LETTRE CLXV
AU MEME
Ses sentiments touchant la translation da corps de saint Benoit dans iim magnifique chftsse, an mois de mai de Tannée 1653. — Générosité aree laquelle elle abandonna son fils en se rendant religieuse, et depuis enoort to allant en Canada. — Effet de cet abandonnement*
Mon très-cher fils,
J*ai reçu deux de vos lettres cette année, la première desquelles me parle de vos dispositions particalières, et l'autre me fait le récit de la translation du corps de Saint-Benoît, votre glorieux Père et le mien, parce que j'y ai çu toute ma vie une dévotion particulière. C'est à cette dernière que je réponds par celle-ci, et que je me sens pressée de vous dire que j*ai eu une aussi grande tendresse de dévotion dans mon éloignement que si j'y eusse été présente. Je n'ai pas ressenti seule la douceur de ce sentiment, mais encore toute notre Communauté et nos révérends Pères, à qui j'ai communiqué votre lettre. Ils ont même trouvé si belle et si riche l'estampe de cette magnifique châsse qu'ils l'ont voulu retenir. Nous avons tous béni la divine bonté d'avoir donné à ce saint patriarche de si bons enfants, qui ont fait un si riche et si digne sanctuaire à leur Père. Une bonne religieuse bénédictine de Reims. a envoyé une croix faite du cercueil de ce grand saint
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à madame d'ÂilIeboust sa sœur, qui est avec noas. Vous me mandez que vous m'envoyez de son suaire, je n*ai point reçu cette sainte relique, que je projetais de mettre avec celles que nous avons déjà. Si elle est perdue, cette privation me causera bien de la douleur, quoique je n'en doive pas avoir , n'étant pas digne de la posséder. Enfin je loue votre Congrégation de l'effort qu'elle a fait pour cette magnifique châsse, comme aussi ces bons Abbés commendataires qui y ont bien voulu contribuer. Il était bienséant qulls rendissent un peu pour le beaucoup qu'ils retirent des monastères de ce grand patriarche.
L'on s'attendait à Tours qu'à l'issue de votre chapître, vous seriez envoyé en l'un des deux monastères. Je ne vous sais pas mauvais gré de la répugnance que vous y avez, car la proximité des parents cause souvent de l'embarras et détourne quelquefois de Dieu ; mais quand la divine Providence l'ordonne, et que cela n'est pas recherché, il faut baisser le col et se soumettre; s'il y a de la mortification, il la faut prendre en patience. Mais enfin puisque le repos que vous trouvez à Angers vous fait aimer ce lieu-là, je suis bien aise que vous y soyez retourné. Ah! mon très-cher fils, qui eût jamais dit, mais qui l'eût pu même croire, que vous et moi étant demeurés seuls après la mort -de votre père, la divine Majesté vous regardât dès lors pour vous faire posséder le grand et inestimable bonheur de la profession religieuse ; et même qu'il vous eût fait naître pour des charges si honorables et pour des emplois si éclatants? C'est assurément parce que je vous ai abandonné pour son amour, et que je ne lui ai jamais demandé ni or ni richesses pour vous ni pour moi, mais seulement la pauvreté de son fils pour tous
les deux. S*il ▼oos poorroit en la manière que vous
l'expérimentez, e«t que sa libéralité est aussi certaine qae sa Toionté. Ses promesses ne manquent point à ceux qui espérait en lui.
Vous souTenez-voua bien de ce que je vous ai dit autrefois, que si je vous abandonnais, il luirait soin de vous, et qull serait votre père. Cest pour cela que je n*ai jamais rien fait de si bon cœur ni avec tant de confiance en Dieu, que de vous quitter pour son amour, étant fondée sur son saint Evangile » qui était mon guide et ma force. Et lorsque je m'embarquai pour le Canada et que je voyais Fabandon actuel que je faisaiB de ma vie pour son amour, j'avais deux vues dans mon esprit. Tune sur vous, l'autre sur moi. A votre sujet, il me semblait que mes os se déboitaient et qu'ils quittaient leur lieu, pour la peine que le sentiment naturel avait de cet abandonnement Mais à mon égard mon cœur fondait de joie dans la fidélité que je voulais rendre à Dieu et à son Fils, lui donnant vie pour Tie, amour pour amour, tout pour tout, puisque cette divine Majesté m'en rendait digne, et me mettait dans l'occasion, moi qui était la lie du monde.
