‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 88 sur 101 · A LA SUPÉRIEURE DES URSULINES DE SAINT-DENIS EN FRANCE · texte numérisé non relu

A LA SUPÉRIEURE DES URSULINES DE SAINT-DENIS EN FRANCE

{La Mère Marie de Sainte-Catherine.)

Slle coDtinae de l'exhorter à la Mission de la Martinique. — Les Ursulines de Québec ont le désir d'y aller. — Nouvelle élection d'une nouvelle supérieure •n Canada.

Ma révérende et très-chère Mère,

J'avais la pensée que l'accident arrivé l'année dernière à la Martinique aurait rompu votre dessein, ou

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an moins qu'il Taurait fort retardé. Une personne de qualité de France m*en avait parlé de la sorte dans une lettre qu'elle m'avait fait Thonneur de m'éerire. Msii, mon aimable Mère, la vôtre m'a donné une nouvelle joie et une nouvelle espérance, et tout ensemble on nouveau motif de bénir la divine Majesté des moyeni qu'elle vous présente d'exécuter ce que vous aves ri saintement résolu pour sa gloire et pour le salut des âmes. Les personnes d'honneur, de piété et d'autorité qui vous appuyent, vous feront jouir du bien qui semblait être perdu. Que je sais bon gré à vos généreuses filles de ne craindre ni la mer ni les ouragans! Je me sens unie à elles dans la générosité de cœur qu'elles font paraître, et je les embrasse en esprit en celui de notre tout aimable Jâsus ; je crois, ima toute chère Mère, que vous le voulez bien. Si l'on en voulait croire nos sœurs canadiennes elles seraient de la partie et suivraient volontiers les ouvriers de l'Evangile ; mais il faut qu'elles se contentent de nos chères séminaristes, dont nous avons à présent une belle troupe que nous élevons à la française.

Si vous allez à la Martinique ce vous fera un grand avantage, que nous n'avons pas eu ici, de n'avoir point d'autre langue à étudier que le baragouin des nègres, que l'on sait dès qu'on l'a entendu parler. Si Dieu y appellait des Ursulines de Canada il ne leur serait l)as bien difScile d'y aller, à présent qu*il y a commerce entre les marchands de Québec et ceux de TAmérique ; et actuellement voilà trois vaisseaux qui partent de notre port pour y aller; mais ma très-chère Mère, il faut nous contenter de notre petite mission canadienne^ et vous laisser tout Tbonneur de celle que vous allez entreprendre pour la gloire de Celui qui vous y appelle.

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Nous lui en recommanderons le succès de très-bon cœur, je vous en assure; et que notre Communauté 8*e8time heureuse d*être unie avec la vôtre.

Nous avons fait nos élections au mois de mars

dernier. Notre révérende, Mère de Saint- Athanase a été élue en ma place, et nous n'avons fait que changer d'ofl3ce elle et moi. Elle a le mien et j'ai le sien : mais elle s'est acquittée de celui qu'elle a. laissé, beaucoup mieux que moi qui l'exerce; et elle s'acquittera beaucoup plus dignement de celui qu'elle a, que moi qui l'ai quitté.

Nous demandons cette année en France quelques religieuses pour nous aider à élever nos filles canadiennes, et aussi pour nous succéder dans la charge ; car nous sommes trois ou quatre fort âgées, qui pouvons manquer tout dun coup, et il est de la prudence d*aller au devant et de ne point laisser la maison dépourvue de personnes de conduite. Nous demandons à cet effet des filles capables, de bonne santé, de bonne volonté, et de vingt-quatre à trente ans, afin qu'elles s'accoutument à notre vie et aux petits travaux d'un pays qui ne ressemble pas encore à la France, et qui n'en approchera de longtemps : pour nous qui y sommes faites, nous n'y trouvons point de différence. Quant aux personnes, nous ne jetons les yeux nulle part, car c'est le révérend Père Ragueneau qui a mainlevée de Mgr notre Prélat pour choisir les sujets qu'il jugera- nous être propres. Je ne sais sur qui tombera le sort, mais je prie la divine bonté d'en vouloir ellemême faire le choix .

Si ma révérende Mère votre bonne sœur meurt en France, Dieu ne laissera pas d'avoir agréable son sacrifice, comme il a fait de celui d'un bon Père Jésuite

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qui est venu consommer le sien au port ; oar.il avait tant fatigué à assister les malades de son vaisseau, qu*il en est mort proche de Québec avant que d*y mettre le pied. Je crois que notre révérende Mère vous mande dés nouvelles de notre Communauté. Permettesmoi, ma révérende Mère, de saluer la vôtre sainte, et vous en particulier, que j'embrasse dans Tanion de notre bon Jâsus.

De Québec, le 18 de septembre 1670.^

LETTRE CCXl.

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