LETTRE LXXXV
A UNE DAME DE SES AMIES
Un grand nombre d’infidèles baptisés. — Victoire des Hurons sur les Iroquois.
Ma très-chère et bien-aimée sœur,
La paix et l'amour de Jésus pour mon très-humble salut.
J'ai reçu vos lettres avec une satisfaction sensible, y apprenant comme Dieu conserve votre chère personne. La part que vous prenez au progrès de cette Eglise me porte à vous dire que Dieu y donne sa bénédiction, et qu'il y a encore eu cette année un martyr, en la personne d’un jeune homme que les ennemis de Dieu ont massacré en détestation de notre sainte foi.
(1) Elle parle d'un jeune homme appelé Jacques Douard, assassiné par des
Burons ennemis de la foi, et dont la mort fut un événement qui remua les sau LETTR. M. ! 24
Vous en verrez l'histoire dans la Relation des Hurons, car c'est là que ce meurtre est arrivé. On n'a pas laissé d'y prêcher la parole de Dieu et d'y baptiser huit à neuf cents personnes, tous fervents chrétiens, sans parler de ceux qui ont été régénérés à la grâce dans les missions de ces quartiers. L'on attribue cette fécondité aux mérites et aux prières du révérend Père Jogues, dont le sang répandu a été comme la semence de tant de généreux néophytes. On le croit encore l'auteur ou le médiateur de la victoire que les Hurons ont remportée sur les Iroquois. Ces perfides avaient simulé vouloir faire un nouveau traité de paix. Pour cet effet, ils avaient dessein de se rendre les maîtres des Trois-Rivières, venant à la file pour surprendre le fort par le moyen de quelques froquois qui y étaient prisonniers. Outre ce défilé, ils avaient un grand nombre d'hommes en embuscade, tant dans le bois que de l'autre côté de l’eau, lesquels devaient fondre sur les Français quand il serait temps. Les choses étant en cet état, il arriva que notre bon Dieu envoya deux cents Hurons conduits par le révérend Père Brissani, lequel, avec un courage animé de l'esprit de Dieu, s'arrêta sans savoir ce qui se passait et commanda à ses gens de se mettre en ordre pour combattre. Il hausse sa voix et les exhorte à tenir bon. A ce bruit, les Iroquois qui étaient cachés paraissent et firent d'abord une décharge sur les Hurons. Mais ce bon Père monte sans crainte sur une souche, d'où il crie et anime ses gens, pendant qu'une grêle de balles sifflent autour de lui, sans qu'il
vages aussi bien que les Français. Toutes les peuplades de la contrée, dont
quelques-unes encore païeunes, se réunirent par délégués en assemblée générale, !
pour découvrir les meurtriers et en tirer vengeance, en même temps qu'ils firent une réparation solennelle aux missionnaires.
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Voilà un petit discours par avance, en attendant celui dela Relation, que vous trouverez toute pleine des bontés et des miséricordes de Dieu, qui ne cesse de répandre ses grâces sur cette nouvelle Eglise, laquelle par ce moyen multiplie tous les jours. Priez pour la conversion de tous ces peuples, qui ont tant coûté au Fils de Dieu. Le peu de temps que j'ai me presse de finir, pour vous assurer que je vous porte dans mon cœur.
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