‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 45 sur 101 · LETTRE CLIX · texte numérisé non relu

LETTRE CLIX

AU MÊME

Unlntlôn <lti (rtmhlemADt de terre arrivé ati Canada dans Tannée 1663,

et de tes effets merTeillenx.

Mon très- cher fils,

J*Ai réservé k vous faire séparément le récit do Iromhlement de terre arrivé cette année dans notre Nouvelle- France, lequel a été si prodigieux, si violeot 0i si effroyable, que je n*ai pas de paroles assez foitee pour Texprimer; et je crains même que ce que j'en lUmi no passe pour incroyable et pour fabaleox.

\k^ troisième jour de février de cette année 1663, \iuf^ fi>miuii^ sauvage^ mais très-bonne et très- excellente ohri^tif^uii<\ ^tant éveillée dans sa cabane tandis que t^vu« K^ ^utr^ dormaient, entendit nne Toix distincte ^t «Hioiilf^ ^)ui lui dit : ]>ans deux jours il doit arriver vW^ \'K\>$i(^ bien ^^auantes ei merretUenses. Et le len- ^H^^K^iiH U unNiie t^aica^e étant dans la Iwét avec m ^VH^r (\^^r à^irv^ $a pcv^vis^» joanalièffe de bois, elle >*^\v>*..*îil stvjfcÇ"x5fr.'^eœw îa m^àsie v«x i^ai lui dit : Ce *v*^>A sV^^ft*^:^ ^w:?^ !i«i vHtrvç ec s£x &i«r>BS da aoir que VN^ W^'tv ^i^s^irti^ ^j^"^^ <rc v(tt eue ts^nnâfiara ^ ose manière v^si)»¥s^^V« V^.V ?t^>^^ct9^ v«v ^ euje arts essendii à ceux J^H^ ^ y\^>^wr3«iK <*i^ ^ir^îrw^a xx?^r ^oiiLiiSSDfim» ce quelle ^HMMk ^^^MW!e ^i^^$«^i»^. ^ >iVatau xn «aftic i&e son ima-

;ion. Cependant le temps fut assez calme ce jour-là, ancore plus le jour suivant.

lie cinquième jour, fête de sainte Agathe, vierge et rtyre, sur les cinq heures et demie du soir, une •sonne d'une vertu éprouvée, et qui a de grandes nmunications avec Dieu, le vit extrêmement irrité itre les péchés qui se commettent en ce pays, et en me temps elle se sentit portée à lui en demander tice,^ Pendant qu'elle oflFrait ses prières à la divine ijesté pour cette fin, et aussi pour les âmes qui étaient péché mortel, afin que sa justice ne fût pas sans miséorde, suppliant encore les martyrs du Japon, dont 1 faisait la fête ce jour-là, d'en vouloir faire l'appli- ;ion selon qu'il serait le plus convenable à la gloire Dieu, elle eut un pressentiment, ou plutôt une lurance infaillible que Dieu était prêt de punir le ys pour les péchés qui s'y commettent, surtout pour mépris qu'on y fait des ordonnances de l'Eglise. Elle put s'empêcher de désirer ce châtiment, quel qu'il t être, puisqu'il était arrêté dans le décret de Dieu, 18 qu'elle eût aucune vue de ce que ce pourrait être, continent après, et un peu avant que le tremblement îvât, elle aperçut quatre démons furieux et enragés X quatre coins de Québec, qui ébranlaient la ierre 30 tant de violence, qu'ils témoignaient vouloir tout iverser. Et en effet ils en fussent venus à bout si personnage d'une beauté admirable et d'une majesté rissante, qu'elle vit au milieu d'eux et qui lâchait temps en temps la bride à leur fureur, ne l'eût rete-

) Elle parle de la Mère Saint- Augustin , religieuse de THôtel-Dieu, regardée me une sainte pendant sa vie, et dont la mémoire est encore aujourd'hui en de vénération au Canada. Sa vie a été publiée en 1671 par le Père Rague- I, Jésuite. Elle forme un volume de 500 pages in-S®.

nue lorsqu'ils étaient sur le point de tout perdre. Elle entendit la voix de ces démons qui disaient : Il y a maintenant bien du monde effirayé; nous Toyons bien qu'il y aura beaucoup de conversions, mais cela durera peu, nous trouverons bien le moyen de ramener le monde à nous. Cependant continuons à ébranler la terre, et faisons notre possible pour tout renverser.

