‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 76 sur 101 · LETTRE CXCIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXCIV

AU MÊME

paix favorise les ouvriers «le l'Ëvangile. . — A l'imitation «le* révéremU Père* uites, les ecclésiastiques travaillent dans les Missions. — Emplois ordinaires «ies sauvages. — Il est difficile de les polir et civiliser. — Maladies universelles que l'on dit 6tre les effets des comètes.

MoD très-cher flis,

Depuis que noap jouissons du bonheur de la paix, 08 missions fleurissent et prospèrent avec beaucoup bénédiction. (Test une chose merveilleuse de voir 6 zèle des ouvriers de FEvangile. Ils sont tous partis "|)our leurs missions avec une ferveur et un courage ^ni nous donnent sujet d'en espérer de grands succès. Cette paix des Iroquois et des autres nations a fait tant de bruit en France, et a tellement frappé plusieurs personnes du zèle de la gloire de Dieu, que M. Tabbé de Quejlus est venu cette année et a amené avec lui plusieurs ecclésiastiques pour Montréal. Plusieurs d'entre eux sont de qualité et de naissince, gens bien faits ,^ qui portent la piété dépeinte sur le visage. M. Tabbé de Fénelon n'a point eu de honte de se faire compagnon d*un ecclésiastique plus jeune que lui dans une mission iroquoise, à l'exemple de nos révérends Pères. La moisson est grande; Dieu envoie aussi des ouvriers à proportion.

Mgr notre Prélat entretient en sa maison an certain nombre de jeunes garçons sauvages, et aatant de Français, afin qn'ëtant élevés et noarris ensemble, les premiers prennent les mœars des antres, et se francisent Les révérends Pères font de même; Messienrs da séminaire de Montréal vont imiter. Et qnant aox filles, nous, en avons aussi de sauvages avec nos pensionnaires françaises, pour la même fin. Je ne sais i qaoi tout cela se terminera, car, pour vona parlw franchement, cela me pardt très-difficile. Depuis tant d'années que nous sommes établies en ce pays, ntHU n'en avçns pu civiliser que sept on huit qni aient été francisées ; les autres, qui sont en grand nombre, «ont toutes retournées chez leurs parents, quoique trèibounes chrétiennes. La vie sauvage leur est si charmante à cause de sa liberté, que c'est un miracle de le> poavoir captiver aux façons d'agir des Français, qulli estiment indignes d'eux, qui font gloire de ne travailler qu'à la chasse ou à la navigation ou à la guerre. Ils mènent leurs femmes et leurs enfants à leurs chasses, et ce sont elles qui écorchent les bêtes, qui passent les peaux, qui boucanent les chairs et le poisson, qui coupent tout le bois, et enfin qui ont le soin de tout le ménage, tandis que les hommes root chasser. Quand ils sont dans leurs cabanes, ils regar dent faire leurs femmes en petunant (fumant). Tout leur travail, outre ce J}uc je viens de dire, est de fair» leurs cabanes et les berceaux de lenrs enfants, leurs raquettes, leurs trônes (traîneaux) et leurs canota. Tout autre ouvrage leur pardt bas et indigne d'eax. Les enfants apprennent tout cela quasi dès la naissance. Loi tamma et les filles canotent (font manœii' vrer les chuoIs) comnio les hommes. Jugez de ta l'î'

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ist aisé de les changer après des habitudes qu'ils x)ntracteQt dès Tenfance, et qui leur sont comme laturelles.

Depuis mes dernières lettres, le pays a ressenti Jes effets de la comète qui parut au mois davril : savoir les maladies de rhumes qui ont été universels et si l&cheux, que plusieurs ont été à deux doigts de la mort. Os commençaient par des ébuUitions comme de roug^eole; et ils étaient accompagnés de fièvres continues, le maux.de gorge et d'autres accidents dangereux. PeAonne néanmoins n*en est mort. Depuis six semaines notre infirmerie a toujours été remplie. J'en ai été littaquée comme les autres, sans pourtant aller à llnfirmerie. J*ai été seulement huit jours sans me lever k quiatre heures, à cause de la fièvre et de la toux. L'on dit que ce sont là des effets de la comète, mais je crois que ce sont des coups de la justice de Dieu, qui comme un bon Père veut châtier son peuple. Quoi qu'il en soit, cette comète n'a causé aucune malignité sur les blés, dont la moisson a été abondante , en sorte qu'il y a wjet d'espérer que l'on trouvera de quoi nourrir tout le monde. Nous en rendons nos actions de grâces à Celui qui nous comble de tant de biens, et qui, nourris* sant les oiseaux du Ciel, ne refuse pas aux hommes, quoique pécheurs, leur nourriture et leur soutien.

De Québec, le 17 ^octobre 1668.

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