‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 24 sur 101 · LETTRE CXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXV

AU MÊME

Après l'avoir blftmé de ce qu'il ne lai écrivait pas assez souvent, éiïe lui donne

un avis important touchant ^oraison.

Mon très-cher fils,

. La sainteté et pureté de Jësus soit notre sanctification;.

J'ai reçu seulement la lettre par laquelle vous me dites que vous m'écrirez par une autre voie. Voilà cependant cinq navires arrivés à notre port sans que Jen aie reçu d'autres de votre part. Il faut que je vous accuse d'un peu de paresse; et que je vouspdise qu'encore que je sache votre bonne disposition, et par vous et par d'autres, et que cela me suffise pour le préisent, vous ne devez pas néanmoins vous contenter de me le faire savoir par une seule voie, autrement vous me mettez au hasard de ne point savoir de vos nouvelles.

Le révérend Père Jérôme Lalemant, notre bon et charitable Père, repasse en France, taût parce qu'il y est rappelé que pour accompagner M. de Lauzon notre Gouverneur, qui y retourne aussi. Ce nous est une affliction bien sensible de le perdre, car outre que c'est une perte générale pour tout le pays, notre Ootnmunauté y perd plus que tout autre. Il a fait nos conistitutions, nos règlements, et généralement tout ce /qui nous est nécessaire pour vivre dans une parfaite r4gu^

1 1 s LKTTRBS

larit^. Le rdvërend Père Dom Raymond et lui sont les deux porsounes du monde auxquelles Notre- Seigneur lu a H^e plus particulièrement pour la direction de mon Auio; ot jai à oolui-oi des obligations infinies pour les gratulos assistances qu il m'a rendues dans mes nécessitais. Je vous prio.de lui en témoigner de la reconnaissance et do le recevoir selon son mërite; car cest un homme de grande considération pour sa doctrine, proVité et sainteté, sans parler de sa naissance qui est Âsse? vvnnue dans Paris. Nous nous flattons de Tespén^r.oe ^1:11 revier.dra, maïs son grand âge y pourra rù^ure ^;e lV:»fiv:u-::;on:. 11 vous aime et chërit beauvv\:;\ f î ot^î:e s^;:'e rAis.^n, sàr.s les auires, tous oblige A >k; rvr..;:v ',e rèc;j^rv^^ue tî ronr voas et pour moi. -

,> vo;:s r^v.u-rv.e .:«» rcire ^rèse^k; ei prie Notre- $fV^Tî<i;r ôe vouloir è:::^ vc::^ rê^zi^n**; je vous prie ôc n*^ Vv\îs rv.;r.; r.:'£'nrir rz friis jotit moi : je sais lit \>râ<- t^c v;\:r< oo^;:r, Kfcis jr &fci$ aossi que les persîi^rn*>s r*^rikît*us^ Tif tot^; ^as ;-:*ï:î ce qi» leur bonté }^i:r suiî^t^rr. k OAn^" ;?£ >& r^.::rre:^ çn'elîes ont professa- S. vc^ns é:\€7 *i'i;r. ^îr^i-rt rc. et: ùz commerce dans k mon^x r*ft7 is *Vir<vrAôr. ^l fcu^rsmâiji- >e toss prierais «^e riM"î5 r-?iVi:r<': 4%^ anM* , ma:? milim îe sais que Vx*^iîs v;v<»r ôflr?:^ ;a Tî'-Tr^éiU- . ^r voDs ôenkanàe senlemait <jnr v,>n5 r^>r»s ^r. rc*v;:ri;v pour jt c»el lOàrmi ]es anges OT îe^^ ^sirts. «k* .fisshiun.v -Gc^soDe;? n:»n5 avons eneore p)TO *i<" >^^^ir. cïvt *i< <v".ît «i?i5 honimes.

