DEUXIÈME LETTRE
MoMul, 9 mai i8â3.
Monsieur,
Dans une lettre précédente, jai eu Thonneur de vous annoncer ma découverte archéologique dans le village de Khorsabad ; je vous envoie aujourd'hui des détails sur ce qui a pu être déterré depuis lors; je joins aussi à ma description un plan approximatif plus approchant de la réalité que le premier ^ . Ce plan est nécessaire pour qu'on puisse comprendre la description, parce que rien encore ne peut faire concevoir ce qu'étaient les différentes parties du monument.
Vous vous rappelez sans doute que les fouilles s'étaient arrêtées à l'extrémité de la muraille formant le côté nord d'un passage pavé d'une inscription. J'avais laissé aux ouvriers l'ordre de partir de
> Je ne publie pas ce pian, celui que jai fait paraître avec la première lettre (v. pi. I) étant postérieur et plus complet que celui dont parie ici M. Botta. Le plan déjà publié donne i^état des fouilles tel quil était lorsque M. Botta écrivit sa troisième lettre.— ^ J. M.
ce point et de suivre la muraille, pour voir si elle se continuait avec celle qui porte les deux figures colossales découvertes plus à Test; il nen est pas ainsi. Avant de les atteindre , cette muraille s*ouvre en un passage courant vers le nord et semblable à celui que j*ai découvert d*abord, mais un peu plus large; je rappellerai passage n"" II. La paroi orientale [xvj) a été suivie jusqu'à un point où elle tourne à angle droit à l'est; la paroi occidentale (x,) vis-à-vis de ce même point, tourne à l'ouest, puis revient au nord pour former, avec une muraille opposée , le passage n^ m. Cette dernière muraille vient du nord, et, en la &isant suivre jusqu'à la tête [xxii et xxi), je me suis assuré qu'à cinq mètres de distance elle tournait à l'est.
Il résulte de tout cela quelque chose dont le plan montrera la forme sans pouvoir enc(Hre en faire deviner l'ensemble. D'après cela , il est évident que ce n'est qu'une très-petite partie d'un monument considérable; la suite des travaux en poun^a peut-être faire connaître le plah général. Je passe à la description des sculptures et des inscriptions.
Le second et le troisième passage sont , comme le premier, pavés d'une large pierre poilant une inscription cunéiforme dont j'envoie les copies faites avec tout le soin dont je suis capable. La plus grande, celle du passage n° n\ m'a coûté une journée de tra-
^ Voyez pA. XIII et XIV. La gratide dimension de cette inscription m'a forcé de la |mblier en deux IcMiilles. M. Botta dit dans une note : « Il ne manque de caractères que là où Ton voit
vail. Elle a quarante -six lignes, et, quoique cassée , elle est complète; il n*y manque que quelques caractères effacés, surtout vers Textrémîté sud.
L'inscription du troisième passage^ est un peu incomplète, mais, à en juger par les proportions, il doit y manquer peu de chose , d'autant plus que les caractères sont fortement espacés. Dans ces deux nouvelles inscriptions, comme dans la première, les caractères étaient incrustés de cuivre , ou d'un ciment cuivreux, actuellement très -dur, et qui a coloré d'une teinte verte la surface même de la pierre.
Pour décrire les figures , je désignerai les murailles par les chiffres qui les marquent sur le plan.
Au sortir dû passage n"" I, la muraille (rx) porte la pàitie inférieure d'un personnage colossal vêtu d'une longue i^obe à franges , comme ceux qui décorent les parois I et U du massif opposé. Il y en avait probablement deux; mais, dans une certaine étendue, la muraille est actueUement détruite jusqu'à la base.
La paroi occidentale du passage n'' Il porte (z)
des traits irréguUers, qui occupent dans ma copie la place des caractères que je n*ai pas pu copier à cause de leur état de dégradation. Les blaùcs indiquent des blancs correspondants sur la pierre. Celle-ci est brisée, mais tous les fragments sont en place, et je suis sûr que Tinscription est complète dans toute son étendue. « — J. M.
^ Vbyex pi. XV. • — c La pierre n'est tout à fait complète qu'aux lignes 39 -3i; mais, comme la copie l'indique, il doit manquer peu de chose des autres. Les caractères sont trës>espacés et dis* posés dans ma copie comme sur la pierre. » — Note de Af . fiolta.
deux figures colossales , de près de 9 pieds de haut , tournées vers le sud^ L'une est .un personnage ailé, tenant à la main une corbeille ou un panier (très-distinct de Tautre côté). Il est vêtu d'une courte tunique , et sa ceinture , comme le montre le dessin , est très-riche. B paraît avoir eu une tète d'animal «, mais rétat de dégradation de la partie supérieure m'empêche de l'assurer. L'autre personnage, qui marche derrière celui-ci, est un homme barbu, richement vêtu d'une redingote (pardonnez-moi le terme) ornée de riches franges, et dont la partie supérieure semble avoir été faite de fourrure. U tient à la main une espèce de trident, à branches ondulées, terminées par trois boules, et peint en rouge. J'ignore ce que c'est.
 son élargissement , la face occidentale du passage montre (x/), à sa partie inférieure, un petit bas -relief représentant un cavalier au galop; il a trois pieds de proportion environ. Son état de dégradation m'a empêché de le dessiner; mais , comme la tête du cavalier est encore assez bien conservée , j'ai pu voir que ses yeux étaient teints en noir avec le kohl, selon l'antique usage de l'Orient. Ce petit bas -relief était surmonté dune bande d'inscription cunéiforme, trop endommagée pour être copiée. Au-