Je reviens au saint suaire que vous m'avez envoyé. J'en regrette la perte, dans la crainte qu'il ne tombe en des mains qui ne l'honoreront pas comme il le mérite. Agréez le respectueux salut de notre Communauté, et k très-humble remercîment qu'elle vous en fait avec moi.
De Québec, le 16 août 1664.
LETTRE CLXVI.
AU MÊME
Reste des tremblements de terre. — Le Roi continue de peupler le pays. — Les Iroquois continuent d*exercer leurs hostilités : ils sont défaits par les Algonquine. — La foi pénètre chez les Papinachois. — Eloge de la piété d'une femme sauvage.
Mon très-cher fils,
Je vous écrivis rannëe dernière ce qui s'était passé en ce pays touchant les tremblements de terre. Vous serez peut-être bien aise d'apprendre s'il en reste quelque chose, et s'ils n'ont point causé quelques accidents funestes. Pour le premier, la terre a encore tremblé en quelques endroits, mais légèrement, et ce ne sont que des restes des grandes secousses de l'année dernière.
Pour l'autre, nous craignions la peste ou la famine ; Dieu nous a préservés de l'une et de l'autre. Il se trouva qu'après les grandes secousses, et les feux, tant souterrains que ceux qui étaient sortis par les ouvertures de la terre, une extrême sécheresse avait comme brûlé la surface de la terre et consumé toutes les semences. Ensuite de ces aridités. Dieu permit qu'il tombât des pluies en si grande abondance, que les torrents semblaient avoir emporté tout le reste de l'herbe et tout ensemble l'espérance de faire aucune moisson. Le contraire est arrivé, car la moisson a été si abondante,
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ias étendus, à moins d'être roi lui-même et absolu. Dcore que les Iroquois soient fort humiliés, tant par :u erres qu'ils ont sur les bras, que par les maladies I mortalités que Dieu leur envoie, ils ont néanmoins des courses en ces quartiers lorsqu'on ne les y cSait pas. Ils ont enlevé deux grandes filles fran- 8 avec quelques Français et sauvages, puis en f; tué quelques-uns, ils ont pris la fuite seton leur ixne.
i même temps que cette, troupe faisait son ravage, .eurs des principaux des natiors iroquoises approeut de Montréal pour demander la paix aux Fran- » et du secours contre leurs ennemis. Ils étaient :^gés de grands et riches présents pour des sauvages, on tient qu'il y en avait pour huit ou dix mille es. Mgr notre Evêque et M. le Gouverneur y étaient 8 pour les recevoir et pour entendre leurs propo- >ns. Cependant les Algonquins, qui en eurent le t, les allèrent attendre au passage, et pressèrent si I leur embuscade qu'ils tombèrent dedans. Les |uois firent des clameurs étranges, disant qu'ils aient faire la paix avec eux aussi bien qu'avec les nçais. Les Algonquins, qui sont leurs ennemis rtels, s'en moquèrent, après avoir tant de fois expéenté leur perfidie et mauvaise foi. Ainsi, sans les ater, ils en taillèrent en pièces autant qu'ils purent, ent les autres, et enlevèrent tout le butin. On eut 1 de la peine à sauver ceux qui avaient pris le ant à Montréal, et il fut nécessaire que les Français * fissent escorte assez loin, et jusqu'à ce qu'ils fussent s de l'incursion des Algonquins. Les uns disent Is voulaient la paix tout de bon, et les autres qu'ils aient pour tromper comme par le passé : Dieu seul
sait ce qui en est Encore qoe les Français n'aient nnliement trempé dans cette affaire» tous les Iroqnois néanmoins croiront qoe ce sont enx qui ont fait jouer ce ressort poor les détraire, et il ne faat point dootar qu'ils ne fassent leur possible pour s'en venger sur noi habitations, si ce n'est que la crainte qulls ont dei Français, qu'on leur a dit qulls se disposent à leur aller faire la guerre, ne les retienne, ou platAt que li protection de Dieu sur nous ne les empêche.