\>«?i îv/svi^r ^^^^•JÀ' re7;:n s^eTvirte de me faire wiVivr fSi^nrçnx"*i. vcï? relî^ie^i;^ c^raii: vèîu^ ot noir, vkw Monwt^^ port;^ k rs>rt. r»?* ?-Ar*«>-Manîâaux. Gène >laT9M ajnnw ^t<- «>T>^^^ r.ïin> r<îs .v^r^iœer.rtrnienK ponr W^ S^^rvîlw iie î* ^PAinv '• -fr^î:. ou. rîAjôii: hahiCéi

réforme, d'en changer le nom : ce n*est plas là un mystère pour moi. Pour ce qui nous regarde, je suis bien aise que vous approuviez maintenant notre demeure en Canada. Il est vrai que c'est un pays de Croix pour les serviteurs et pour les servantes de Dieu, mais comme c'est le partage des saints, nous sommes d'autant plus heureux que nous sommes dans un lieu où l'on en trouve en abondance et avec bénédiction.

La manière de l'oraison dont vous me parlez, qui tient rame unie à Dieu sans penser à autre chose, est très-bonne quand elle se termine à la solide pratique de la vertu : car bien que dans l'oraison actuelle on ne réfléchisse pas sur telle ou telle vertu, quand néanmoins l'opératioi) est de Dieu, l'oraison porte son effet dans les occasiops. Dieu laissant dans l'âme un mouvement ou inclination au bien plus forte que ne fait une oraison commune. Vous verrez quelque chose de semblable dans récrit que je vous envoie, dont le révérend Père Lalemant a bien voulu être le porteur afin de vous le mettre entre les maiDs.

Dans une lettre particulière, je vous mande les nouvelles de ce pays. Pour mon particulier, ma santé est bonne, grâces à Notre- Seigneur ; je l'emploie, après le soin de notre Communauté, à faire bâtir une petite église que Madame notre fondatrice nous donne, et dont elle a voulu que je prisse la conduite. Ce travail m'occupe assez, parce qu'il faut tout faire par ses mains, nourrir tous les ouvriers, et enfin faire de grands frais, quoique nos édifices soient pauvres et petits.

L'offrande que vous faites de moi chaque jour au saint autel m'est très-précieuse; j'y trouve mon bonheur, parce qu'étant offerte au Père Eternel avec son Pils bien- aimé, j'espère que je ne serai pas rejetée.

LSTTK. M. II. 8

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Prenez courage dans les choses spiritoellea, notre bon Jésus vous aime.

C'est ici la première lettre que j'écris en France. La navires, qui sont cinq en nombre, sont arrivés à la fln de mai et au commencement de juin, ce que Ton n'avait point encore vu ; c'est pourquoi ils partent de bonne heure, et c'est ce qui me presse d'écrire à nos amis, et à vous qui m'êtes le plus cher de tous.

De Québec, le 24 Juin 1657. •

LRTTRE CXXXVI

AU MEME

Bll«> lui témoifme le désir qii>lle a d« m perfactioD. — Dmh •• attit des mfllietiûw ft>rpor«llefi |>oiir détacher les Ames des cFéeturee, — BUe loi pvle d*iiiie maUdîe extrême dont Notre- Seigneur l'a gnerie.

Mon très-cber fils,

jRsus soit notre vie et notre tout pour le temps et |>our Tét^rnité.

J'ai reçu toutes vos lettres, tant celle de Tannée dernière, qui s'est trouvée dans le paquet de nos Mères, que vos dernières, écrites de cette année. Je ny veux pas répondre A présent, cette première vme étant trop prédpiMa. Oa aot est aenleiiient pour voua témoigner la OQMallBim que je reçois duque année lorsque J^ippiMMll 4a Toa nonvdlea et le déair que vous srar 4è ItW J^Ufom ^ à*èbte tout A Jssits-Oedust et au

fit**

DE LA MÈRB MARIE DE L'INOARNATION . 115

tràs-sainte Mère, dans les yoîes de la véritablô sainteté. C'est ce qae je demande à Dieu plusieurs fois le jour, particulièrement en ce temps où la zizanie ne 86 mêle que trop avec le bon grain, et où le mensonge veut passer pour la vérité sous un manteau trompeur. Dieu nous envoie plutôt à vous et à moi la mort la plus désastreuse du monde, que de permettre que nous tombions en ces pièges.^

Je ne sais où celle-ci vous trouvera, c'est pourquoi je l'adresse à ma nièce de Tlncarnation. Cette bonne fille me mande les obligations qu'elle vous a pour les grands soins que vous avez de tout ce qui peut lui servir pour conserver Tœil qu'elle est en danger de perdre. C'est une âme qui tâche ^'aller à Dieu, et à qui son infirmité a beaucoup servi pour la détacher des créatures et d'elle-même. Sa bonté sait bien prendre son temps pour sanctifier ses élus.

