LETTRE CLXVIII
A UNE URSULINE DE TOURS
Nouvel éloge de la Mère Marie de Saiut- Joseph.
Ma révérende Mère,
Vous me témoignez de la joie de ce que j'ai mandé Tannée dernière à votre sœur religieuse du Calvaire, touchant la découverte de la Mère Marie de Saint-Joseph^ votre sœur et la sienne, et ma très-chère et très-fidèla
(1) 11 s'agissait de la fameuse Madame de la Vallière, alors le scandale de France et de l'Europe entière, et parente de la religieuse de Tours à laqnell écrit la vénérable Mère. Ce fut pour obtenir sa conversion que les Ursalii de Québec tirent dix semaines de grandes dévotions et de grandes péuitence^ outre que la Mère de l'Incarnation avait en son particulier cette affaire tort cœur. Or, on sait que Madame de la Vallière se fit carmélite et mourut ap avoir passé trente-cinq ans dans la pénitence et les austérités du cloître.
DB LA MÈRE MARIB DE L'iNCARNATION. 287
ipagne. , Je vous assure que je ressens tous les jours plaisir singulier dans le seul ressouvenir de ses his, et de la douce conversation que nous avons eue emble lorsqu'elle vivait parmi nous. J'en ressens ore un plus grand dans le sentiment que j*ai de sa 3itë, ne doutant point qu'elle ne jouisse de Dieu et sa gloire. Nous avons ici une sœur qui a recours lie en tout ce qu'elle entreprend, et elle m'assure )lle ne lui recommande rien qu'elle ne l'obtienne de u en sa faveur. Elle lui attribue aussi la grâce de vocation religieuse, qu'elle dit avoir reçue de Dieu ses prières, en levant les obstacles qui l'attachaient s le siècle. Nous expérimentons très-souvent son )urs depuis que nous sommes sorties d'une affaire }-épineuse que nous lui avions recommandée auprès grand saint Joseph.
^ous me demandez une chose que je ne vous puis order, puisqu'elle n'est pas en ma puissance; c'est cette pâte blanche, qui était autour de son corps, vous dirai que comme nous avions ouvert son ceril en secret, ayant seulement permission de le chaude lieu, après que nous eûmes lavé ses ossements B les renfermâmes aussitôt avec son cœur et cette ) blanche dans un double cercueil neuf. Nous réserles néanmoins quelques petits ossements dans une ;e, parce que les Mères Hospitalières qui avaient li changé leurs sœurs défuntes de cercueil et de etière, et qui nous avaient aussi envoyé de leurs iments pour les mettre dans un coin du cercueil de ■e chère Mère, nous avaient aussi demandé des siens r les mettre avec ceux de leurs sœurs, pour marque Tétroite union que nous avons ensemble. Nous en D8 aussi retenu pour nous par dévotion, et pour
l'amour qae nooa portons à cette fidâic. Epouse de JiîsrjS'CfiaiST. CTest ce qui me fit dire rannée dernière à votre chère sœar, qae j'avais pensé lai en enTojer pour les mettre avec les siens, quand Notre-Seigneor l'appellerait de ce monde.
J'avais la même pensëe pour ma révérende Mère de Saint-Bernard, parce que c'était sa chère Mère anni bien que la mienne. Mais ayant appris qu'elle avait payé le tribut à la nature, je n'ai pas cm devoir passer plus avant. Non que j'eusse la pensée d'envoyer dei reliques comme d'une sainte, car quelque estime qae nous ayons de la vertu , il n'y a que Dien qui sache assurément si elle l'est, ni que l'Eglise qui la poisse déclarer telle. Mon dessein était seulement de les envoyer, afin qu'on les conservât comme Ton consene les meubles rares que l'on a hérités des personnes que Ton aime beaucoup. Pour mon particulier, je l'invoque tous les jours, et son souvenir m'est en bénédietioB, aussi bien qu'à toutes mes sœurs. Recevez donc ce qoe je vous envoie de cette très-chère et très-aimable Sceor; et je vous l'envoie parce que vous me Tavez demandé, car je n'aurais osé le faire autrement, quelque estiise i^ue j*en tasse, et si persuadée que je sois que la ne 'le cette chère Mère a été toute cachée en J£sus*C!hrisi par ia grande humilité, par sa patience héroïque, psr .fa ciortiâcaûon continuelle, et par sa trôs-intime onioB aT«ic uieu. Agréez, s il vous plaît, le très-humble saint Ut 'xijiites nos soeurs, et le mien en particulier.