Le temps était fort calme et serein, et la vision n'était pas encore passée, que l'on entendit de loin un bruit et bourdonnement épouvantable, comme si un grand nombre de carrosses roulaient sur des pavés avec vitesse et impétuosité. Ce bruit n'eut pas plus tôt réveillé l'attention, que l'on entendit sous terre et sur la terre et de tous côtés, comme une confusion de flots et de vagues qui donnaient de l'horreur. L'on entendait de toutes parts comme une grêle de pierres sur les toits, dans les greniers et dans les chambres. Il semblait que les marbres dont le fond de ce pays est presque tout composé, et dont nos maisons sont bâties, allaient s'ouvrir et se mettre en pièces pour nous engloutir. Une poussière épaisse volait de tous côtés. Les portes s'ouvraient d'elles-mêmes, d'autres qui étaient ouvertes se fermaient. Les cloches de toutes nos églises et les timbres de nos horloges sonnaient toutes seules, et les clochers aussi bien que nos maisons étaient agités comme des arbres quand il fait vent; et tout cela dans une horrible confusion de meubles qui se renversaient, de pierres qui tombaient, de planchers qui se séparaient, de murs qui se fendaient. Parmi tout cela l'on entendait les animaux domestiques qui hurlaient. Les uns sortaient des maisons, les autres y rentraient. En un mot Ton était si effrayé, que l'on s'estimait être à la veille du jugement, puisque l'on en voyait les signes.

Un accident si inopiné et en un temps auquel les jeunes gens se préparaient à passer le carnaval dans des excès, fut un coup de tonnerre sur la tête de tout le monde, qui ne s'attendait à rien moins. Ce fut plutôt un coup de la miséricorde de Dieu sur tout le pays, comme on l'a vu par les effets dont je parlerai ailleurs. Dès cette première secousse la consternation fat universelle. Et comme l'on ignorait ce que c'était, les uns criaient au feu, croyant que ce fut un incendie, les autres couraient à l'eau pour Téteindre; d'autres se saisirent de leurs armes, croyant que ce fût une armée Iroquoise. Mais comme ce. n'était rien de tout cela, ce fut à qui sortirait dehors pour éviter la ruine des maisons qui semblaient sur le point de tomber.

On ne trouva pas plus d'assurance dehors que dedans : car par le mouvement de la terre, qui trémoussait sous nos pieds comme des flots agités sous une chaloupe, on reconnut aussitôt que c'était un tremblement de terre. Plusieurs embrassaient les arbres qui, se mêlant les uns dans les autres, ne leur causaient pas moins d'horreur que les maisons qu'ils avaient quittées ; d'autres s^'attachaient à des souches qui, par leurs mouvements, les frappaient rudement à la. poitrine. Les sauvages, extrêmement effrayés, disaient que les arbres les avaient bien battus. Quelques-uns d'entre eux disaient que c'étaient des démons dont Dieu se servait pour les châtier, à cause des excès qu'ils avaient faits en buvant de l'eau- de-vie, que les mauvais Français leur avaient donnée. D'autres sauvages moins instruits, qui étaient venus à la chasse en ces quartiers, disaient que c'étaient les âmes de leurs ancêtres qui voulaient retourner dans leur ancienne demeure. Pxé venus de cette erreur, ils prenaient leurs fusils, et faisaient des

déchaînes en Tair contre une bande d'esprits qui passait» à ce qu'ils disaient. Mais enfin nos habitants aussi bien que nos sauvages ne trouvant nul asile sur la terre» non plus que dans les maisons, tombaient la plupart en défaillance; et prenant un meilleur conseil, entraient dans les églises pour avoir la consolation d*; périr après s'être confessés.

Cette première secousse» qui dura près d'une demi* heure» étant passée» on commença à respirer; mais oe fut pour peu de temps» car sur les huit heures du soir il recommença, et pendant une heure il redoubla deai fois. Nous disions matines au chœur» les récitant partie à gCDOUX dans un esprit humilié, et nous abandonnant au souverain pouvoir de Dieu. Le redoublement vint trente-deux fois cette nuit-là» à ce que m'a dit une personne qui les avait comptés. Je n'en comptai pourtant que six» parce que quelques-uns furent faibles, eH quasi imperceptibles. Mais sur les trois heures il y en eut un fort violent» et qui dura longtemps.

