‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 100 sur 101 · DE PORT-ROYAL, A PARIS · texte numérisé non relu

DE PORT-ROYAL, A PARIS

Sentiments d'une profonde humilité. — Ravages causée par les Iroquois. — Remerclments pour des libéralités et pour l'envoi d'une biographie.

Jésus, Marik, Joseph.

Madame, raa très-révérende Mère,

Votre sainte bénédiction.

Je ne mérite pas que Votre Révérence ait daigné . mettre la main à la plume pour nVhonorer de Tune de ses lettres. Je suis dans une ordinaire confusion de ce que quantité de saintes âmes regardent de si bon œil les pauvres religieuses du Canada, lesquelles ont bien d'autres sentiments délies- mêmes; et pour mieux dire, qui n'ont dyeux que pour voir leurs misères et leur peu de correspondance à la haute grâce que la bonté de Dieu leur a départie.

Il est vrai, ma très-révérende Mère, que jai entendu parler des plus saints du Canada; tous sont dans leur néant d'une façon admirable, tant la vue de l'appel

(l) En 1642. date dt» cette lettre, lu Mère Catherine-Agnès n'était pas Abbesse de Port-Royal, mais elle en remplissait les fonctions à la place de sa Fceur, la Mère Angc^lique, alors à Maubuissori, dont elle travaillait à réformer l'abbaye.

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apostolique leur parait sublime et leur correspondance petite. Il est vrai, les sens ne soutiennent point en Canada; Tesprit laisse la nature dans les pures croix, qui se retrouvent, non-seulement en elle-même (la nature), mais dans toutes les choses qui la peuvent rendre susceptible de croix. Vous avez en effet compris cela, ma révérende Mère, en disant que vous respectez la grâce et l'appel de Dieu en nous.^ Si jamais vous faites du bien à quelqu'un, que ce soit, s'il vous plait, de remercier cette bonté infinie de ses miséricordes sur moi, et lui demander l'anéantissement de mes malices, qui ne s'arrêtent pas seulement dans le sentiment, mais passent dans des actes très- fréquents; et c'est ce qui me fait craindre d'être la cause du retardement des affaires de Dieu dans sa nouvelle Eglise.

Les Iroquois n'avaient point encore tant fait de ravage (qu'ils en firent) lorsque Ton était dans les plus grandes espérances du progrès du christianisme et qu'on l'expérimentait pan quantité de conversions, tant chez les Hurons qu'en ces quartiers algonquins.

Les Hurons étant ici venus en traite à leur ordinaire,

(1) Cette phrase, innocente en soi, ne laisse pas d'ôtre quelque peu suspecte sous la plume d'une sœur d'Antoine Arnauld, et il y a peut-ôlre un rapprochement à faire entre la correspondance de Port-Royal, dont nous avons ici la révélation, et cet alinéa de la Lettre LXXXIV de la vénérable Mère, page 361 du tome I»*" :

• Quant aux doctrines qui font aujourd'hui tant de bruit en France, je n'ai garde de me mêler d'en parler, et encore moins d'écrire en aucune manière ni mes sentiments ni ceux de qui que ce soit touchant l'affaire de M. Arnauld. Une personne de France qui y est fort engagée m'en ayant écrit, je ne lui ai point répondu, afin de ne lui point donner sujet de m'en écrire davantage. »

Il n'est pas tépiéraire de supposer que cette personne de France, fort engagée dans l'affaire de M. Arnauld, a pu être une des cinq sœurs du trop célèbre docteur, religieuses à Port- Royal. En tout cas on voit avec quelle sagesse Marie de l'Incarnation savait mesurer sa conduite en toutes choses.

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lun de nos révérends Pères de la Compagnie et plusieurs chrétiens, tant Français que de leur nation, en s'en retournant, ont fait rencontre des Iroquois, qui s*étant trouvés les plus forts, les ont défaits, en ont tué plusieurs, chrétiens catéchumènes et autres, puis ils ont emmené captifs le pauvre bon frère Jacques, une de nos séminaristes huronnes, ses parents chrétiens qui la ramenaient, des Français et des sauvages en nombre. En sorte que si leur rage accoutumée 8*exerce à lendroit de nos pauvres captifs, ils leur feront souffrir des tourments incomparables. Ils ne feront pas mourir notre pauvre fille, mais ils la marieront en cette barbarie, oii son salut sera en grand hasard, pour être (vu qu'elle sera) destituée de toute aide. C'est une très-bonne chrétienne, que nous avons eue deux ans ; elle sait lire et écrire ; elle retournait en son pays pour gagner celles de son sexe à la foi et aux mœurs. Possible Dieu se servira-t-il d'elle pour les filles Iroquoisçs. Cela nous étant inconnu, nous attendons les événements du dessein de la Majesté divine sur toutes ces pauvres victimes, que je vous supplie de lui faire recommander pour qu'elle en tire sa gloire.

La Relation vous fera voir cette histoire par le menu, comme le progrès de TEglise. Vous pouvez juger si notre affliction a été grande pour les choses susdites, et dautant plus qu'on n'y peut apporter remède, les difficultés de secourir nos gens étant insurmontables. Adorons ensemble les jugements de Celui qui mortifie et vivifie comme il lui plaît.

Je rends de très-humbles grâces à Votre Révérence de ses bienfaits, tant spirituels que temporels. Nous avons été grandement édifiées d(3 la lecture du livre de votre bienheureuse enfant, en laquelle il parait que

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la grâce avait pris place. Nous avons des filles saùsagesses qui parlent français ; nous le leur donnerons à lire pour leur utilité; et à une de son âge les habits et autres choses pour son usage. Cest une fille qui, quoique jeune, est grandement avancée. Elle a communié à Pâques avec des sentiments tout extraordinaires. J'ose vous la recommander, ainsi que 'toutes ses compagnes, mes sœurs, et moi qui en ai plus besoin que toutes. Cesf ce que je puis assurer à Votre Révérence, comme de me dire en toute humilité.

Madame ma très-révérende Mère,

Votre très-hunlble fille et très- obéissante servante en Jésus- Christ,

Sœur Marie de llncarnation, R. L

De Québec, au monastère des Ur salines le 30 daoût 1642.

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