LETTRE CCIII
A SON FILS
Elle le remercie de quelques liyres qu'il loi a envoyés, particulièrement dru intitulé : MédUaiUmt chrétiennes, et d'an antre qui porte pour titre : Miméf bénidietinê. — Son sentiment de l'an et de l'aotre.
Mon très-cher fils,
Voici ma lettre d*adieu. Le vaisseau unique qui &A retenu par force à notre port doit lever Tancre samedi prochain, ou lundi au plus tard; autrement il serait contraint d'hiverner ici. La terre est déjà couverte de neige, et le froid fort aigu et capable de geler les cordages. Avec tout cela, M. Talon n*est point arrivé ni ses deux navires ; dans le sien seul il y avait cinq cents personnes, et Ton est ici en très-grande peine de ce retardement, qu| fait juger qulls ont relâché en France, ou qu'ils ont péri par la violence de la tempête, qui a été si horrible que nous l'avons prise pour un ouragan semblable à ceux qui arrivent dans les îles.
Je me suis réservée à cette voie à vous remerder de vos beaux et excellents livres : premièrement de vos méditations que Ton trouve ravissantes et très -propres pour des personnes religieuses» car elles mettent aa jour les lumières cachées dans l'Evangile d'une manière claire et nullement embrouillée. Notre Communauté est toute pleine de reconnaissance en votre endroit
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pour un si riche présent. Nous allons commencer à nous en servir pour faire nos oraisons ordinaires. Nous avons aujourd'hui fait celle de sainte Ursule qui nous a semblé si belle et si bien prise, que notre Communauté m*a pressée de vous prier de nous en faire pour toute roctave de cette grande sainte, notre patronne. Nous avons la confiance que vous nous ferez cette charité de laquelle je vous supplie. Vous avez si bien réussi en celles que vous nous avez envoyées, que j'attends de la bonté de Dieu qu'elle vous remplira de son esprit pour donner un semblable succès à celles que je vous demande. De rechef notre Communauté vous remercie; mais sa satisfaction ne sera point entière que vous ne lui ayez accordé la prière qu elle vous fait par mon moyen. Vous pouvez juger par mes sentiments de la consolation que j'ai de vous voir en l'état où vous êtes, et de ce que Dieu se sert de vous pour aider les âmes à le servir. Sa bonté m'a fait la grâce de trouver en vous abondamment tout ce que je lui ai demandé. Que son saint nom en soit béni.
Je vous remercie encore de votre ravissant livre de VAnnée Bénédictine. Si vous ne m'aviez assuré que c'est Touvrage d'une fille, je ne l'eusse jamais cru, ni mes sœurs non plus que moi. Cette brave Mère est trèséclairée, et avec sa science l'esprit de Dieu y a travaillé. J'admire cet ouvrage, et vous nous avez infiniment obligées de nous faire un si beau présent. Nous avons tous les jours une lecture commune d'obligation, nous la ferons dans ce bel ouvrage : hors ce temps-là les sœurs sont affamées de cette lecture, et c'est à qui aura le livre pour y lire en particulier. Elles ont raison, parce qu'on ne peut rien lire de plus utile, puisque ce sont des vies de Saints, où, outre la doctrine qui
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contente l'esprit, on trouve encore des exemples à imiter. Encore une fois, que j'aime cette généreuse fille, et que je lui veux de bien! Si elle est de votre connaissance et quelle soit à Paris, je vous prie de la visiter de ma part et de l'assi^rer de l'estime que j'ai pour elle ; car en vérité on peut la mettre au rang des personnes illustres dô notre sexe. Dieu est admirable dans ses communications ; son Esprit-Saint souffle où il lui plaît, et il n'appartient qu'à lai de faire de grandes choses avec de faibles instruments. Toute notre Communauté vous remercie encore une fois et vous présente son très-respectueux salut. Adieu pour cette année.
De Québec, le 21 ^octobre 1669,