‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 15 sur 101 · LETTRE CXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIV

\ U!US KBUGXBUSB URSUUNB DB aLLBS-fiIIBr<aKa.

Ma révérende et très-chère Mâie,

L'amour et la vie de Jbsus soient notre vie et notre amour, pour le cemps et pour Téternité.

Si œ iivin Sauveur vous donne de Tamoar pour moi, il Qe oi'en Joone pas moins pour vous.. Cest une marque qu'il veut que zios oosurs soient unis dans son amour ec Mince iilection. De mon côté» je le sens et lieESfénawn(e> ^ je tacherai de conserver cette liaison toute ma vie , ;e vous le dis sans oompiimens ec sans iiccioB, mou ukûme Mère. Vous me consoiet beaocoap do ma|^ ^>r^nure ^ue les travaux de ma révérende Mare de Dampierr^ ec les vôtres praspèrenc avec bénédictîoa. Aâ: ju il lait bon m Mûriâer pour le servîoa d'an ai boa

Dieu I vous verrez à l'heure de la mort de quel prix sont les peines et les mortifications que Ton souffre pQur son amour. J*admire qu'en si peu de temps vous ayez tant avancé que de faire recevoir le coutumier. Peu à peu les pratiques se rendent plus solides. Ce serait un grand avantage que ma chère Mère prieure fût continuée, et que vous demeurassiez avec elle, car elle me témoigne qu'elle a en vous une entière confiance. Mais est-il vrai, chère Mère, que ce monastère soit si pauvre et si déchu? Il est bien difiScile de réparer ce malheur (autrement) qu'en recevant des novices. Je prie Notre-Seigneur d'y vouloir mettre la main . J'espère que si la discipline régulière s'y garde comme il faut, le temps et la patience remettront le temporel en son premier état, et peut-être dans un meilleur et plus florissant. Ne perdez donc point courage, ma très-chère Mère, travaillez pour Dieu et pour cette pauvre maison.

Pour nous, nous nous relevons peu à peu de notre incendie. Notre-Seigneur nous a tellement favorisées de ses bénédictions , que nous sommes aussi bien logées qu'auparavant. Nous devons, à la vérité, mais nos dettes vont en diminuant, et nous avons affaire à des personnes qui ne nous pressent pas. Maintenant que la paix est faite, nous avons beaucoup d'emploi (d'occupation) en sorte que si quelqu'une de nous venait à manquer; il nous faudrait par nécessité faire venir des sœurs de France, supposé que la mer fût plus libre,, car nous appréhendons plus à présent les Anglais que les Iroquois.

Quand je vous dis que nous noufi relevons peu à peu, 06 n'est pas que nous ne manquions de beaucoup de choses ; mais cela n'est rien en comparaison de l'extrémité où nous nous sommes vues. Après tout, la divine ProYidence est une bonne Mère, quand on s'appuie plus

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Aur dIIp <|I1ii Mur Ion forces humaines, qui sont toqjoun rMiiiIppi 0I tfMKiniitatitoi. Ainsi, ma chère Mère, conaoliMin iinuM 011 fitlo, et elle aura soin de nous. ^ Noos feiMuiiifsM olinrgiV^s irun grand nombre de filles en notre ««iiiiiimiiH» sur w soûl appui. L*on me fait quelquefois U«Mi «lUt^slUtus sur w sujet, .et on me demande ai j*ai Ù^iuUlioii |HUir tout cela. Je réponds que noua aTons ^vU0 \V> U Tn^vldono^ Hn etlet, je my sens très-forte, i)l ^(^ 110 (M>i «^tuH>re jamais manqué. Remerciei-la |S'Mr m\M, uKm mkituo M^re« et noobliex jamaia de me iHuv im^ri U^ vv\» pri^rw. et du mérite de Toa bonnes

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DE LA MËRB MARIB BB L'iNGARrÏATION . 61

que les Iroqaois lui avaient tait souffrir. Depuis ce temps-là il nous a paru, par tout ce qui s'est passé, que Dieu s'est contenté de l'offre que ce bon Père lui a faite de mourir comme victime, afin de l'apaiser et de donner par sa mort la paix à tout le pays. Car depuis ce temps-là les Iroquois' n'ont fait que des allées et des venues pour la demander. Et ce qui est le plus merveilleux, ceux des nations voisines qui ne savaient pas ce qui se passait chez les autres, sont venus en même temps pour traiter avec nous. Pour marque qu'ils demandent la paix avec sincérité, ayant appris qu'une nation barbare avait pris un jeune homme de l'habitation de Montréal, et qui était le chirurgien de la colonie française, ils l'ont racheté à leurs dépens et l'ont rendu à son habitation. Ils ont fait des présents considérables, afin qu'on leur donnât des Français pour hiverner avec eux et être les témoins de leur fidélité. On leur en a donné deux qui se sont volontairement offerts. Durant tout le temps quils ont demeuré parmi eux, ils les odt chéris et aimés extraordinairem'ent, et enfin ils les ont ramenés au printemps perlant avec eux des lettres des Hollandais qui assurent que c'est tout de bon que les Iroquois demandent la paix.

