‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 55 sur 101 · LETTRE CLXXI · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXI

AU MÊME

Elle témoigne le plaisir qu'elle a de le voir religieux. — Jalousie des geni ds monde contre les religieux et les serviteurs de Dieu. — Effets mirtcuieiiz arrivés par la dévotion à la Sainte-Famille.

Mon très-cher fils,

Je vous ai déjà donné avis par mes dernières lettres que j'ai reçu trois des vôtres cette année. J'ai été bien consolée d'apprendre votre meilleure disposition. Et moi je vous dis que je sors d'une maladie mortelle qui a duré une année entière. Notre-Seigneur, qui m'en a tirée par sa bonté, sait si ce sera pour longtemps. A présent que je vous écris, je me porte beaucoup mieux, en sorte que j'assiste aux exercices de la régularité. Je suis encore faible, mais comme je suis d'un bon tempérament, je surmonte les difficultés sans m'en trouver plus mal, mais plutôt je sens que par ces petits efforts mes forces se rétablissent.

Par la grande lettre que je vous ai écrite il y a pea de temps, je vous ai fait le récit des dispositions de mon intérieur durant cette maladie. Je vous fais encore réponse touchant quelques points d'oraison dont vous me parliez l'année dernière, n'y ayant pu satisfaire pour lors à cause de ma maladie, je tâche de m'en acquitter autant que ma faiblesse le peut permettre. Si j'étais

DE LA MËRE MÂRIB DE L'INCARNATION. $05

che de vous, mon cœur se verserait souvent dans ôtre, pour m*entretenir avec vous des grandeurs de pe bien-aimé. Car je ne puis exprimer la consolation mon âme de savoir que vous ne voulez aimer que

et que Fesprit intérieur vous y tient lié si étroite-it. Je vous aime plus pauvre religieux que si vous z monarque de tout l'univers. Vous me dites que 'on exécute dans votre Congrégation le statut qui te que Ton fera des cellules séparées pour lès reli- QX qui voudront vivre solitaires, vous serez des miers qui se présenteront pour les remplir. Je ne is pas que Dieu demande cela de vous. Il faut à sent vous abandonner à sa conduite aux dépens votre repos. Puisque Dieu donne de si heureux grès à votre Congrégation, et qu'il se présente tant monastères à réformer, elle a besoin d'un grand ttbre d'ouvriers; et puisqu'il vous donne l'esprit de duite, il faut que vous fassiez profiter son talent ant de temps que l'obéissance le voudra de vous, lendant soyez supérieur par humilité, et commandez

obéissance.

>ans vos progrès vous souffrez persécution; c'est t-être ce qui vous fait prospérer. Que ces sortes persécutions ne vous abattent donc point le courage, it que Dieu aura des serviteurs sur la terre, le ade leur sera toujours contraire. Nous sommes ici bout du monde, et nous ne laissons pas d'expériiter cette vérité. On ne saurait croire combien l'y est trouvé de calomniateurs contre Mgr notre lat, contre les révérends Pères, contre nous et contre werirs personnes de mérite ; et cela pour la plupart plus souvent) à cause du temporel. L'on a écrit des res diffamatoires qui sont allées jusqu'au roi, qui

LBTTR. M. IX.

a découTert les fourberies des calomniatears, et nimocence des senriteors de Dieo. M. de Tracy, qui porte le nom de Tice-roi de FAménque, étant arrivé, a va ai clair dans ces afiaires, qnll en a donné an second avif au roi, en suite de quoi ceux qn*on avait vooIq abaisser par pore envie, sont estimés pins que jamais, et leuv ennemis humiliés par la privation de leurs charges.

Nous n'avons pas été exemptes de ces croix; car on a voulu nous faire perdre nos concessions, disant que nos titres, tout confirmés qu ils sont, ne soient qae • fourberies. Cela était en débat au temps que j'étais quasi à Textrémité. Notre-Seigneur néanmoins me fit la grâce de me donner assez de forces pour écrire contre ces Messieurs. J'envoyai mes papiers à M. le Gouverneur, le suppliant de surseoir cette affaire jusqu'à l'arrivée de M. de Tracy qui réglerait les choses après en avoir pris les connaissances. Il m'accorda cette grâce malgré ces Messieurs, qui déclamaient d'ane étrange manière contre moi. M. de Tracy ayant pris connaissance de l'affaire nous a promis sa protection, et il attend que M. llotendant soit arrivé pour régler toutes choses. Vous voyez, mon très-cher fils, que les serviteurs de Dieu souffrent partout, mais que la divine Majesté prend leur cause, et le temps pour la faire réussir.

Je vous dirai avant que de finir celle-ci, que Notre- Seigneur a fait paraître cette année des effets extraordinaires de sa toute-puissance par des miracles, ou du moins par des effets miraculeux, qu'il lui a plu d'opérer par l'invocation de la Sainte-Famille. Et comme quel* ques-uns se sont faits en faveur de quelques soldats français, vous ne sauriez croire combien la dévotion à cette Famille sainte s'est répandue dans toute l'armée.

Je me réserve de vous en faire le détail dans une autre lettre* où j'espère vous parler des préparatifs à la guerre des Iroquois. Cependant je vous supplie de demander à Dieu qu'il me donne les véritables dispositions qui me sont nécessaires pour l'éternité. '

De Québec, le 30 août 1665.

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