‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 40 sur 101 · LETTRE CLIV · texte numérisé non relu

LETTRE CLIV

Franfftii louucrtt par l«t troqaoî* Agneroonoiu. — Lm Iraqooii «(ifci'"' ij«auiDd«Dt la pkii. — Aecideiiti et

Mon tràs-cfaer fils.

Enfin, après avoir été loogtaBpt attendus, laiw* seaux ont paru à notre porf li mois de suptenlA et ils noua oDtâaMiÉ^W|ÉMMriftfioiâ-'J'Avaaeiffi

DE LA MÈRB MARIB DB L'INCARNATION . 203

qui vient ici pour être notre Gouverneur. J'avais déjà Wfiçsns de vos nouvelles par un navire pêcheur; sans cela j'eusse été en peine de vous ; mais Dieu soit béni de ce qu'elles soient bonnes, et que je vous sache dans les dispositions que sa divine bonté demande de vous !

Je ne doute point que vous n'ayez été en peine à

notre sujet, à cause des mauvaises nouvelles qui furent

portées en France, l'année dernière, touchant la persé-

eutbn des Iroquois. Ils ont encore fait pis cette année

que toutes les précédentes, ayant tué ou pris captifs

plos de cent Français depuis Montréal , où ils ont

commence leurs ravages, jusqu'au Cap de Tourmente,

qû est la dernière des habitations françaises. Ils sont

Tonu dans 111e d'Orléans, d'où les habitants se sont

presque tous retirés, pour éviter les carnages qu'ils ont

vos chez leurs voisins. De là ils ont été au delà de

Tàdoussac, pour courir après nos nouveaux chrétiens,

toi, au nombre de plus de quatre-vingts canots, étaient

allés en traite, accompagnés de deux de nos révérends

Pères, et de quelques Français, à la nation des Chiris-

fino&t, qn*on dit être fort nombreuse.

I Ces bons néophytes, et surtout nos révérends Pères

[ ont renoontré en leur chemin un grand nombre de

iuifiges, à qui ils ont annoncé la parole de Dieu; mais

Q se lecr a pas été possible de passer outre, les Iroquois

ajut éfé jusqu'à cette nation, qu'ils ont écartée et fait

Aîr CM?: me- les autres en des lieux qu'on se sait pas

eœore. Cesi par une pro^ectios toute particulière de

la Uns^ bonté que nos Pères et nos chrétîeni ont éU

réi: car ces barbares a.Iaien: de lieu en Eea

les Toeaar et les surprendre. Nos gens trouvaieei

BmmpÊtfË ^>a^5« fraîche? e: :e::r? feox encore aîlumét:

t fOM ton oss i^Dgers ils soi.: arrivés à Ik/a yx^

extrêmement fatigués de leurs travaux, dont la faim n'a pas été le moindre ; car ils ont pensé mourir faaie de vivres, n'osant chasser à cause de l'ennemi.

Entre les Français qui ont été tués, M. le sénéchal fils aîné de M. de Lauzon, est le plus considérable. C'était un homme très-généreux et toujours prêt à courir sur l'ennemi, et toute la jeunesse le suivait avec ardeur. Lorsque l'on eût appris la nouvelle des meurtres arrivée en l'Ile d'Orléans et à Beaupré, il y voulait aller à touiB force pour chasser l'ennemi; on l'en empêcha avec raison. Mais la sœur de madame sa femme ayant son mari proche de l'Ile, où il était allé à la chasse, n'eut point de repos qu'elle n'eût trouvé quelque ami pour l'aller dégager. M. le sénéchal \oulut en cette rencontre signaler l'amitié qu'il lui portait. Il part lui septième dans une chaloupe qui étant vis-à-vis de la maison du sieur Maheu, qui est au milieu de File, et qui avait été abandonnée depuis quelques jours, il la fit échouer à marée baissante entre deux rochen qui font un sentier pour aller à cette maison. Il y envoya deux de sa compagnie, pour découvrir s'il n'y avait point d'Iroquois. La porte étant ouverte, l'un d'^ix y entra et y trouva quatre-vingts Iroquois en embuscade, qui le tuèrent et couriiVent après l'autre, qui, après s'être bien défendu, fut pris tout vif. Ils allèrent ensuite assiéger la chaloupe, où il n'y avait plus que cinq hommes , qui se ' défendirent jusqu'à la mort. M. le sénéchal, qu'ils ne voulaient pas tuer, afin de l'emmener vif en leur pays, se défendit jusqu'au dernier soupir. On lui trouva les bras tout meurtris et hachés des coups qu'on lui avait donnés pour lui faire mettre les armes bas ; ils n'en purent venir à bout, et jamais ils ne le purent prendre. Après sa mort, ils lui cou-

