CHAPITRE II
Tremble-terre uoÎTenel en Canada et sea effeu prodigieoz.
* Cl) fut le cinquième février 1663, sur les cinq heures et demie du $oir. qa*an grand bruissement s*entendii en même temps dans toote retendue du Canada. Ce bruit qui paraissait comme si le feu eût été dan$ lets maisons, en fit sortir tout le monde, pour fuir un incendia si i2h>ptnê; mais an lieu de voir la famée et Im flamme, on fut bies surpris de voir les muraiUds se balancer, et toutes les pierres se r^mui^r» «»mme si elles se fussent déuu^hées. Les toits semblaieot se cvHLTber en bas d'un côte, puis se renverser de lautre; les clocbes ^csaaaien; d>l!e^Kéaie:^ : le^ roa:re$« les soliveaux et les planchm v*?» v^^^i^^^ « ^^ ^'^'^^ bondissa:;« fusant danser les pieux des palissades <â>Kae facv>a «^ui ce rjkraiss;&:t pj^ ofcvuble, si nous ne Feussions voe e:x cirer* ecinxts.
• Al.vr* .4n^c:: svxrt deic^r?^ I« ari-^a^x s'enraient, les en£uita pC^<:?^c.; i*:;* I« ruc*^ I^« ^csi:?s et 1» rVziaes saisis de frayeur »<? **x^«rt C'ii *^ rv^^jT.ir'. jVJjMui: a :cc:: ncdic; devoir éire ou acca- KhAI^ ;jcv;4 ^>e« r::i::^iS' i^$ im:^*^^ c;^ eiz^ev^lis dizs qselque abîme qui $V.l^t o<ivrî,r 5cc:ii I,'cr* riseCs. Le» zis^ rrcusercês à genoax dam 'a *sn\^ x'Twa; 5i'.:îj»^r,vwi>f ; *•» A^rr» riissea: ie r^ste de la nuit a '5Vv>?<v^ rjkrvv ^^-^ Iv^» :,*rry^<:?!fiii>ù* cca'X^ii îccjccps avec un certain >c:^>.''^ ïivx$ic^^ ««'^dk>k^^ 1 c^vi, i^ :::Avir» -x: sec: siir mer, et tel <,(V <;'^/v;i>W';i^^# oa; Tv«s*ra.. tat ,•«* McciCKses I» sÀaès soulève- -sv.^ ;j{ ,v ,NV r :x^ .* ^c^vf ^^T^i^'T . $u^ .^iai. le iêscirire êcait bien plas i^xU'^.f /AT* >w vc',^^!:. , «t»>ix^ rtU ▼ *n .vaLTitt ea3e les arbres, ;/' >v» Kv^xv»ï, j^^^.rrîi*/. .^-^ i>.'Q^^.;i!iimiias jiurs branches, mût
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sauter les uns sur les autres, avec un fracas et un bouleversement qui fit dire & nos sauvages que toute la forêt était ivre.
» La guerre semblait être même entre les montagnes, dont les unes se déracinaient pour se jeter sur les autres, laissant de grands abîmes aux lieux d où elles sortaient ; et tantôt enfonçaient les arbres dont elles étaient chargées, bien avant dans la terre ; tantôt elles les enfouissaient les branches en bas, qai allaient prendre la place des racines ; de sorte qu'elles ne laissaient plus qu'une forêtide troncs renversés.
• Pendant ce débris général qui se faisait sur terre, les glaces épaisses de cinq ou six pieds se fracassaient, sautant en morceaux et 8*ouvrant en divers endroits, d'où s'évaporaient ou de grosses famées, ou des jets de boue et de sable qui montaient fort haut dans l'air. Nos fontaines ou ne coulaient plus, ou n*avaient que des eaux ensoufrées ; les rivières ou se sont perdues, ou ont été toutes corrompues, les eaux des unes devenant jaunes, les autres rouges ; et notre grand fieuve de Saint-Laurent parut tout blanchâtre jusque vers Tadoussac : prodige bien étonnant et capable de surprendre ceux qui savent la quantité d'eaux que ce fleuve roule au-dessous de l'Ile d'Orléans, et ce qu'il fallait de matière pour les blanchir.
