‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 95 sur 101 · A SA NIECE, RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

A SA NIECE, RELIGIEUSE

Elle lui donne des avis salutaires au sujet d'uue antipathie naturelle qu'elle avait

contre sa supérieure.

Ma très-chère et bien-aimée fille,

Voici la réponse à votre lettre du 19 de mars, que j'ai reçue des mains propres de celui à qui vous l'aviez confiée. Je vous dirai que je conçois votre état et les

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V0Î68 par lesquelles Dieu vous mène. Sa bonté a des desseins sur vous que vous ne connaissez pas, et c*est ce qui fait un point des plus pesants de votre croix. Je ne doute point que vous ne preniez conseil, et que les personnes que vous consultez ne soient gens de bien et remplis de Tesprit de Dieu : c'est ce qui me confirme que votre croix étant voulue et ordonnée de Dieu, elle est une véritable croix. Mais, ma chère fille, il y a une chose qui vous l'appesantit et qui vous la rend presque insupportable, c'est la peine que vous avez de vous approcher de votre Supérieure. Mais comme il n'y a rien qu'il ne faille faire pour être bien avec Notre- Seigneur, aussi n'y a-t*il rien, qu'il ne faille faire pour être bien avec ceux qui nous tiennent sa place, quoiqu'ils nous soient contraires dans nos façons d'agir. Ils ont leurs vues, et ils estiment faire ce que Dieu demande d'eux : ce n'est pas à nous d'examiner cela, mais à Dieu qui doit faire rendre compte un jour de la conduite de ceux qui gouvernent, et de la soumission de ceux qui doivent obéir. Que faut-il donc faire? humilionsnous sous la puissante main qui veut nous polir pour nous faire saints et nous rendre dignes de lui. Ah ! ma bien-aimée fille, je voudrais être, s'il m'était possible,. avec vous pour vous aider à porter votre croix. Je ne suis qu'une pauvre pécheresse indigne d'être écoutée de Dieu dans les prières que je lui offre sans cesse pour vous; je le prie néanmoins de me charger de votre croix et de vous en délivrer, si c'est pour sa gloire. Je vois bien par ce que vous me dites, et de ce que j'en apprends d'ailleurs , que vous'^ êtes privée de l'appui et de la consolation que vous devriez trouver en votre Supérieure, à cause de la grande difficulté que vous sentez de vous approcher d'elle; c'est une tentation.

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oroyes-CQoi. Mais supposez qité de H'éh soit paà une, et que vous ayez nn juste sujet de itefiroidlsseéieat, je TOUS demande senlemebt que vous faisiez eu nab endroit oe que la Règle ordonne; et 6èla datte résprii de l'Evangile, qui est un esprit de douceur et d*afiabilitâ; cela attirera l'esprit de Dieu en votre âme, et quoique vous sentiez la pesanteur de votre croix, vous jetterez des charbons ardents sur la tête de qui .que ce soit qui vous doûne matière de soufifrauce, et vous édifierez celles qui verront que vous faites tout ce qui est ett vous pour la gloire de Dieu, et pour la bien de la paix. Ne vous déchargez qu'à .cette souveraine bonté ; c^est elle qui mortifie et qui vivifie ; c'est elle qui sait en soâ temps relever ceux qui sont dans la poussière. Encore une fois, quoique je sois éloignée de Vbus, je vois vôtres condmte) vos travaux et vos peines; mais revenons à ce point, que vous ne sortirez jamais de là qu'en vous humiliant de cette humiliation que ce Dieu qui s'est anéanti pour nous nous a apprise, en se faisant notre cause exemplaire depuis le moment de sa Conception jusqu'au dernier soupir de sa vie^ C'est Lui, ma chère fille, qui me meut à vous parler de la sorte, et je ne puis faire autrement; ne raidissons point notre esj^rit en contrariant ses saintes et divines maximes. Pouf moi, je m'y rends et je n'en veux jamais sortir, moyennant sa sainte grâce, sans laquelle je ne saurais rien faire. Plût à sa bonté me rendre digne d'être le blanc (but) de contradiction de tout le monde. Quand je dis de tout le monde, j'entends principalement du monde saint, c'est-à-dire des personnes saintes, parce que les coups qui viennent de ces mains-là sont plus perçants que toutes les machines des pécheurs. Ah! que j'ai de désir que vous deveniez sainte, aux dépens de tout

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ce que je pourrais souârir ! Quand je fais réflexion que j'ai été la première qui vous ai donnée à Dieu quand vous êtes venue au monde, je me condamne moi-môme, et j'estime que mes péchés sont la cause de toutes vos croix. Souffrez, mon aimable fille, que je vous aie déchargé mon cœur, et que je finisse en vous disant ces paroles de Notre-Seigneur, que celui qui s*humiUe gara élevé.

De Québec, le 6 d'octobre 1671 .

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