EE SE
Je vous prie de recommander à MM. les aides-majors d'être exacts à envoyer ce que M. Doreil leur demande,
J'ai reçu une bonne lettre de quatre grandes pages de Richelieu proprio pugno.
J'ai eu occasion d'écrire une lettre assez longue qui sera sûrement lue de M. le Dauphin. Je l'ai écrite pour cette raison avèc attention, et j'y ai parlé avec éloge sans affectation de M. de Bourlamaque, capitaine dans le régiment de M. le Dauphin.
À Québec, le 20 septembre 1757.
I1 faut espérer, Monsieur, qu’un soldat qui va être conduit pour être puni comme déserteur, fera un bon effet, Je crois que vous serez content de la façon dont j'ai traité vis-à-vis M. de Paulmy dans »" lettre pour lui seul, l’objet qui nous intéresse le plus tous les ‘ trois. J’ai été jusqu’à présent plus occupé d’affaires que d'autre chose; cependant je ne perds rien de vue, Dites à Arnoux que je suis furieux d’être obligé de tenir son enfant, et qu’il doit m'en savoir gré; car cela me fait une grande affaire, L’Ile-Royale, le manque de pain, voilà ce dont on parle tonte la journée, Venez donc, car il faut un quatrième. M. de la Naudière vous aime et vous estime, c’est le meilleur de mes amis, il dîne demain chez moi. Bonsoir, monsieur,
A Québec, le 23 septembre 1757.
Je réponds par celle-ci, mon cher Monsieur, à votre lettre du 14, 10 J’approuve très fort que La Mothe reste en qualité de capitaine avec le lieutenant qui
voudra rester avec lui, et si cela fait quelque difficulté, écrivez-le au chevalier de Lévis, qui enverra Wolff avec un ordre particulier pour servir comme lieutenant du piquet de Béarn. Je pourrois bien, de vous à moi, et je vous prie de ne pas le dire, rester ici jusqu'au carême, à moins d’une volonté à ce contraire de la part du marquis de Vaudreuil, Vous aurez de la peine à tenir la maisou que vous y teniez l’année dernière, Vous avez fait vos preuves sur l’urticle de la dépense, Je vous conseille comme votre ami de prendre le prétexte de la rareté des vivres, du manque de pain; pour moi. je crois que j'aurai de la peine à soutenir cinq jours de la semaine à douze ou quatorze personnes. Et à cause du pain, mes deux jours sont fixés au jeudi et dimanche, parce qu'on ne m'en donne pas ces deux jours-là, et les autres on me donne un quarteron par personne. Les recrues de Béarn, la Sarre, Guyenne et Royal-Roussillon partent avec un déserteur de Béarn, compagnie de Pointras, et l’incorrigible Herbert que je remets à sa troupe. Je prie M. de Malartic de lui donner, quand il aura rejoint la compaguie d’Aubrespy, vingt-quatre livres à employer en nippes, suivant ses besoins et en détail.
Comme il me paroît que M. de Vaudreuil ne laisse pas des officiers de la colonie en état d'aller en parti, s’il le falloit, le sieur Wolff et le sieur d’Arenne passeront à Carillon pour y passer l'hiver, et si les logements embarrassent, vous laisseriez le sieur Wolff pour’faire fonction de lieutenant à quelqu'un de nos six piquets, et vous trouverez aisément un lieutenant qui ne demandera pas mieux, Je joins ici un ordre en blanc, dont
RE
vous pourrez faire usage pour obvier à tout inconvénient,
Les derniers vaisseaux partiront au commencement de novembre, et de meilleure heure, dit-on, que l’année dernière, La Nouvelle - Société, navire venant de la Rochelle, a péri, avant-hier, à trois lieues d'ici, Il y a eu treize personnes de noycées. Il étoit chargé de vin et d'eau-de-vie, Il y a encore deux bâtiments en rivière, Dieu veuille que ce soit la Liberté, J'ai reçu une lettre du chevalier de Bernetz du 14, avec les pièces nécessaires pour le soldat qui a perdu un bras.