» L'air n'était pas exempt de ces altérations ; car outre le bruissement qui précédait toujours et accompagnait le terre-tremble, l'on a vu des spectres et des fantômes de feu portant des flambeaux en main. L'on a vu des piques et des lances de feu voltiger, et des brandons allumés se glisser sur nos maisons, sans néanmoins faire autre mal que de jeter la frayeur partout où ils paraissaient. On entendait même comme des voix plaintives et languissantes se lamenter pendant le silence de la nuit ; et ce qui est bien rare, des marsouins blancs jeter de hauts cris devant le bourg des Trois-Rivières, faisant retentir l'air de beuglements pitoyables....
• On mande de Montréal que pendant le tremble-terre, on voyait les pieux des clôtures sautiller comme s'ils eussent dansé ; que de deux portes d'une même chambre» l'une se fermait et l'autre s'ouvrait d'ellemême; \\XQ les cheminées et le haut des logis pliaient comme des branches d*arbres agitées du vent ; que quand on levait le pied pour marcher, on sentait la terre qui suivait, se levant à mesure qu'on haussait les pieds, et quelquefois frappant les plantes assez rudement, et autres choses semblables fort surprenantes.
>* Yoici ce qu'on en écrit des Trois-Riviôres : « La première secousse
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» et la plus rade de tontes commença par nn bmissement semblable «* à celai dn tonnerre; les maisons aTaient la même agitation que la «• coupeaa (la citoe) des arbres pendant an orage, avec on bruit qui n faisait croire que le fea pétillait dans les greniers.
n Ce premier coap dara bien nne demi-heare, qaoiqae sa grande *> force ne fût proprement qne d*un petit quart d'heore. Il vlj en eot n pas an qui ne crût que la terre dût 8*en(r*oavrir. Aa reste, nous aTOUS >* remarqué que, comme ce tremblement est quasi sans relÂche, aosn » n*est-il pas dans la même égalité : tantôt il imite le branle d'an grand n vaisseau qui se manie lentement sur ses ancres, ce qai caase & plan sieurs des étourdissements de tète ; tantôt Tagitation est irrëguliére » et précipitée par divers élancements, quelquefois assez rudes, quel- >* quefois plus modérés. Le plus ordinaire est un petit trémoussemeat >* qui se rend sensible lorsque Ton est hors du bruit et en repos. Selon *» le rapport de plusieurs de nos Français et de nos sauvages, témoiai ^ oculaires, bien avant dans notre fleuve des Trois-Riviôres, à doq •• ou six lieues d*ici, les côtes qui bordent la rivière de part et d'autre n et qui étaient d'une prodigieuse hauteur, sont aplanies, ayant été » enlevées de dessus leurs fondements et déracinées jusqu'au ni?eaa ^ de l'eau. Ces deux montagnes, avec toutes leurs forêts, ayant ià n ainsi renversées dans la rivière, j formèrent une puissante digtie, *> qui obligea ce fleuve à changer de lit et à se répandre sar de grandes •* plaines nouvellement découvertes , minant néanmoins tontes oei *> terres éboulées, et les démêlant petit à petit avec les eaux de U
- rivière, qui en sont encore si épaisses et si troubles, qu'elles font ** changer de couleur à tout le grand fleuve de Saint-Laurent. Jugex » combien il faut de terre tous les jours pour continuer depuis prés «* de trois mois à rouler ses eaux toujours pleines de fange.
" L'on voit de nouveaux lacs où il n'y en eut jamais ; on ne voitplos » certaines montagnes qui sont engouffrées; plusieurs sauts sost *• aplanis ; plusieurs rivières ne paraissent plus ; la terre 8*est fendue " en bien des endroits et a ouvert des précipices dont on ne trouva H point le fond. Enfin il s'est fait une telle confusion de bois renversés •* et abîmés, qu'on voit à présent des campagnes de plus de mille •^ arpents toutes rases et comme si elles étaient tout fraîchement làboa*
- rées, là où peu auparavant il n'y avait que des forêts. »
•* Nous apprenons du côté de Tadoussac que l'effort du trembleterro n'y a pas été moins rude qu'ailleurs ; qu'on y a tu une plaie
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I cendre qai traversait le fleuve comme aurait fait uu gros orage,
que qui voudrait suivre toute la côte depuis le cap de Tourmente sque là, verrait des effets prodigieux. Vers la baie dite de Saintlul, il 7 avait une petite montagne sise sur le bord du fleuve, dun lart de lieue ou environ de tour, laquelle s*est abîmée; et comme elle n'eût fait que plonger, elle est ressortie du fond de Teau pour se anger en îlette, et faire d*un lieu tout bordé d*écueils un bâvre d*assunce contre toutes sortes de vents. Plus bas, vers la Pointe-auxouettes, une forât entière 8*é(ant ^étacbée de la terre ferme, s*est issée dans le fleuve et fait voir de grands arbres droits et verdoyants, i ont pris naissance dans Teau du jour au lendemain.