Les Iroquois fermant les oreilles aux paroles de l'EvaDgile, et endurcissant leurs cœurs à la grâce que Dieu leur présente, sa bonté divine en appelle d'aatrei qui seront plus fidèles et en feront mieux leur profit. Ce sont des peuples qui habitent vers la mer du Nord, qu'on tâche de découvrir depuis si longtemps. Le révérend Père Nouvel, de la Compagnie, s'étant embarqué l'automne dernier, avant que les glaces fussent dans les rivières, afin d'aller hiverner chez les Montagnais, la chaloupe où il était s'entrouvrit lorsqa'oa y pensait le moins, en sorte que lui et toute sa compagnie, voyant que le mal était sans remède et qa'ili allaient couler à fond, ne pensaient plus qu'à se disposer à bien mourir. Le Père, néanmoins, eut un moavement de faire un vœu à la Sainte-Famille, à laquelle tout le pays a une très-grande dévotion pour beaucoup de raisons.*
(1) On célébrait au Canada, le troisième dimanche après Pâques, la îètê d«li Sainte-Famille, double de deuxième classe. L'office arait été compote pir It fameux Santeuil, ce qui n'est pas une reconmiandation. Il y a encore à la cM' (Irale un autel et une confrérie de la Sainte- Famille.'
Les Ursulires de Québec possèdent un tableau de la Sainte- Famille, que Toi croit avoir été fait par un Récollet en 1700. L'enfant Jésus y parait admoMsur un petit sauvage.
Le vœu ne fat pas plus tôt fait, qu ils se trouvèrent hors de péril d'une manière si extraordinaire, qu'on la tient pour un effet miraculeux. Par cette même protectioD ils furent encore sauvés de la main des Iroquois, qui lenr dressaient partout des embuscades. Enfin, sa com-v pagnie le conduisit aux Papinachois qui avaient déjà TO quelques Européens pour la traite dans les nations plus proches où ils s'étaient avancés. Le Père les catéchisa, et trouva en eux des cœurs si disposés à recevoir la semence de l'Evangile, qu'il les instruisit sans diffloalté. Ils étaient ravis de lui entendre parler de la Foi et encore plus de l'embrasser. Ceux-ci lui offrirent de le mener en d'autres, nations plus peuplées. Il s'y accorda, nonobstant les grandes diâScultés du chemin,
-^ dans lequel on rencontre jusqu'à douze portages.^ Mais cet excellent Père surmonta tout cela par Tardeur de ion zèle, et trouva de la douceur dans toutes ces fktigues, dans l'espérance de gagner des âmes à Jâsus- Christ. Il entra dans ce pays, où jamais un européen n'avait mis le pied.
Ce peuple, néanmoins, avait entendu dire qu'il y avait un Dieu, créateur du ciel et de la terre, et qu'il y avait nn paradis pour récompenser les bons, et un enfer pour pnnir les méchants. Au même temps que le Père leur eût fait l'ouverture de notre sainte religion et de ce qu'elle contient, leurs coeurs et leurs esprits ravis d'aise se rendirent traitables et dociles comme des agneaux.
^ Ite sont de langue montagnaise, qui est en usage en nos quartiers, ce qui fut un grand avantage pour le Père. Lorsqu'il leur montra dans un grand tableau les fins
(1) Endroits où l'on est obligé de porter les canots par terre, soit à cause (Time chate d*eaa ou de la rapidité du courant, soit parce que Ton quitte une rivière pour en prendre une autre.
dernières de l'homme, et particaliôrement l'enfer qui est destiné pour les méchants et pour ceux qai ne croient pas, ils s'écrièrent : Cache ce lieu-là, il nous épouva&te, noas n'y voulons pas aller ; mais bien en celui-là, montrant le paradis. Ils étaient affamés d'entendre parler de nos Mystères. Il y en eut un qui, dans le ressentiment qu'il eut des douleurs et des souffrances de Notre-Seigneur pour le salut des hommes, prit une discipline qu'il aperçut parmi les meubles du Père, et s'encourut dans le bois, où il se traita d'une étrange manière. Il s'en vint trouver sa femme à qui il présenta la discipline; elle la prit et alla en faire autant, puis elle retourna en sa cabane où son frère, s'étant aperçu de ce que son mari et elle avaient fait, prit cet . instrument et alla faire le même.
Ils se sont tous fait instruire, et le Père les ayant trouvés disposés, a baptisé plusieurs adultes et un grand nombre d'enfants. Ils l'ont prié d'aller hiverner avee eux: comme la moisson est grande, il ira avec an second, selon la promesse qu'il leur en a faite. Peut-être passeront-ils plus avant, car ces bons sauvages lui ont promis de le conduire à la grande mer du Nord, sur les rives de laquelle il y a beaucoup de peuples sédentaires. Il n'y a que pour un mois de chemin de ce lieu-là et qui est fort aisé. Voilà une conquête bien précieuse, priez la bonté divine qu'il y donne sa bénédiction et des forces aux ouvriers de son saint Evangile pour supporter les grands travaux qui se rencontreront dans son exécution.
