A UNE DE SES SŒURS
Aprè« Itti «Toir montré que connaîtr* et aim«r U Cœur da Jisus-CntisT, c*ett Im vé»itabl« scitDc« dt% sminto, «Ue rexkorto à demander en «oo nom la coavertioD dea taura^M inâdélea.
Ma très- chère et très^aimée soeur.
L'amour et la vie de Jésus soit votre vie pour réternitë.
Pourquoi, ma très-intime, ne vous souhaiterais-je pas toutes sortes de biens dans la grâce et dans la gloire, puisque vous voulei être toute de corps et
d'esprit aa suradorable Verbe Incarné? Soyez ignorante tant qù*il vous plaira des choses de la terre, pourvu que vous le sachiez et que vous le connaissiez vrai Fils de Dieu, le maître et souverain amateur des âmes, vous êtes savante de la science des saints. Mon Dieu ! ma très- chère sœur, pourrais-je vous avoir jamais dit un mot qui vous eût portée à faire un véritable et pur acte d*amour envers ce divin Sauveur? ce me serait une très-grande joie de vous avoir inspiré quelque chose qui pût tourner à sa gloire. Qu'à la bonne heur^ soit que vous preniez vos repas spirituels dans sa sainte parole! le Saint-Esprit y résidant, c'est ce qui enflamme les cœurs et les consume peu à peu, jusquà ce (}u'ils soient au point où il les désire pour en faire des sujets dignes d'habiter cette cité sainte et si bien munie dont vous me parlez, savoir le sacré coeur de Jâsus. Quand on est parvenu à cet aimable séjour, on se repaît et on se plaît en celui qui se repaît et qui se plait parmi 'les lis. Il s'y fait des repas mutuels de l'âme et de Jésus, de Jésus et de l'âme, qui donnent une vie qui fait perdre à la créature la vie sensuelle qu'elle avait par l'attachement aux choses du monde'. Lorsque vous y serez arrivée par la miséricorde de notre très- aimable Jésus, ayez compassion des âmes qui né le connaissent pas, qui ne le louent pas, qui ne l'aiment pas. Ah ! qu'il y en a dans cette Amérique de cette misérable condition! Et ce qui est plus déplorable, qu'il y en a dans le christianisme, qui, aveuglés par le péché, sont encore plus coupables que ces premiers! Faisons notre possible pour tirer les uns et les autres de ce grand précipice où ils seront perdus sans ressource, si nous ne gagnons le cœur de Dieu, afin qu'il lui plaise de leur donner des grâces efficaces pour gagner les leurs.
14 LKTTRB8
I^Pi^UtM t^M H\«lii le 0êU86 de Jésus-Christ, et ne donnez \\{^\\\i \\^ U^vi^ êU Pt^re <$ternel qu*il ne tous ait accordé \\\\ K^\ lUMuU*^ k{û tH^s pauvres âmes détachées da V^\V^VMM^ ^^ «vui ttl«. l)^mandei-les lui par ses propres ^VMh^^ ^ |Vh«^ kM |M\>iu^îS$M qa il lui a faites disant : v*V^^^HH^^M*w«(iK ^ jk w»« *»WKnti liwitei kt aolûnu pour VVM^ . !l^ W« Wi ^ 4i^«i;uidMsSs MO sang a «ié bien Î^^Wn 'i* v>^$f*«?i*»t tîiii&ù» a'«i pas encore en son lf»/^WA îiHWM*Jirt ^5mi«k^ ^?« J«s«^ Wfts AimMnOn aussi l^-^*t**^8k*iï*i ^î<*^ xi5«Wtoè 50s»&r « ^^ loi appar- ^^H.^ ^;; :f>). :â^ ^fvî;** « litoMT i«» c» aâaire si
1^ >^^^; >iyis ftnT» ij^^ îw^^^ismu; ««» la «arciciiàe «Aes
>^^^ si^4;Vv^^^ .ir>ià^~ 4iii|ïr. :^Wir '4uvt?^ -iiMte ^5 >^ ^K<<*M^"^. A^^ ]Mk^\ iMir Af^i^t: ift ;^a8» ia
iiiiiiinifi'i'r
LETTRE CXVl.
A SA PREMIÈRE SUPERIEURE DE TOURS. • {La Mère Françoise de Saint-Bernard.)
Guérisons miraculeuses arrivées par TinvocatioD de la Mère Marie de Saiut- Joseph. — Elle témoigne combien la persécution de l'Eglise lui a été sensible, et quelle Ta portée néanmoins avec paix et tranquillité. — Son zèle pour le salut des âmes.
