‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 68 sur 101 · LETTRE CLXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXV

AU MÊME

Elle recommande qa'ou lui dise des messes après sa mort, qu'elle croit être proche. — Sainteté que Dieu demande d'une âme qu'il admet à son union. — II y a une Traie et une fausse paix dans la vie spirituelle.

Mon très-cher et*bien-aimé fils,

Je me suis donné la consolation de vous écrire par plusieurs voies. Celle-ci n'est que pour réitérer la sincère amitié que je porte à votre personne, qui m'est la plus chère du monde. Je vous recommande que Quand vous aurez appris la nouvelle de ma mort, vous ®e procuriez des révérends Pères de votre Congréga- ^on le plus de messes que vous pourrez. J'attends cette

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U y ^ enviroa ^oaraiice ans loe sa divine ^bjeM m^, f(t i« q^àce ec llionnenr ia j^gniftur à mon âme ^|n>M^ 7onUit «{oe tiésormais je la louafise sur la terre ^.^nm^ 1^ Amibes ^ les Sainta La looent dans le ciel. Kf p^tir nfi(t, (^fit sa borné me mit &l cet état , d'où il ^^«f, ^nmiivi ie très-grandes favenrs. Maia^ mon très- /*h^r t\\n, il n'y a point de doute qne J7 ai mêlé beao- Mrtiif (]i^ nrioi-méme et de mon amour-propre. Cest oe i\ii\ rrt'n fuif, Ini dire un nombre infini de fois ce verset 'tff l 'nrilrrii^fo ; helMa quU intelligit? Ab occultis meis munia wr Pn finpf |>hr qno je n'aie un grand nombre de IiMmmU i|mI fin* nriril, manifestes, mais j'en ai incompat'itiluttiiMt! ilnvrudnK<M|ui me sont cachés. Et pour tout

DB LA MÈRE MARIB DB l'iNGARNATION . 359

la, comme aussi pour les fautes que j'ai commises ins la vie spirituelle par mon peu de correspondance ses adorables desseins, par mes omissions et par mes tiens, je vous prie de vous ressouvenir de m'en obter le pardon dans vos saints sacrifices. La pureté que eu demande d'une âme à qui il fait l'honneur de Dner accès auprès de sa divfne Majesté par une conànelle union, est d'une grandeur et d'un prix inestiiiUe ; c'est ce qui me fait craindre, quoi qu'effective- 3iit mon* âme possède une paix que je ne puis vous primer. Obtenez-moi encore que cette paix soit vérit>le; parce que dans la vie spirituelle il y a de fausses ix, aussi bien que de véritables. Lorsque j'ai com- 3ncé cette lettre je n'avais pas la première pensée vous entretenir de tout cela, 'mais notre bon Dieu en a donné le mouvement, et son esprit a emporté 1* plume pour avoir recours à vous pour la sûreté B affaires de mon âme. Sa bonté me donne une grande nflance dans les sacrés trésors de l'Eglise, riche du âcieux sang de son Fils notre divin Epoux et surado- .ble Sauveur. Celle-ci est la dernière que vous rece- !^z de moi cette année, c'est pourquoi il vous faut ire adieu.

De Québec, le 30 d octobre 1667.

LETTRE CLXXXVL

^r MEME.

W oint dos ffllv aninifHi. — Etacda S€fikgi qQ.*clln nmbaC à iimc Ut OiiMrfa

ce sim wtim marraillMix pw its UniiiiB» de Québec-

M<m trâs-ch^ fils.

Voici la réponse à* Totre troisiôine lettre. Je toi» remercie autant qall m*est possible de la sainte el précieuse relique qae yoxïs m*aTez envoyée : elle tiendn place dans on beaa reliquaire d*où nous avions ôté la reliques pour les mettre dans Tautel de notre Egli» lorsque Ton en fit la consécration. Vous m*ayez obligea de m*en envoyer les attestations, parce qu'elle doit être exposée au public. Quand je vis cette sainte relique mon cœur fat ému de dévotion, et je remercie ce grand saint d'honorer ce pays de ses vénérables dépouilles. Je vous remercie encore une fois, mon trôs-cher fils.