Il est bien juste que je vous dise quelque chose de notre petit séminaire. Nous y avons eu cette année une bonne veuve assez âgée, nommée Geneviève, algonquiue népisirinienne de nation, laquelle sachant
que nous ne recevions point des personnes de son âge, nous fit prier par des personnes que nous ne pouvions refuser. Elle vint me trouver pour me dire, que c'était le grand désir qu'elle avait d'être instruite qui lui faisait faire tant de poursuites ; qu'elle avait des sœurs ignorantes, qu'elle voulait se rendre capable d'instruire, n'y ayant point de robes noires en son pays pour le faire ; que son dessein était de jeûner le carême comme nous, et de prier durant tout ce temps-là, ce qu'elle ne pouvait pas faire dans sa cabane. Je lui accordai enfin sa demande, voyant le zèle avec lequel elle parlait : car depuis vingt-cinq ans que nous sommes en ce pays, je n'ai point vu de sauvagesses ferventes comme celle-là. Elle nous suivait tous le jour aux observances du chœur, où elle n'était point satisfaite qu'elle ne fit comme nous, et quand elle ne pouvait le faire, elle disait plusieurs chapelets et elle faisait des oraisons jaculatoires toutes pleines de feu. Elle ne se lassait point de prier, ni de se faire instruire sur les mystères de notre foi. Madame d'Âilleboust ayant hiverné chez nous, elle allait souvent la trouver pour apprendre d'elle quelque prière, ou quelque point de catéchisme. Elle me suivait en notre chambre afin que je lui parlasse de nos saints mystères. Durant même nos récréations elle ne pouvait nous laisser libres, sans qu'il fallût lui parler de Dieu, otT répondre à ses demandes.
Elle faisait souvent le récit de ses aventures, et un jour entre autres elle me dit : J'ai beaucoup de fois expérimenté le secours de Dieu dans la ferme créance que j'ai en lui. Il m'a gardée partout. Revenant de mon pays en celui-ci pour me faire instruire, nous fîmes rencontre des Iroquois, qui donnèrent bien de la crainte à mon frère et à toute notre troupe; je me jetai contre
:iH{) LETTRES
(lanfl les Iierbiers où je disais à mon frère : Prends courA{(o» mon frère, crois en Celui qai a tout fait, et il nous sauvera des mains de nos ennemis. Je ^exho^ tais sans cesse pendant que les balles des fusils siflGiaient i\ nos oreilles tout autour de nous, et Dieu nous prot<5goa si puissamment en cette rencontre, qu'il n'y eut pas un seul de notre troupe blessé, ni même aperça do Tonnemi que nous voyons tout près de nous.
Son mari étant mort en son pays, qui est à plus de cinq cents lieues d*ici, n'y ayant plus d'église, elle ne voulut pas Y laisser son corps, mais avec une générosité nonpareille» elle prit la résolution de l'apporter ici pour lo faire enterrer dans le cimetière des chrétiens, Htin qu au jour du jugement il ressuscitât avec eux. l/otVot suivie la résolution, car elle apporta le corps, parùo sur son dos, partie en canot jusquanx Trois- Kîvii^r^$« où elle le fit enterrer le plus honorablement quelle put. faisant dire des messes pour le repos de sou ;Uue. Klle e$t inconsolable quand elle pense que $^<ii enfant;^ sont mor^ sans baptême, et sa douleur ait uu jvu souls^v ,:uani elle r'ii: rêâexioa quêtant dans ,vw l:ux?eî5. AU lu.nzis ils ze bcdleroaî pas conmie les Av.ijLl:^ ^-t i::^:iren: 5az5 éîre ccMci^n*. Un seul loi >^«?s rwc^ ^ui c$: :acrt chr^èciez i l'i» ie dix ans; mais vdrw ^iivxi: sj ncn ^L.« 1 i v^ rarler à :in jongleur, .*L^? .'r^:::: ;;::, z^ jci:: iizrotf rcor « cêrhê-Ià. Elle
ie u: xr^ :ru:?er'j,vci'^. 3i*l^ i ùlt. ic^xoi i notre :$^uxiaa:r^ i X3 .-^isCL'r ^z: iri:; jiîr»: itf rcce à son fils, ida ;(« acu* cîisni'.'cs ::c$ îr.tîr«s lai s;<^aiies rcur le
DR LA MÈRE MARIE DE l'INGARNATION . . 281
nous considérant, elle disait à Dieu : Conservez ces bonnes filles, qui depuis le matin jusqu'au soir sont tQUJoars auprès de* vous, et qui ne font autre chose que ▼OQs servir. Lorsqu'elle rencontrait quelque instrument. de pénitence elle voulait s'en servir, surtout de la ceintare de fer, mais nous modérions sa ferveur, et ne lui laissions pas f^ire tout ce qu'elle eût bien désiré.
