‹ Lettres de m. Botta sur ses découvertes à Kharsabad, publChapitre 11 sur 13 · QUATRIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LETTRE

MoMol, le a& jaâlet i8â3.

Monsieur,

J*ai fait une nouvelle visite à mes ruines, mais j*ai été interrompu dans mes travaux par une grave indisposition^; je ne puis donc cette fois-ci vous envoyer les derniers des nombreux bas-reliefs qui ont été découverts; je nai pas pu non plus mesurer le progrès des excavations, et par conséquent je ne puis agrandir le dernier plan que je vous ai envoyé^; voici cependant le résultat de mes dernières observations.

^ Lorsque M. Botta reçat la première noavdie que M. le ministre de rintérieur allait lui accorder la subvention nécessaire pour Tacbèvement de ses fouilles, il se rendit sur-le-champ à Khorsabad, malgré la chaleur. H y fit, le premier jour, les dessins que je publie aujourd'hui, mais il fut saisi , le lendemain, par une espèce de choléra, et rapporté, le surlendemain, sur un brancard, à Mossul , dans le délire et presque mourant. Il compléta plus tard les dessins des bas-reliefs et les copies des inscriptions, et les joignit à sa cinquième lettre, qui paraîtra prochainement. J. M.

* M. Botta m'ayant envoyé plus tard un nouveau plan qui com-

Vous vous rappelez que la muraille xx, sur laquelle est représenté l'assaut d'une forteresse , avait été découverte sur une longueur de 7 mètres 1 5 centimètres ; elle continue dans la même direction plus de 9 mètres, de manière à avoir une longueur totale de plus de 16 mètres, puis elle tourne au nord (xxxi), à angle droit, formant, avec une muraille parallèle opposée [xxxu), un cinquième passage, pavé, comme les quatre premiers, d'une pierre à inscription. Ce passage est plus large, et, je crois, un peu plus long que les autres. A sa sortie , au nord , la muraille xxxj tourne à l'ouest, et là s'arrêtait l'excavation. Je me suis assuré que la muraille opposée du passage xxxii vient de l'est [xxxjv).

La muraille xjv , dont on n'avait découvert que 3 mètres k 5 centimètres , a été suivie sur une Ion gueur totale de plus de 1 2 mètres sans arriver k la fin. J'ai fait couper le massif de terre qui remplit l'intervalle entre elle et la muraille parallèle xx pour m'assurer s'il ne se trouvait pas entre elles une autre muraille , mais on n'a rien trouvé. Il est très-probable , en conséquence , que tout cet intervalle était vide et formait une grande salle beaucoup plus longue que large.

La muraille xjv a été suivie plus de deux mètres plus loin que précédemment ; là elle tourne au nord { XXXI II) et forme un enfoncement occupé par

prend les parties des fouilles dont il est question dans la lettre présente, je le publie aujourd'hui. Yoy. la planclie XXXII. J. M.

une demi - statue colossale que je décrirai tout à rheure. Gomme vous le voyez par le plan approximatif ci-joint , ces nouvelles excavations, qui ont coûté beaucoup de travail à cause de la hauteur des terres, ne permettent pas encore de comprendre le plan général du monument, et rien non plus n'en indique la fin. Je passe à la description des bas-relie& nouvellement découverts.

Dans ma dernière lettre, je vous ai dit qu après la forteresse sur la face xx, en allant de TO. à TE. il y avait un char traîné par deux chevaux au galop, foulant un guerrier étendu. La muraille étant maintenant entièrement découverte, j'ai pu voir que ce char était suivi de quatre autres semblables. Cette suite est évidemment destinée à représenter une bataille. Chacun des chars, tournés vers la forteresse, est traîné par deux chevaux et porte quatre personnages. Le principal est coiffé d'une tiare pointue et lance des flèches ; à coté de lui est le cocher, et derrière sont deux guerriers armés de dards et portant des boucliers. Sous les pieds des chevaux il y a toujours un guerrier, et au-dessus d'eux il y en a un autre qui parait blessé et jeté en l'air la tête en bas. La singulière position de celui-ci ne peut guère s'expliquer que par l'intention de représenter soit la confusion de la bataille, soit la rapidité du char, qui jette au loin avec violence tout ce qu'il rencontre.

