LETTRE CXXXIV
A SON fILS.
Etablissement de la Foi chez les nations Iroquoises supérieures, et nouvelles
hostilités des Iroquois Agnerognons.
Mon très-cher fils,
Jésus soit notre vie et notre amour pour le temps et pour Téternité.
Comme les vaisseaux sont arrivés ici dès le mois de mai, aussi s*en rétournent-îis promptement. Celui par lequel je vous écris lève l'ancre, un autre est déjà parti, et comme je ne vous dis rien, dans mes autres Lettres de Tétat de notre nouvelle Eglise, j'ai cru pour votre consolation devoir vous en dire quelque chose par celle-ci.
Dès Tannée dernière on fit un traité de paix avec les cinq nations Iroquoises, l'une desquelles, qui est voisine des Hollandais, eut de grandes difficultés que les Hurons et les Algonquins fussent compris dans le traité. Ils y consentirent néanmoins à de certaines conditipns, savoir qu'ils garderaient la. paix avec eux jusqu'à de certaines limites, hors lesquelles il leur serait libre d'exercer leurs hostilités comme auparavant. Quant aux Français, la paix était sans restriction et sans limites. Tout cela s'est observé jusques au printemps, que les Agnerognons, c'est le nom de cette nation,
UW LETTRB8
ttuijotiri fourbes et méchants, noas ont fait voir ce que Ton pout attendre d'une nation infidèle, et qui ne connaît
point JltHÎJR-ClIRIST.
Au mdnio temps que la paix fut conclue, deux de nos n^*<^rtMulfl Pares furent envoyés aux Iroquois supérieurs, \\\\\ los avaient demandés avec beaucoup d'instance. U» partirent avec leurs ambassadeurs à la vue des A)ruort>Ki^^^)^ toujours envieux, mais qui dissimulôrent ^U^r» ItHir onvie. Ces Pères furent reçus partout avec \)o i^riiiuls tt^moiijnages d'estime et d'affection, tous ces l^^upW lour allant au devant de gîte en ^te, afin de les h^u Kraitor. I\Ns quils furent arrivés, les principaux 4e« u;itions rassemblèrent et les firent asseoir les ^ir^HttWn ^lan^ leurs Conseils. Ils furent reçus et régalés v^^ Q\,^;i^ tv^ur à tour d une manière extraordinaire, parce ^^^'^M W r^ii^rUait comme des hommes Tenus du ciel. tV>(ii t^^ur^^ K^ r^Wêr^nd Pèr^ Chaumonnot commença A ^rv^c ^ U bVi et à enseigner à faire des prières ^^K^^M^<itibe^t. U i\xi êvvucê e( admiré de tous, en sorte ^W;st i9(^ 9^^VLii (vur ua hv>auxie prodi^eux. Ces exerhHw^^ sN&ri vvc^^r^txè ;ou? L hiver ;ivec caa( da»iduité, >t^^^ s^X^j*-* vC :ttA:rtx ;uîS^:iVjt îcir la chaçelîe dlâoûree ^w ^.•^M5^ ^i^v^5î^v\ 5e vrnfat;er cojwiea ie eecte Eglise, ;jk\^;i i(j^t^ i^ :.'"a>ccUk w i«eîn^iz«5ti5 jciai, les Ptos v^ r^v^X'if^^ ^:vit>K^K' iik^ ^mt^ ^uoT XL» la MesK et tear sNKwi >tsfr/ HVVTi i^ u^ ïuïi ïa: ârrmfflt il» irwiTèfent \^w V^^>^ <NHttvV« j^:%v {021^ xiius JtHtr zitmmii ils firent l^^v*^'^'> ov H>i*.viSiviLnQut^ ^ixi .tmttc nçmés en leur
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plus grand nombre de Pères, afin de les distribuer dans les bourgs, et tout ensemble une peuplade de Français pour faire une habitation fixe. L'on est convenu à cet effet d'un lieu commode à l'abord des nations qui viendront trouver les révérends Pères pour communiquer avec eux de la religion, et les Français pour traiter d'aflTaires. Le révérend Père d'Ablon partit aussitôt avec quelques Onontageronons et Sonontouaeronons, qui sont les plus grandes et les principales • nations de ces peuples, et après bien des fatigues ils arrivèrent ici au temps de la passion. Ils firent leur demande à M. le Gouverneur et au révérend Père supérieur, qui ayant appris les beaux commencements de cette mission et les grandes merveilles que Dieu y avait opérées en si peu de temps, conclurent qu'il fallait la fortifier par le secours d'un plus grand nombre de 'missionnaires. Alors ce révérend Père, qui est un homme vraiment apostolique, fit de si puissants efforts pour cette glorieuse entreprise, qu'en peu de temps cinquante-cinq Français, y «compris quatre Pères et trois Frères, furent prêts. Ils partirent d'ici en mai avec un zèle et une ferveur nonpareils. Dans cette com-' pagnie il y avait quelques soldats de la garnison, que M. Dupuis , honnête gentilhomme et qui avait commandement dans le fort, s'était ofiert de conduire. Lorsqu'il me fit l'honneur d0 me dire adieu, il m'assura avec une ferveur qui ne sentait point son homme de guerre, qu'il exposait volontiers sa vie, et qu'il s'estimait heureux de mourir pour un si glorieux dessein. Tout cela ne se fait qu'avec des frais immenses, mais les révérends Pères sacrifient tout pour le service de Dieu et pour le salut des âmes. Et pour moi je ne puis comprendre la grandeur de leur courage en ces ren-
contres, car rieir ne lenr coûte qnand il s'agit de gagner des âmes à Jésus -Christ.
