‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 43 sur 101 · LETTRE CLVII · texte numérisé non relu

LETTRE CLVII

AU MÊME

Désordre effroyable causé par Tusage du vin et de Teau-de-TÎe. Mgr Tévéqne de Petrée va eu France pour y apporter remède.

Mon très-cher fils,

Je vous ai parlé dans une autre lettre d'une croix que je vous disais m'être plus pesante que toutes les hostilités des Iroquois. Voici en quoi elle consiste. Il y a en ce pays des Français si misérables et sans crainte de Dieu, qu'ils perdent tous nos nouYeaux chrétiens, leur donnant des boissons très- violentes, comme du vin et de Teau-de-vie, pour tirer d'eux des castors. Ces boissons perdent tous ces pauvres gens: les hommes, les femmes, les garçons et les filles même; car chacun est maître dans la cabane quand il s'agit de manger et de boire ; ils sont pris tout aussitôt et deviennent comme furieux. Ils courent nus avec des épées et d'autres armes, et font fuir tout le monde, ^ soit de jour soit de nuit; ils courent par Québec sans que personne les puisse empêcher. Il s'ensuit de là des meurtres, des viols, des brutalités monstrueuses et inouïes. Les révérends Pères ont fait leur possible pour arrêter le mal, tant du côté des Français que de la part des sauvages; tous leurs efforts ont été vains. Nos filles sauvages externes venant à nos classes, nous

DE LA MÈRE MARIE DE l'iNCARNATION. 221

ar avons fait voir le mal où elles se précipitent en livant Fexemple de leurs parents; elles n*ont pas !mis depuis le pied chez nous. Le naturel des sauVdges it comme cela. Ils font tous ce qu'ils voient faire à mx de leur nation en matière de mœurs, à moins l'ils ne soint bien affermis dans la morale chrétienne, n capitaine algonquin, excellent chrétien et le preiér baptisé du Canada, nous rendant visite» se plaidait disant : Ononthio, c'est M. le Gouverneur, nous le, de permettre qu'on nous donne des boissons. Qus lui répondîmes : Dis-lui qu'il le défende. — Je i ai déjà dit deux fois, repartit-il, et cependant il en fait rien; mais priez-le vous-même d'en faire la 5fense, peut-être vous obéira-t-il.

C'est une chose déplorable de voir les accidents nestes qui naissent de ce trafic. Mgr notre Prélat a it tout ce qui peut s'imaginer pour en arrêter le (urs, comme une chose qui ne tend à rien moins qu'à

destruction de la foi et de la religion dans ^es contes. Il a employé toute sa douceur ordinaire pour itoarner les Français de ce commerce si contraire. la gloire de Dieu et au salut des sauvages. Ils ont éprise ses remontrances, parce qu'ils sont maintenus LF une puissance séculière qui a la main forte. Ils i disent que partout les boissons sont permises. On ar répond que dans une nouvelle Eglise, et parmi \8 peuples non policés, elles ne doivent pas l'être, lisque l'expérience fait voir qu'elles sont contraires la propagation de la foi et aux bonnes mœurs que ^n doit attendre des nouveaux convertis. La raison a pas fait plus que la douceur. II y a eu d'autres intestations très-grandes sur ce sujet. Mais enân«

zèle de la gloire de Dieu a emporté notre Prélat

tèi LETTRES

et Ta obligé d'excommunier ceux qui exerceraient ce trafic. Ce coup de foudre ne les a pas plus étonnés que le feste. Ils n'en ont pas tenu compte, disant que l'Eglise n'a point de pouvoir sur les affaires de cette nature.

Les. affaires étant à cette extrémité, il s'embarque pour passer en France, afin de chercher les moyens de pourvoir (remédier) h ces désordres, qui entraînent après eux tant d accidents funestes. 11 a pensé mourir de douleur à ce si^get, et on le voit sécher sur pied. Je crois que s'il ne peut venir ^ bout de son dessein il ne reviendra pa$, ce qui serait une perte irréparable pour cette nouvelle Eglise et pour tous les pauvres Français. Il se fait pauvre pour les assister; et pour diiv eu uu m^t tout ce que je conçois de son mérite, U pone )t^ maniues et le caractère d*nn saint. Je vous prie ^e reeoiaiua:iv!er et de faire recommander à Notre- $eijjnieur une affaire si isiportante> et qnll loi plaise <ie uoos^ renvo>ver m^cre bon* prêtât,. Père et véritable pw^ieur ^e$ àme$ v^ai lui $oat commises.

Vcu$ T^ve9 v((ie m^ lettre ne puie que de Taffidre vtui me vw*§^ i*^ pI^J» '^«î vrœor. parce que Jy vois la M^^^i^^tj^ v£e l>i!ea viiêi^acKe. rEgiise mjéprisée, et les iot^^ ^^it)^ It^ oUtt^r êvblenc cfie se perdre. Mes antr» W<itit>^ irè{;^z>5JiîvxjL0 iox v0î3»s

BE LA MËRB MARIB DB l'iN CARNATION. 223

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