AU REVEREND PERE PONCET, JESUITE
Industrie des révérends Pères Jésuites pour convertir les sauvages, — Bile fait
avec adresse l'éloge du Père à qui elle écrit.
Mon révérend et très-cher Père,
lïoQS avons été trompées de ne vous point avoir cette Aiànée : nous faisions déjà notre compte que vous succéderiez au révérend Père Lallemant, si Dieu l'appelait de ce monde, dans les secours spirituels et temporels ', 4^'il nous rend. Nous avons pensé le perdre cette année, i nuûs nous nous consolions dans Tespérance de trouver ^- tu vons un autre lui-même.
t. Tous nos révérends Pères sont en des ferveurs non- P P4tteilles. Le révérend Père Pierron fait des merveilles « Agné avec ses tableaux. Vous savez qu'il est assez ^n peintre, et il en a fait un grand de l'enfer qui est Croyable au dernier point, plein de diables et de saunages damnés. L'on y voit les instruments des supplices, ^ feux, les serpents et autres semblables représentations effroyables. On y voit dépeinte une vieille qui M bouche les oreilles de peur d'entendre un Jésuite 4ui veut l'instruire. Les diables, après l'avoir tentée, Ift tourmentent et lui jettent du feu dans les oreilles. Qu'elle n'a pas voulu ouvrir à la parole de Dieu. Il a
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ùâi an dutre tableau da paradis, où les Anges enlèvent les âmes des saunages qui meurent après avoir reçu le Baptême. Ces pauvres gens sont si ravis de voir ces figures, que, bien loin de se boucher les oreilles, ils suivent le Père partout, et le tiennent pour le plus grand génie du monde. Il y a une femme iroquoise si fervente et si zélée pour nos saints mystères, qu*eUe sert de dogique (catéchiste) au Père, allant de cabane en cabane pour instruire et pour faire les' prières. Votre révérence saura tout cela du révérend Père Chaumonot; je m'oublie de moi-même de lui en parler. Votre révérence a été en ces lieux-là : elle y a semé, et les autres recueillent le fruit <ie ses travaux. Je m*â88ure qu'elle n'en aura pas moins de mérite que si elle les moissonnait elle-même. Ses mains mutilées en reluiront dans l'éternité, aussi bien que les autres parties de son corps qui ont porté tant de meurtrissures, et que ses oreilles qui ont été remplies de tant d'injnres et de brocards. J'en ai encore le sentiment, mon trèscher Père, et je bénis Dieu qui vous a donné le moyen de le pot'ter et de le glorifier en votre corps par vas souffrances. Âh I je ne soufire rien, et je mourrai sans avoir rien fait ni souffert. Si les ouvriers du saint Evangile ne me font la grâce de me faire part de leurs travaux, je serai très^mal; ils me le font espérer, et c'est ce qui me console dans mes pauvretés. Faites-moi toujours part des vôtres, mon très-cher Père, et souvenes-vous de notre convention ; ^ nous raccomplissons de notre part, et comme nous croissons en nombre, nos petits Mens spirituels augmentent de même. Pries la divine Bonté
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d*y donner sa bénédiction, puisqu'il y va de votre intérêt aussi bien que du nôtre.
De Québec, le 7 d'octobre 1669.