‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 46 sur 101 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Trois soleils et autres météores apparus en la Nouvelle-France.

« Le ciel et la terre nous ont parlé bien des fois depuis un an.... Le ciel a commencé par de beaux phénomènes, la terre a suivi par de furieux soulèvements.... Nous avons vu dès Tautomne dernier des serpents embrasés, qui s'enlaçaient les uns dans les autres en forme de caducée, et volaient par le milieu des airs, portés sur des ailes de feu. Nous avons vu sur Québec un grand globe de flammes, qui faisait un assez beau jour pendant la nuit, si les étincelles qu*il dardait de toutes parts n'eussent mêlé de frayeur le plaisir qu'on prenait à le voir. Ce môme météore a paru sur Montréal ; mais il semblait sortir du sein de la lune, avec un bruit qui égale celui des canons ou des tonnerres ; et s'étant promené trois lieues en Tair, fut se perdre cnôn derrière les grosses montagnes dont cette île porte le nom.

» Mais ce qui nous a paru plus extraordinaire est l'apparition de trois soleils. Ce fut un beau jour de l'hiver dernier, que sur les huit heures du matin, une légère vapeur presque imperceptible s'éleva de notre grand fleuve, et étant frappée par les premiers rayons du soleil « devenait transparente, de telle sorte néanmoins qu'elle avait assez de corps pour soutenir les deux images que cet astre peignait dessus. Ces trois soleils étaient presque en ligne droite, éloignés de quelques toises les uns des autres, selon l'apparence, le vrai tenant le milieu et ayant les deux autres à ses côtés. Tous trois étaient couronnés d'un arc-en-ciel, tantôt paraissant avec les couleurs de l'iris, puis aprôs d'un blanc lumineux, comme si au-dessous, tout proche, il j eût eu une lumière excessivement forte.

• Ce spectacle dura plus de deux heures la première fois quMl parat. C'était le septiôme de janvier 1663; et la seconde, qui fat le 14 da même mois, il ne dura pas si longtemps, mais sealement josqo^à ce que les couleurs de Tiris venant à se perdre petit à petit, les deux soleils des cdtés 8*éclipsèrent aussi, laissant celui da milieu comme victorieux.

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