A UNE DAME DE SES AMIES
Il e»t daDg^reuz de Dégligwr ion salut. — Pmr oeCta ■égligonea, Vàmm lonto de précipiee en précipice^ d'où il eet difficila de te raleT«r.
Ma trôs-chère sœur.
Je TOUS salue dans le cœur tout aimable et tout adorable de notre bon Jâsus, source tîtc de tous les biens de la grâce et de la gloire.
J*ai su qu'il vous a été un bouquet de myrrhe, et' que de bonne grâce vous l'avez porté sur votre sein. Pourquoi, ma très-chère sœur, me scellez-vous les croix que notre bon Dieu permet vous arriver? Croyez-vous que je n*aie pas assez de courage ou de volonté pour vous aider à les porter? Je le ferais très- volontiers pour la grande part que je prends à tout ce qui vous touche. Vous me dites en passant quelques mots de votre fille, mais je crois qu'il y a quelque chose de plus ; et quoi* que je ne sache rien de bien formel de son procédé, je ne laisse pas de lui écrire sur ce que j'ai appris qu'elle est trop libre, et qu'elle n'a pas la crainte de Dieu.
DE LA MÈRE MARIE DE l'iNCARNATION. 55
Cela m'étonne, vu que vous l'avez si bien élevée, et qu'on m'avait mandé qu'elle était douce et innocente. Ab ! ma bonne sœur, que le ménagement de notre salut est une grande chose ! Dès qu'une âme vient à le négliger, elle tombe de précipice en précipice, en sorte qu'il lui est difficile de se relever. Il faut pour cela de grands coups de grâce et des secours efficaces que Dieu seul peut donner. Je vous assure que la part que je prends à tout ce qui vous touche, m'a rendu cette nouvelle plus sensible qu'aucune autre que j'aie reçue depuis longtemps. Les pertes temporelles me touchent peu, parce que notre bon Dieu a assez de pouvoir pour relever la créature; mais il n*en est pas de même d'une âme qui lui résiste et qui lui lie les mains par sa rébellion. Il faut pourtant prier sans remise, et espérer un coup puissant de sa miséricorde pour cette âme qui refuit (fuit à la vue du devoir) de lui rendre la fidélité qu'elle lai doit. Je me lie à vous à cette intention pour faire ce qui me sera possible pour la réduction de ce cœur. Cependant, ma chère sœur, aimons notre divin Epoux pendant que les autres ne l'aiment pas. Cachons-nous dans cette pierre vive, dans cette masure trouée de toute parts par ses divines plaies, et trouvons-nous-y ensemble pour ne vivre plus que de sa vie divine et de ses influences saintes. Tâchons d'y faire amende honorable pour toutes les âmes qui négligent leur 8alut,^ afin qu'elles soient trouvées dignes de revivre. Redoublez vos vœux et voeI prières pour l'avancement de la conversion des pauvres Iroquois. L'on va, l'on vient, l'on travaille pour cela ; mais comme ce sont des Barbares, l'on n'attend rien que de Dieu.
De Québec, le 13 août 1654.
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