Ces secousses ont continué l'espace de sept mois, quoiqu'avec inégalité. Les unes étaient fréquentes, mais faibles; les autres étaient plus rares, mais fortes A violentes : ainsi le mal ne nous quittante que pour fondre sur nous avec plus d'effort, à peine avions-noos le loisir de faire réflexion sur le malheur qui nous menaçait, qu'il nous surprenait tout d'un coup, quelquefois durant le jour, et plus souvent durant la nuit. Si la terre nous donnait tant d'alarmes, le ciel ne nous en donnait pas moins, tant par les ^hurlements et les clameurs qu'on entendait retentir en l'air, que par des voix articulées qui donnaient de la frayeur. Les unes disaient des hélas : les autres, allons, allons; les autres, bouchons les rivières. L'on entendait des

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raits ta&tôt oomme de cloches, tantôt comme de iûons, tantôt comme' de tonnerres. L'on voyait des (ux, des flambeaux, des globes enflammés qui tom- Eiient quelquefois à terre, et qui quelquefois se dissiajieiit en Taîr. On a vu dans Tair un feu en forme homme qui jetait les flammes par la bouche. Nos omestiques allant par nécessité durant la nuit pour DUS amener du bois, ont vu cinq ou six fois pour ne nuit de ces sortes de feux. L'on a vu des spectres pouvan tables ; et comme les démons se mêlent quelaefois dans le tonnerre, quoi que ce (le tonnerre) ne >it qu'un effort de la nature, on a facilement cru qu'ils ) sont mêlés dans ce tremblement de terre pour aocroî* *e les frayeurs que la nature agitée nous devait causer. Parmi toutes ces terreurs on ne savait à quoi le tout bootlraii Quand nous nous trouvions à la fin de la lurnée, nous nous mettions dans la disposition d'être Dglouties en quelque abîme durant la nuit; le jour tant venu, nous attendions la mort continuellement, 6 voyant pas un moment assuré à notre vie. En un lot, on séchait dans l'attente de quelque malheur niversel. Dieu même semblait prendre plaisir àcon* rmer notre crainte. Une personne contemplative étant avant le Saint-Sacrement pour tâcher d'apaiser la olôre de Dieu, et s'offrant à lui d'un grand coeur pour ire la victime de tous les maux qui menaçaient son auple, elle fut soudain saisie de frayeur, comme aux pproches d'une personne d'une grande majesté , et nssitôt elle aperçut un personnage extrêmement redott-> ible, revêtu dun habit tout couvert de cette devise : }uiê ut Deus ? Il tenait en la main gauche une balance ont les bassins étaient remplis, l'un de vapeurs, et autre d'écriteaux qui disaient : Loquere ad cor Jeru&alem,

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DB LA MËRB MARIB DB L'INGARNATION. 833

renversés, et partie enfoncés en terre jusqu'à la oime

des branches. L*on a vu deux rivières disparaître;

Von a trouvé deux fontaines nouvelles, l'une blanche

comme du lait, et l'autre rouge comme du sang. Mais

rien ne nous a plus étonnés que de voir le grand fleuve

de Saint-Laurent, qui, pour sa profondeur prodigieuse,

ne change jamais, ni par la fonte des neiges, qui fait

ordinairement changer les rivières, ni par la jonction

de plus de cinq cents rivières qui dégorgent dedans,

sans parler de plus de six cents fontaines très-grosses

pour la plupart, de voir, dis-je, ce fleuve, changer et

prendre la couleur de soufre et la retenir durant

huit jours.

Quelques sauvages que la crainte avait chassés des bois voulant retourner dans leur cabane, la trouvèrent abîmée dans un lac, qui se flt en ce lieu-là. L'on a vu ^e grange proche de nous se coucher sur un côté, puis sur l'autre, et enfln se replacer en son assiette \ A relise de Beaupré, qui est celle du Gbâteau-Richer, la terre trembla si rudement le mercredi des cendres, que l'on voyait trembler les murailles comme si elles enasent été de carte. Le Saint-Sacrement, qui était ^posé, tremblait de même. Il ne tomba pas néanmoins, ftyant été retenu par une petite couronne de fleurs contre-faites (artificielles). La lampe, qui était éteinte, tomba trois fois, mais l'ecclésiastique qui avait le soin de cette église l'ayant fait allumer et remonter en son lien, elle ne tomba plus.

Nous avons appris de ceux qui sont venus de Tadoussac que le tremblement y a fait d'étranges fracas.