Je suppose que l’arrangement de La Mothe convient aux officiers du régiment de Béarn. C'est M. d'Hébécourt, capitaine au régiment de la Reine, qui doit commander à Carillon.
Vous aurez la bonté, avant votre départ, de régler les logements, tant des piquets que des officiers,
On dit, ici, que M. de Vaudreuil avoit ordonné que la milice occupât en entier le logement de Lotbinière, que Lusignan occupoit l’année dernière, Lotbinière est assez ridicule pour l'avoir demandé au marquis de Vaudreuil, et celui-ci, assez bon pour l'avoir accordé ; mais quand même on vous montreroit un ordre ou lettre de M. le marquis de Vaudreuil, allez votre train ; n’y ayez aucun égard, sauf à lui dire que vous voyez bien qu’il a été surpris, et que cela ne pouvoit être ‘autrement, vu la rareté de logement, et l’indécence qu'un piqueur de travaux occupât tout un corps de logis, lorsque le commandant et les officiers seroient à l'étroit.
A M. DE BOURILAMAQUE 197
Je vous serois obligé; le marquis de Vaudreuil pourra en être fâché, mais il n’osera en dire mot,
P, S, — Dites au chevalier de Bernetz qu'il mettra son état-major où bon lui semblera, Je vous prie de dire à M. Dalquier que j'ai reçu sa lettre en date du 14, J'approuve tout arrangement concernant M. de La Mothe, On dit trois bâtiments en rivière, la Liberté etle Bristol, Dieu le veuille, nous allons être misérables pour le pain; on parle de réduction à commencer du 1° octobre,
Le capitaine du bâtiment qui a péri, dit qu'ayant passé le jour de Saint-Louis à huit ou neuf lieues de Louisbourg, il a entendu canonner vigoureusement depuis midi jusqu’au soir,
A Montréal, le 27 septembre 1757.
Nous avons vu, Monsieur, l’année dernière, plusieurs soldats qui s'étoient rendus errants et vagabonds dans les côtes ; nous avons eu de la peine à les faire rejoindre; il y en a même eu trois qu'on a fini par coutumacer, Il manque depuis sept à huit jours quatre convalescents qui sont errants, Sur mes représentations, M. le marquis de Vaudreuil va rendre une ordonnance dont voici les dispositions :
1° Ordre à tous les habitants d’arrêter tout soldat qui ne sera pas muni d’un congé ou permission ;
2° Tout habitant qui arrêtera un soldat dans le cas ci-dessus, le conduira à la prison la plus prochaine des villes de Montréal, de Québec ou Trois-Rivières ;
3° Tout habitant convaincu d’avoir donné asile, subsistance ou travail sera juni par amende et prison ;
4° Tout habitant sera tenu d’avertir l'officier commandant ou l'officier major toutes les fois que le soldat, qui sera logé chez lui, découchera, à peine de prison et d'amende s’il ne le fait, Je vous prie, Monsieur, de faire assembler les deux bataillons du camp de Carillon, et faire battre un ban pour leur déclarer de la part du Roi, que tout soldat arrêté à trois lieues de son camp, garnison ou quartier d'hiver, sans être muni d’un congé ou permission, sera réputé déserteur, et puni suivant la rigueur des ordonnances ;
5° Tout soldat qui, s'étant absenté, n'aura pas rejoint dans la huitaine sera sur le champ, conformément aux ordonnances, mis au conseil de guerre et contumacé, sans que le commandant du bataillon en diffère la tenue sous aucun prétexte ;
6° Tout soldat qui aura manqué à l’appel ou découché pendant deux jours sera passé par les verges, sans que le commandant du bataillon puisse, sous aucun prétexte, différer l'exécution.
Il est bon, Monsieur, après avoir publié le ban ci-dessus, d'ajouter que M. le marquis de Vaudreuil, de son côté, vient de rendre ure ordonnance à cette occasion et leur en apprendre les dispositions.
À Québec, le 4 octobre 1757.