» Au reste, trois circonstances ont rendu ce tremble-terre trôsmarquable : La première est le temps qu'il a duré, ayant continué sque dans le mois d*août, c'est-à-dire plus de six mois ; il est vrai le les secousses n*ëtaient pas toujours également rudes : en certains idroits, comme vers les montagnes que nous avons à dos, le tintalarre et le trémoussement j a été perpétuel pendant un long tmnps ; iid*autres, comme vers Tadoussac, il y tremblait d'ordinaire deux t trois fois le jour avec de grands efforts, et nous avons remarqué Q*aQx lieux plus élevés, Témotion (l'agitation du sol) était moindre n'du plat pays.
• La seconde circonstance est touchant l'étendue de ce tremble- >rre, que nous croyons être universel en toute la Nouvelle- France; ur nous apprenons qu'il s'est fait ressentir depuis l'Ile-Percée et ^é, qui sont à l'embouchure de notre fleuve, jusqu'au delà de Monréal, comme aussi en la Nouvelle-Angleterre, en l'Acadie et autres teux fort éloignés : de sorte que, de notre connaissance, trouvant .^e le tremble-terre s'est fait en deux cents lieues de longueur sur ^t de largeur, voilà vingt mille lieues de terre en superflcie qui ont '^blé tout à la fois en même jour et à même moment.
?>La troisième circonstance regarde la protection particulière de ^hu sur nos habitations : car nous voyons proche de nous de grandes tirertures qui se sont faites et une prodigieuse étendue de pays toute ordae, sans que nous ayons perdu un enfant, non pas même un beveu de la tête. Nous nous voyons environnés de bouleversements ! de ruines, et toutefois nous n'avons eu que quelques cheminées fmolies, pendant que les montagnes d'alentour ont été abîmées. m Nous avons d'autant plus de sujet de remercier le Ciel de cette
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protection tout aimable, qu'une personne de probité et d*une vie irri' procbable, qui avait eu les pressentiments de ce qui est arrifé al qui s*en était déclarée a qui elle était obligée de le faire, Tit en espnti le soir même que ce tremble-terre commença, quatre spectres efErojibles, qui occupaient les quatre cétés des terres voisines de Québec, et les secouaient fortement, comme voulant tout renverser....
» Les sauvages avaient eu des pressentiments, aussi bien que bi Français, de cet horrible tremble-terre. Une jeune fille sauvage algoaquine, âgée de seize à dix-sept ans, nommée Catherine, qui a toigoon vécu 0n grande innocence... a déposé avec toute sincérité que, la noit avant que le tremble-terre arrivât, elle se vit, avec deux autres filki de son âge et de sa nation, dans un grand escalier qu'elles montsient, au haut duq^uel se voyait une belle église où la sainte Vierge afae son Fils parut, leur prédisant que la terre tremblerait bientôt, que les arbres s^entre-choqueraient, que les rochers se briseraient aiae ' rétonnement général de tout le monde. Cette pauvre fille, bien surpriw de ces nouvelles, eut peur que ce ne fussent quelques prestiges da démon... Le soir du même jour, quelque peu avant que commeaclt le tremble-terre, elle s*écria toute hors de soi : Ce sera bi^tétl os sera bientôt I
» Voici une autre déposition bien plus particularisée, que nous aYOU' tirée d'une autre sauvage algonquine, âgée de vingt-six ans, fort innocente, simple et sincère, laquelle ayant été interrogée par deux, de nos Pères sur ce qui lui était arrivé, a répondu tout ingénuemeot, et sa réponse a été confirmée par son mari, par son père et par s» mère, qui ont vu de leurs yeux et entendu de leurs propres oreilles ce qui s'ensuit. Voici sa déposition :
n La nuit du 4 au 5 février 1663, étant entièrement éveillée et ai plein jugement, assise comme sur mon séant, j*ai entendu une Toix distincte et intelligible qui m*a dit : Il doit arriver aujourd'hui def choses étranges, la terre doit trembler. Je me trouvai pour lors saisis d'une grande frayeur, parce que je ne voyais personne d'où pût provenir cette voix. Remplie de crainte, je tâchai de m'endormir avec asseï de peine ; et le jour étant venu, je dis tout bas à Onnentakité, mon mari, ce qui m'était arrivé. Mais lui m'ayant rebutée, disant qoeje mentais et lui en voulais faire accroire, je ne parlai pas davantage. Sur les neuf ou dix heures du même jour, allant au bois pour bûcha (oouper du bois), à peine étais-je entrée dans la forêt, que la môme