Vous croyez que je vais mourir. Je ne sais quand arrivera cet heureux moment, qui me donnera toute à notre divin Sauveur. Ma santé est en quelque façon meilleare que les années dernières, mes forces néanmoins étant extrêmement diminuées il faudrait peu de chose pour m'emporter, surtout n'étant pas tout à fait quitte de ce flux hépatique, qai m*a duré si longtemps, et con- •ervant tocgours l'amertume de ma bouche qui donne

le goût d'absinthe à tous les aliments que je prends.

Je m'y suis accoutumée, autrement il faudrait mourir

ie faiblesse. Cependant mon esprit est content dans

Dette infirmité, qui me fait continuellement souvenir

de l'amertume de Notre-Seigneur en croix. Avec ces

incommodités je garde mes règles. J'ai jeûné le Carême

et les autres jeûnes de l'Eglise et de la règle; en un mot

je fais ma charge, grâces à Notre-Seigneur. Je chante

si bas qu'à peine peut-on m'entendre, mais pour réciter

à voix droite j'ai encore assez de force. J'ai peine de

me tenir à genoux durant une messe; je suis faible en

oe point, et l'on s'étonne que je ne le sois pas davantage,

eu égard à la nature du mal qui m'a duré si longtemps

avec une grande fièvre.

Nous espérions avoir, par ce voyage, ma chère Mère

Cécile de Reuville de l'Enfant- Jésus, religieuse de Rouen,

tt je me disposais à lui apprendre la langue Algonquine,

1D6 persuadant qu'elle y serait propre et qu'elle y aurait

de la fermeté, car ces langues barbares sont difficiles,

M pour s'y assujettir il faut des esprits constants. Mon

occupation, les matinées d'hiver, est de les enseigner

à mes jeunes sœurs : il y en a qui vont jusqu'à savoir

l les préceptes et à faire les parties, pourvu que je leur

\ * traduise le sauvage en Français. Mais d'apprendre un

fiombre de mots du dictionnaire, ce leur est une peine,

|.-n leur sont des épines. De nos jeunes sœurs il n'y en a

! tn'uûe qui pousse avec vigueur. La Mère assistante et

î l%Mère de Sainte-Croix y sont assez savantes, parce que

; dans les commencements nous apprîmes le dictionnaire

JN^oœur. Comme ces choses sont très-difficiles, je me

^Qis résolue de laisser avant ma mort le plus d'écrits

^nU me sera possible. Depuis le commencement du

.Qarâme dernier jusqu'à l'Ascension j'ai écrit un gros

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livre Algonqoiû de lliistoire sacrée et des choses saintei» avec un dictionnaire et on catéchisme Iroqnds, qjàd l| on trésor. L*année dernière j'écrivis nn gros dictionoaiie |i à Talphabet Français; j*en ai un antre à Talphabet sanvàge. Je vons dis cela ponr vous faire voir qui la bonté divine me donne des forces dans ma fiuUew pour laisser à mes sœnrs de quoi travailler à «a service pour le salut des âmes. Pour les filles firuçaises il ne nous faut point d'autre étade qae celle à nos régies : mais enfin après que nous aurons bii m que nous pourrons, nous devons nous croire des mvantes inutiles et de petits grains de sable au fond di l'édifice de cette nouvelle Eglise. Je vous écris par tonin les voies, mais comme mes lettres peuvent périr Je voui répéterai ici ce que je vous ai dit ailleurs de nos emidoii; puisque vous désirez que je vous en entretienne.

Premièrement, nous avons tous les jours sept roiigieuses de chœur employées à l'instruction des fillM françaises, sans y comprendre deux converses quisoflt pour l'extérieur. Les filles sauvages logent et mangettl avec les filles françaises; mais pour leur instructioB il leur faut une maîtresse particulière, et quelquefotf plus, selon le nombre que nous en avons. Je viens d0 refuser, à mon grand regret, sept séminaristes algonquines, parce que nous manquons de vivres, les officien ayant tout enlevé pour les troupes du roi, qui en masquaient. Depuis que nous sommes en Canada nous n'es, avions refusé aucune, nonobstant notre pauvreté; é la nécessité où nous avons été de refuser celles-ci, m'a caui^é une très-sensible mortification ; mais il me ft fallu subir et m'humilier dans notre impuissance, qui nous a même obligées de rendre quelques filles françaises à leurs parents. Nous nous sonmies restreintes