Dans la plupart de ces bas-reliefs, les chevaux du char mettent leur pied de devant sur la croupe d'un

cheval abattu portant un cavalier blessé et tombant. Ces cinq bas-reliefs , sculptés chacun sur une des grandes plaques de gypse formant les murailles, sont essentiellement les mêmes; mais les détails de mouvement et d^arrangement varient* Chaque scène est très-animée; les chevaux surtout sont pleins dé mouvement , et les tètes , encore conservées , de quelques-uns des vainqueurs, présentent un air de supériorité satisfaite très - bien rendue. H est i remarquer qu'il y a une grande différence dans le vêtement des vainqueurs et des vaincus. Ceux-ci sont généralement revêtus de cette espèce de manteau en plumes dont j*ai déjà eu l'occasion de parier. Je ne puis comprendre ce que c'est, mais un appendice que ce manteau porte toujours sur le côté, et qui semble une patte, me fiiit soupçonner que ce n'est qu'une peau d'animal dont les poils ont été représentés par des losanges rayées. Ce n'est qu'ime conjecture^, car, à en juger par l'apparence, ces losanges ressemblent entièrement à des plumes ou à des écailles.

Le harnachement des chevaux est très-riche et tout à fait semblable à celui du char précédemment dessiné^. Les couleurs sont aussi très-évidentes. J'avais Commencé le dessin d'un de ces bas -reliefs,

* Cette eonjecture «tt iodubiublement ^aie; en ea trouve It preuve sur les bas-rdiefs de Persépolis, eu la laiiie sur le doi 4es mnitoBS est reprtentée de la même iiiaiiière«*-J. M.

* Le char dont M. Botta parle se trouve représenté sur la plancbe XYII, et décrit en détail dans sa deuxième lettre.— J. M.

mais mon indisposition a interrompu mon travail. Je les dessinerai tous, à ma première visite ^

Cette suite de chars est surmontée d'une longue bande d'inscription qui, au premier aspect, semble continue ; il est certain cependant qu'elle doit être divisée en parties bornées chacune par le bord de la plaque sur laqueUe est sculpté chacun des chars. H y a, en effet, au bord des plaques, une ligne perpendiculaire qui sépare chaque inscription. Cellesci d'ailleurs varient par le nombre des lignes. J'en ai copié deux, et je copierai les trois autres à ma prochaine visite ^.

Au-dessus de cette bande d'inscriptions il y a une suite de personnages très - dégradés. C'est toujours la répétition de la scène sculptée au-dessus de la forteresse; deux personnages, dont l'un imberbe, assis en face l'un de l'autre et séparés par une table ; derrière eux plusieurs figures se tiennent debout, mais il est impossible actuellement de deviner ce que représentent ces bas-reliefs '.

Dans le passage n^ 5 , la face xxxi présente trois personnages de taille plus colossale, je crois, que ceux découverts précédemment^. Celui du milieu,

^ J'ai reçu, avec la cinquième lettre de M. Botta, le dessin d'un de ces chars , qui sera publié plus tard. — J. M.

* La planche XXXIII contient Tinscription sculptée au-dessus du premier char en dlant de Touest à Test. La planche XXXIV représente Tinscription au-dessus du second <:har.

^ Je publierai, avec la cinquième lettre, un croquis de ces bas-» reliefs que j'ai reçu récemment. — J. M.

* Planche XXXV.

qui paraît le principal , a la tête très-dégradëe, mais on peut distinguer qu*il avait une tiare à pointe recourbée en avant, comme le bonnet phrygien , et ornée d'une double bandelette tombant sur le dos. Sa robe est très-riche , et il semble porter cette espèce d*écharpe à firanges , caractéristique de toutes ces figures principales. Gomme à l'ordinaire, cette frange passe sur Tépée^ La main droite de ce personnage est élevée en Tair, lautre est baissée et tient une sorte de trident dont la branche du milieu seule, peinte en vert, se termine en boule; les deux autres s'épanouissent en fleurs, et le tout est assez semblable au lotus égyptien.

Derrière ce personnage , il y a une figiure imberbe, tenant de la main gauche une double bandelette, et élevant la main droite; elle tenait certainement un chasse -mouche, car on en voit les restes, et la pose est toute semblable à une figure bien conservée* dont je parierai tout à l'heure.

Devant le personnage du milieu , il y en a un qui lui fait face, mais qui a la tête nue et est vêtu beaucoup moins richement. Sa main droite est élevée en l'air, et la gauche repose sur la poignée de l'é-

^ J'avoue qu'il me reste quelques doutes sur ce point; Tépée parait certainement passer au-dessous de cette partie de la robe, mais on voit, dans les sculptures persanes, que les artistes évitaient de couper une figure par une ligne droite transversale. On peut en voir un eiemple remarquable dans la coupe sasanide publiée récemment par M. de Longpérier, où la flèche qui devrait passer devant la figure du roi qui tire de Tare, est interrompue sur toute la largeur du visage et a Tair de passer derrière la tête. — J. M.

|>ëe. Ces trois figures avaient des sandales peintes en bleu.