parent la tête qu'ils emportèrent en leur pays. Ainsi nos sept Français furent tués, mais ils tuèrent un bien plus grand nombre dlroquois, dont on trouva les ossements quand on alla lever les corps des nôtres, leurs gens ayant fait brûler les corps de leurs morts selon leiir coutume, et laissé ceux de nos Français entiers.

Après cette expédition, ces barbares se retirèrent à la hâte, voyant venir le secours que M. notre Gouverneur envoyait, mais trop tard : car il n*eut nouvelle de la rencontre que par M. de l'Ëspinay, qui est celui pour g[m l'on s'était mis au hazard, lequel ayant entendu le bruit des fusils, fit voile vers Québec pour avertir ga'il y avait du malheur. Mais quand il sut que c'était pour lui que l'on s'était exposé, il pensa mourir de loaleur. Son frère était du nombre des sept, et les BUitres étaient des principaux habitants qui voulurent rendre service en cette occasion à M. le sénéchal.

Depuis ce temps l'on n'a encore vu que des massacres. Le fils de M. Godefroid étant parti des Trois-Rivières pour aller aux Attikamek avec une troupe d'Algonquins, ils furent attaqués et mis à mort par les Iroquois, après s'être vaillamment défendus, et avoir tué un Bfrand nombre d'ennemis.

Ces barbares ont fait «beaucoup d'autres coups semblables: mais Montréal a été le principal théâtre de leurs carnages. Madame D'Ailleboust, qui a fait un voyage ici, m'a rapporté des choses tout à fait funestes. Blie m'a dit que plusieurs habitants furent tués par Kiirprise dans les bois, sans qu'on sût où ils étaient, DÎ ce qu'ils étaient devenus. On n'osait les aller chercher, ni même sortir, de crainte d'être enveloppé dans un semblable malheur. Enfin Ton découvrit le lieu par [e moyen des chiens que Ton voyait revenir tous les

206 LBTTRE8

jours saouls et pleins de sang. Cela fit croire qati faisaient curée des corps morts, ce qui affligea sensiUament tout le monde. Chacun* se mit en armes, pour as aller reconnaître la vérité. Quand on fut arrivé au lias, Ton trouva çà et là des corps coupés par la mdtML d'autres tout charcutés et décharnés, aves des têtes, dat jambes, des mains éparses de tous côtés. Chacun pritiai charge, afin de rendre aux défunts les devoirs de la sépulture chrétienne. Madame D*Ailleboust, qui 9i*a raconté cette histoire, rencontra inopinément un hommeb qui avait- attaché devant son estomac la carcasse d*Qii corps humain, et les mains pleines de jambes et de bras. Ce spectacle la surprit de telle sorte, qu'elle pensa moiuif de frayeur. Mais ce fut tout autre chose quand ceux qui portaient ces restes de corps furent entrés dans li ville, car Ton n'entendait que des cris lamentables dai femmes et des enfants de ces pauvres défunts..

