu. On le trouve là pour l'ordinaire plus parfaitement et plus purement que dans la solitude corporelle: car sa bonté bénit l'âme obéissante, et ajoute à la grâce de l'obéissance celle de l'union.
De Québec, octobre 1646.
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