Ma très -révérende et très-honorée Mère,
J'ai reçu toutes vos lettres, qui m'ont apporté la consolation que j'attendais de votre bonté et pieuse affection au regard de notre chère défunte, votre bonne fille. Plus je pense à elle, plus je Taime, et le ressouvenir que j'en ai m'est aussi doux qu'il était au moment que je l'ai perdue. L'on m'écrit à son sujet de divers endroits de la France d'une manière qui fait voir l'amour et la dévotion que l'on a conçus pour elle. C'est un effet de nos lettres et du récit de sa vie, que le révérend Père Le Jeune a fait dans la Relation. Ses vertus ont fait une telle impression dans les esprits et dans les cœurs, qu'il semble que l'onction du Saint- Esprit se soit répandue en tout ce que l'on a écrit pour embaumer les âmes qui ont de l'amour pour la sainteté. On nous demande quelque chose qui ait servi à sçn usage, et l'on nous prie de faire des neuvaines à son tombeau. Une personne de qualité me mande
qu'an religieux savant et de vertu, qui lui est intime ami, lui a dit qu'ayant par tout le corps des douleurs si aiguës, qu'elles lui eussent donné la mort si elle eussent continué, il invoqua la Mère de Saint-Joseph, et que sur Tlieure il sentit un notable soulagement; ce qu'il attribua aux mérites et à l'intercession de cette chère Mère. Une autre personne de qualité m'a assuré qu'elle avait reçu une semblable faveur dans une extrémité de mal dont elle était attaquée depuis plusieurs jours. Ce que vous me mandez de ma sœur Isabelle Pavy est considérable (remarquable) et m'a fort consolée. Dieu soit béni de ses miséricordes !
J'ai eu une joie toute particulière de ce que le récit que je vous ai fait de cette chère compagne vous ait été agréable. Il ne faut point dire que j'ai eu de la peine à cela à cause de l'embarras de nos affaires. Sachez, ma très-bonne Mère, que ni les veilles, ni le temps, ni le travail ne m'ont jamais rien coûté à son égard. Outre son mérite particulier, vous me l'aviez donnée comme ce que vous aviez de plus cher. Âh ! mon intime Mère, qu'il se trouve peu de sujets semblables à cette chère fille! Ce sont des phénix, et à peine un siècle en peut-il produire un. Vous me faites espérer son tableau. Cela nous la remettra devant les yeux, et donnera de la consolation à celles qui l'ont vue, et de la vénération à celles qui viendront après nous.
Quand est-ce que j'arriverai, ma très-chère Mère, au port où a surgi ma fidèle compagne? Quelle voie pourrai-je tenir pour y arriver? Si je suis fidèle à Dieu, je crois que ce sera celle de la croix; non pas de petites croix, car je serais proche du terme il y a longtemps, puisque j'en porte quantité de cette nature depuis plusieurs années. Elles ont bien grossi depuis un an, que
DB LA MÈRE MARIE DE L'iNCARNATION. 17
j*ai vu les affaires de ce pays dans un état si déplorable qu'on les croyait à leur dernière période. L'on projetait déjà de tout quitter, et de faire venir des vaisseaux de France pour sauver ceux qui ne seraient pas tombés en la puissance de nos ennemis. Si vous me demandez où était le point de ma croix, je vous dirai que c'était dans la perte générale de FEglise, et de tant d'âmeis que je voyais qui allaient demeurer dans leur aveuglement. J'ai souffert à ce sujet un martyre intérieur : car je me suis donnée à Dieu pour victime, afin de porter seule les peines et les tourments qu'il plairait à sa justice d'exiger de moi et sur moi pour apaiser sa colère. Je n'ai pas été digne d'être exaucée dans toute l'étendue de mes désirs et de mes inclinations intérieures. Notre très-cher Père Poucet a été plus heureux que moi, parce qu'ensuite d'une offrande semblable qu'il avait faite publiquement de lui-même en prêchant, il fut aussitôt exaucé ; car allant faire un acte de charité à une pauvre veuve, il fut pris et emmené par les Iroquois. Peut-être sera-t-il de lui comme d'un autre Isaac, et que sa volonté detre immolé sera acceptée pour l'effet par Celui qui connaît le fond et la sincérité des cœurs do ceux qui lui font de semblables offrandes. Nous en attendons l'issue; car dès qu'il a été entre les mains de ces ennemis barbares, ils ont, par des voies toutes contraires à leur férocité ordinaire, demandé la paix et l'amitié des Français. On leur a accordé une cessation d'armes en ramenant (à condition de ramener) notre chère victime.