(1) Ce ùâi darient plot facile à comprendre, quand on sait qae presque Uwtet im eomatgmetàooM étmitnt en boia*

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Durant Tespace de six heures il a pla de la cendre

en si grande quantité, que sur la terre et dans les

barques il y en avait un pouce d'épais. L*on infère de

là que le feu qui est enfermé dans la terre a fait jouer

quelque mine, et que par Touyerture qall s'est faite,

il a jeté ces cendres, qui étaient comme du sel brûlé.

Ces messieurs disent que les premières secousses de

la terre les épouvantèrent extrêmement, à cause des'

étranges effets qu'elles causèrent ; mais que ce qui les

etlVaya le plus, et qui parut aussi le plus extraordinaire,

tùi que la marée, qui a ses heures réglées potir monter

et descendre, Qt qui baissait pour lors il j avait peu

de temps, remonta tout à coup avec un effroyable bruit.

Trois jeunes hommes étaient allés de compagnie

chercher des sauvages pour leur traiter de Teau-devie;

IHin deux sétant écarté pour quelque nécessité, il lui

apfMirut un spectre effroyable qui, de sa seule vue, pensa

1« AUk mourir de frayeur; il retourna aussitôt, quoi-

qaavee peine, joindre les deux autres, qui le voyant

ainsi «^rtravi^ commencèrent à le railler. U y en eat

an néanmoins qui rentra en lui-même, et qui dit : Il

nV a ivarUni pas ici de quoi rire; nons portons des

KMi$$iM>$ aux $auva^^e$ contre la défense de l'Eglise,

^t IViM nox)$ T^ui peui-étK punir de notre désobéis-

MtHV. A OM fvftTv\e;s^^ i'^s retiCUTcèrent sor leurs pas;

f^ ;^vr A {>^:iTï^ :\în»ii- Jis cahanés^ ^oe le tremUemest

<W|wrtJ^ i^^r oa^van;? i lecir raft, en «rce qalls eurent

/^rA -rï^^Y^ïW Si^r. â;? ia p^ir»^ à » sani^er. C<t accident

NNîTii *i)(i fw^wiî^vr i«r èî wci» çne îe Cad les persé-

Kr; rr.vî/^^; r.^ .^>^Tn*n £Vi à TaàiinMac il y avait .NNA bT^î^rrtîi A-xKr^? c<:* •■iMÀwâaii; en Tsni. et incrai* nN\>^w.i Avi !/^ v<i?>;i«(tk<^x 7i$ jLOXii à icnMBttl abîmés

DB LA MÈRE MARIB DB L*INGARNATION. 235

0t enfoncés au niveau du rivage. Et ce qui estmerveil* leax, ils se sont avancés dans le grand fleuve plus avant que la rivière de Loire nest large dans ses plus grandes ' crues. Ils ont retenu leurs arbres et leur verdure» et aujourd'hui cest un plat pays. Je ne sais pas pourtant qui osera y marcher le premier, quoique Tassiette ait belle apparence. Un jeune homme de nos voisins allant en traite, voulut descendre au bord d'une rivière qui n'avait point encore paru, curieux de voir comme les choses s'étaient faites ; dès les premiers pas, il enfonça ei avant qu'il allait périr si on ne l'eut retiré, ce que Ton fit avec peine.

Voilà le lieutenant de M. le Gouverneur qui arrive de Tadoussac. Il rapporte que les tremblements y sont encore aussi fréquents et aussi furieux que dans leurs commencements. Ils arrivent plusieurs fois le jour ' et plusieurs fois la nuit. Cependant j'écris ceci le dixième de juin, c'est-à-dire qu'il y a déjà quatre mois et demi que ce fléau dure.

La chaloupe qui est arrivée à notre port il y a peu de jours ayant laissé le grand vaisseau à Qaspé pour prendre le devant, se trouva fort en pçine, étant proche de Tadoussac. Nous avons appris du secrétaire de M. le Gouverneur et d'un jeune homme de nos voisins, qui retournaient de France, qu'elle sautait et tremblait dune étrange manière, s'élevant par intervalles haut conmie une maison; ce qui les effraya d'autant plus qu'ils n'avaient jamais rien expérimenté de semblable dans la navigation. Dans cette frayeur ils tournèrent la vue vers la terre, où il y avait une grande et haute montagne; ils la virent soudain remuer et tournoyer comme pirouettant, et tout d'un coup s'enfoncer et s'abîmer, en sorte que son sommet se trouva au ras

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de la terre uni comme une glace. Cette rencontre leur fit bien vite prendre le large de la riyière, de crainta que le débris n'arrivât jusqu'à eux.