Tout le long de l'année, les Français, les Hurons, les Algonquins, et les Montagnais ont vécu ensemble comme frères. L'on a fait les semences, les récoltes et le trafic avec une entière liberté ; et cependant les pauvres sauvages en général n'osent se fier aux Iroquois, après tant d'expériences qu'ils ont de leur infidélité. Us disent sans cesse à nos Français que les Iroquois sont des fourbes, et que toutes les propositions de paix qu'ils font ne sont que des déguisements qui tendent à nous perdre. Ils le disent encore aux Iroquois mêmes,

f>M (|u) A |i0riM tout gâter et rompre pliu que jamais. \Uiii Piilin Ion Iruquois ont poursuivi avec tant dlnsimiop. (lu'oii fioiit roiiUu à leur prière. C'est une chose fi(hiiit-Al>lo iIp \w ontiuiUro haranguer sur les affaires tlp l*t \i*\\\ . our ild nont voulu se servir que des per- •9tMiiip*9 Ipm |tlu9 vHiu^iilôrables d*entre eux pour être les miiliii«Aa«UMu*9 i(o co trHÎtê. et ceux qui les ont entendus Hvmtpiii siwxU out botiucoup de^prit et de conduite.

Vm uum^ ilo juUlot dfi^ruior, ils sont venns trouver W iv* iîou>rvrtKHir ito U NouvijUe-France et les révéivkia< iVtvt. oii ;^^*rO« (.'lus^i^urs conseils et présents, ♦uvxjuoîM .»n i i\5ivuUu d«? piut ec vi autre, on leur a «^-x^^avv ;u\t:i iViv trîiiç :« ▼tsicsr « qull ferait le ^vii. .i\^ .i?if.^ ot.Kj r^iica^ '^oar vMnaaltie sUs conspi- •4.. u- ^^^x i.iitck v; jv^^r Xi} ;ak gaix Lrf revécead Père

Ni n'%i».iu.' •x^Ui' ,^4;i^ inw jxx launète :eaafi homme ï-x.iv-M*^ i'«* ^.»itr«i leur i^iV/mijatfattr Ils isnireat

à'jv'NX Mi\^«i,Miit; vrv«i>. ï^ xti tXTîiur î^K i jur^nLâmis ^M\ »\ok rA«Q<>^-4T^ .vui'^^i^'^mi :vmiatt iss jgr*» par

M* ^.,*..> Jî 0£> eî^, 1 4<tîf >, il OtkUSUOà -SlCfUUS

DE LA MËRB MARIE DE L'INGARNATION. 63

Us Ini disaient: Prie le Maître de nos vies; fais ce que tu sais qu'il faut faire : car nous autres, nous ne sommes que. des bêtes. Nous te déclarons que nous voulons embrasser la Foi, et croire en Celui qui est le Maître de nos vies. Nous aimons les robes noires, parce qu'ils aiment la pureté et qu'ils ont la véracité, et qu'ils is'intéressent dans les affaires de leur troupeau. Ils disaient cela, parce qu'ils avaient vu comme ils s'étaient exposés à la mort chez les Hurons, afin de les secourir. Ceux-là même qui avaient fait mourir les Pères de Bréjbeuf et Garnier lui donnèrent les livres qu'ils leur avaient ôtés au temps de leur miM*tyre, et qu'ils avaient gardés depuis comme des choses dont ils faisaient estiihe. On apporta ensuite plusieurs enfants au Père, afin qu'il les baptisât. Une esclave huronne fort bonne chrétienne, ayant instruit une grande fille durant le temps de sa captivité, la présenta aussi pour être baptisée. Le Père lui dit : Pourquoi, ma sœur, ne l'as-tu pas baptisée? Ne t'ai-je j^as autrefois instruite sur ces matières? Elle repartit : Je ne croyais pas, mon Père, que mon pouvoir se pût étendre sur de grandes personnes, mais seulement sur des enfants malades. Alors le Père, la trouvant suffisamment instruite, la baptisa.