Voilà l'état présent de nos affaires, après deux ou trois miracles que Dieu a faits en faveur de ce pays lorsqu'on le tenait comme désespéré. Âh ! mon intime Mère, que ne suis-je digne d'être immolée pour la gloire
LBTTR. If. II.
de ce grand Dieu ! Obtenez-moi cette insigne grâce en la manière qai sera la plus agréable à sa divine Majesté, car Je ne veux ni vie, ni mort, ni respiration que dans son agrément. Oh! qu'il est doux, quoi qu'on souffre des martyres en diverses manières, de rouler tous les moments de sa vie dans les volontés d'un si bon Dieu. Mon cœur vous dit plus que ma plume. Rendez, s'il vous plaît, des actions de grâces à sa bonté des faveurs qu'elle me fait dans ma vocation. Je vous dis à l'oreille qu'on se trompe souvent en matière de vocation, et ce que le bienheureux M. de Genève (saint François de Sales) dit est très*véritable, que toute inspiration est pensée, mais que toute pensée n'est pas inspiration. Je Tai expérimenté dans la fidèle correspondance que notre chère défunte a eue à sa grâce, car elle m'a raconté que dans les commencements son attrait était dans de bonnes pensées; mais Tissue a bien fait voir que c'était un bien inspiré et non-seulement pensé. On s'imagine quelquefois qu'un certain feu passager est une vocation; non, mon intime Mère, les événements découvrent le contraire. Dans ces feux momentanés, on tient plus à soi qu à lobjet qu'on envisage ; et aussi Ton voit que ce feu étant passé, les pentes et les inclinations demeurent en leur assiette ordinaire de la nature.
Je vous dis donc que mes croix pour llntérêt de TEglise ont été grandes : mais après tout^ comme il est très- doux et très-juste de suivre les volontés d'un Dieu si aimable, je regardais notre chère maison de Tours pour y retourner, ou un autre lieu de France pour y fonder un monastère, ainsi qu il est porté dans le contrat de notre fondation. Dans l'un et l'autre de ces deux expédients» je n'euase rien voulu entre-
DE LA MÈRE MARIE DE l'iNCARNATION. 19
prendre sans Tordre et la direction de mes supérieurs légitimes. C'est pour répondre à ce que vous demandez que je fais cette petite digression. Pour mon particulier, dans toutes ces rencontres mon cœur était si calme et tranquille, que je n'aurais pu lui donner un mouvement contraire à sa tranquillité.
A présent on traite de la paix, et l'on parle de faire venir des ouvriers de l'Evangile, pour faire une grande mission à Ontario, qui est à dix journées au-dessus de Montréal. L'on fait état dy mener encore des soldats, et d'y bâtir un fort, afin de s'assurer du lieu, parce que ce poste étant au milieu de plusieurs grandes nations, ce sera Une retraite pour ceux qui iront annoncer l'Evangile. Je sais bien que je n'irai pas, mais l'intérêt de la gloire de Dieu dans le gain des âmes me consume, dans l'attente que l'affaire soit au point où on la souhaite. Je n'irai, dis-je, pas, car ce n'en est ni le temps ni ce qui est convenable à ma condition : mais ces missions nous donneront des filles, quand elles seront établies. Je ne regarde pas le présent, mais l'avenir, m'estimapt heureuse d'être employée dans lé fondement d'un si grand édifice, tant au regard des Français que des sauvages, puisque les âmes des uns et des autres ont également coûté au Fils de Dieu. Sans l'éducation que nous donnons aux filles françaises qui sont un peu grandes, durant l'espace de six mois ou environ, elles seraient des brutes pires que les sauvages. C'est pourquoi on nous les donne presque toutes les unes après les autres, ce qui est un gain inestimable pour ce pays.
Vous direz, je m'assure, que je ne suis pas sage d'avoir à l'âge de cinquante-trois ans les sentiments que je vous déclare (que je vous manifeste). Mais pensez
âU LETTRES
ce qall tous plaira ; si Ton me disait, il faut maintenant partir ponr aller aux Indes, on à la Chine, on aux Iroquois, afin d*en apprendre la langae et de travailler à leur conversion, me voilà prête, mon intime Mère. Mais je ne sois pas digne de ce bonhear; mon cher Jjtsus m^occape à d antres choses; je roale dans sa volonté, je snis contente, et quelque croix qall m*arrive, je ne veux point sortir de ce centre. Voilà ma vocation et ma disposition, pour laquelle je vous supplie, au nom de notre divin Sauveur et Maître, de lui demander que je lui sois fidèle, car je nai rien de moi que le péché et llmperfection.
Je crois ce que vous me mandez de notre chère maison de Tours» et je me persuade aisément que la paix et Tunion y sont au point que vous le dites. Le chef ayant les qualités de Tamour et de la charité en éniinence» il ne se peut faire que les membres ne parti- QÎpeut à la douceur de ses influences. Je ^ue cette Qhère Communauté, et la conjure de me considérer toujours comme un membre, quoiquindigne, d*un corps si précieux. Je me recommande à ses prières, et la QOKJ^^ ^^ ^^ ^^^ V^^ ^^ ^^ mérites.
Di^ Québec 1653.
DE LA MÈRE MARIE DE L'iNGARNATION . 21