Je ne puis décrire la paroi opposée du passage , qui n était pas entièrement découv^te avant la maladie qui m*a surpria. J'ai également peu de choses à dire sur b paroi x/r, qui est très-d^adée, et sur iaqueUe oo ne distingue presque rien. A Test du char qui en oeeupe le premier compartiment, il y a une suite de guerriers mardiant à pied , et au-dessus d'euK une bande d'inscription dont il est impossible de distinguer les caractères. Le bas-relief supérieur est également tout i fait indiscernable.

La face xix est plus intéressante , parce que la pierne est en meilleur état; malheureusement les plaques de gypse sotA brisées en larges fragments actuellement tombés, mais il sera possible de les réunir et de rétablir les figures, et même de les envoyer en France ; car, je le répète, la pierre est solide et les sculptures sont bien consei*vées.

Autant que j'ai pu le voir« en réunissant de Tœil œs fragments épars , il y avait « à Test des deux perscMinages barbus précédemment dessinés , deux autres figures colossales imberbes ; Tune , à ce que je crois , portait le carquois du principal personnage ; Tautre tenait d'une main un chasse-mouche à riche poignée, et de l'autre une bandelette tournée autour du pouce. A ma première visite , je réunirai ces fragments et dessinerai ces figures^; aujourd'hui, je

^ J'ai reçu, avec la cinquième lettre de M. Botta , les dessins de qiielques'UDes de ces figures.-— J. M.

me bornerai k exprimer de nouveau le doute que j*ai sur leur sexe : comme elles sont années, il est difficile de croire que ce soient des fenmies , et cependant les traits de Tune d'elles » encore parfaitement conservés, sont si gracieux, si féminins, qu'il est difficile de les croire d'un autre sexe.

Je vous ai dit, monsieur, que cette muraille xiv tournait, au nord, a son extrémité, et formait là une sorte d'enfoncement ; il a environ un mètre et demi de profondeur , et il est occupé par une demistatue symbolique; elle représente la partie antérieure d'un taureau ^ à tête humaine , saillant de la muraille. Les jambes en sont très^naturelies et trèsbien sculptées^, mais la partie supérieure, non-seulement est très^égradée, mais semble être tout à fait de convention. Des écailles, régulièrement striées, semblent indiquer des ailes; la tête avait une barbe régulièrement tressée , et le fanon est représenté par une laige bande de stries horizontales. La tête est tombée et très-dégradée, mais on voit clairement cependant que la &ce était humaine^. Cette statue a dû avoir environ 5 mètres de haut ; elle était d'«n seul bloc de gypae. Je la marque xkxv sur le plan*

Sur la face kxkijj y qui forme l'enfoncement , il y

* Planche XXXVI.

* M. Botta in*avertH, dans une autre lettre, que les jambes sont trop fortes dans son dessin , parce qu*il ne pouvait pas se placer à une distance convenable de Tobjet. — J. M.

^ Planche XXXVII. Jai réuni sur cette planche deux dessins de la tète da taureau vu de face et de profil. — J. M.

^ 48 — a une autre figure symbolique; cest un personnage ailé à tète d*oiseau^ Le bec, quoique un peu long, est celui d*un oiseau de proie; la chevelure est régulièrement tressée et la tête surmontée d'une espèce de huppe qui descend jusqu'aux épaules. Le col est entouré d'un collier, les bras et les poignets sont ceints de bracelets, la main droite est élevée en l'air, et la gauche tenait certainement un panier semblable à ceux portés par les figures ailées du passage n" a. Cette figure est vêtue d'une courte tunique , et une ceinture firangée et terminée par un élargissement, tombe entre ses jambes. En preuve de la profusion des sculptures qui décorent ce monument, je dois dire que la petite surface de muraille entre le taureau et ce personnage ailé est également ornée de bas-reliefs.

La construction de ce monument est toujours la même, se sont toujours de grandes et minces plaques de gypse plantées debout sur les terres du monticule. Je ne puis croire que de pareilles murailles aient jamais pu supporter un toit en pierre, et c'est une des raisons qui me font croire qu'il était en bois. Je n'ai, da reste, acquis à ce sujet aucime ceiiitude; le charbon, très-abondant dans quelques endroits, ne se trouve pas dans d'autres dont les murailles cependant offrent également l'apparence d'avoir été calcinées. Je reste donc dans le doute. Je dois dire seulement que les dimensions du taureau sont telles qu'il est impossible de croire qu'il ait pu

» Planche XXXVIII.

être porté à sa place à travers d'éti*oits passages creusés dans le monticule. Peut-être était-il placé extérieurement à Tune des portes. Dans ce cas , cette muraille xix aurait formé la paroi extérieure du monument , et cela expliquerait Tétat de conservation dans lequel se trouvent les sculptures et la pierre eUe-même : elle n aurait pas souffert de la cbute intérieure du toit incendié. Mais il est encore prématuré de se livrer à ces discussions ; il faut attendre que le tout ait été découvert, et tout s'expliquera peut-être.

