LETTRE CLXIII
A UNE RELIGIEUSE DU CALVAIRE. Mère de la TrocTie, qui depuis est morte Oénérale de son Ordre»)
ait le récit de la translation du corps de la Mère Marie de Saint- Joseph, sa sœur, de ses anciens cercueils en d'antres nouveaux.
Ma révérende Mère,
s avez bien de la bonté de vouloir vous souvenir i et de me continuer l'honneur de votre affection, part, je vous assure que la mienne est entière ^otre chère personne, à laquelle, puisque vous [ez bien, je suis ce que j'étais à ma chère Mère de Saint-Joseph, votre très-aimable sœur et ma lèle compagne. Je vous dirai une chose que vous 3Z pas marrie de savoir, qui est que notre petite étant faite, nous avons enlevé son corps du lieu tait, pour le mettre dans un cimetière que nous fait faire sous notre chœur. Nous avons eu la té ou plutôt la dévotion de voir en quel état était »rps. La nécessité de le changer de cercueil a ;é notre dessein : car encore qu'il fût enfermé IX cercueils, le premier était pourri ; l'autre qui e cèdre, ne l'était pas. Nous trouvâmes toute sa 3onsumée et changée en une pâte blanche comme ;, de l'épaisseur d'un doigt. Son cœur, qui avait it de saints transports pour son Epoux, et son
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cerveau, qui avait été Torgane ds tant de saintes pensées, étaient encore entiers. Tous ses ossementa étaient placés chacun en son lieu naturel : le tout sans aucune mauvaise odeur. Au même temps que nous fîmes l'ouverture, nous nous sentîmes remplies d'une joie et d'une suavité si grandes, que je ne vous puis l'exprimer. Dans la crainte que nous avions de trouver de la corruption, ou quelque chose qui pût donner de la frayeur à nos jeunes sœurs, nous voulûmes visiter le tout en secret. Mais ayant trouvé les choses ^ans l'état que je viens de dire, notre révérende Mère fit appeler toute la Communauté pour lui faire part de la consolation dont nous étions intimement pénétrées. Et pour rendre à cette chère défunte nos derniers devoirs de charité et d'affection, l'on se mit à lever les ossements. Les mains de celles qui les touchaient sentaient une odeur comme d'iris. Les ossements étaient comme huileux, et ayant été lavés et essuyés, les mains et les linges avaient la même odeur. Ni la vue, ni le maniement des os, ni cette masse blanche ou chair consumée n'ont donné nulle frayeur, comme font ordinairement les cadavres des morts ; mais plutôt elle inspirait des sentiments d'union et d'amour pour la défunte. C'était à qui baiserait ses ossements, et à qui lui rendrait la première ce dernier devoir de piété.
Après avoir satisfait notre affection, nous remîmes ses os dans un nouveau cercueil, avec un écrit en parchemin qui fait mention des principales vertus de cette chère Mère, de son zèle pour la conversion des âmes, de sa maison, de ses parents ; puis ayant enfermé ce cercueil dans un autre, nous l'avons posé sur des soubassements, afin que si un jour, par quelque renversement d'affaires, il nous fallait retourner en France
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nous le puissions facilement emporter. Le révérend Père supérieur des missions, dans le service que nous fîmes en cette action, nous fit une très-belle exhortation sur ce changement de cercueil, sur Fodeur de ces ossements, sur cette pâte blanche, et principalement sur les vertus héroïques de cette âme sainte. C'est Tunique de notre Communauté qui soit morte en ce pays depuis vingt-quatre ans que nous y habitons. J*ai pensé vous envoyer de ses ossements pour être mêlés avec les vôtres, lorsque vous irez au tombeau, mais j'ai eu crainte qu'ils ne fussent perdus avant que d'arriver jusqu'à vous.
Chère Mère, il fallait vous faire ce récit pour votre consolation et pour celle de toute votre illustre famille, au sujet de ma très-chère compagne, dont la mémoire nous est et nous sera toujours précieuse et en odeur do bénédiction. Je finis en vous assurant de la sincérité de mon cœur et de l'affection avec laquelle je suis....
De Québec, le 1663.
(1) Le cercueil de cette excellente religieuse fut ouvert le 3 de novembre 1661,
par la permission de l'Evdque. Outre ce qui est rapporté en cette lettre, on a
remarqué que cette p&te blanche étant mise sur un fer chaud ou sur des charbons
ardents, elle fondait comme de la cire ou de Tencens, et exhalait une très-douce
odeur. Il en était de môme des morceaux de son cœur que Ton mettait sur îe
feu. Et une religieuse qui avait aidé à laver les ossements s'étant saisie d*un
morceau de ce cœur pour le porter sur le sien par dévotion, durant le temps
qu'elle le porta, on ressentit l'odeur d'iris dès qu'on s'approchait delle. Dans
cette cérémonie, le révérend Père Lallemant ât une exhortation touchante dans
laquelle il prit pour thème ces paroles du seizième chapitre de TEpItre aux
Romains : Saluez Marie qui a beaucoup travaillé parmi vous. Après avoir
rapporté les vertus héroïques de cette fille et donné une explication morale de
cette p&te blanche, de cette odeur d'iris, et des quatre nœuds de sa ceinture, qui
étaisnt les symboles de ses quatre vœux, et qui étaient aussi demeurés sans
corruption, il ne fit point de difficulté de l'appeler sainte, disant qu'il la croyait