‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) [microforme]Chapitre 95 sur 127 · LETTRE LXXXIV. A SON FILS · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXIV. A SON FILS

Deux points principaux de la vie de l'esprit. — Quelques maximes qu'elle s'est obligée par vœu de pratiquer pour vaincre certains restes d'imperfection, — Que la perfection ne consiste point dans la spéculation des vertus, mais dans la pratique. — Elle lui promet d'écrire les dispositions de son intérieur, etc.

Mon très-cher et bien-aimé fils,

Je vous salue dans le cœur de notre irès-adorable et très-aimable JESUS.

j ai reçu votre lettre avec une entière joie, y apprenant que la divine Bonté a commencé de vous donner entrée dans les ordres cacrés, par le moyen desquels vous lui pourrez rendre de plus agréables services. Je vous remercie de la part que vous m'y faites espérer, lorsque vous serez si heureux que d'être admis au dernier et plus sacro-saint de tous les ordres. Bénissons pendant cette douce et aimable Providence, qui, par des voies si secrètes (cachées) à nos conceptions, nous a choisis pour son service et pour y cousumer tous ls moments de notre vie. Ah! qu'il est bon de ne souhaiter que cette sainte consommation, et de n'avoir de la pente qu'à la gloire de Celui qui seul est digne d'être ! Mon fils, lorsqu'on a cette inclination, on ne tient à guère de choses en cette vie. Il y a seulement deux choses où l’âme trouve son compte, en attendant

qu'elle ait le bonheur de se voir détachée de cette vie mortelle, La première est la pratique des maximes de l'Evangile, ou du moins un effort continuel pour les pratiquer. L'autre est la douce familiarité avec Dieu, qui par ses divines touches permet à l'âme de l'entretenir, et s'il faut ainsi parler, de s'égayer avec lui, quoiqu'elle ne se voie que poudre et cendre en la présence de sa divine Majesté. Sans ces deux secours, je ne puis comprendre comme l'on peut vivre en ce monde parmi les épines et les tracas qui ne tendent qu'à étouffer l'esprit intérieur : car enfin la nature y trouve bien souvent son intérêt et ne s'y attache que trop. C'est de là que plusieurs retournent en arrière, et que si peu persévèrent dans la première ferveur de

leur vocation; car pour y demeurer il est besoin d’une |

continuelle mort de soi-même, qui est cet anéantissement et consommation dont je vous parle, pour lesquels il faut avoir un grand courage et une générosité sans relâche. Mais aussi, agissant de la sorte avec le secours de notre divin JEsus, l'âme se trouve enfin dégagée de ses liens, ensuite de quoi elle court et vole au-dessus

des sens et de l'amour-propre. Ce n'est pas qu’elle ne #

ressente encore quelquefois des attaques de la nature corrompue, mais la force que Dieu lui donne surmonte tout; elle opère avec facilité et même avec plaisir, en sorte qu'elle expérimente la vérité des paroles de notre très-adorable Seigneur : Mon joug est doux ci mon fardeau est léger. Cette force même s’augmente dans l'exercice des deux points que je viens de vous marquer. Mais ne pensez pas qu'il faille regarder les maximes de l'Evangile, et ce qui est de plus grande perfection, dans une spéculation de vertus qui ne sont pas conformes à notre condition ni à notre vocation intérieure, mais en de

certains notre ét dernière discours.

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