Nous venons d'apprendre qu'un ecclésiastique éè la compagnie de Messieurs de Montréal, (Sulpicien^ venant de dire la sainte Messe, se retira un peu à l'écari pour dire ses heures en silence et recueillement, assai proche néanmois de sept de leurs domestiques (fâ travaillaient. Lorsqu'il pensait le moins à l'accideol qui lui arriva, soixante Iroquois qui étaient en embiuh cade, firent sur lui une décharge de fusils. Tout perd qu'il était, il eut encore le courage de courir à ses gani pour les avertir de se retirer, et aussitôt il tomba mort Les ennemis le suivirent et y furent aussitôt que lui Nos sept Français se défendirent en retraite, mais ili ne purent si bien faire qu'un d'eux ne fût tué et lUS autre pris. Alors ces barbares firent des huées extraort dinaires pour marque de la joie qu'ils avaient d'avoil tué une robe noire. Un renégat de leur troupe k

dépouilla et se revêtit de sa robe, et ayant mis une chemise par-dessus en forme de surplis, faisait la procession autour du corps, en dérision de ce qu'il avait vu faire dans Fëglise aux obsèques des défunts. Enfin ils loi coupèrent la tête , qu'ils emportèrent , se retirant en diligence de crainte d'être poursuivis par les soldats du fort. Voilà la façon dont ces barbares font la guerre. Ils font leur coup, puis ils se retirent dans les bois, où les Français ne peuvent aller.

Nous avons eu des présages funestes de tous ces malheurs. Depuis le départ des vaisseaux de 1660, il a paru au ciel des signes qui ont .épouvanté bien du monde. L'on a vu une comète, dont les verges étaient pointées du côté de la terre. Elle paraissait sur les deux à trois heures du matin, et disparaissait sur les six à sept heures, à cause du jour. L'on a vu en l'air un homme en feu, et enveloppé de feu. L'on y a vu encore un canot de feu, et une grande couronne aussi de feu du côté de Montréal. L'on a entendu dans l'Ile d'Orléans un enfant crier dans le sein de sa mère. De plus l'on a entendu en l'air des voix confuses de femmes et d'enfants avec des cris lamentables. Dans une autre rencontre l'on entendit en l'air une voix tonnante et horrible. Tous ces accidents ont donné de l'efifroi au point que vous pouvez penser.^

(1) La Mère de rincamation parle d'après des récits qui circulaient au moment où elle écriTait, et très-^certainement elle ne prétendait pas en garantir la Térité. On sait que les météores affectent toutes les formes, et qu'il est facile à une hnaginalion effrayée de se figurer des fantômes lorsqu'il n'y en a qu'une ébauche. On^rra néanmoins par la Lettre CLIX et par les remarques que nous y ajoutons, qu'il se passa certainement à cette époque, au Canada, des choses en ce pan qu^il n'est pas possible d'expliquer sans recourir à une cause surnaturelle : ntrement il faudrait supposer que toute une population disséminée sur une éUndoe de plusieurs centaines de lieues, eût été hallucinée au même moment et

De plas, Ton a découvert qu'il y a des sorciers et i magiciens en ce pays. Cela a paru à Toccasion d*0Ji ' meunier, qui était passé de France au même temps qw Mgr notre Evêque, et à qui Sa Grandeur avait fait faire abjuration de Tbérésie, parce qu'il était huguenot Cet homme voulait épouser une fille qui était passée avee^ son père et sa mère dans'le même vaisseau, disant qu'elle lui avait été promise ; mais parce que c'était un homme de mauvaises mœurs, on ne le voulut jamais écouter. Après ce refus, il voulut parvenir à ses fins par les ruses de son art diabolique. Il faisait venir des démons ou esprits follets dans la maison de la fille, avec des spectres qui lui donnaient bien de la peine et de l'effiroi. L'on ignorait pourtant la cause de cette nouveauté; jusqu'à ce que le magicien paraissant, l'on eut sujet de croire qu'il 'y avait du maléfice de la part de ce misérable, car il lui apparaissait jour et nuit, quelquefois seul, et quelquefois accompagné de deux ou trois

pendant des mois et môme des années entières. Or, il y aurait en cela un mirad* qui surpasserait les prodiges que Ton refuserait de croire.

