LETTRE CLXIV
A SON FILS
Le roi se rend le mattre du Canada, où il envoie nn intendant pour recevoir en son nom les hommages des habitants, et y établir des officiers pour y exercer la justice et y maintenir la police.
Mon très-cher fils.
Un vaisseau qui vient d'arriver et qui se dispose à un prompt retour m'oblige de vous écrire un mot, encore que je n'aie point reçu de vos nouvelles ni d'aucun de nos monastères de France. Je crois qae vous savez que le roi est à présent le maître de ce pays. Messieurs de la Ck)mpagnie ayant appris qu'il avait dessein de le leur ôter, ils sont allés au devant et le lui ont offert. Il les a pris au mot avec promesse de les dédommager, et ainsi ce changement s'est fait sans beaucoup de peine. Les navires du roi nous ont ramené Mgr notre Prélat, qu'on nous dit avoir eu bien du démêlé en France au sujet des boissons qu'on donnait Hux sauvages, et qui ont pensé perdre entièrement
«u d^l liant un t^^••haut degré de gloire. Quelques aimées après, roccaiioii •>t*nt pr*t#nlé# d'ouvrir ton cercueil, il ne se trouTm point de corruption dtni lu ii«h»(nn<>* d# ton r(»rv(»au, mais on la trovra réduite à deux petites boules qui <^ui*nl dur*»» oottiroe In pi^rr^. Vorei plus loin la Lettre CLXVllI.
Nou» i\jo«(<»ron« A »*«lte note de Claude Martin qn'aujourdliai encore les \ r#ulm«»» d« gu^bw téni^rent et invoquent la Mère Marie de Saint-Joseph. (>n ootteerv* Mi |Mrti»U au réftoloire.
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tte nouvelle Eglise. Il a fait le voyage en la compalie d'un nouveau gouverneur, que Sa Majesté nous ivoie, son prédécesseur, qui ne Ta été que deux ans, ant parti avant son arrivée. Le roi a encore envoyé rec eux un intendant, qui, depuis son arrivée, a réglé utes les affaires du pays. Il a établi des officiers pour ndre la justice selon les règles du droit. Il a encore abli la police pour le commerce et pour l'entretien î la société civile. Il s'est fait rendre foi et hommage inéralement de tous les habitants du pays, qui ont nfessé tenir du roi à cause de son château de Québec. Eins les règlements qui ont été faits, Québec se nomme lie, et la Nouvelle-France, province ou royaume. L'on élu un maire et des échevins ; et généralement tous 3 officiers, qui sont gens d'honneur et de probité, ont é faits par élection. On remarque entre tous une •ande union. Mgr l'Evêque et M. le Gouverneur sont immés les chefs du Conseil. On parle de faire bâtir i palais pour rendre la justice, et des prisons pour fermer les criminels, les lieux qui servent à cela mt trop petits et incommodes. M. notre Gouverneur, il se nomme M. de Mesy, est un gentilhomme de >rmandie très- pieux et très-sage, intime ami de feu . de Bernières, qui durant sa vie n'a pas peu servi le gagner à Dieu.
L'on a pareillement établi l'usage des dîmes, qui nt destinées pour l'entretien d'un séminaire fondé r notre évêque, qui doit par ce moyen faire bâtir des lises partout où il sera nécessaire, et y entretenir des êtres pour les desservir. Ces églises seront comme s paroisses, mais ceux qui y présideront, au iieu curés seront appelés supérieurs, dont l'évêque sera chef : le surplus des dîmes doit aller à l'entretien des
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pauvres. Ce digne prélat a déjà fait bâtir une maison à Québec pour l'évêque et pour loger le gros de son Séminaire. Enfin tout cela sonne gros et commence bien, mais il n'y a que Dieu qui voit quelles en seront les issues,, l'expérience nous faisant voir que les succès sont souvent bien différents des idées que Ton conçoit Les épouvantables tremblements de terre que l'on a expérimentés dans tout le Canada contribuent beaucoup à l'union des personnes, car comme ils tiennent tout le monde dans la crainte et dans l'humiliation, tout le monde aussi demeure dans la paix. On ne saurait croire le grand nombre de conversions que Dieu a opérées, tant du côté des infidèles qui ont embrassé la Foi, que de la part des chrétiens qui ont quitté leur mauvaise vie. Au même temps que Dieu a ébranlé lei montagnes et les rochers de marbre de ces contrées, on eût dit qu'il prenait plaisir à ébranler les consciences; les jours de carnaval ont été changés en des jours de pénitence et de tristesse; les prières publiques, les processions, les pèlerinages ont été continuels; les jeûnes au pain et à l'eau fort fréquents ; les confessions générales plus sincères qu'elles ne l'auraient été dans Vexirémité des maladies. Un seul ecclésiastique qui gouverne la paroisse de Château-Richer, nous a assuré qu'il a fait faire lui seul plus de huit cents confessions générales. Je vous laisse à penser ce qu*ont pu faire les révérends Pères qui jour et nuit étaient dans les confe^ionoaux. Je ne crois pas que dans tout le pays il y Bit un habitant qui n'ait fait une confession gênéraie. Il ife$t trouvé des pécheurs invétérés, qui, ponr nssiirtr Umt conscience, ont reconmiencé la leur plos 49 tniê M§» On a vu des réconciliations admirables, fm «fMMBfi i6 mettant à genoux les uns devant les
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autres poar se demander pardon avec tant de douleur quMl était aisé de voir que ces changements étaient des coups du Ciel et de la miséricorde de Dieu, plutôt que de 8^ justice. Au fort de saint François-Xavier, qui est de la paroisse de Sillery, il y avait un soldat de la garnison, venu de France dans les navires du roi, le plus méchant et le plus abominable homme du monde. Il se vantait impudemment de ses crimes comme un autre pourrait faire d'une action digne de louange. Lorsque le tremblement de terre commença, il fut saisi d'une frayeur si étrange, qu'il s'écria devant tout le monde : Qu'on ne cherche point d'autre cause de ce que vous voyez que moi ; c'est Dieu qui veut châtier mes crimes. Il commença ensuite à confesser tout haut ses péchés, sans rien avoir devant les yeux que la justice de Dieu qui l'allait, à ce qu'il croyait, précipiter dans les enfers. Ce fort est à un quart de lieue de Sillery, où il le fallut porter à quatre pour se confesser, la peur l'ayant fait devenir comme perclus. Dieu a fait en lui une si heureuse et si entière conversion, qu'il est aujourd'hui un modèle de vertu et de bonnes œuvres.
Voilà l'état du Canada, tant pour le spirituel que pour le temporel. A quoi j'ajouterai que le roi ne nous a pas envoyé des troupes, comme il l'avait fait espérer, pour détruire les Iroquois. On nous mande que les démêlés qu'il a dans l'Italie en sont la cause. Mais il a envoyé en la place cent familles qui sont cinq cents personnes. Il les défraie pour un an, afin qu'elles puissent facilement s'établir et subsister ensuite sans incommodité. Car quand on peut avoir une année d'avance en ce pays, on peut défricher et se faire un fond pour les aanées suivantes»
De Québec, le 1663.