‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 44 sur 101 · LETTRE CLVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CLVIII

AU MÊME

Le ro? envoie des Commissaires dans la Nouvelle-France pour prendre possession' du port de Plaisance, et pour examiner la nature et la qualité du pays.

Mon très-cher fils,

L*on yieDt de me donner avis qu'une chaloupe va partir pour aller trouver les vaisseaux du roi qui se sont arrêtés à soixante lieues d'ici, sans qu'on ait jamais pa faire obéir le capitaine, quoiqu'on lui ait commandé d0 la part du roi de venir à Québec. 11 s'excuse sur la saison qu'il dit être trop avancée, aucun navire * n*ayant jamais monté si tard jusqu'à Québec, ajoutant que son vaisseau étant de quatre cents tonneaux, il risquerait trop dans le fleuve. Mais la véritable raison est qu'il a peur qu'on ne le châtie de sa mauvaise conduite dans le temps de sa navigation, ayant fort maltraité le gentilhomme quB'Sa Magesté envoie pour TBoonnaître le pays^ comme aussi M, Boucher qui était le porteur des lettres du roi, et enfin tous les passagers <iu*il a presque fait périr de faim et de soif, comme en effet il en est mort près de quarante. Il n'avait des vivres que pour deux mois, et il en a été quatre en chemin. Il a aussi arrêté au même lieu l'autre vaisseau qui, n'étant qu'une flûte, eût pu monter jusqu'ici, et s'en retourner même après la Saint-Martin, d'autres

semblables en étant partis pins tard les années dernières.

M. de Monts qui est le gentilhomme dont j*ai parlé, est venu ici dans une chaloupe, et il est retourné pour débarquer trois ou quatre cents personnes qui sont dans ces grands vaisseaux, et les vivres qui sont nécessaires pour leur hivernement. Toutes les chaloupes et barques de ce pays y sont allées, ce qui nous Cause une codfusion que Ion n avait point encore vue. Comme noos ne recevons nos paquets que peu à peu , nous ne faisons aussi nos réponses que par de petits mots par les chaloupes qui vont file à file hux grands vaisseaux. C'est donc par la chaloupe qui va partir que je vous écris celle-ci pour vous dire ce que M. de Monts a fait dans sa commission. Il a pris possession en chemin da fort de Plaisance aux Terres-Neuves, oti il y a pêcherie de morues dans un détour, à six cents lieues de France, et dont les Anglais ou les Hollandais voulaient se rendre les maîtres. Il y a laissé trente hommes de guerre pour le garder, avec un ecclésiastique et des vivres pour rhiver.

Depuis ce lieu- là il a considéré les terres, les montagnes, les fleuves, les rivages et leurs avenues. Il est venu à Québec, dont il a visité les ports et les environs de rhabitation. A la faveur d'un vent nord-est, il est monté en un jour aux Trois-Riviôres , oti il a établi pour gouverneur M. Boucher, qui avait déjà commandé en ce lieu.^ C*est lui qui a porté en France les lettres

( 1 Les tltffceaJants de cet homme de bien, qne l'on appelle encore aajovidliBi U ijrttndpirt Boucher, soot réparés en plasiears branches et familles honorables •i<» la Duhi««te caoadieoDe. Le grand-{-ère Boacher moamt à qnatre-Tingt qoiott ft.M. laii^aiit «luir-.ze eufaiits, dont deux pnètres et cae religieuse UrsnliDe. Noos • .Ci .a.: c..tiL4::ro pou a-huiruMe leâlameat dans notre écrit intitulé : Coursée >.^n» f .ji.imun tti quariiikU lerons. Peu afrès sa mort, on lai comptait cect Ml. lUAutc (>ctitft eiifantt.

DE LA MÈRE MARIE DE l'iNCARNATION. 225

et les commissions de M. le Gouverneur, et qui les a présentées au roi, qui l'a écouté avec une bonté extraordinaire, et qui lui a promis d'envoyer ici un régiment l'année prochaine, avec de petits bateaux pour voguer sur la rivière des Iroquois Agneronons, que Sa Majesté veut détruire, afin de se rendre le maître de tout le pays. Nous estimons que c'est pour cela que Sa Majesté a envoyé M. de Monts en commission pour faire la visite du pays. Après que ce gentilhomme eut examiné toutes choses, il est tombé d'accord sur tout ce que M. le Gouverneur avait mandé au roi, et que M. Boucher lui avait confirmé de bouche, que l'on peut faire en ce pays un royaume plus grand et plus beau que celui de France. Je m'en rapporte, (je ne juge pas d'après ma propre opinion), mais c'est le sentiment de ceux qui disent s'y connaître. Il y a des mines en plusieurs endroits ; les terres y sont fort bonnes; il y a surtout un grand nombre d'enfants. Ce fat un des points sur lesquels le roi questionna le plus M. Boucher, savoir si le pays était fécond en enfants. Il l'est en effet, et cela est étonnant de voir le grand nombre d'enfants très-beaux et bien faits, sans aucune difformité corporelle, si ce n'est par accident. Un pauvre homme aura huit enfants et plus, qui l'hiver vont nu-pieds et nu-tête, avec une petite camisole sur le dos, qui ne vivent que d'anguilles et d'an peu de pain; et avec tout cela ils sont gros et gras. M. de Monts s'en retourne bien content, et se promet bien de venir nous revoir dans huit mois pour continuer les desseins de Sa Majesté. Priez la Majesté souveraine que tout réussisse pour sa gloire.

De Québec, le 6 de novembre 1662.

LBTTR. M. II. 15

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