Le grand navire prenant quelque temps après la mdme route, fut surpris du tremblement» Un honn^ homme qui était dedans m'a dit que tous ceux du vaisseau croyaient être morts, et que ne se pouvant tenir debout, pour l'effort de l'agitation, ils se mirent tous à genoux et se prosternôrent sur le tillac pour se disposer à la mort. Ils ne pouvaient comprendre la cause d'un accident si nouveau : car tout le grand fleuve, qui en ce lieu-là est profond comme ane mer, tremblait comme la terre. Pour marque que la secousse était grande, le gros câble du navire se rompit, et ils perdirent une de leurs ancres, ce qui leur fut une perte bien notable. J'ai su de ceux qui sont arrivés dans ces vaisseaux qu'en plus de douze endroits dlci à Tadoûssae, qui est distant de Québec de trente lieues, les grands (Vacas causés par les secousses de la terre en plusieurs endroits, principalement vers les deux caps dont j'ai parlé, ont fait que les montagnes de roches se sont ouvertes. Us ont vu quelques petites côtes ou éminences qui si^ sont détachées de leur fondement et qui ont Uis|viru, faisant de petites anses, où les barques et les clialvHipoâ se pourront mettre à Tabri durant les tem- P<(Mm. C'^t une chose si surprenante qu*on ne la peot qua$^i oonc^voir. et tous les jours on apprend de semhUN^ prodig^e^ L'on avait beaucoup de crainte que oes KMili^t^rwiuents arriva sur les eôDes du grand fleave, ))V4i <Miip^>ha$s^iit la navifiration. mais enfin on Dd oA'^it }vft$ ^u'i^^^ pui$$eiii nuiiv^ pourvu quon ne vogae )\M»1 durw^i i;ft i)uù^ car akirs il t annit du péril.

:^) kx$i A^^.^.rt$ 01): ô)è ^ T^mMes du cteé de Tadousssc,

DB LA MËRE MARIB DE l'INGARNATION. 237

ils ne l'ont pas été moins du côté des Trois-Rivières. Une personne de foi et de nos amis nous en a écrit des particularités étonnantes. Et je n'en saurais faire plus fidèlement le récit, qu'en rapportant ses propres paroles. Les voici :

« La première et la plus rude secousse arriva ici le cinquième de février sut les cinq heures et demie du soir. Elle commença par un bruissement, comme d'un tonnerre qui grondait sourdement. Les maisons étaient dans la même agitation que les arbres dans une tempête, avec un bruit qui faisait croire à plusieurs que le feu pétillait dans les greniers. Les pieux de notre palissade et des clôtures particulières semblaient danser; et ce qui était le pjus effroyable, fut que la terre s'élevait à l'œil de plus d'un grand pied au-dessus de sa consistance ordinaire, bondissant et roulant comme des flots agités. Ce premier coup dura bien une demiheure. Il n'y eut personne qui ne crût que la terre devait s'ouvrir pour nous engloutir. Néanmoins, comme les maisons sont toutes de bois, car il n'y a pas de pierre aux Trois-Rivières, l'effet extérieur se termina à la chute de quelques cheminées. Mais les effets qui paraissent les plus considérables se sont faits dans les consciences, et ils ont heureusement continué jusqu'à présent

« Au reste, nous avons remarqué divers symptômes de cette maladie de la terre, s'il faut ainsi parler. Comme les tremblements sont quasi sans relâche, aussi ne sont-ils pas dans la même égalité. Tantôt ils imitent le branle d'un grand vaisseau, qui se meut lentement sur ses ancres, ce qui cause à plusieurs des étourdissements de tâte; tantôt l'agitation en est régulière et précipitée par des élancements qui font craquer les

maisons, surtout durant la nuit, que plnsienrs sont tm pied et en prières. Le mouvement le plus ordinaire est un trémoussement de trépidation, ce qa*on pourrait attribuer à des feux souterrains, qui causent encore un autre effet : car comme ils se nourrissent de matitoe bitumineuse et ensouffrée quils consument, ils forment en même temps dessous nos pieds de grandes concavités, qui résonnent quand on frappe la terre , comme l'on entend résonner des voûtes quand on frappe dessus. « Voilà ce que Ton nous écrit des Trois-Rîviôres.