«Tai ]»ns des informations pour tâcher de savoir si ce village n avait pas anciennement quelque autre nom d'une tournure plus chaldéenne que celui de Khorsabad ou Khestéabad (car on Técrit encore ainsi) \ mais je n'ai rien pu apprendre; il n'y a, à ce sujet, aucune tradition locale, et les habitants eux-mêmes ignoraient les richesses archéologiques que recouvre leur village , et que le hasard m'a fait découvrir; je ne cesserai pas cependant mes recherches.

Quant à la direction future des travaux , j'ai la grande satisfaction de pouvoir vous annoncer que , selon toute probabilité , je n'éprouverai plus d'obstacles. Son Exe. M. le ministre de l'intérieur ayant bien voulu aider mes recherches , j'ai pu agir plus largement, et je suis parvenu à décider Je chef du

^ M. Rawlinson, consul général d'An^eterre à Bagdad, m'a écrit récemment qn'il a tronvé dans Yakouti , que cet endroit était appelé par les Syriens Saroun q^x^j^ — J. M.

J. A. Extr. n' i5. (i 843-45.) 4

village à céder sa maison , qui nous barrait le passage; il ira s*établir dans la plaine, et tous les habitants ly suivront, en sorte que le monticule entier sera i ma disposition , et que rien n'échappera à mes recherches^. Seulement, j*ai dû interrompre les travaux pour quelque temps; Tair de Rhorsabad est extrêmement malsain , comme je f ai éprouvé moimême, ainsi que toutes les personnes qui m'accompagnaient. Déjà plusieurs fois j'ai été obligé de changer les ouvriers, et leur chef, qui me servait avec intelligence , est actuellement dangereusement malade. Cette raison m'empêchora de retourner à Khorsabad avant la fin des chaleurs , et si Ton travaillait actuellement, l'état des sculptures est tel qu elles seraient perdues avant que je pusse aller les dessiner; j'ai donc fait interrompre momentanément les excavations , et recouvrir même les portions que je n'ai pas eu le temps de dessiner. Quant aux autres, j'ai le regret de dire qu'avant peu il n'en restera que des débris. N'étant plus soutenues , le» murailles cèdent à la poussée des tesres^; l'action duf

* Ce n*eBt (ju'avec des difficultés infinies <{iie M. Betta est à la fin parvenu à ce résultat. AujonrdlkQi, tout le Tilkge a été achetifr par lui et rien ne a^oppose plus aux fouilles. — J. M.

' M. Botta avait eu soin, dès le conunencement des fouilles, de soutenir les sculptures découvertes par des étais; mais, pendant la longue interruption des fouilles, que la cupidité et la malveillance du dernier padia de Mossul imposait à M. Botta, les étais furent volés par les gens du pays : ce qui a entridné la chute d^un grand nombre de bas-reliefs. Les obstades que M. Botta a eus à vûncre sont infiniment plus grands et plus nombreux qu^on ne supposerait, si Ton ne jugeait que d'après les lettres que j'ai imprimées.

soleil réduit la surface en poussière, et déjà une grande partie n'existe plus. C'est une perte certainement, mais je n'y vois aucun remède, à moins de recouvrir le tout à mesure que je le dessine , afm de le conserver pour de futurs observateurs ; c'est ce que je compte faire, parce que, tout bien considéré, on pomra toujours déblayer de nouveau, tandis que, si je laissais les murailles découvertes, dans trois mois il n'en resterait absolument rien. Agréez, monsieur, etc.

a eu à lutter à cha^e pas contre les ruses et la violence du pacha , qaï tantôt prohibait les fouilles, tantôt les permettait, en défendant en tocret aux gens du village de vendre leurs maisons; tantôt jetait en prison et voulait mettre à la torture les ouvriers, pour obtenir d^eux Tindication des trésors que M. Botta, selon lui, avait trouvés; tantôt écrivait à Gonstantinople pour se plaindre de ce que M. Botta, en faisant des tranchées dans la colline, avait Tintention d'élever une fortratesse, etc. Aujourd'hui il n'y a plus qu'une difficulté, c'est que la Porte ne veut pas laisser exporter les marbres découverts; mais il est impossible que le Gouvernement ne demande et n'obtienne pas à Gonstantinople une permission que la Turquie, juaqu^à présent, n'a jamais refusée ; car ce n'est que quand il y aura au Louvre une salle de sculptures assyriennes, que la découverte de Kborsabad sera réellement acquise à l'Europe. — J. M.

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