LETTRE CLXIX.
A SON FILS
de M. de Tracy & Québec. — Il se disj^ose à combattre les Iroqaois. Divers météores et phénomènes qui ont paru cette année.
Mon très-cher fils,
nme il vient cette année un grand nombre de Baux en Canada, qui doivent aussi 8*en retourner 'ance, nous avons le moyen de vous donner plus mt et plus tôt de nos nouvelles que les années der- B. Il en est déjà arrivé cinq, dont deux sont partis 8*en retourner, et un troisième doit lever l'ancre deux jours, M. de Tracy, lieutenant-général pour ajesté dans toute l'Amérique, est arrivé il y a plus linze jours avec un grand train et quatre compa- , sans parler de deux cents hommes de travail ont divisés dans les vaisseaux. Enfin, il doit y deux mille personnes, tant en ce qui est venu ce qui reste à venir. Les compagnies qui sont ées sont déjà parties avec cent Français de ce et un grand nombre dé sauvages, pour prendre rant, s'emparer de la rivière des Iroquois, y faire brts, et les garnir de munitions. L'on fait cepenici un grand appareil de petits et de grands LUX plats pour passer les bouillons de l'eau qui se )ntrent dans les sauts. Les provisions de vivres
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«/^», / i^'**y »six:f t:u iMibfmuh, afin qiie rien ik zudioi |ii«M unttééft^f itMxî i:xi4(iition. Il a fait des merràto ilfuia li.a îliid i]ii ïAniArUiHii, OÙ il a réduit tout le monih .1 riitii'iuofUM'U lin ito)^ iKitiM ocipérons qu'il ne ferai* «ukImi ilfihfl iiMilan loH mitions du Canada. Voilà Fétll lU»^ flu^p^iq pnur In ^tuivortuMUont des hommes.
»\mu *M^lni ilo hiou, lo IS d«s> décembre de Y . ^M^^^,Mv. ^1 ï^juu< mu<> iMnuM<* A Oa;>iwo, vers l'heure de fv. . î • .n.;^i.^ii,^ jx-^ruJ ,iusi^ui s'jc beciKs du matin
DE LA MÈRE MARIE DE l'iNCARNATION. 291
continaa quelque temps. L'étoile ou la tête de ce étéore paraissait carrée, sa queue était comme des lyoDS qui, par saillies, semblaient jeter des influences mcer des vapeurs). Ces rayons étaient tournés du M de la terre entre le -nord et le nord-ouest. Elle ontait encore, et venant du côté du sud, elle portait i queue à côté d'elle. On a remarqué qu'un matin on i vit porter sa queue du côté du sud, puis elle sembla mber à terre, et ses rayons tournés vers le ciel, dpuis ce temps-là elle n'a plus paru. Le même jour
soleil a paru en se levant entouré d'un iris (arc-enel) avec ses couleurs ordinaires ; et une vapeur noire ^rtit du soleil, et de cette vapeur un bouton de feu. Le vingtième de décembre, sur les trois heures après idi, l'on vit paraître trois soleils éloignés les uns dés itres d'environ un quart de lieue ; ils ont duré environ le demi-beure, puis ils sont venus se rejoindre au ^leil ordinaire.
L'on a encore senti la terre trembler plusieurs fois n ces quartiers, mais légèrement et assez peu de rmps. Â Tadoussac et dans les forêts voisines elle a femblé plus souvent, et aussi fortement qu'elle ât ;.7 a deux ans.