Le jour du Vendredi- Saint, elle fut puissamment touchée dans la considération de la passion de Notre- Seigneur. Durant nos Ténèbres, elle fondait en larmes, par l'impression <)ue Dieu lui donna de l'amour qu'il avait porté aux hommes en endurant pour eux de si extrêmes tourments. Etant revenue à elle, je ne sais, dit-elle, où j'en suis, mais je n'ai jamais expérimenté chose pareille ; le diable ne me voudrait-il point tromper? Je l'emmenai en notre chambre pour l'entretenir sur ce grand mystère. Là j'achevai de la combler, ou plutôt ^ Dieu par mon moyen, de douleur et de consolation. Elle considérait avec attention nos cérémonies du cbœur, qu'il lui fallait expliquer, après quoi elle ne pouvait sortir de son admiration et disait que nous imitions les anges et les saints qui sont au ciel.
Elle voyait fort clair dans son intérieur. Un jour
qu'elle était fort pensive, on lui en demanda le sujet;
JB considère, dit-elle, que je suis bien méchante. Il me
semble que je fais ce que je puis pour ne point offenser
Celui qui a tout fait, et cependant je me vois toute
. remplie de péchés. Depuis peu un homme m'avait
* dérobé une robe de castor en ma présence, sous prétexte
V de me la garder. Je courus après lui pour la retirer;
je n'étais pas^ néanmoins en colère, et je ne lui voulais
point de mal : cependant je sentais en moi une malice
qui me voulait tromper. Elle voulait distinguer par ces
p^kTolM "eâ^ le ht zrâee (faToc fiflciîottîon de la
Lft cnîtèm^ dénier^ Itgr riocre Ptâaft admiDistra te nskcmneot de conârzsaticn. Elle a'oi avait poiot encore entendu parier^ parce qu'elle néiait pas en ce p»yn ia première fois -lall le coofifra. (Téiaxt dans notre ^lUe qtxe la cérémonie devait se faire. Elle voyait que Ton instruisait plosieurs de nos pensionnaires ponr recevoir ce sacrement, et le sérieux avec leqnei on agissait loi fit croire qae c'était qnelqne chose de saint et de grande importance. Elle allait et venait par la maison cherchant quelqu'un qui put lui dire ce que c'était. Ne trouvant personne, parce que toutes étaient occupées, hélas ! dit-elle, on ne mlnstruit point, et voilà qu'on instruit les enfants. Je m'attachai à elle pour lai donner l'instruction nécessaire. Elle était ravie de toat ce que je lui disais, surtout de ce que par la vertu de ce sacrement, elle serait plus forte contre les tentations du démon, plus forte et courageuse dans la Foi, et qu'elle en porterait la marque dans le ciel aussi bi^ que (lu saint baptême. Dès qu'elle eût reçu le sacrement, ollo demanda congé daller à Sillery pour faire paît do son bonheur à ses parents et à ses amis sauvages. Kilo IcH prêcha avec tant de ferveur, qu'ils n'avaient point (lo paroles. Enfin son frère revenant à lui loi dit : Hélas t nous sommes de belles créatures pour concevoir et expérimenter de si grandes choses!
Kilo était continuellement auprès de ce frère pour lompôchor de traiter de l'eau- de- vie. Un Français voulant se servir de lui pour en porter un baril en cachette aux Trois- Rivières, elle n'eut point de repos qu'il ne : loùt quitté. Tu i>ériras, lui disait-elle» Dieu t'abandonnera» et le diable sera partout avec toi. Enfin elle vint
à bout de son dessein. Bile nous quitta pour aller aux Trois-Riviôres chercher des femmes de sa nation, pour les empêcher de se jeter dans une occasion qui les eût pu écarter de Dieu et des pratiques chrétiennes.
De Québec, le 18 août 1664.
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