LETTRE CXLIII
A SON FILS
Qne c'nC une eiMltenla snion aveo Dieu de faire sa toIodM. Qd'iI ne faut poiot ■baadoDner lea affaires qne Dieu demande de nous, encore qu'il toit diffldla de l«i faire sang contracter quelque souillure.
Mon très- cher et bien-aimé flis.
Je ne doute point que vos forces corporelles ne diminuent, votre grande retraite, le travail de llétude, le soin des affaires, les austérités de la règle peuvent en être la cause ; mais nous ne vivons que pour mourir. 'Et ne vous mettez pas en peine si un grand recueillement voua fait passer pour mélancolique; l'on a presque toujours dit cela de moi, et c'était lorsque mon esprit 'était en de très-grandes jubilations avec Dieu, C'est fque les joies qui viennent de Dieu et celles qui naissent "des créatures sont bien différentes, et le monde ne voit ôrdinairi'mrnt que ce qui est du monde.
N'e'iirnfi! pas non pitis votre vie misérable pour êt.T-3
des Affaires : tes maints ont souvent
Iden plus épineuses. Lorsqu'il vous
Fera atile d'avoir celte présence de Dieu actuelle, fixe et arrêtée, qui tous semble incompatible aveo tant de Eoins, il TOUS la donnera. Vous la possédez en une manière, en faisant la Tolonté de Dieu. C'est nne haute grâce qu'il tous fait dans Totre faiblesse, de ne rien omettre de tos obligations. J'en rends mes très-humbles actions de grâce à sa bonté. Prenez donc courage et consumez-vous au service d'un si bon Mattre. La modération de vos passions n'est pas un moindre présent de fta libéralité. Cela rend un homme plus capable d'affaires, et de les conduire selon Dieu avec le procliain. C'est là une marque de sa vocation dans les «m|)lois que l'obéissance vous impose, et c'est cette vocation (jui vous fait aimer la justice et les autres vorlus qui se rencontrent dans la poursuite de vos sff'aircfl. Mais, hélas! qui ne contracterait des impuretés ttn maniant les affaires de la terreî qui ne souffrirut quelques piqûres en touchant si souvent des épioesl C'est là. mon très-cher fils, le sujet de ma douleur: car quelque présence de Dieu qu'on puisse avoir, l'on passe par tant de souillures qu'il est très-difficile de n'en être pas taché. Mais c'est une grande miséricorde de Dieu de ne les pas aimer, car ce que l'on aoaSn d'elles en est d'autant plus méritoire. Je ferai avec k triraps une revue sur les choses spirituelles dont tob irii) demandez de l'éclaircissement; le départ préià^U du vaisseau ne me permet pas de la faire â prteot Kxcuscz-moi donc, je vous en prie, poisqae je nir résolue de vous donner avec le temps la satisfait que vous désirez de moi.
J'ai appris (juo les hr. -]'■]'■■'' "' -". i 'i'-'^ f'"''vi;lles et mauvaises i '■ ''^'^'*'^^-
autant ou plus quâ
DE LA MBRE MARIB DB l'IN CARNATION. 147
^on m'a encore mâDdé qu*il se débite un livre de niorale fort pernicieux où l'on justifie la doctrine des autears relâchés. Mon Dieu! est-il possible qu'il se trouye des esprits si peu discrets, que de mettre en iomière des choses non-seulement inutiles, mais encore préjudiciables au salut? Je prie la divine bonté d'y mettre la main et de purifier son £glise que l'on souille 311 tant de manières. Si j'étais digne de passer par le Tea pour expier tous ces désordres, je m'y exposerais ie très-bon cœur. Pour nous, mon très-cher fils, n'entrocs point dans ces partis; détestons la mauvaise morale aussi bien que la fausse spéculation, (doctrine) afin de suivre celle qui est la plus conforme à l'esprit dé Jssrs -Christ et de l'Eglise son Epouse.^ Adieu pour cette année. Je ne me recommande point à vos prières ; je Sais que j y ai bonne part, et que vous et moi ne tommes qu un en Dieu.
be Québec, le 11 oetdnt 1659.
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