‹ Lettres de la révérende mère Marie de l'Incarnation (née Marie Guyard) première supérieure du monastère des Ursulines de QuébecChapitre 96 sur 101 · LETTRE CCXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CCXIX

A LA SUPÉRIEURE DES URSULINES DE MONS. (La Mère Cécile de Saint- Joseph.)

21lê là HmèTâ9 poar nné ftomône. — Elle t'explique snr des malentendot et det diiBciiltèt qai âtâient eu lien relatÎYement à des religieuses de Moni qoe l'on attendait à Québec. — Religieuses de Paris et de Bourges qui sout eu Canada. — Ce qui s'est passé à Québec. — Mort d'une petite sauvage, modèle de piété et mirade de patience.

Jâsus, Marik, Joseph.

Aux Urstdinee de Québec, Is 24 août 167 î.

Ma révérende et très-honorée Mère,

Jésus soit notre vie pour le temps et pour Téternité.

Quoique nous n'ayons encore ni navire ni nouvelles de France qui nous puissent informer de nos aflfkires et des dispositions de nos amis, néanmoins, par une

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Providence particulière, le révérend Père Ragaeneau ayant hasardé un paquet de lettres par la voie de la pêcherie, il est venu jusqu'à nous. J'y ai trouvé celle qu'il vous a plu m'écrire, avec celle de ma révérende Mère Philippe de Sainte-Ursule, ce qui m'a, et à notre Ciommunauté, apporté une singulière joie de Thonneur de votre charitable souvenir. Votre chère lettre est datée du 30 novembre; je l'ai reçue à la mi-juin 1671. Le révérend Père Ragueneau nous mande que vous avez eu la bonté de lui adresser pour nous la somme de cent vingt-cinq livres, qu'il a employée poar les besoins de notre Séminaire, parce que c'est lui qui nous fournit tout; je vous en rends mes très-humbles actions de grâce, ma très-chère Mère. Je prie Dieu d'en vouloir être votre récompense et des saintes âmes qui y ont contribué. Nous n'avons point encore reçu le livre de notre vénérable Mère Anne de Beauvaîs, si ledit révérend Père Ta reçu , nous le trouverons en nos paquets; par avance je vous en rends mes très-humbles remerciements.

Lorsque je me donnai Thonneur de vous écrire ma première de Tannée passée, je ne savais pas que naes chères Mères vos bonnes Sœurs eussent de l'attrait pour la mission de Canada; nous n'eussions eu garde de jeter les yeux ailleurs. Cette proposition des révérendes Mères de Namur ne nous ayant été faite par le révérend Père Crépieul qu'alors que le dernier navire était prêt de faire voile, cela me fit vous écrire une deuxième fois, pour vous dire ce qu'on se proposait de par deçà (de ce côté) à ce sujet, en la confiance que j'avais en votre chère personne, qui nous pouvait aider de son crédit en la demande.que nous faisions. Le révérend Père Crépieul nous parlait de la sorte comme si les

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affaires des dites Mères eosseat été assarées» et ce fut pourquoi Mgr notre digne Prélat arait donné toate commissioa an révérend Père Raguenean. Eifecti^e^ ment nous n'attendions point d'antres Ursnlines que celles de Flandre. Par la lettre dadit révérend Père Ragoeneao je rois qae les aâaires ont changé de face; il me dit que toos avez en la bontés en égard à la sainte fenrenr de mes chères Mères tos bonnes filles, de nous en Touloir donner deux de choeur et une converse qui était justement ce qu'il nous fallait, nous leur avions déjà préparé leur chambre et tout ce quil fallait pour les bien soigner. En vérité nous étions si persuadées de leur passage que nous les croyions déjà venues, à l'exclusion de nos Sœurs de France qui postulaient depuis plusieurs années; mais ledit révérend Père m'ayant exposé vos bonnes volontés et celles de votre Communauté, dans les premiers articles de sa Lettre comme d'une affaire faite, à la fin il me dit que tout a été arrêté et que nous ne saurions avoir des Sœurs ; je me suis doutée que Mgr votre digne Prélat pourra en avoir été la cause. La lettre du Père est en date du mois de janvier, ce qui l'a obligé, les atfaires étant pressées pour l'embarquement, de recourir à nos Mères de Paris et de Bourges qui pressaient depuis quatre ans. Enfin elles nous envoient chacune deux Sœurs; savoir trois Sœurs de chœur et une converse, qu'un homme venu de la pêcherie nous a assurées avoir vues à la Rochelle. Nous ne savons cela que par le rapport de cet homme, parce que ni elles ni nos Mores ne m'ont écrit : c'est pourquoi nous ne saurions assurer si elles se sont embarquées ou non, ce qui nous met en grande peine, crainte que quelque accident ne leur soit arrivé, parce qu'il y a plus de quatre mois que l'homme les a vues.

