‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 65 sur 101 · AU RÉVÉREND PERE PONCET DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

AU RÉVÉREND PERE PONCET DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

BlU ]m parle des progrès de la religion et de l'Etat dans le Canada. — Elle Fentretient de ses dispositions particulières, surtout de sa joie dans les souffrances. — Elle le remercie de quelques reliques qu'il avait envoyées à son monastère.

Mon très-révérend et très-honoré Père,

Nous avons été consolées autant qu^on peut l'être,

d'apprendre que vous êtes encore en ce monde, et que

notre bon Jésus vous a conservé dans les fatigues d'un

ti long et si pénible voyage. Je m'assure que les croix

B6 vous y ont pas manqué ; je m'en console, car je sais

q;ue vous les aimez. Mais, mon cher Père, ne nous

verrons- nous point encore quelque jour pour nous

tDtretenir de nos aventures? Notre divin Msdtre le fera

quand il lui plaira; et si c'est sa plus grande gloire,

fl vous fera revoir cette église qui vous a tant coûté.

^oi2t y est à présent magnifique, et c'est une bénédic-

^oii de Dieu de voir l'union qui est entre Mgr notre

*^ôque et nos révérends Pères. Il semble qu'eux et

346 LBTTRB8

MM. du séminaire ne soient qu*an. M. de Tracy, qoi m'a déclaré ses sentiments, en est ravi, comme aussi de la majesté de l'église et des grandes actions de piété de ceux qui la servent. Vos Pères y éclatent à l'ordinaire, et en font l'un des plus grands ornements. Vous verriez vos petits enfants qui commençaient de votre temps à connaître les lettres, porter aujourd'hui la soutane et étudier en théologie. Votre collège est florissant. Bit notre séminaire, qui n'est qu'un grain de sable en comparaison, fournit d'excellents sujets. Vous aves vu de petites filles à qui nous avons depuis donné l'habit, et d'autres à qui nous sommes sur le point de le donner, toutes destinées pour le chœur. Vous pleureriez de joie de voir de si heureux progrès, et on moment de votre réflexion sur l'état où les choses ont été et sur celui où elles sont, vous ferait oublier tons vos travaux passés. Vous nous avez vues trois religieuses, qui ont eu l'honneur de faire le voyage en votre compagnie, aujourd'hui nous sommes vingt, et nous en demandons encore en France. Le révérend Père Lallemant est toujours notre bon et infatigable Père. Que vous dirai-je de moi-même? Pour l'intérieur, mon très-cher Père, je suis telle que vous m'avez vue, sinon que je suis pire pour la vertu. Pour le corps, il y eut trois ans au mois d'août que Dieu m'envoya une maladie d'un flux hépatique que j'ai encore. Il m'a mise jusqu'aux portes de la mort, où j'ai reçu toos les sacrements. Cette maladie a été accompagnée de divers accidents et de douleurs des plus aiguës. Quoique j'en sois encore malade, Notre- Seigneur me donne les forces de pouvoir garder nos règles. J'ai par sa grâce jeûné le Carême passé, mais à présent on m'interdit le jeûne à cause du peu de nourriture que je prends,

09 LA MÈRE MARIE DE L'iNOARNATION . 347

à raison d une amertume de bouche qui donne le goût de fiel à tout ce que je mange, et me cause un mal de cœur continuel avec des coliques qui ne cessent point. Tout cela, mon aimable Père, fait mes délices, et quand je pense à mes douleurs, il me semble que je possède un trésor. Nous avons dans notre cœur un crucifix ravissant. Quand je Tenvisage, je lui dis : C'est tous, mon bien-aimé, c'est vous qui me faites souffrir ; puis mon cœur se dilate dans mes petites souffrances, surtout dans le goût de mon fiel ou absinthe, car mes coliques ne sont que des roses en comparaison de cette amertume. Dans nos élections qui furent faites le Carême dernier, j'estimais que la Communauté aurait pitié de moi, et qu'elle me déchargerait de la supériorité; elle n'a pas écouté mes prières ; ainsi il m'a fallu subir ce second joug, et joindre ce fardeau à celui de mes douleurs. La très-sainte volonté de Dieu soit accomplie en moi ; il me donne cette charge à l'âge de soixantesept ans ; il me donne aussi des forces pour les porter, car je sens une vigueur toute particulière dans les affaires et dans la conduite, quoiqu'il nous en arrive de très-épineuses.

Madame notre fondatrice court à grands pas dans la voie de la sainteté. Je suis ravie de la voir, et si vous la voyiez, vous le seriez comme moi. Nous vous sommes obligées de la sainte relique qu'il vous plut nous envoyer. Nous avons reçu ce précieux dépôt avec des chants d'allégresse, et pourtant les larmes aux yeux, mais, larmes de joie et de dévotion. Cette chère dame n'a point voulu entendre la proposition que vous m'avez faite, d'en faire part à la paroisse, disant que vous ne lui en dites rien. C'est pour notre église, ditelle, la paroisse a deux corps saints entiers. Quand

.i-rî^«

xia.]

^mstHy^-y^

i>f 'jmfàm, é > *£

re

pi

pi

Page 1