Le deuxième de janvier, l'on découvrit une seconde Uttète semblable à la première. Sa queue était longue * soixante pieds ou plus ; elle différait de la première Q ce qu'elle portait sa queue devant elle. Il en a paru De troisième au mois de février, presque semblable, icepté qu'elle portait sa queue après elle, et qu'elle iraissait le soir, sur les six heures, au lieu que les lires paraissaient le matin. *
L'on a vu plusieurs fois des feux voler par l'air. Ce nt peut-être des restes des tremblements de terre.
laquelle étant demeurée ouverte en plusieurs endroits. E laissé aux feux souterrains des issues libres pour s'élever en l'air. On a aussi remarqué une espèce de dard fort élevé en l'air ; et parce qu'il était directemeit entre nous et la lune, en sorte qu'il semblait qu'il f&t dans la lune même, il y en a qui ont cm, et qui est dit, qu'on avait vu la lune percée d'une flèche/
Les Iroquois ont fait, l'hiver et au printemps, plasieurs meurtres sur Jes Français et sur les sauvages,. tant à Montréal que dans les bois.
Quelques Algonquins Nipisiriniens venant ici eai traite au nombre de vingt-cinq canots, eurent prise avec les Iroquois, qui leur vinrent à la rencontre. Quelques-uns d'entre eux, qui fhrent pris et emmenés, s'étant sauvés depuis, ont rapporté que les Iroqaoii
(1) Le Père Le Mercier, Jésuite, dans sa Relation de 1665, après afoir déoit la position et la marche des comètes dont parle la Mère de rincamation, s'expiÎBi comme il suit relativement à divers météores et tremblements de terre.
« Le 27 décembre 1664, la lune se fit voir, après minait, d'ope façon bisi * surprenante : car la moitié était rouge comme du sang, et l'autre moilié a lumineuse qu'elle éblouissait les yeux.
1* Le 19 janvier 1665, sur les cinq heures trois quarts dn soir, on enteoditi comme sortant de sous terre, un son qui fut pris pour un coup de canes. l\i^ entendu par des personnes éloignées de trois ou quatre lieues les unes des totni- 1^^ Un demi-quart d'heure après, il parut sur Québec un globe de feu qui ne fit 9* passer et qui répandait une si vive lumière, que Ton voyait conmie en pliifl j^'^ des maisons éloignées de deux lieues. |^
» Dans la suite de Tannée on en a vu plusieurs autres semblable!, ttst â Québec qu'au-dessous de Tadoussac et dans le chemin des Trois- Rivières.
1* Outre les médiocres tremblements de terre et des bruissements fréqocBti dans les côtes voisines, la terre a tremblé extraordinairement àseptoabo» lieues d'ici, et deux ou trois fois dans une même nuit, avec une extrême fiolcoc^- Le jour de saint Mathias, aux environs de Tadoussac et à la Malbaye, lei trto* blements de terre furent si fréquents, que les sauvages et on de nos Pères qB hivernait de ce côté-là avec eux, assurèrent qu'ils n'étaient pas moins viol^^ que cens qui se firent sentir en 1663. ••
Voir oe qUe noua Avona dit après la Lettre GLIX, ci-dessus, page 226.
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stient transporté leur principal village de l'autre côté
la riviôre, et que quand leurs femmes vont aux
amps pour travailler, il y a toujours quelque nombre
Qsidérable douleurs jeunes guerriers, qui les devan-
it et qui les gardent durant leur travail. Cette pré-
ation nous fait croire qu'ils sont avertis que les
ançais ont dessein de leur faire la guerre. Ce ne sont
18 les Hollandais qui sont leurs voisins, mais bien
Anglais, qui se sont rendus les maîtres de tout ce
lis possédaient et qui les ont chassés. Cette conquête
it faite par ceux de la Nouvelle-Angleterre, qui sont
(Tenus si forts, qu'on dit qu'ils sont plus de quarante
Ile. Ils reconnaissent le roi d'Angleterre pour leur
nce , mais ils ne veuleiit pas en être tributaires.
i habitant d'ici, mais qui n'y était pas bien vu, parce
e c'était un esprit de contradiction et de mauvaise
meur, se retira chez les Anglais il y a environ deux
, et leur donna, à ce que l'on croit, la connaissance
beaucoup de choses du pays des Iroquois, et du
id profit qu'ils en pourraient tirer pour la traite,
en étaient les maîtres. On croit que ce peut être
lison qui les a portés à attaquer la Nouvelle-Hol-
). Voilà ce que nous avons pu apprendre de nou-
jusqu'à ce jour. Je vous prie de ne me point
r en vos prières.
î Québec, le 28 de juillet 1665.