L'on assure aussi que Ton a vu un spectre en Pair portant un flambeau à la main, et passant de TOuett à l'Est par-dessus la grande redoute de ce bourg des Trois-Rivières.*

Ce qui est hors de doute, selon le rapport de plusieurs de nos sauvages et de nos Français des Trois-Rivières, témoins oculaires, est qu'à cinq ou six lieues d'ici les côtes de part et d'autre de la rivière, quatre fois plus hautes que celles d'ici, ont été enlevées de leurs fondements, et déracinées jusqu'au niveau de Teau, dans l'étendue d'environ deux lieues en longueur, et de plas de dix arpents en profondeur dans la campagne, et qu elles ont été renversées avec leurs forêts jusque dans le milieu du canal, y formant une puissante digue qui obligera ce fleuve à changer de lit, et à w répandre sur ces grandes plaines nouvellement découvertes. Il mine néanmoins, et bat sans cesse par la rapidité de son cours cette île étrangère, la démêlant (la détrempant) peu à peu avec son eau, qui est encore aujourd'hui si trouble et si épaisse, qu'elle n'est pto

(1 < Aujourd'hui cet ancieu bourg des Trois- Ri Tières est une ville épiaoopalc^ la provÎDce ecclésiastique de Québec.

DE LA MÈRE MARIE DE l'INGARNATION. 239

potable. Dans ce violent transport il 8*est fait un tel débris, qu*à peine un arbre est demeuré entier, étant pour la plupart débités en longueur comme des mâts de navire.

Le premier saut si renommé n'est plus, étant tout à fait aplani. Le ravage est encore plus grand et avec des circonstances plus surprenantes vers la rivière de Batiscan. Il y avait alors cinquante personnes de ces quartiers, tant Français que sauvages, dans les liôux où le tremblement a fait de plus grands ravages et crusé de plus profonds abîmes. Comme ils ont tous été dans Teffroi, et contraints de s'écarter pour se garantir des précipices qui s'ouvraient sous leurs pieds, je remarquerai seulement quelques circonstances que j'ai tirées de quelques particuliers, car chacun n'ét«ait attentif qu'à soi-même, et aux moyens de se sauver des ouvertures qui se faisaient à ses côtés.

Ces mines naturelles ayant donc commencé à jouer

en ce lieu, aussi bien qu'ici sur le couchant du soleil,

le* cinquième de février, continuèrent leurs ravages

toute la nuit jusqu'à la pointe du jour, avec des bruits

comme d*un grand nombre de canons et de tonnerres

effroyables, qui mêlés avec celui des arbres de ces

forêts immenses, qui s'entrechoquaient et tombaient

à centaines de tous côtés dans le fond de ces abîmes,

faisaient dresser les cheveux à la tête de ces pauvres

errants. Un sauvage d'entre eux étant à demi engagé

^8 une ouverture qui se vit dans sa cabane, en fut

i^iré avec beaucoup de peine par ses compagnons.

Un Français s'étant échappé du même danger, et étant

^tourné pour prendre son fusil, que la crainte lui avait

fait oublier, fut obligé de se mettre dans l'eau jusqu'à

h ceinture, en un lieu où ils avaient auparavant fait

.flitir >n. .1 s exposa i :e pôii. parce qae sa râ l^nenUAir it^ ^on :isiu Izr^ ^aoragea usTicnant tous on i^oriprs %nx .vmonâ. .Ji "Oidient en i'air, à ce qnlli rij^aienr. ;t:.^a]<^r.t :e 'einza -m '.emps des décharges de i^nrt ruiiil.s .ivef? le zraziaes oizêes pour les époaTanter et :enr lonner la chasse. Zêcse ioirée et toate la nuit iifl 3#»nrirenr 1.^^ .oad^ ie !haienr étonijhnties.

I/aatre-s aïonr ^snr4 yiils avaient va des montAf(n^n Ventrechonaer ^et iisparaitre à leurs yeux. D'utre» ont ^n les ^uariers ie rocher s'élever en l'air juanu'à la drue ies arr.res. J'ai parié à un qui courut tonte la nuit, a mesure luîl voyait la terre s'ouvrir. Ceux qui fraient plus éloignés et au-delà du grand débris, a«sareat qu'eu rerouruanc ils ont côtoyé plm fie dix lieues iiani^ eu avoir pu découvrir ni le commen* cerment, ni la au. ni 30 ader la profondeur; et ils ajoutent r{ue côtoyant la rivière de Batiscan, ils ont trouté de jff^nds charigementâ, uy ayant plus de sauts où ib en avaient vu auparavant , et les collines étant toat k fait enfoncées dans la terre. Il y avait ci-devant ane hante montage, aujourd'hui elle est abîmée et rédoita A un plat p^ys ;)ussi uni que si la herse 7 avait passé; Y(9h voit reniement en quelques endroits quelques ezMrnit^m des arbres enfoncés, et en d'autres des racines qui Houi demeurées en l'air, la cime étant abîmée dam

la k'iTe.

