LETTRE CXLI
AU MEME
Èanfé» d'un éréque à Qaébec. — AccroissemeDt notable de la coloDie de Montfitl. — Lea Iroqvota eontiouent leurs hostilités. — La mort da révérend . ?lw dt Qnaa, jteuite.
Mon très-cher et bien aimé fils,
^' -^- •-•--«=«^^ jQH^ grande privation de voir un navire
e point recevoir de lettres de votre part.
J'ai poïirar.r rfr: /loir.": ^erauajée ;{ae vous m'aviez .If^rit; mai:. ,' -î -n. -z ^ le 21e suia paa trompée, que vos lettres "jr.ii rfi" :aL.i e premier vaisseau, qui nous apportait :a no\v*v.'>. ne lOTia aurions on évêque cette annfle, mais n:: -11 ;.an ;':e ^or.aremps après les autres. Ce r^^tarlemer.r, 1 :ai: r:e nous avons plutôt reçu févêque «lae '.a i' aT-ri'.e l'ii nous le promettait. Mais ça été une nL-r4ar,ie =urpriae en toutes manières. Car outre le bonheur lui revient à tout ie pays davoir un supérieur îcoi'i^iasrique, oe lui est une consolatioD davoir un homme a«.ar Irr:? qualités personnelles sont rares et extraor iin-iires. Sans parler de sa naissance oui est fort iîlustr?, car il es: de la maison de Laval, c'est un homme d'un haut mérite et d'une vertu singulière. J ai bien compris ce que vous m'avez voulu dire de son élection; mais que l'on dise ce que l'on voudra, ce ne sont pas le? hommes qui l'ont choisi. Je ne dis ;.as que c'est un saint, ce serait trop dire : mais je dirai avec vérité <|u il vit saintement et en apôtre. Il ne sait c'r que c'est que respect humain. Il est pour dire la "T iriv: à tout le monde, et il la dit librement dans les :-:. : .:.'ros. Il fallait ici un homme de cette force pour ::'.r:?r la médisance, qui prenait un grand cours, et . . ; :"i:: de profondes racines. En un mot, sa vie est -.T^nr'àire qu'il tient tout le pays en admiration. -::-' iL-.ime ami de M. de Dernières, avec qui il a iiviiit :?r quatre ans par dévotion; aussi ne se faut-il pas -j..»:,i!Trr •:. avant fréquenté cette école, il est parvenu '..I tî: ■•in-r de^ré doraison où nous le vovons.
I iii-r^a de M. de Dernières l'a voulu suivre. Cest i..i .rtîiaii z^^aâlhomme qui ravit tout le monde par sa iiMfU^jsntt. E veut se donner tout à Dieu, à l'imitation •it tfin oncle, et se consacrer au servi^^? de cette oou-
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Telle Eglise ; et afin d'y réussir avec plus d'avantage, il se dispose à recevoir Tordre de prêtrise des mains de notre nouveau prélat. Je vous ai dit que l'on n'attendait pas d'évêque cette année. Aussi n'a-t-il rien trouvé de prêt pour le recevoir quand il est arrivé. Nous lui avons prêté notre séminaire, qui est à un des coins de notre clôture et tout proche la paroisse. II y aura la commodité et l'agrément d'un beau jardin; et afin que lui et nous soyons logés selon les Canons, il a fait faire une clôture de séparation. Nous en serons incommodées, parce qu'il nous faut loger nos séminaristes dans nos appartements; mais le sujet le mérite et nous porterons cette incommodité avec plaisir, jusqu'à ce que sa maison épiscopale soit bâtie.
Dès qu'il fut sacré évêque à Paris, il demanda au révérend Père général des Jésuites le Père Lallemant, qui depuis trois mois était recteur de la Flèche, afin de l'accompagner. C'est un bien pour tout le pays, et pour nous en particulier ; pour moi encore plus que pour tout autre. Car je vous dirai en confiance que je souffrais dans la privation d'une personne à laquelle je puisse communiquer de mon intérieur. Toute Tannée j'ai eu un mouvement intérieur que Notre-Seigneur m'enverrait da secours. Il l'a fait lorsqu'il était temps; que son saint nom en soit éternellement béni!
Vous savez ce qui s'est passé les années dernières au sujet de M. l'abbé de Quellus. Il est à présent directeur d*im séminaire de prêtres de Saint-Sulpice de Paris, qae M. de Bretonviliers a entrepris de bâtir à Montréal, avec une très-belle église. Cet abbé, dis-je, est descendu de Montréal pour saluer notre prélat, il était établi grand-vicaire en ce lieu-là par Mgr l'archevêque de Rooen, mais aujourd'hui tout cela n'a plus de lieu.
