PI. XX
dont j'ai parle dans ma précédente lettre, et dont j'envoie aujourd'hui un dessin exacte Je dois seulement rectifier ce que j'ai dit au sujet de la robe de la femme ^ : elle est large et non point serrée à la taille , comme j'avais pu le croire lorsque la partie postérieure seule était découverte.
Telle est , monsieur , la description des bas-relie& découverts jusqu'à présent. Quanta la construction, elle est toujours la même : les parois sont formées d'immenses plaques de gypse marmoriforme derrière lesquelles il n'y a que de la terre. Ces plaques sont , dans mon plan , représentées beaucoup trop épaisses, car elles n'ont pas plus d'un décimètre d'épaisseur. Je suis porté à croire actuellement que l'intérieur des massifs était primitivement vide, et que, de même que leurs intervalles^, ils ont été remplis parle temps. Le toit, s'il y en a eu un, a dû reposer sur ces plaques reliées entre elles par des clous et des bandes de cuivre, dont on trouve de très-nombreux fragments. En efiFet, la terre qui remplit les massifs ne diffère en rien de celle qui a comblé les passages.
Je dois encore dire qu'outre les clous de cuivre on trouve dans la terre de nombreux fragments d'un épais enduit d'un beau bleu d'azur , semblable
^ Ce dessin a paru avec la première lettre et forme la planche X. — J. M.
* M. botta énonce dans une lettre postérieure Topinion très-vraisemblable que cette figure , et d'autres pareilles qu il a découvertes plus tard, ne représentent pas des femmes, mais des eunuques. — .J. M.
À celui qui décore les bas-reliefs; de plus, comme on y trouve aussi beaucoup de cbarbon , je suppose que le toit en bois a été incendié et a calciné les pa> rois de gypse de manière à les convertir en plâtre. C est, je crois, la cause de Tétat de dégradation des sculptures, dégradation telle qu'il sera, je pense, impossible d*en rien sauver : tout tombe par morceaux, et, sans les étais qui actuellement soutiennent les parois, tout serait déjà tombé. J'espère cependant pouvoir conserver la grande figure de femme et les trois pierres à inscriptions du passage.
En fait de petits objets, on n*a trouvé qu*un morceau de terre glaise non cuite, portant Tempreinte fort nette d un large cacbet mythologique. Il représente Temblème si fréquent dun personnage perçant d'une épée un lion debout qu'il tient par la tête. Je ne sais ce qu'a pu être ce morceau de terre , qui semble être une boule grossièrement roulée dans la main, et aplatie par l'empreinte ^
Enfin j*ai été visiter le second autel dont on in'avait parlé, et qui, comme le premier, se trouve jeté à peu de distance du village. Il est exactement
^ J'ai reçu plus tard, de M. de Gadalvène, dir^teur des postes françaises à Constantinople (que je prie, à cette occasion , d'accepter mes remerdments pour l'inépuisable complaisance qu'il met à faciliter les communications de M. Botta avec Paris) , l'avis que M. Botta m'avait envoyé cet objet en argile, mais que les Tartares de la Porte l'avaient apporté réduit en poudre. Depuis ce temps, M. Botta a trouvé encore quelques boules semblables d'argile, dont il m'a expédié trois que je me propose de déposer au cabinet des Antiques, à la Bibliothèque royale, si je les reçois eu bon état. — J.M.
semblable à Fautre , mais très-dégradé ; il porte également une inscription cunéiforme autour de la plate-forme; mais, comme 'û n'en reste que quelques caractères, elle n* a pu m*être d'aucun secours pour compléter la précédente.
Telle est, monsieur, la description de ce qu'on a déterré jusqu'à présent. J'avoue ne rien comprendre à la destination et au plan général de ce monument. Pour éclaircir les doutes je voudrais étendre les recherches , mais malheureusement nous touchons aux maisons, et à moins d'en détruire quelques-unes, il sera impossible d'aller plus avant. Je désire les acheter, mais les préjugés des habitants mettent à cela des obstacles que je ne pourrai peut-être pas surmonter. Je n'abandonnerai pas Khorsabad pour cela, car il est évident que le monticule sur lequel ce village est bâti, est entièrement rempli de constructions semblables. Pour m'en assurer, j'ai fait donner quelques coups de pioche fort loin de mes excavations, et jusqu'à l'autre extrémité delà colline; les ouvriers y ont immédiatement trouvé une muraille portant des personnages semblables aux autres, avec cette différence qu'au lieu de reposer sur un plancher de briques , elle est bâtie sur un plancher formé d'épaisses plaques de plâtre. Si je ne puis décider les habitants à me vendre quelques-unes de leurs maisons, j'exploiterai cette nouvelle mine qui, étant plus loin du village , donnera plus de latitude aux recherches ; peut-être aussi réussirai-je à découvrir d'où viennent les nombreux fragments de
sculptures, en pien*e siliceuse, qu*on trouve épars. Les habitants le savent , mais ils n*ont pas voulu me le dire; peu à peu , je Tespère, ils s'habitueront à mes recherches , et deviendront plus conmiunicatifs.
J*oubliais de vous dire que le monticule de Kborsabad semble avoir été autrefois entouré d*une épaisse muraille formée de grandes pierres calcaires grossièrement taillées. Cette muraille perce le terrain en plusieurs endroits.
P. Botta.
J'ai reçu de M. Botta un fragment des sculptures de Khorsabad. C'est la tête de l'enfant que l'on voit représenté sur la planche vi. Je l'ai fait lithographier , et le lecteur le trouvera , sur la planche xxi , dans les dimensions de l'original. Quant à la pierre elle-même , j'en ai fait hommage au cabinet des Antiques de la Bibliothèque royale. Les lecteurs seront sans doute frappés de la beauté de cette sculpture , et ils apprendront avec plaisir que M. Villemain, ministre de l'instruction publique , et M. le comte Duchâtel , ministre de l'intérieur, ont , sur l'avis de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, alloué à M. Botta de nouveaux fonds pour la continuation de ses fouilles, et lui ont envoyé un dessinateur habile, M. Flandin, qui, dans son voyage en Perse, a fait preuve de la fidélité avec laquelle il sait représenter les monuments sculptés. On peut donc
être assuré que ceux mêmes des bas-reliefs qu'ii sera impossible de sauver seront conservés dans des représentations fidèles, et que tout ce qui pourra être transporté sera envoyé en France et y formera un musée assyrien unique dans le monde. L'Europe savante rendra des grâces aux deux ministres qui ont bien voulu faire tout ce qu*il fallait pour ti* rer le plus grand parti possible, dans Tintérèt de la science , d'une découverte destinée à jeter un si grand jour sur une des parties les plus obscures et les plus intéressantes de l'histoire ancienne. Qu'il me soit permis, en terminant cette note, de remercier, au nom de M. Botta, le vice-président de l'Académie des inscriptions, M. Guigniaut, du zèle avec lequel il s'est rendu l'organe de l'intérêt que cette compagnie savante a montré, depuis le pommencement, pour les fouilles de M. Botta,
J. Moui'-