Dans ce bourg qui était celui des Onontageronons, et la capitale de la nation, le Père trouva, parmi les esclaves, les Hurons qui composaient autrefois son troupeau au boui^ de Saint-Michel. Ces pauvres captifs voyant leur bon Père, furent comme ressuscites de mort à vie; et pour leur donner la joie entière, il les confessa, et leur administra les Sacrements. Considérez, je vous prie, les ressorts admirables de la divine Providence. Dieu a permis que ces pauvres chrétiens

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uitiu: m^ urif pu? c^ Durnare^ pour j£ sAm ^âe lenr liuiiiii ''ihJi Ht fiuin fiuz (lu: laur on: dnimir ik

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iaii('uef diilereiiitib. Ii£ étaieui ravis de Ibe Toir à bin

ùrcîsNéeE a ih fraLcaïBe. MaÏF ce gui is toiicfa& le {dus,

lui ue -voir que ht nous louchani en rien, nous en fU-

fiiouf estimt. ieE aimaui et caressant comme les màrei

aimeui et caresBeni leurs enfants. Mais je i^tourne an

J^ère riue J ai laisfiê jfiarmi les Iroqnois.

(Ues peuples donc firent de beaux présents et en

grande quantité; mais le plus précieux fat oèlni qui

signifiait qu'ils voulaient croire en Dieu, et un autre

pour être présenté à Achiendasé, c'est ainsi qu'ils appd-

lent le révérend Père supérieur des missions, afin qull

envoyât des Pères en leur pavs pour y faire une maison

fixe. I>ès lors ils désignèrent une très-belle plaoesnr

le bord d'une grande rivière, où est Tabord de toutes lei

nations. Lorsqu ils jetaient les projets de cette habiu-

tion, il arriva une chose remarquable. Il y a prodM

de ce lien une grosse fontaine qui se dëchai^ dans un

grand bassin que la nature a formé pour recevoir s»

eaux. Nos Français en ayant goûté, ont trouvé queOe

était salée. Ils en ont fait bouillir de l'eau, et ont trouri

one c'est une saline qui fait de très-beau et très-bon sef.

Les sauvages qui fuyaient cette eau et la prensmot

pour nn poison, trouvèrent admirable cette iaQO&<i^

faire du sel d'une chose si méchante, et tieunan^ ^ fonr ui mincie des Français. Ce n'est, ^ ^ TtfX«iA«

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lais 06 sera un trésor pour les Français qui doivent aller habiter.

Lorsque le Père était là, on levait une compagnie e deux mille hommes, pour aller en guerre contre la ation du Chat/ Le capitaine qui devait la commander, tait Fun des ambassadeurs qui étaient venus demander % paix. Lorsqu'il fut prêt à partir, il vint prier le Père ni l'avait instruit en chemin, de le vouloir baptiser. fais il 7 trouva de la difficulté, et lui dit qu'il lui onférerait ce sacrement à son retour de la guerre, liais, mon frère, repartit le sauvage, tu sais que je vais n guerre, et que je puis y être tué : si je meurs, me ^romets-tu que je n'irai point dans les feux. A ces laroles, le Père le baptisa.

Le Père étant à Onontagé, il arriva un accident qui

ensa tout rompre. Le feu prit dans le bourg sans qu'on

fl^t comment, où il brûla vingt cabanes, chacune -de

nquante ou soixante pieds de long. C'était pour (de

itnre à) faire croire à r^es barbares que le Père était

rcier, et qu'il avait fait venir le diable pour les brûler.

x>mmenQait déjà à se disposer à la mort, connaissant

imeur de ces païens. II s'avisa néanmoins d'un moyen

loi réussit, savoir de les aller consoler par le moyen

ion hôte, et de leur offrir un présent pour essuyer

B larmes. Ils se sentirent si obligés de cette compas-

que le Père leur témoignait, que, bien loin. de

ter contre lui, ils demeurèreàt pleinement confirmés

es Français et les Pères étaient leurs amis.