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Vons ères ec .ôine ::ea .-u&ires'ie ce pava. ElUes sont comme eiies ^caiem; ivani me les Iroqaois eussent fait la paix, 'ar Ls .•-rît -ompae . et ont déjà pris ou iué aeui' Français ia-ia one rencontre où on ne les attendait pas. ^ où aiéme on ae croyait pas qaTJi eussent de maurai' iesseins -jontra les Français. Il» ont déjà fait brûler :oat vif an de leurs priaonnien; ce sera merveille si les antres ont meiUeur traitement. L'on a aussi depuis tué onze de leurs gem et l'on se donne de garde des autres : car ton a app» d'an Himm captif qui les a .imtkéa, <\«^^ ^ ^tsi noe piteurts année pour vetx^t ^^è^«* ^"^'^g .,ï, oliréilMt, «i ownaie je crois, a.u\axA Ae ^^^^^ ^ pOttffWii 00 Haron s'est saov^ à^ceite ^^* ^ ^^ (l'InittUftlt «ù M «ait» voyant uu canot a
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allait harponner de Tanguille, le laissa passer pour se jeter dessus quand ils ne seraient plus unis et en état de se défendre. Qe captif^ touché de tendresse pour ceux de sa nation, se déroba de ses maîtres, qui étaient descendus à terre, et retourna sur ses pas donner avis à ses compatriotes du dessein des Iroquois, et du danger où ils étaient. Ils s'embarquèrent au plus tôt et lui avec eux, et tous ensemble vinrent en diligence à Québec, où ils donnèrent avis des entreprises des Iroquois : sans cela il y eût eu bien des têtes cassées : car outre les Hurons qui n'eussent pu éviter leur rage, ils se seraient glissés parmi les moissonneurs qui, sous la bonne foi de la paix, travaillaient sans crainte et sans défiance. En effet, cela est arrivé aux Trois-Rivières, où ils ont pris les neuf Français dont je viens de parler. A l'heure où j'écris ceci, M. notre Gouverneur ost en campagne pour leur donner la chasse ou pour en prendre quelques-uns. Ce qui Fa fait sortir est que les Iroquois qu'il tenait prisonnniers entre deux bons murs fermés de portes de fer, ayant appris que leur nation avait rompu la paix, et croyant qu'on ne manquerait pas de les brûler tous vifs, ont forcé cette nuit leur forteresse, et ont sauté les murailles du fort. La sentinelle tes voyant a fait le signe pour avertir, et aussitôt l'on s couru après. Je ne sais pas encore si on les a pris, car ces gens-là courent comme des cerfs.
Vous m'étonnez de me dire que nos Mères nous voulaient rappeler. Dieu nous préserve de cet accident ! Si jioas n'avons pas quitté après notre incendie et pour ^iites nos autres pertes, nous ne quitterons pas pour Iroquois, à moins que tout le pays ne quitte ou ^ If n supérieur ne nous y oblige, car nous sommes ^%100 d'obéissance, et il la faut préférer à tout. Je suis
néanmoins trompée si jamais cela arrive. Uon dit bien qu'une armée des ennemis se prépare pour venir ici: mais à présent que leur dessein est éventé, cela ne leur sera pas facile. Si néanmoins Notre-Seignear les laissait faire, ils nous eussent perdus il y a longtemps, mais sa bonté renverse leurs desseins, nous en donnant avis, afin que nous nous en donnions de garde. Si l68 affaires étaient en hasard (danger), je serais la première à vous en donner avis, afin de vous faire pourvoir à nos sûretés, puisque nos Mères vous en confient lear sentiment. Mais grâces à Dieu, nous ne voyons et ne croyons pas que cela arrive. Si pourtant il arrivait contre nos sentiments, ne serions-nous pas heureuses de finir nos vies au service de notre Maître et de les rendre à Celui qui nous les a données? Voilà mes sentiments que vous ferez savoir à nos Mores, si vous le ju^^iz à propos.
Mon sentiment particulier est que si nous soufi'rons on Canada pour nos personnes, ce sera plutôt par la pauvreté que par le glaive des Iroquois. Et pour le pays en général, sa perte, à mon avis, ne viendra pas tant du côté do ces barbares que de certaines personnes (jui, par envie ou autrement, écrivent à Messieurs de la compagnie (des cent associés) quantité de choses fausses contre les plus saints et les plus vertueux, et qui déchirent même par leurs calomnies ceux qoi j maintiennent la justice, et qui le font subsister par leur prudence. Comme ces mauvais coups se font ea cachette, on ne les peut parer; et comme la nature corrompue se porte plutôt à croire le' mal que le biao, on les croit facilement. De là vient o^e Vonqu'oa y pense le moins, on reçoit ici des o^^t^ ^^ ^^ ^^ t?ô»-l!^9te» Eu tout cela Dieu Oic^^Nxfe^Çf^^^^^^^
offensé, et il nous ferait une grande grâce s*il purgeait le pays de ces esprits pointilleux et de contradiction.
Le dernier vaisseau s'est trouvé infecté de fièvres pourprées et pestilentielles. Il portait deux cents personnes, qui ont presque toutes été malades. Il en est mort huit sur mer, et d'autres à terre, presque tout le pays a été infecté, et l'hôpital rempli de malades. Mgr notre Prélat y est continuellement pour servir les malades et faire leurs lits. On fait ce que l'on peut pour l'en empêcher et pour conserver sa personne, mais il n'y a point d'éloquence qui le puisse détourner de ces actes dTiumilité. Le révérend Père de Quen par sa grande charité a pris ce mal et en est mort. C'est une perte notable pour la mission : car c'était l'ancien missionnaire des Algonquins, où il avait travaillé depuis vingtcinq ans avec des fatigues incroyables. Enfin quittant la charge de supérieur des missions, il a perdu la vie dans l'exercice de la charité. Deux religieuses hospitalières ont été fort malades de ce mal ; grâce à Dieu, notre Communauté n'en a point été attaquée. Nous sommes ici dans un lieu fort sâin et exposé à de grands vents qui nettoient l'air. Pour mon particulier ma santé est très-bonne. Je ne laisse pas de soupirer puissamment après l'éternité, quoique je sols disposée à vivre tant qu'il plaira à Notre-Seigneur.
De Québec, le 1659.
Otite lettre n'a pas d'autre data; mais comme elle parle de l'arrivée de Mgr de liml, et que ce prélat fit son entrée & Québec le 12 juin de cette année 1659, éfii doit Atre «ntérienre à la sjiivanto datée du 25 septembre.