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Vous me demandes 8i je suis hors de charge, oui, ma très-chôre More, par la miséricorde de Dieu. Depuis quelque temps Ton m'a donné en charge nos jeunes professes et les novices avec la charge d'assistante, qw nous appelons en France souç-prieure. Notre révérende More se nomme de Saint-Âthanase ; elle est sortie du couvent des Ursulines du faubourg Saint-Jaeques à Paris; il y a trente-et-un ans qu'elle est avec nous; elle et notre Communauté eussions été ravies d'avoir de vos filles, et nous vous rendons toutes nos trôs^humbles remerciements de nous les avoir voulu donner et de oe qu'elles voulaient bien venir ; nous les regardons comme nos très-aimées Sœurs, et votre sainte famille une avee la nôtre en communauté de biens spirituels; agrées donc cette vénération, mon aimable Mère, je vqos an coigure. Notre révérende Mère et notre Communauté vous remercient de votre charitable aumône, que nous tâcherons de reconnaître auprès de Dieu. Je crois que vous avez reçu la Relation de Tannée passée, que le révérend Père Ragueneau me mande vous avoir envoyée de notre part. Dieu continue ses saintes grâces sur les missions par la découverte de nouveaux peuples et par de grandes conversions ; le diable, enragé de ce progrès, a mis le feu dans la plus belle chapelle et maison de refuge des révérends Pères pendant qu'ils travaillaient pour la gloire de Dieu à quelques lieues de là, naais les bons Pères n'ont point perdu courage pour cela; ils en ont bâti une plus belle, qui ne fut pas plutôt achevée qu'on y baptisa quarante enfants sauvages; et ainsi les misérables démons ont perdu plus qu'ils n'ont gagné. Il y a eu des guérisons miraculeuses pour confirmation de notre sainte Foi chez plusieurs des barbares, auxquels des sorciers avaient voulu faire croire que le Baptême

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ffû^ait mouriF \e\xn enfants; iUi ont été désabusés, vqjjrant les œuvres de Dieu si contraires à ce que leur disaient leqrs jongleurs.

Il nous est mort une de nos séminaristes âgée seule* ment de six ans ; c'était une enfant la plus éclairée qu on pouvait se l'imaginer et extrêmement patiente ; elle était bydropique. Par l'ordre de nos médecins il fallut lui ouvrir le ventre» elle vit faire cette opération par diverses fois sans se plaindre, et deux fois le jour ouvrir sa plaie comme un robinet et en tirer plusieurs mesures d'eau ; elle était sondée d^ns les intestins fréquemment; elle regardait et souffrait cela en souriant et disant : Mon Dieu, je vous l'offre; les médecins en étaient ravis, et l'un d'eux, qui venait de France, m'a dit plusieurs fois, par admiration, qu'il n'avait jamais vu un si grand esprit, ni une telle patience, ni une piété semblable. Elle se confessait fréquemment; Mgr notre digne Prélat la jugea capable de recevoir le saint Viatique et la sainte Onction, ce qu'elle reçut avec esprit de foi; elle demandait pardon aux infirmières lorsqu'elle s'était échappée de faire quelque plainte. Un jour, avant sa mort , qu'elle était en convulsion et comnie en agonie, son confesseur ne croyant pas* qu'elle pût lui parler, se retira; alors d'une voix ferme elle l'appela, disant : Mon Père, je veux me confesser; elle le fit avec intelligence. Ce Père et nous toutes en étions dans l'admiration ; peu de moments après ce petit ange expira. Elle était fille de sauvages, mais elle n'en avait ni la façon ni Thumeur, ni les mœurs ; nous avons cru que Dieu avait fait passer par de si grandes souffrances cette innocente pour les péchés de quelqu'un, ou pour la conversion de ses parents. Vous voyez, mon aimable Mère, que la grâce prend son.

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fiiége dans certaines âmes prédestinées. Nous en avons cinquante autres qui nous donnent bien de la satisfaction, priez pour elles toutes, s'il vous plaît. Je demande cette grâce à votre sainte Communauté que je saine et embrasse avec vous; agréez les trôs-respectueox saints de notre révérende Mère et de notre Communauté. Je me donnerai la consolation de vous écrire par une autre voie. Je suis sans réserve, ma trèsrévérende Mère, votre très-humble, très-obligée et obéissante servante,

Marie de llncarnation, R. V.

Ce 24 septembre 1671.

J'ai donné votre lettre au révérend Père recteur des Jésuites. Depuis la présente écrite, nos Sœurs sont heureusement arrivées en bonne santé, après avoir été trois mois chez nos Mères de la Rochelle; elles ont passé par sept de nos maisons, chemin faisant. Kous n'avons point encore reçu le livre de la vénérable Mère Anne de Beau vais, si le révérend Père Ragueneau Ta reçu, nous le recevrons dans un de nos ballots/ Je vous remercie humblement, ma très-chère Mère, de toutes vos bontés et libéralités pour nous.

ylj Voir une note à la Lettre CCI, ci-dessus, page 423.

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