‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 21 sur 101 · LETTRE CXXXII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXII

A SON FILS

Les Iroquois Agnerognons continuent leur hostilité. — Ils demandent la paf'-^

qui enfin devient universelle.

Mon très-cher fils,

Je ne serais pas satisfaite si voyant un vent nord-est, qui arrête le navire à notre port, je ne prenais un moment de loisir pour vous dire un mot des bontés de Dieu sur nous et sur ce pays, qui ne subsiste que sur Tappui de sa divine Providence. Je vous en ai dit quelque chose par le premier vaisseau, mais nous ne savions pas encore tout ce que notre bon Jësus faisait pour nous. Nous lavons su et expérimenté depuis. Ce que vous apprîtes Tan passé est donc véritable, que les Iroquois avaient fait la paix avec nous, excepté une (de ces nations), qui, piquée de jalousie de ce qu'un Père avait visité une autre plutôt qu'elle, leva les armes pour se venger sur les Français et sur les sauvages leurs alliés. Les autres ont toujours été fidèles dans les paroles de paix qu'ils avaient données. Celle-ci a . continué son hostilité jusqu'au commencement de juillet

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avec tant d'opiniâtreté, qu'à peine pouvait-on trouver un lieu où l*on pût être en assurance. Après la fonte dès neiges, ils ont fait plusieurs massacres tant des Français que des sauvages qu'ils ont trouvés à Técart. Ils ont pénétré jusque dans des lieux où on ne les attendait pas, dans la pensée qu'ils leur étaient inconnus et inabordables; mais ils y ont été conduits par des renégats qui en savaient le secret. Ils nont pu rien faire au gros des Français, parce que durant rhiver on a fait diverses courses sur les neiges, dont des chea)ins battus leur ont fait peur et les ont obligés de se retirer, car ils sont plus traîtres que vaillants. D'ailleurs, les Âlgonguins voyant les Français prendre cœur, se sont aussi animés, et dans les courses qu'ils ont faites, ils ont pris plusieurs barbares de considération. Ils en ont brûlé ici quatre tout vifs avec des tourments horribles, et cependant ce ne sont que des roses en comparaison de ce qu'ils font souffrir aux Français et à nos sauvages, quand ils en peuvent attraper. Ces quatre patients dont je viens de parler se sont convertis à la foi et ont été baptisés avant leur mort. Leur conversion a été facile, parce qu'ils avaient déjà entendu parler de la foi à des chrétiens qui avaient été captifs en leur pays, de sorte qu'ils se ressouvenaient facilement de nos mystères et des choses nécessaires au salut, lorsque le révérend Père Chaumonnot les assistait au supplice.

Une femme Âlgonquine ayant été enlevée par les Iroquois avec toute sa famille, son mari qui était étroitement lié de toutes parts, lui dit que si elle voulait, elle pouvait les sauver tous. Elle entendit bien ce que cela voulait dire : c'est pourquoi elle prit son temps pour se saisir d'une hache, et avec un courage

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noDpareil elle fend la tête an capitaine, coupe le col à un autre, et fit tellement la furieuse qu'elle mit tous les autres en fuite ; elle délie son mari et ses enfants et tous se retirent sans aucun mal en un lieu d'assurance (de sûreté).

Les Algonquins ont fait plusieurs bons coups semblables, étant envenimés au dernier point contre les Iroquois, et avec raison, parce qu'ils ont quasi anéanti toute leur nation par leur férocité. Les Hurons de leur côté les ont aussi attaqués, et se sont furieusement battus. Ces barbares sont encore venus aux prises avec les Français de Montréal et des Trois- Rivières, où ils ont été si malmenés qu'ils disent: N*allons plus là, parce que ce sont des démons. Le grand nombre de gens qu'ils ont perdus dans tous ces démêlés, ne leur a pas permis d'attaquer les habitations, mais seulement quelques familles écartées. Le coup le plus funeste qu'ils aient fait a été à l'Ile-aux-Oyes, où un honnête bourgeois de Paris nommé M. Moyen, qui avait acheté cette place, s^était établi avec toute sa famille. Il fut surpris le jour du Saint- Sacrement, tous ses gens étant à l'écart Lui et sa femme furent massacrés, et leurs enfants, avec ceux d*un honnête habitant, emmenés prisonniers. Dans un autre lieu quatre serviteurs de M. Denis, bourgeois de Tours établi en ce pays, ont aussi été surpris et massacrés. Plusieurs autres l'ont encore été, entre lesquels s'est trouvé un frère de la Compagnie (de Jësus) qui faisait chemin (voyageait). Tout cela s'est fait par trahison : de sorte qu'on a eu toutes les peines imaginables à faire les semences pour cette année, chacun étant si effrayé, surtout de ce qui est arrivé à M. Moyen, que l'on n'avait ni vigueur ni courage. De plus, il était venu un bruit que les Anglais

étaient à l'Acadie avec quatre vaisseaux de guerre, et

qix*ils avaient encore quelques navires qui croisaient

à l*entrée do fleuve de Saint-Laurent, pour arrêter les

vsiisseaux que nous attendions, et venir ensuite se rendre

nnsiîtres de Québec. N*eût-on pas dit qu'étant ainsi entre

deux écueiis, nous étions tous perdus? On le disait, et

pour mon particulier, quoique je ne veuille que ce que

i^otre bon Dieu voudra, je vous confesse que voyant

le christianisme à deux doigts de sa ruine, mon cœur

^oufiQrait une agonie que je ne puis exprimer; et il

'^^t avouer qu'il n'y a point de croix pareilles à celles

4w:mi viennent de la gloire de Dieu intéressée au sujet

^ ^^ salut des âmes.