Les Agnerognons ayant appris qne le dessein était formé d'envoyer des Pères et des Français aax nations supérieures, afin dy faire nne habitation et une maison fixé, devinrent tout furieux et renouvelèrent leur envie, dans la pensée que cette alliance dm Français, Hurons et Algonquins avec leurs voisins serait leur mine avec le temps. Afin donc d'en traverser Texécution, ils se cachèrent dans un bois au nombre de quatre cents, afin * de les surprendre au passage. Us laissèrent néanmoins passer le révérend Père Supérieur avec sa troupe, mais quand il fut éloigné, en sortent qu'ils ne pouvaient plus être vus ils se jetteront sur un grand nombre de canots qui suivaient, conduits par le révérend Père Mesnard et un Frère, et sans rien dire ni écouter, pillent et battent outrageusement tous ceux qui se trouvent sous leurs mains, feignant de ne pas les connaître. Puis comme s'ils se fussent relevés d'un songe, et faisant les étonnés, ils s'arrêtèrent tout à coup et leur dirent : Hé quoi! c'est donc vous! Hélas! vous êtes nos frères, nous pensions que vous fussiez Algonquins et Hurons, que nous avons droit d'attaquer hors les limites désignées. Nos Français voyant bien que ce n'était (|U*une fiction, les appelèrent fourbes et perfides, leur disant qu'ils auraient guerre ensemble; et voyant que la partie n'était pas égale, ils se séparèrent.
Ces barbares continuant leur rage et leur dépit, vinrent de nuit et sans être vus, dans l'Ile d'Orléans; et It) matin voyant une troupe d'hommes, de femmes «st ilVnfaiits. tous Hurons, qui plantaient leur blé d'Inde, lU «0 ruèrent sur eux, en tuèrent six, et enlevèrent tous lâs autres au nombre de quatre-vingt-cinq, qu'ils
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UèreDt dans leurs canots. Tout cela se. fit sans que les Français en eussent connaissance, et même s'ils eussent encore tardé cinq ou six heures à faire leur coup leur capture eût été bien plus grande, parce qu'ils en eussent enlevé trois ou quatre cents, qui étaient venus entendre la messe, et qui devaient ensuite s'en retourner en leur désert, mais qui apprenant dés fugitifs ce qui s'était passé, se retirèrent dans le fort. Nous fûmes tout surpris de voir le fleuve couvert dp canots qui venaient vers Québec, surtout quand on sut que c'étaient des Agnerognons, qui par le traité de paix et encore selon la parole qu'ils avaient donnée tout nouvellement aux révérends Pères, ne devaient poini passer les Trois- Kivières. Gela fit croire qu'ils étaient aussi bien ennemis des Français que des sauvages. C'est pourquoi les maisons écàrtéels demeurèrent désertes, chacun se retirant à Québec, ou néanmoins il n'y avait pas de forces, chacun étant allé à .ses affaires. Ils passèrent devant le fort, où l'on crut qu'ils allaient aborder, mais faisant signe qu'ils étaient des amis, ils passèrent outre et continuèrent leur chemin, jusqu'à ce qu'ayant vu des maisons abandonnées, ils crurent qu'on s'était retiré par défiance qu'on avait d'eux, ce dont ils furent tellement choqués qu'ils enfoncèrent les portes, pillèrent tout ce qu'ils rencontrèrent, puis s'en allèrent aux Trois- Rivières chercher à qui vendre leur picorage (butin de maraudage).
Nous avons su par un chrétien qui s'est sauvé de leurs mains demi-brûlé et deux doigts coupés, qu'ils ont emmené nos captifs en leur pays, et qu'ils leur ont donné la vie, excepté à six des principaux chrétiens qu'ils ont condamnés au feu. L'un deux nommé Jacques, très-excellent chrétien et préfet de la congrégation, a
signalé sa mort par sa foi et par sa patience. Parce qu'on remarquait en lui une piété plus éclatante qne dans les autres on Ta fait brûler trois jours de suite, durant lesquels il pria et invoqua sans cesse le saint nom de Jésus, exhortant de paroles et par son exemple ses compagnons de supplice. Quelque violent qu'ait été son martyre, l'on n'a pas entendu de sa bouche une seule plainte. Enfin il a expiré en saint» et nous l'estimons tel. Celui qui nous a rapporté cette histoire, après s'être sauvé du feu, courut plusieurs jours, jusqu'à oe que par une providence de Dieu il fit rencontre da révérend Père Supérieur et de sa troupe à quatre journées d*Onnontagé, qui est le lieu où doit se faire l'habitation française. Ce pauvre homme s'en allait mourir, ayant fait plus de quatre-vingts lieues en pe^ dant son sang ; mais le révérend Père fit à son égard tout ce qu'il fallait faire dans une semblable rencontre, et après l'avoir mis en état de marcher, il .lui donna escorte pour le conduire à Montréal. Nous attendou de jour à autre les nouvelles de l'arrivée de nos rêvé* rends Pères. Priez pour toutes ces affaires, mon trèscher fils, comme aussi pour nos bons chrétiens sauvages qui se sont tous réfugiés à Québec en attendant qu'il plaise à Dieu de calmer cette tempête.
De Québec, le 14 août 1656.
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