‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 79 sur 101 · LETTRE CXCVII · texte numérisé non relu

LETTRE CXCVII

A UNE RELIGIEUSE URSULINE DE TOURS. (La Mère Marie de la Nativité.)

Elle lui témoigne les désirs qu'elle a de mourir, afin de jouir de Dieu, et la joie d'être & la veille d'être déchargée, afin de 8*y préparer.

Ma révérende et très- chère Mère,

Je n*ai qu*un petit quart d'heure à vous donner, le vaisseau étant prêt de faire voile. Je veux remployer pour dire que vous êtes et serez toujours mon intime Mère, pour laquelle mon cœur porte tous les bons désirs et tous les sentiments d'une amitié des plus sincères. Nous avons reçu tout ce que votre libéralité nous a envoyé cette année; nous l'avons présenté de votre part à notre divin Maître et à sa sainte famille. Tous ces beaux présents me font beaucoup d'honneur ; mais je fais un transport de cet honneur à Dieu, puisque c'est pour Lui et pour son amour que vous les faîtes. Il est le rémunérateur de ceux qui donnent; je le prie d'être le vôtre et de vous donner une très -ample récompense.

Je me réjouis de ce que nous perdrons bientôt les connaissances de la terre pour n'avoir plus de communication qu'avec les citoyens du ciel. Ma santé ne laisse pas d'être un peu meilleure, mais je ne sais si ce sera pour longtemps : je sais seulement qu'une personne

DB LA MÊRB MARIE DE l'iNCARNATION, 407

de soixante-dix ans ne peut pas aller loin ; et j'en suis toute glorieuse, parce que je serai délivrée du plus grand de mes ennemis. Je soumets néanmoins tous mes désirs à ceux de Dieu ; que sa très-sainte volonté soit faite.

J'ai été consolée d'apprendre que votre santé est meilleure. Cette convalescence vous fera peut-être concourir dans votre élection, qui va se faire quasi au même temps que la nôtre. Pour moi je suis ravie d'en être exempte pour jamais ; le temps et l'âge m'en excusent légitimement. Que si Dieu me donne plus de santé qu'à l'ordinaire, c'est peut-être pour me donner le moyen de me disposer à bien mourir, et pour me préparer plus efficacement à comparaître en sa présence. Ayez pitié de moi, mon aimable Mère, et priez Notre- Seigneur pour ma véritable conversion, comme je le prie de vous donner une véritable sainteté.

De Québec, 1669.

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