‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 92 sur 101 · LETTRE CCXV · texte numérisé non relu

LETTRE CCXV

A SON FILS

EU e montre par elle-mômâ qu'il faut porter avec patience et résignation le poidi de la nature corrompue. — Nécessité qu'il y a de confier son &me i un bon directeur. — Elle le remercie de quelques reliques qu'il lui avait eufoyéei.

Mon très-cher fils,

Vous . ne pouvez rien désirer de pius avantageux pour vous et pour moi, sinon que nous soyons tout à Dieu . C*est là mon unique pente, c'est ce que je veux uniquement, et tout m'est croix hors de ce centre. Le poids de la nature me nuit, et je ne le porte qu'avec résignation à la très-sainte volonté de Dieu. Je parle de la nature corrompue qui n entend point les lois de Tesprit, et qu'il faut porter avec patience et humilité.

Ma dernière lettre répond aux choses spirituelles dont vous m'entretenez; par une autre je vous écris ce que vous voulez savoir des mœurs et de la police ancienne do nos sauvages ; et une troisième vous parle de la personne que \ous savez. Je viens de lui écrire mes sentiments avec beaucoup d'ouverture et de tendresse de cœur. Je lui remontre le besoin qu'elle a de se donner tout à Dieu; et pour cet eflfet je l'exhorte de choisir un directeur sage et expérimenté. C'est par là qu'elle doit commencer; parce qu'un Père spirituel

DB LA MÈRE MARIE DE L'iNCARNATION. 481

est comme un ange visible que Dieu nous donne pour nous diriger dans ses voies, et qui fait visiblement à notre âme ce que fait notre bon ange d'une manière invisible, de sorte que comme nous serions dans des périls continuels de nous perdre si notre bon ange nous abandonnait, ainsi une âme qui n*a point de directeur peut difficilement éviter les pièges de l'ennemi ; et quand elle les^ éviterait, je ne puis comprendre qu'elle puisse faire aucun progrès dans la vie spirituelle. Celle-ci néanmoins ne peut (se décider à) s'attacher à aucun, par de certains prétextes qui ne sont que des ruses de la nature. Elle voit bien que si elle confiait son âme à quelque homme intérieur il lui faudrait changer de maximes. Elle a trop pris de celles du monde, qui lui sont attachées comme poix. Cependant elle garde la règle, elle suit les exercices, elle se fait aimer. Elle a un excellent naturel, une belle humeur, un grand esprit, des talents rares; mais ce fonds de vertu et de sainteté que nous souhaitons en elle lui maniqoe. Elle ne l'aura jamais que par un coup de grâce. Elle ne s'y dispose pas, c'est ce qui m'afflige. Enfin je lui dis que son cœur et son esprit n'auront jamais de repos qu'elle ne soit tout à Dieu. Je l'exhorte fortement de se tenir unia à sa supérieure, et d'être géné- 'rense à quitter les ombrages qu'elle a d'une personne qui rapproche et de laquelle elle se défie. Elle a raison en quelque façon, mais il faut que la vertu surmonte la raison humaine. Le défaut d'expérience ne lui perniet pas de pénétrer bien avant dans le futur, ni de prévenir les inconvénients qui peuvent arriver à ceux qui n'ont pas jeté des fondements assez solides de vertu. "^ Il y a des esprits qui, pour ne s'être pas laissé cultiver, sont si accoutumés à vivre à leur mode, qu'il n'y a

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