Quant aux sorciers et aux interventions diaboliques dont parle la ▼énérs^'* Mère dans l'alinéa suivant, il a été de bon ton depuis deux siècles de rejeter sM^ examen tous les récits de ce genre. Mais aujourd'hui les hommes sérieux croî^'*' devoir procéder autrement, depuis que l'on a exhumé de l'histoire un gr^^ nombre de faits pareils, juridiquement constatée. Supposera-t-on qu'à toutes ^^ époques antérieures, tous les hommes dont les tribunaux étaient composés, toos les juriconsultes éminents, dont les écrits feront autorité jusqu'à la fin des siècl^t se soient trompés grossièrement sur des faits visibles, palpables et qui aujourd'/taJ ne pourraient induire personne en erreur. Il faudrait dionc aussi qu*un grand nombre de sorciers qui faisaient des aveux complets se fussent imaginé, sans le moindre fondement, qu'ils faisaient des pactes avec le démon et que ces pactes avaient pour résultat les forfaits qu'on leur reprochait.

Les savants modernes nient tout ce qui contredit leurs idées. Ils ont nié les aérolithes jusqu'à ce qu'ils aient été écrasés par l'évidence; ils nient les stigmates, les miracles de Lourdes, etc., et le tout sans examen. S'ils le pouvaient, ils nieraient les tables tournantes, ils aiment mieux n'en pas parler.

autres, que la fille nommait, quoiqu'elle ne les eût jamais vus. Monseigneur y envoya des Pères, et il y est allé lui-même pour chasser les démons par les prières de l'Eglise. Cependant rien n'avançait, et le bruit continuait plus fort qu'auparavant. L'on voyait des fantômes, l'on entendait jouer du tambour et de la flûte. Ton voyait les pierres se détacher des murs, et voler çà et là, et toujours le magicien s'y trouvait avec ses compagnons pour inquiéter la fille. Leur dessein était de la faire épouser à ce malheureux qui le voulait bien aussi, mais qui la voulait corrompre auparavant. Le lieu est éloigné de Québec, et c'était une grande fatigue aux Pères d'aller faire si loin leur exorcisme. C'est pourquoi. Monseigneur voyant que les diables tâchaient de les fatiguer par ce travail, et de les lasser par leurs bouffonneries, ordonna que le meunier et la fille fussent amenés à Québec. L'un fut mis en prison, et l'autre fut enfermée chez les Mères -Hospitalières. Voilà où l'affaire en est. Il s'est passé dans cette affaire bien des choses extraordinaires que je ne dis pas pour éviter la longueur, et afin de finir cette matière. Pour le magicien et les autres sorciers, ils n'ont encore rien voulu confesser. On ne leur dit rien aussi, car il n'est pas facile de convaincre des personnes en cette nature de crime.

Après cette recherche des sorciers, tous ces pays ont été affligés d'une maladie universelle, dont on croit qu'ils sont les auteurs. C'a été une espèce de coqueluches ou rhumes mortels, qui se sont communiqués comme une contagion dans toutes les familles, en sorte qu'il n'y en a pas eu une seule d'exempte. Presque tous les enfants des sauvages, et une grande partie de ceux des Français, en sont morts. L'on n'avait point encore

"•«TTR. M. 11. 14

^10 LKTTRES

TU uhô semblable mortalité» car ces maladies se touraaient en pleurésies accompagnées de fièvres. Noos ^n avons été tous attaqués; nos pensionnaires, nos •éminaristes. nos domestiques ont tous été à Textréniité« Enfin, je ne crois pas qu'il y ait en vingt persodWM dans le Canada qui aient été exemptes de ce mal ; lequel étant si universel, on a eu grand fondement de étoile que we misérables avaient empoisonné Tair. VoiU deux fléaux, doni il a plu à Diea d*exercer ceti^ ao'UVdile Kgli^e : lun est celui dont je viens de parier, car Ton u avaii jamais tant vu mourir de per- «OAUiei» en Canada comme Too a vu cette année ; 1 autre Mt la ))erMOUtio«x de» Iroqaoiîs. ^ixà tient tout le pays dan» de^ a^^twhexiùofiLS eoaÛLiMiLdSv car il faut avouer qu^ »11» ax aient laUrwâe di» Frdii^;aBS« ei ails savaient

nocr^ taiOA.^» lU atou» euâsenû Ui^jsi textanaines; mais l>Wu Im aveulie par la beat» ^;js!iL a fsmr Dons, et }'e«pèiv quiL uocj» ûvcri;$era rjajoo» Jr* sa pcoteetion

DB LA MÈRE MARIE DE l'IN CARNATION. 211

Page 1