Pour moi, il y a déjà quelques mois que j'ai quitté ia charge (de supéneure), ce qui m'a été d'une consolation toute particulière, ayant toujours eu plus de pente à obéir et à être dans la dépendance qu'à commander. Ce n'est pas, ce me semble, une vertu en moi, car je me trouve en mon centre, étant, comme je suis, dans la soumission. Je suis néanmoins dans un office bien divertissant (distrayant) dans le Canada, c'est d'avoir le soin du temporel; mais ce qui me donne du repos dans le tracas, c'est que Dieu est partout, et qu'il n'y a lieu ni afiEaires qui nous puissent empêcher de l'aimer aetuellement.

Lorsque nous avons reçu nos lettres de France, j'étais dans une maladie qui m'a mise à deux doigts de la mort.

(l) Bile parle des^meDéee insidieuses da janséoisme.

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V, ^,^• v^MpT-rT. ' V*^^lÊ In* «vonf mi^ entre lef:

DE LA MÊRB MARIB DB L'iNGARNATIÔN. 119

notre plus véritable ami. Voilà que les navires vont partir, adieu pour cette année.

De Québec, le 2 de septembre 1657,

LETTRE CXXXVIIL

AU MEME

Progrès de la Foi parmi les nations Iroquoises. — Passage des religieases de France en Canada. — Solution complète da malentendu qui avait eu lieu entre elle et son fils. — Opposition de Tamour-propre à l'esprit de Dieu.

Mon très-cher fils,

La vie et l'amour de Jésus soient notre vie et notre amour.

J'ai reçu de trop bonnes nouvelles des missions iroquoises pour ne pas vous en faire part. J'ai appris depuis trois jours que le progrès de l'Evangile y est grand. Le révérend Père Mesnard seul a baptisé à Oneioou et à Oioouen quatre cents personnes. Les autres missionnaires en ont baptisé à proportion dans les lieux de leur mission. Le diable, qui enrage de ces commencements et qui craint encore plus pour l'avenir, a suscité an trouble pour détruire ce que les Pères ont édifié. Il rend la jeunesse, qui de soi est déjà guerrière, extrêmement revêche, la portant à nuire aux chrétiens en tout ce qu'ils peuvent. Et parce qu'ils n'osent pas encore 8*élever contre ceux de leur nation, ils se jettent sur les Hurone leurs anciens ennemis. Ils en ont tué

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trtnz^, tout petits que grands, et en ont fait quarante nutr^.n prisonniers. Les anciens en ont bien da déplaimr, mais hn jeunes ne les craignent pas, ny ayant point /Ja fi^ilice parmi ces peuples.

FViur ce qni regarde notre monastère, j'écris à nos MAros do Tours à-roccasion de deux sœars de notre Congrégation que Ton doit prendre en Bretagne poor nous los envoyer à la prochaine flotte. Je les remercie pour coito année, à cause de quelques changements (rii(rair(!N qui sont survenus à notre maison, et particalIAromont pour les grandes pertes que nous avons fiiitos. Il est vrai que je goûte fort l'avis que vous noue (lonnoz au sujet du passage des religieuses de France, ni (|Uo dos flilos du pays nous seraient plus propres pour notro esprit, que d'autres qui y apportent on oNprit (étranger. Tout cela est vrai et nous l'expérimentons ; nmis il ne se trouve pas encore assez de sujets on 0(^ puy«i. Ou bien on les marie fort jeunes, ou elles n'ont pas ilo vocation, ou elles ne peuvent apporter do quoi sul)sister, ce qui est nécessaire absolument, notrt^ i\>n\munnuté étant très-pauvre et ne pouvant rtHVvoir dos samrs de chœur qu à cette condition : car (HHir dos ^H^nvorses^ nous en avons reçu trois ou quatre )vinir rioUv Ootto n^Wssité nous oblige de recourir en V>:^n\V, oum^ quo pour le présent nous avons besoin \lo )vi>$<Nnno$ fai(o$ ei qui soient en état de servir, an hou ^n on WKW^ul des novic«s il faut aitendre longl^wj\<. 0» <^«vvw^x apTvVst avvnr Ken anendu, il est inoer- ).^in ï^) ^r^os ar.^^r.t î^ t;ii<»:$ nécessaires pour les ^•!^v>;!i .îV,:>^ v\vi^r•:ur^a;:î^. Uaszéf Jlenùdre nous en x'?v^n\^r>,^iïi^«i .^^;:x. ;::>^ .^^^ .-iMi^ï>e CwsiKiésadon. Celle ,v î'^Ar^ 5i<- ;?\vï:x A ^c^è::^. vviie oe TiMi» sk«$ a manqué. i>fc; .s\ \\N«$ xv>«^ <<£ ,1 XA ji« wta à ims «œ (ont