En juillet, un vaisseau nantais parut ici sans nous ^S:^porter aucune lettre ; mais il nous donna bien de la J^^^ie, nous apprenant que l'Anglais n'était pas si proche ^^ nous, mais seulement qu'il était à l'Acadie pour des ^^^Taires de marchands. Ils se sont néanmoins saisis de ^■^a pays-là pour se récompenser (dédommager) de ce qui l<^iir est dû, et ils ont emmené M. de la Tour, à qui pays appartenait, prisonnier en Angleterre. Ainsi de nos peines fut levée, et le peuple commença ^ respirer. Il arriva au même temps que plusieurs l^ïtKiaois^ entre lesquels il y avait de leurs capitaines, furent pris par les Français, tant de Montréal que des ^roiS'Rivières, ce qui humilia ces barbares au dernier ^int On ne fit point d^ mal néanmoins aux captifs, ^ioon de les enfermer en prison les fers aux pieds, ^ qui leur semblait doux en comparaison du feu. Eox de leur côté, sachant que nous avions de leurs principaux capitaines, traitèrent les nôtres doucement, et loéme les ramenèrent d'eux-mêmes, demandant de fVBOMr la paix. Ils étaient si empressés en cette

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CcH sauvages néanmoins ont persisté à demander un missionnaire. On leur a donné le révérend Père

Le Moine, qai est parti avec eux, accompagné de deux Français. Depuis leur départ, l'on a toujours été en paix, et les Français se sont retirés dans leurs habitations, qu'ils avaient presque tous abandonnées, pour se réfugier ici. L'on a fait avec liberté la récolte des grains; on a fauché les prés et on a fait la pêche de l'anguille, ce qui a causé une joie universelle à tout le pays. De plus, un second vaisseau est arrivé et nous a apporté nos autres nécessités. En tout cela nous voyons une providence admirable sur nous tous, qui BOUS fait revivre, lorsque nous pensions être au tombeau.

Ceux-ci étant parj;is, les ambassadeurs des Onontageronons et des autres nations iroquoises sont arrivés ici, et nous ont dit qu'ils avaient rencontré le révérend Père Le Moine, qui en effet a écrit, et que les Âgnerognons leur ont raconté tout ce qu'ils avaient fait, mais qu'ils leur ont reparti qu'ils ne voulaient point de paix avec restriction, mais entièrement et avec tout le monde, ce que le révérend Père nous confirme par sa lettre. Or ceux-ci sont bien avec nos chrétiens, ce qui nous console à un point que je ne puis vous dire. Il s'est fait de part et d'autre un grand nombre de présents pour affermir cette paix, dont je n'ai pas le loisir de vous faire le détail. Le tout s'est passé à Québec avec beaucoup de magniScence en présence de cinq à six cents Français et de tous les sauvages de ces contrées.

L'une des principales circonstances de cette paix , est que ces peuples ont déclaré qu'ils voulaient se faire chrétiens, et que les Français allassent s'établir en leur pays; c est-à-dire qu'on y fit des missions et que l'on y bâtit une maison fixe pour les révérends Pères, comme on leur en avait fait faire une aux Hurons,

Af ^f,f\t\ 0|r>v,n i/*nr donnât dès à présent cinquante Wff%ft^ff%i^ f/.nr jftf/^r !ft« fondements d'ane bonne alliance. T'rrif f'^ift \f*nr ^ ^fA arîoordé, excepté ce dernier point fUf-fit M\ n tr^.iu'x^ IV'xécation an printemps. On leur •» ^^r%\Mi\M\i f\hut\fi. i\(tnx Pèrcs avec nn Français poar |A4 i/t^f^riir^ i\t\un la Foi. Les révérends Pères d'Ablon h\ (\)\miii\ituuui florit ceux sur qui le sort est tombé. Un nVîAlirri^nl. Ii/^urr^ux d'avoir été choisis pour cette ^fflf ii|iri«n. ^l II nn fin peut dire avec combien de zôle h\ lin tni-viMir iU n'almiidonnent aux hasards qui en peuvnnl. riMlvnr. ('nr, mins parler des dangers de mort où l<i Mronili) dp non pouplos les peut jeter, ils vont endurer iii'4 ii*ivAn% i)ui no (tout pas imaginables aux personnes \\\s\ ho «^ivont pnM oo quo oost que d*être dans un pays l''Mi'mo. \ionu\^ di) tou« les secours dont les Européens *«v»iHl»UMii no wo |»v>uvoir pa$$er. Cependant ces braves \»M\iK»M \lo rKvrtHiîilo V volent comme s'ils allaient */»i t*«iv4^ii«, ^«(j vjuiitKl il *»j:it de gagner des ânàes à W'<v^ \'H\\\x\\ 00.M <în c^!;i quils mettent leur bonheur, «uuMi^,,,. ^i^y mOztv.'* ^:l v^xis î« inn;?n?» de la nature. w^u I.4λ!, î^^ xosut? ix) \\^ixs !if$ laicassaileors à Québec, »':< ii.n4.t v^ir, \^\^>vvjt vi*i5i:cur^ :ois» vTcmjiie aossi une .^♦,*ji.*j:*,.stïxx> i^v^* vi A*itf;\!j^!ii* \«;as les -xvQcs râzalés iiui\ <sî< xiNOîHiiiu^îitoitt i uur nciie. ^ar o'esr: ainsi juM iM .?\;4J 4.i»;v4' "s jiii :jrs in «insniier plaisir