A la vMe do Beaupré, un maître de famille ayaot piivo^'M un do Hcs domestiques à la ferme, cet homiDft vit RiMidiiiii un fou grand et étendu comme une ville; i|nfdi|Uo w U\\, on plein jour il pensa mourir de frayent p|. tout lo voisinage, qui vit la même chose, en fat oxirOtni'inont t^|u>uvanté, croyant que tout allait périr. l)ti grniul lou ui^'unuoinâ ^e jeta du côté du fleuve, le

sa et alla se perdre dans Tlle d^Orlëans. Un e qui Ta va m*en a assurée, et c'est une personne de foi.

:erre n'est pas encore affermie, et cependant nous es au sixième de juillet, car je n'écris que par es, et à mesure que j'apprends les choses. Les exhas brûlantes qui sont continuellement sorties de re avaient causé une si grande sécheresse, que

les semences avaient jauni : mais depuis quelques il y a eu des tourbillons et des orages furieux du lu cap de Tourmente; cela surprit tout le monde, arriva durant la nuit. Ce fut un bruit épouvancausé par un déluge d'eau qui tomba des montaivec une abondance et une impétuosité incroyables. Qoulins furent détruits et les arbres des forêts inés et emportés. Ces nouvelles eaux firent chan-

cours de la rivière, son premier lit demeurant lé et à sec. Une fort belle grange, qui était toute I, fut emportée toute entière à deux lieues de là, e se brisa enfin sur des roches. Tous les bestiaux s côtés-là, qui étaient en grand nombre à cause )lle8 et vastes prairies du pays, furent emportés ; rapidité des eaux. Plusieurs néanmoins ont été s à la faveur des arbres, parmi lesquels s'étant es mêlés, on les a retirés après que le fort du torrent passé. Les blés en vert ont été entièrement ruinés ; D-seulement les blés, mais encore toute la terre pièce de douze arpents a été enlevée, en sorte l'y est resté que la roche toute nue. Un honnête le de nos voisins, qui était alors en ce lieu-là, nous iré qu'en six jours qu'il y a resté, il n'a pas dormi heures, tant les tremblements et les orages lui onné de frayeur.

rra. m. ii.

Au même moment que le tremblement a commencé à Québec, il a commencé partout, et a produit lei mêmes effets. Depuis les monts de Notre-Dame jusqu'à Montréal, il s'est fait ressentir, et tout le monde en a été également effrayé.

La Nouvelle-Hollande n'en a pas été exempte, et \m Iroquois qui en sont voisins ont été enveloppés dam la même consternation que les sauvages de ces quartiers. Comme ces secousses de la terre leur étaient nouvelles, et qu'ils ne pouvaient deviner la cause de tant de fracas, ils se sont adressés aux Hollandais pour la demander. Ils leur ont fait réponse que cela voalait dire que le monde ne durerait plus que trois ans. Je ne sais d'où ils ont tiré cette prophétie.

Le 29 de juillet, il est arrivé à notre port de Québec une barque de la Nouvelle- Angleterre. Les personnes qui sont descendues de ce vaisseau disent qu'étant i Boston, qui est une belle ville que les Anglais ont bâtie, le lundi gras à cinq heures et demie ils eurent le tremblement comme nous l'avons eu ici« et qull redoubla plusieurs fois. Ils rapportent le mêmd de TAcadie et du Port-Royal, place qui a autrefois appa^ tenu à M. le commandeur de Razilly, et qui a depuis été emportée par les Anglais. L'autre côté de i'Acadie, qui appartient à MM. de Cangé et Denis, de notre ville de Tours, a ressenti les secousses comme partout ailleurs. Cette barque nous a ramené cinq de nos prisonniers Français, qui étaient captifs aux Iroquois Agnerognons, et qui se sont sauvés à la faveur des Hollandais, qui les ont traités fort humainement, comme ils font de (à l'égard de) tous ceux qui se retirent chez eux.