DE LA MÈRE BIARIE DE L'iNCARNATION . 121

n'ait été égal, et que nos Mères de Tours ne nous peuvent blâmer de manquer d'affection pour elles. Nous avons cinq professes d'ici ; savoir, une du pays et quatre qui sont venues de France, en leur habit séculier. Nous avons actuellement deux novices et deux de nos pensionnaires qui postulent. Nous avons quatre professes de la Congrégation de Paris. Et quoique nous soyons ainsi assemblées de divers endroits, nous vivons ensemble comme si nous étions professes . d'une même Congrégation et d'une même maison, sous la conduite de ma révérende Mère de Saint - Athanase qui m'a succédé dans la charge. Mais quelque union que nous ayons ensemble, si nous trouvions des sujets propres dans le pays, nous n'en demanderionis point du tout en France, pour le bien de notre Communauté et pour éviter les inconvénients dont vous me parlez, qui sont réels et véritables. Mais enfin Dieu est le Maître de tout; il est notre véritable Supérieur, et en cette qualité c'est à lui à pourvoir aux nécessités de la Communauté, et à lui chercher, où il lui plaira, des sujets propres à le servir dans les desseins qu'il a sur nous dans ce bout du monde.

Voici la dernière lettre que vous recevrez de moi cette année, parce qu'il ne nous reste ici qu'un vaisseau qui lève l'ancre pour partir. Celle-ci n'est qu'une réitération de celles que je vous ai déjà écrites en matière de mon affection pour vous, ne vous ayant rien mandé que pour l'amour que je porte à votre âme. Nous n'avons, vous et moi, qu'une seule chose à faire, qui est de servir Dieu dans Tétat et dans. la voie où il nous veut; cela nous est évident. Vous aurez peutêtre été mortifié de quelques points de mes lettres, et vous aurez cru que je suis dans l'inquiétude au sujet

(lê raffuire dont il est question. Je tous avoue, et je Toaff Tai déjà dit, qae j'ai eu Fesprit affligé, joiais non pai inquiété. Mais vous m'avez donné de Téclaircissement sur mes doutes dans la lettre que vous m'avei riorite par M* d'Argenson, notre nouveau gouverneur, sn sorte (|ue Je suis satisfaite. N'en parlons donc plos; parlons seulement de nous avancjBr en la vertu et dam la voie de Teuprit intérieur, où l'on goûte Dieu et toutes Ion vclrltéa divines. Il me semble que. je suis encore, hton éiol(;née de la pureté que demande ce fond intérit^ur, J*en découvre quelque chose, mais je ne le tient pas» paiTio que je suis encore attachée à une natare (kihlo. IVa)riIe et susceptible des impuretés de la tem. Ah! mon Dieu! quand serai-je délivrée de ce moi- \\\Mw si |>6u Adèle à l'esprit de la grâcef Quoique dans mou fond je ne veuille ni vie ni mort, quand je |i^U9t^ ui^nmoins à la mort ou que j'en entends parler, uu>» vNV^ur «^(^panouit et se dilate, parce que c'est elle sjut doà mt^ délivrer de ce moi-même, qui me onit (>tu« stu<^ tout^« l^ choses du monde. Priei la divine Nv»çi^ ^îuVtlt^ mVn vt^livr^ par tes vwes qui lui seraient l\^ ^^!u> ^r^L^t^ et; quelle sait m^éîre bas ptos proprei

DE LA MÈRE MARIE t)B L INCARNATION. 123

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