I Iroquois ont ramené le Père selon leur promesse,

tte nation située au sud du lac Erié s'appelait en langue da pays nation

throDDODs. « Nous rappelons la nation du Chat, dit la Relation de 1654,

ill y a dans leur pays une quantité prodigieuse de chats sauvages, deux

8 plus grands que nos chats domestiques, mais d*an beau poil et précieux.

ii.Hio |i. li'tin.i: 'jijjirt avaient mar'iué. Il n'est pas croyable I.i. M \rn 1- f iirir.;ii}i il nos nouveaux chrétiens ont été

I iMo iiit r:iih irljHii-, i:l flc l'iieureux succès de sont iiM.t: . Il irhhul. iiruiriiiiiiit uiui (liinculté qul empêchai .|ii». 1.1 |uio lin lui. i'iili«*îr('. C'est que les Agnerognons

II .i\. lit ni |Miiu(. |iMru dans tous les conseils qui furent «.iiu:> i\ i^u\\\\i\y,\\ ro qui faisait craindre qu*ils ne «ou\:l^.^«Ml( tpiiiU|U(^ mauvais dessein. Mais les Hurons , \ii \ i\.»uM»( v'io iMivo\ôs, ot qui sont de retour du joar ,.■...;. o;\i upporio qu'ils sont du parti de la paix, et

iî \ .\ ti;ît Mr.'î do oraiudro lie leur part; que s'ils .• ,' \,'-.i IMS i:vi;N^\< aux assemblées, ils en ont fait

. ,x .A. xv.x w".>.::'/. ;;i'.'.s cil OU' t^è empèchés par la .. . V .. X i\,: / '. .•,::■, :v ".^'s sauvoiTt's de ia nouvelle

..X .\x \4'. :,s .v;'s r.'\î::- i:::o ian.? le même

•w .NX . /, ,».•.• : ; ■; t;-? r- ;.-fcl5 Pères iront

..A i •..:. /•;v.\»..:ii iVïc ^rfriûe Fran-

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pour vivre et pour avoir des laitages. Cette paix augmente le commerce, particulièrement des castors dont il y a grand nombre celte année, parce qu'on a eu la liberté d'aller partout à la chasse sans crainte. Mais le trafic des âmes est le contentement de ceux qui ont passé les mers pour venir les chercher, afin de les gagner à Jésus-Christ. L'on en espère une grande moisson par l'ouverture (l'initiative) des Iroquois. Des sauvages fort éloignés disent qu'il y a au-dessus de leur pays une rivière fort spacieuse qui aboutit à une grande mer que l'on tient être celle de la Chine. Si avec le temps cela se trouve véritable, le chemin sera fort abrégé, et il y aura facilité aux ouvriers de l'Evangile d'aller dans ces royaumes vastes et peuplés : le temps nous rendra certains de tout.

Voilà un petit abrégé des affaires générales du pays. Quant à ce qui regarde notre Communauté et notre ^minaire, tout y est en assez bonne disposition, grâces à Notre-Seigneur. Nous avons de fort bonnes séminaristes, que les ambassadeurs Iroquois ont vues à chaque fois qu'ils sont venus en ambassade. Comme les sauvages aiment le chant, ils étaient ravis, comme j'ai déjà dit, de les entendre si bien chanter à la française; et pour marque de leur afi^ection, ils leur rendaient la pareille par un autre chant à leur mode, mais qui n'était pas d'une mesure si réglée. Nous avons des Baronnes que les révérends Pères ont jugé à propos que nous élevassions à la française : car comme tous les Hurons sont à présent convertis, et qu'ils habitent proche des Français, on croit qu'avec le temps ils pourront s'allier ensemble, ce qui ne se pourra faire que les filles ne soient francisées tant de langage que de mœurs. Dans le traité de paix, on a proposé aux Iro-

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qaois de nous amener de lears filles, et le révérend Père Le Moine, à son retoor de lenr pays, noas devait amener cinq filles des capitainesses, mais roccasion ne lui en fat pas favorable. Ces capitainesses sont des femmes de qualité parmi les sauvages, qni ont voix délibérative dans les conseils, et qoi en tirent des conclusions comme les hommes, et même ce furent elles qui déléguèrent les premiers ambassadeurs poar traiter de la paix.

Enfin la moisson va être grande, et j'estime qu'il nous faudra chercher des ouvriers. L*on nous propose et Ton nous presse de nous établir à Montréal; mais nous n'y pouvons entendre (consentir) si nous ne voyons une fondation, car on ne trouve rien de fait en ce pays, et Ton n'y peut rien faire qu'avec des frais immenses. Ainsi, quelque bonne volonté que nous ayons de suivre Ilnclination de ceux qui nous y appellent, la prudence ne nous permet pas de faire autrement. Aides-noos i bénir la bonté de Dieu de ses grandes miséricordes sur nous, et de ce que, non-seulement il nous donne la paix, mais encore de ce que de nos plus grands ennemis il en veut faire ses enfants, afin qu'ils par-* tagent avec nous les biens d'un si bon Père.

De Québec^ le 24 de septembre 1654.

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