‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 35 sur 101 · LETTRE CXLIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXLIX

A UNE RELIGIEUSE URSULINE DE TOURS

{La Mère Ursule.)

r l'évéque ordonne que, contre la coutume, la charge de maîtresse des novices soit élective, et que la supérieure ouvre les lettres des religieuses.

Ma révérende et très -chère Mère,

Voici un petit mot que j'ai cru devoir vous écrire

conâance au sujet de ma chère Mère N. Comme

e a confiance en moi, elle me fait voir quelques-unes

de ses lettres, et j*ai remarqué dans celle qu'elle vous écrit au sujet de Télection d*une maîtresse des noTioes, certaines choses où elle se méprend un peu, ne sachant pas entièrement comme elles se sont passées. Mais vous pouvez bien m*en croire, puisque le tout est venu à ma ^connaissance, et s*est même passé à ma vue, ayant toujours accompagné notre révérende Mère, à cause de la charge où je suis, et de celle où j*ai été. Voici donc comme la chose s*est passée. Mgr notre Prélat ayant fait venir notre révérende Mère au parloir, après qu'elle fut confirmée en sa chaîne, il lui déclara qu'il voulait que la maîtresse des novices le fut aussi des jeunes professes, et que cette charge fût sujette à Télection. Cette proposition nous surprit extrêmement, et pour en empêcher Texécution, nous contestâmes fort. Mais quelques raisons que nous pussions dire, il ne voulut point nous écouter. Ce que nous pûmes obtenir^ Ait que cette élection serait seulement pour trois aos, sans conséquence, et comme un essai qui nous ferait voir le succès de ce changement Notre révérende Mèr» ne laissa pas d*en avoir bien du déplaisir, parce quelle était dans la résolution de continuer cette chère Mère» dans cette charge, en laquelle elle s*était trèsbieca. comportée. Mais rélection fît tourner les choses autre-ment; car» comme vous savez, en matière de choix » on ne dispose pas des voix comme Ton veut. Le toa^ se fît assurément selon Dieu» et dans la sincérité, voq0 pouvez m'en croire» car je suis témoin oculaire de tout ce qui s'est passé. Or je vous dirai, dans la confiance, que la rais<^Q peur laquelle on n*a pas jeté les yeux sof elle dans rélection» est quelle est trop libre à dire «es sentiments et quelle les change un peu trop facilement, ce •{•Il chc«{ue extrêmement celles qui ne coanaisseat

pas son fond : car au reste elle est très-vertueuse et trèsexacte en matière de régularité. Mais il y a de certains faibles qui nous accompagneront jusqu'à la mort, quelque saint que nous soyons, et quelque vertu que nous puissions avoir.

Vous jugerez de ce peu, mon intime Mère, ce que

je veux dire, et je me suis résolue de vous en donner

un avis de confiance, afin qu'à l'avenir vous .ne croyiez

pas légèrement tout ce que l'on pourra vous mander.

Il y a de petits soulèvements de cœur excités par une

passion secrète, qui font faire des saillies dont on a

quelquefois le loisir de se repentir, parce que cela étant

passé, on voit les choses tout autrement qu'on ne les

voyait dans l'émotion. Au reste, quoique la Mère N.

eût un peu de mortification en ce changement, elle n'en

[ fit rien paraître néanmoins ; maià, d'un esprit qui parut

' fort dégagé, elle fit voir qu'elle en était très-aise, et elle

^en assura encore dans le particulier. Je l'ai crue, car

i^ la crois sincère. Il est très- vrai que notre révérende

^èwr^ la traite avec beaucoup d'amour et de confiance,

^t ^lle est une de celles avec qui elle communique des

Affatires importantes de la maison, parce qu'elle a un

fort; bon sens quand elle est dans son assiette de vertu

ordînaire, et cela me console beaucoup. Elle est parfois

fàotiée contre moi, ou pour mieux dire, elle en fait le

semblant, de ce que je ne lui dis pas tout ce que je sais ;

BÎ je ne le fais pas, ce n'est pas manque de confiance,

mais il faut que je garde le secret à qui je le dois. Vous

^oyez, mon intime Mère, que je vous ouvre mon cœur

pour la gloire de Dieu et pour l'amour que je vous porte

ainsi qu'à cette chère Mère, que jo voudrais cacher

dans mon cœur en de certaines rencontres.

Je me sens encore obligée de vous donner de l'éclair-

oissement sur ce qu'on vous écrit qu*on voit ici toutes luvsi lettres. Il est vrai qu*on les voit, mais on ne les ouvre et on ne les lit pas. Mgr notre Prélat ayant onionnë à notre révérende Mère d'ouvrir les lettres qu on envoie de France, elle est seulement obligée de itoupro le cachet, et c'est ce qu'elle fait afin d'obéir : mais je vous assure qu'elle ne les lit point du tout J^ TOUS écris, et vous pouvez m'écrire en confiance UMit M que vous voudrez, avec assurance que cela ne ji^m va que de moi. Il en est de même de celles que »^^$ M^rM et nos amis nous écrivent, et de celles qu^ Qi>us leur écrivons. Nous nous sonmies toujours ^jNirâ^ cn^tu^ fidélité, noire révéïtende Mère et moi, lors- ^^»^ n<m$ ;iiT)Mis été successivement en chaiige, afin 4^ )a»$iNr la lil^nê à nos Congélations de nous écrire li^^i o^ «qu'il iMir phdrs.

U âi^i ^11^ <>rax cui to«$ cvli écm oRte particularité ^^KMEit pM oc^wpris ilu)ffi«k^n ce Moaiseigneor, qui con- :»$^ w^V'XiM^lK Minsi^ ,^ Txss ô« Toos dire, dans ^>rai^ J^tirwaiU:^ o^ ïvtt;^c>^ > c:mSxq. D a eo raison d'en trwr 4^ )a ;s»^r^^ riuv>^ ct>^ k r^je •on qnelqne chose 45?» ;w»;^faW <x; «cf tr* :xwrT«CKDiœ: « enfin il faut ^ï««rà^r ^:«i^î^w î>C7W i i: j«î** vrcr cx^ni^e supérieure ^Wftî Ih'^^aj:» «*fc iï^ » i.i«w..^ îjrrref-ikous donc ^xw X'^ç?sf ^viiD£A::r«AV <*cr;3iJL-:^^ jc s: t:io$ m^aimez, ^^ci^x^<^ <4^ ^v <t}^ ^tf v.ri» iîâ^ ss; ^cûnsbliie. Xa)oiiterai

à tout cela, que notre révérende Mère et moi sommes dans une aussi parfaite intelligence que si nous n'étions qa*un cœur. Il ne se passe rien et elle n'entreprend rien qu'elle ne me le communique, et qu'elle ne me ' demande mon avis : ce qui noue et serre notre union trôs-étroitement. Vous savez ce que vous êtes avec ma chère Mère de Saint-Bernard; il en est de même de notre révérende Mère et de moi. De là vient que dans la maison nous ne faisons point de différence de Congrégations. Il y en a pourtant dont les sentiments ne sont pas tout à fait morts pour leur ancienne demeure, ce qui m'afflige sensiblement. La Mère Marie de Saint- Joseph était toute d'or à ce sujet. Elle est morte, et elle jouit à présent de la récompense qui était due à fi(on grand détachement. Le vaisseau qui doit partir presse si fort que je suis obligée de finir, pour vous dire que je suis sans réserve, votre...

De Québec, le 13 d'octobre 1660,

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