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t entendre, me disant la môme chose et de la môme façon t précédente. La peur fut bien plus grande, moi étant tonte regardai de tous côtés pour voir si je n'apercevrais personne, ne parut. Je bûchai donc une charge de bois, et m*en retour-
ma sœur à ma rencontre, à laquelle je racontai ce qui me rriver. Rentrant dans la cabane avant moi, elle dit à mon ma mère ce qui m*était arrivé; mais comme tout cela était fort laire, ils Técoutèrent sans réflexion. La chose en demeura
cinq ou six heures du soir, où un tremblement de terre , ils reconnurenX que ce qu*ils m'avaient entendu dire avant it que trop vrai. *»
vons voulu rapporter en entier le récit du Père Lallemant, e lecteur puisse voir lui-môme combien il s'accorde avec celui e Marie de Tlncarnation. Il est bon de remarquer en môme 3 le Jésuite et la vénérable Mère rapportent non-seulement mt va de leurs yeux, éprouvé et senti durant six mois, mais eur écrivait simultanément de tous les points du Canada, ons pas, en outre, que si le Père Lallemant se fût laissé xagération, les habitants du Canada, Français et sauvages, n après, eurent connaissanc.e de sa relation, n'auraient pas ie réclamer : or les réclamations eurent précisément lieu sens opposé : car voici ce qu'on lit dans la relation de rite par le Père Le Mercier, qui avait remplacé le Père t dans la charge de supérieur des missions : « Deux Français y foi, qui ont parcouru toutes les côtes de Tadoussac et de yOy ont assuré que la relation de l'année 1663 n'avait exprimé tié les désordres causés par les tremblements de terre en iers. «
«f ^Vf» ^ «^ '/t^smaXÊt jLàX 'jBRnaâàB: poor iob eoTOjer m Mftiirtn te ,;;rad 'zsmnioDBaK éa terre que nom #*f ^vw ^fpéfimmixé mi <^ psvs depins fe eisqoième de tArff^^f ,M/vtM r^xo^îrrnx^ntnTis oieore^ et aoQs ne Bavons f)''i4/V^. Ar /^n6i U ji#!: termini^ra, a'ëtant pas encore entiè* f^ffr^ffi ^Ann4. ^on en lentoDS des secousses de tempi ^tf iMtfffU, \é^n^\n0i\\^f bien qaelles ne soient pas violen* /^«, Uh \H)nfmui phê (ïeffnjer la natare, qui appréhende ^l> |rMHf tl f94i nVmt fait, grâces à Diea, aucun fracas flMXM ihn i\h\\n htih\l6n, mais il s'en est beaucoup fait IhmI MiiliMir (In nouN. Il faut mourir une fois et non |<liiH! Ni IHmii viMil. quo nous mourions de ce genre (1»^ >HMtf^ hM Duii il P<^* Tagrëer? La mort est la peine tiM \\M\\^^ s\\ Moun mourions tous comme criminels. N^'•«t v\^ |M^ ^w 1^1^^ ^^^ \U^gner au coupable la nature \h ^'Mw t\s\y\\\\s^s[ *^l ^^v^^ |vi* 5i(U c^mpable de lechoiairl
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livine volonté, pour accomplir en moi son bon
Iroquois nous laissent en paix, nous n'en savons raison, sinon peut-être que les tremblements de les épouvantent aussi bien que nous : ou plutôt otre bon Dieu ayant pitié de nos faiblesses, ne as nous affliger en toutes manières ; qu*il en soit ternellement.
ce peu que je vous écris, vous pouvez juger que ^position est assez bonne tant pour le corps que Tesprit : toujours dans sa tranquillité ordinaire, le nos affaires extérieures soient assez grandes, ys porte (occasionne) cela, surtout quand- on est les charges principales. J*en appréhende une, le je ne veuille que ce qu il plaira à notre bon car je m'abandonne à la conduite de son esprit, isseau qui lève lancre me presse extraordinait, c'est pourquoi il me faut finir, là une éclipse de soleil qui commence, il est entre t une heure : si elle paraît en vos quartiers ce tre sur les sept heures du matin, je ne vous en ire Fissue, car il me faut fermer ma lettre.
e Québec, le 1^ de septembre 1663.