Des sauvages d un pays très-éloigné ont été pressés

de se retirer en ces quartiers, plutôt pour se fairç instruire et assurer leurs consciences que pour éviter les tremblements qui les suivaient partout. Ils ont découvert une chose qu'on recherchait depuis longtemps, savoir rentrée de la grande mer du Nord, aux environs de laquelle il y a des peuples immenses, qui n*ont point encore entendu parler de Dieu. Ce sera un grand champ aux ouvriers de l'Evangile pour satisfaire à leur zèle et à leur ferveur. On tient que cette mer conduit à la Chine et au Japon ; si cela est, le chemin en sera bien abrégé.

Je reviens à nos quartiers où nous sommes toujours dans les frayeurs^ quoique nous commencions à nous y accoutumer. Un honnête homme de nos amis avait fait bâtir une maison avec un fort beau moulin, sur la pointe d'une roche de marbre : la roche dans une secousse s'est ouverte, et le moulin et la maison ont été enfoncés dans l'abîme qui s'est fait. Noos voici au treizième d'août; cette nuit dernière la terre a tremblé fort rudement ; notre dortoir et notre séminaire en ont eu une forte secousse, qui nous a réveillées de notre sommeil, et qui a renouvelé notre crainte.

Je ferme cette relation le vingtième du même mois sans savoir à quoi se termineront tous ces fracas, car les tremblements continuent toujours. Mais ce qui est admirable parmi les débris si étranges et si universels, nul n'a péri, ni même été blessé. C'est une marque toute visible de la protection de Dieu sur son peuple, qui nous donne un juste sujet de croire qu'il ne se fâche contre nous que pour nous sauver. Et nous espé* rons qu'il tirera sa gloire de nos frayeurs, par la conversion de tant d'âmes qui étaient endormies dans leurs

péchés, et qui ne pouvaient s'éveiller de leur soa^meil par les simples mouvements d'une grâce intérieure.

De Québec, le 20 daoùt 1663,

Remarques sur la Lettre CLIX, dans laquelle la Mère Marie de V Incarnation décrit le tremblement

de terre, arrivé au Canada en 1663.

La description que fait de ce tremblement de terre la yénérable Mère Marie de Tlncarnation est tellement merveilleuse, que Ton serait tenté de croire à une grande exagération, si sa vie bien connue oe lâ montrait exempte de ce défaut, restant calme et maîtresse d*6]le-méiD6 dans des circonstances où presque personne ne serait capable de conseryer son sang-froid, et si elle était seule à s'exprimer comme elle le fait sur ce prodigieux événement. Mais les écrivains du temps, comme le Père Jérôme Lallemant, nommé par deux fois supérieur des missions du Canada, et la religieuse qui rédigeait les AnnalM de THôtel-Dieu de Québec, confirment ce que raconte notre vénérable Mère. Le Père Charlevoix, plusieurs écrivains américains et M. Tabbé Ferland, Thistorien par excellence du Canada, ont manifesté leur étonnement et leur admiration en reproduisant ces récits ; mais ils n*ont pas eu la pensée de les révoquer en doute.

Seul, Thistorien canadien Garneau a traité la chose avec légèreté, mais son autorité est singulièrement amoindrie pour ceux qui savent qu*ajant séjourné quelque temps à Paris vers 1830, il eut la faiblesse de prendre goût aux leçons de Michelet, ce qui ne put avoir lieu eaos endommager quelque peu sa foi primitive et lui inspirer des préventions ou au moins de la défiance pour les personnes qui font passer la foi et la piété avant tout. Peut-être, sans Tinfluence de latmosphère parisienne, n*eùt-il pas exprimé le regret que les Huguenots qui se bannirent eux-roémes de France par attachement à une religion qulls Hvouôront n*dtro nullement nécessaire au salut, ne soient pas venus HU C'unada.

DE LA MËRB MARIE DE l'INGARNATION. 245

Disons cependant à la louange de Garneau que, même après son TOjage en France, il resta fidèle à la pratique des devoirs da catholicisme. Mais pour mieux faire juger la manière dont il apprécie le récit de la yénérable Mère Marie de Flncarnation, nous allons reproduire celui du Père Jérôme Lallemant, qui devait être et fut en effet rendu public Tannée suivante, 1064 ; par conséquent Tauteur savait qa*il serait lu et jugé comme historien par tous les témoins oculaires des choses qu*il racontait.

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