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le priait de nous envoyer des filles iroquoises pour être instruites parmi celles du séminaire, et qu'elle les tiendrait comme ses sœurs. Il agréa sa proposition recevant un petit présent qu'elle lui fit, et admirant l'esprit et l'adresse de cette jeune fille. Elle en fit autant à la capitainesse, qui lui promit sa fille en lui faisant des caresses tout à fait extraordinaires à des sauvages. Le révérend Père Chaumonûot en ayant catéchisé trois durant quelque temps, deux ont été baptisés en notre petite église. Ce sont les premiers du christianisme des Sonnontouaeronnons et des Onnontageronnons. Je vous laisse à juger si nous avons chanté de bon cœur le Te Deum dans cette cérémonie. Nous l'avons fait les larmes aux yeux et la jubilation dans le cœur, voyant ceux qui ci-devant détruisaient le christianisme, l'embrasser avec tant de dévotion et devenir enfants de Dieu.

Le révérend Père Chaumonnot m'a écrit de Montréal, d'où il va partir pour Onnontagé, et me mande qu'il a déjà six catéchumènes et une petite église volante; ce sont ceux qui ont été baptisés ici. Il me dit que la capitainesse que nous avons vue ici lui a donné charge de me mander qu'elle prie Dieu, et même qu'elle y invite les autres ; que je prenne courage, et qu'elle m'enverra sa sœur, sa fille qu'elle nous avait promises ici étant encore trop petites. Elle le répète deux fois, tant elle a le cœur à cela. Il est vrai que je lui ai envoyé une robe pour sa fille, avec d'autres présents pour les femmes de sa suite. Ils ont fait le récit à une troupe de leur compagnie qu'ils avaient laissée à Montréal du bon accueil qu'on leur avait fait ici; ils en ont été si touchés qu'ils sont venus exprès pour nous voir. Les femmes sont entrées dans le séminaire où

nonn l#nr avoTUi rViit rdsnxu '^ 'ionné àea prémania selœi lenr ç^émfi. Vonii Mnes snrprxa 'ies adresMa qall faut Avoir ponr ;^n^r Tes àmea égarées à la foi. Ah! qoll nons tarde que nous voyions ane troupe dTroqooises

'ah notre îi^iDAire! Ch! «mbioi nous les chéririons ponr lamoar de Ceiai qai a rëpanda son aang ponr f^lled aosni bien '{oe pour nausi Q est important que nonfi en ayons ponr servir d otages, à cause des révërendfi Pères qni sont à leur pays. Entre les présents publics il y en a nn ponr ce sujet, sans avoir néanmoins trfrnoif^né que c'est poor servir d*otage, mais seulement (|tie o'eflt ponr la foi; aussi est-ce le principal motif. Nous avons avec nos noaveaox chrétiens hurons une troupe d'Iroqaois qui n*ont pas voulo s'en retourner Aveo leurs ambassadeurs, afin de se faire instruire en la foi , ravis du bon exemple que nos chrétiens lenr ont donné.

IiO rdvérend Père Chaumonnot a mandé que la capi- (ainosso dont j*ai parlé, sait déjà chanter à la messe, tvmmo le font nos chrétiennes huronnes, et qu'elle ^i »i fti^léo, qu'elle va convoquer les autres pour venir A la prif^ro. Lo révérend Père d'Ablon ne faisant que d'arriver de France, et par conséquent ne sachant pas hiAn la lanjarue, elle est continuellement auprès de lui afin de la lui enseigner et de lui apprendn des mots. J^ ne puis vous parler plus en détail de ces afisins, non plof qne des ferveurs de nos bons chrétiens, et des vertus béroïqnes qu'ils pratiquent, lesquelles dosaxaeot do )s confusion à ceux qui sont nés dans le christis* ni^^mo. ppî^F pour eox, priez pour la eonveision des Iroqooîs, prier pour les ouvriers de lIBvangile; enfifi ptiHi fowr moi, afin qu'il plaise à la bonté divine ne

flillk «liiiéhoorde en me pardonnant mes péchés, et

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qu'elle me donne la grâce de la persévérance dans ma vocation, que j'estime plus que toutes les choses de la terre. Je la prie de vous faire saint.

De Québec, le 12 ^octobre 1655.

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