‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 77 sur 101 · LETTRE CXCV · texte numérisé non relu

LETTRE CXCV

A SA NŒCR, RELIGIEUSE URSULINB.

Elle lui parle de la coDdnite de Diea sur son fils et sur elle, et des dti

où est UD religieux élevé dans les charges. •

Ma très-chère et bieD-aimée fille,

J*ai reçu cette année quatre lettres de votre part:^ vous ne sauriez davantage m'obliger que de me donner ^^ de vos nouvelles par toutes les voies ; si j'en avais de ^ plus fréquentes, je me donnerais aussi plus souv^ « la consolation de vous donner des miennes, mon coeur ^ étant tout à fait attaché au vôtre et à celui du Père ^ Martin. Sachant que vous êtes tous deux à notre bon - Jésus, c'est ma joie de vous voir en lui , et de loi demander votre perfection, comme je lui demande la ^ mienne propre.

Je crois que vous avez su plus tôt que moi, que le^ Père M. (Claude Martin, son fils) est à présent à Paris s en qualité d'assistant du révérend Père Oénéral. VM m en écrit avec confusion de se voir élevé en cettee charge. De ma part, j'ai toi]gours craint l'élévation poa lui et pour moi, et je n'ai jamais rien demandé à Die pour lui. que de lui faire la grâce d'être un véritable pauvre d esprit, caché en lui et aux yeux des créatures- J ai, ilis-je, demandé à Dieu pour lui ce que j'ai demanda pour moi ; et je le demande aussi pour vous, ma chère

le, que je voudrais pouvoir placer dans le cœur de ►tre divin Sauveur, vrai Père des pauvres. Mais cepen- .nt Notre- Seigneur a élevé ce pauvre homme dans s charges honorables dès sa jeunesse, ce qui me Eidait inconsolable sans un mouvement qui me dit L^ la divine Majesté en veut peut-être faire un instru- 3ût de sa gloire : cela m'arrête et me fait acquiescer ses conduites sur moi, et sur celui que j'ai abandonné 10 son inspiration dès son enfance. Ah! ma chère fille, *\\ est bon de s'abandonner à corps perdu entre les Gis de Dieu, et de ne s'appuyer que sur la providence xn si bon Père ! Je vous le dis en confiance pour sa 3ire, cet enfant était encore au berceau qu'il m'était 1 possible de rien demander à Dieu pour lui ni pour :^i, sinon que nous fussions de ses véritables pauvres.

voyais la pauvreté de l'Evangile préférable à tous s empires du monde, et elle me semblait d'un si grand ix que toutes les choses de la terre ne jne paraissaient

comparaison que de la poussière, et comme rien. Xnfin la divine bonté a conduit les choses oh vous i voyez, et comme nous les expérimentons. Après l'elle eut fait ces grâces à mon fils et à moi, vous étiez LUS mon esprit comme la chose qui me restait la plus lère dans le monde : j'entrepris de poursuivre auprès > la divine Majesté qu'elle eût la bonté de vous en »tirer, et de vous donner à son bien-aimé fils. Elle l'a enfin écoutée, et elle vous a appelée par des voix Bsez extraordinaires. Vous ne sauriez croire combien 6 coup de grâce a donné de repos à mon esprit, ni ombien mon âme s'est épanchée en la présence d'un ibon Dieu, pour lui en rendre mes actions de grâces, iue reste-il donc, ma plus que très-chère fille, sinon le correspondre, à des grâces si éminentes et à des

dons si inestimables par un générenx mépris de nousmêmes, du monde et de Tesprifc du monde, qui est si glissant, qu'il se fourre dans les états les plus sublimes et dans les actions les plus saintes. Ah! mon Dieu, si nous avions une fois obéi comme il faut aux mouvements et aux attraits de la grâce, que nous serions heureux! Nous expérimenterions les douceurs de cette béatitude qui fait enfants de Dieu ceux qui la possèdent Quant au Père Martin, il faut que je vous dise qu* ayant appris qu'il était auprès du révérend Père Général, j'ai demeuré quelque temps craintive dans la pensée que l'élévation est souvent la veille de quelque chute, soit spirituelle, soit temporelle, et que le plus sûr pour un religieux est de demeurer en son lieu, caché aux yeux des autres et aux siens proprés. Une autre pensée qui succéda à la première rendit le calme à mon esprit, que les supérieurs de l'Ordre établis à la conduite et au choix des £^itres, avaient l'esprit de Dieu, et que si ce pauvre religieux n'avait été homme de bien, ils ne l'eussent pas élevé en cette place : ainsi je ne pensai plus quà le recommander à Dieu, ce que je fais de toute mon affection, et je vous prie de joindre vos prières aux miennes.

De Québec, le 20 doctobre 1668.

DE LA MËRB MARIB DB l'iN CARNATION. 401

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