DE LA MËRB MARIB DE L'INCARNATION. 363

ize françaises et à trois sauvages, dont deux iroses et une captive à qui Ton veut que nous apprêts la langue française. Je ne parle point des pauvres, sont en très-grand nombre, et à qui il faut que i fassions part de ce qui nous reste. Revenons s pensionnaires.

on est fort soigneux en ce pays de faire instruire illes françaises, et je puis vous assurer que s'il n*y t des Ursulines elles seraient dans un danger cônel de leur salut. La raison est qu'il y a un grand bre d'hommes; et un père et une mère qui ne Iront pas perdre la messe, une fête ou un dimanche, leraient leurs enfants à la maison avec plusieurs mes pour les garder. S'il y a des filles, quelqu'âge Iles aient, elles sont dans un danger évident, et ^rience fait voir qu'il faut les mettre en lieu de té. Enfin ce que je puis dire est que les filles en ays sont pour la plupart plus savantes en plusieurs ières dangereuses que celles de France. Trente } nous donnent plus de travail dans le pensionnat soixante ne font en France. Les externes nous en lent beaucoup, mais nous ne veillons pas sur leurs irs comme si elles étaient en clôture. Elles sont les, elles ont l'esprit bon, elles sont fermes dans ien quand elles le connaissent : mais comme plurs ne sont pensionnaires que peu de temps, il faut les mdtresses s'appliquent fortement à leur éduca- , et qu'elles leur apprennent quelquefois dans un an *e, à écrire, à jeter (calculer au moyisn de jetons), [)rières, les mœurs chrétiennes, et tout ce que doit ir une fille. Il y en a que les parents nous laissent d'à ce qu'elles soient en âge d'être pourvues, soit * le monde, soit pour la religion. Nous en avons

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DB LA MÈRE MARIB DE l'INCARNATION. 365

Voilà les fraits de notre petit travail, dont j'ai bien "îonlu vous dire quelques particularités, pour répondre aux bruits que vous dites que Ton fait courir que les Ursulines sont inutiles en ce pays, et que les Relations ne parlent point qu'elles y fassent rien. Nos révérends Pères et Mgr notre Prélat sont ravis de l'éducation que nous donnons à la jeunesse. Ils font communier nos filles dès rage de huit ans, les trouvant autant instruites qu'elles le peuvent être. Que si l'on dit que nous sommes ici inutiles, parce que la Relation ne parle point de nous, il faut dire que Mgr notre Prélat est inutile, que son Séminaire est inutile, que le Séminaire des rêvéi^ds Pères est inutile, que MM. les Ecclésiastiques de Montréal sont inutiles, et enfin que les Mères Hospitalières sont inutiles, parce que les Relations ne disent rien de tout cela. Et cependant c'est ce qui fait ^ soutien, la force et l'honneur même de tout le pays. Si la Relation ne dit rien de nous, ni des Compagnies <M Séminaires dont je viens de parler, c'est qu'elle fait élément mention du progrès de TEvangile et de ce ^ 7 a du rapport : et encore lorsqu'on en envoie les exemplaires dlci l'on en retranche en France beaucoup de choses. Madame la duchesse de Sennessay qui me ^ rhonneur de m'écrire fous les ans, me manda ramée dernière le déplaisir qu'elle avait eu de quelque ^l^oie qu'on avait retranché, et elle me dit quelque ^1^^ de semblable encore cette année. M. Cramoisy Vii imprime la Relation et qui aime fort les Hospita- '^^ï'es dlci, y inséra de son propre mouvement une ^*ttiie que la Supérieure lui avait écrite, et cela fit bien *^ bruit en France. Mon très-cher fils, oe que doub ^•'•ms en cette nouvelle Eglise est tu de Dieu et non '^ des hommes; notue clôture couvre tout, et il eut

difficile de parler de ce qu'on ne voit pas. Il en est tout autrement des Mères Hospitalières : l'hôpital étant ouvert et les biens qui s'y font étant vus de tout k monde, on pourrait louer avec raison leurs charités exemplaires. Mais enfin elles et nous attendons It récompense de nos services de Celui qui pénètre dam les lieux les plus cachés, et qui voit aussi clair dans la ténèbres que dans les lumières, cela nous suffit.

De Québec, le 9 août 1668.

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