On informe toujours. M. le général part de Montréal le 8 On jugera Beauséjour et Gaspareaux vers le 15, Du 4, le soldat est réduit à une livre de pain. On sauve le” effets de la Nouvelle-Société, bâtiment qui a péri avec perte de onze hommes.
Depuis l’arrivée de la Liberté et du Bristol, nous n’entendons parler de rien.
Le Rameau, paquebot, est parti ce matin, avec centcinquante Anglois, pour Plymouth. Nulle nouvelle de Louisbourg. DLétachement de M. de Bellestre, vers Corlar. L'abbé de Tonnancour, mort. Continuation de morts et maladies à l’hôpital-général. La sœur de M”° de ia Naudière y est morte; M"° Marin malade. Bougainville fréquente un peu la maison où je vais beaucoup; mon cœur et mon estomac sont malades, le dernier est le plus fâcheux. Voilà nos nouvelles, Monsieur, Je vous attends à la Toussaint,
P. S. — Je regrette bien Fontbrune. Si des caprices sont aimables, je n’ai rien à désirer,
À Québec, le 18 février 1758,
Je viens de prévenir, Monsieur, MM. les commandants des régiments de la Reine, Languedoc et Berry de vous rendre compte des divers détails qui peuvent concerner leurs bataillons. Je les préviens de vous remettre au 1° avril un état de leur situation, et un état détaillé des mariages de leurs soldats, depuis le commencement de l'hiver, et pour Berry, depuis son arrivée en Canada. Je les préviens sur l’ordre du Roi, pour défendre les jeux de hasard, et nommément le quinze, et d’y tenir la main.
J'ai fait remettre à M. l’intendant les états des réparations nécessaires, pour que les bataillons puissent entrer en campagne ; il y fait travailler, et uous avons du temps devers nous, car ces bataillons ne sauroient mouvoir qu'après l’arrivée des vivres,
ëË
RSS
ee 22 Ed dns À EE
: Er nS:
FE
Quand vous croirez, Monsieur, que la saison vous permettra de faire tirer le soldat, on pourra donner de la poudre et des balles ; mais ce ne peut être, vraisemblablement, qu’à la fin d'avril.
Je n'ai rien de particulier à vous prescrire, J'aurai l'honneur de vous écrire exactement tout ce que je croirai utile au service, et je vous prie d’en agir de même. Je souhaite que vous vous amusiez à Québec.
J'aurai attention de vous prévenir des projets et intentions de M. de Vaudreuil, dès que je les saurai, mais le manque de vivres lui fera retarder l'entrée en campagne le plus qu’il pourra.
A Montréal, le 22 février 1758.
Arriver à midi, dîner chez M. de Vaudreuil, écrire, voilà mon occupation, parce que le courrier qui porte les dépêches pour Louisbourg part demain. J'ai trouvé le chevalier de Lévis en bonne santé.
. M. de Langy est de retour à Carillon. Il a fait vingt-
trois chevelures, amené trois prisonniers. Il paroîtroit par les dépositions de ces derniers, que les Anglois font des amas de vivres considérables entre Lydius et Orange. M. de Langy reste pour repartir avec un nouveau détachement, après que M. Wolff sera de retour de sa course au fort, M. le chevalier de Lévis et M. Pouchot ont été consultés comme géographes ; ce dernier a dressé une carte pour accompagner le système de M. le marquis de Vaudreuil sur les limites, système qu'il ne leur a pas communiqué ; et moi pour n'être pas en arrière, j'ai écrit une lettre à M. de Paulmy, et chiffré mon système sur les limites, ï
Une bonne chose, c'est qu’on joue au quinze chez M. le marquis de Vaudreuil, parce qu’il assure qu’il n’est pas défendu dans l'ordre du Roi ; et comme c’est lui qui est chargé de l’exécution, et qu'il ne me l’a ni communiqué ni remis copie, je ne dis mot, et si on le joue à l’intendance, faites de même. Une chose encore meilleure, que Montgay m'a assuré de tenir de la Plume, ancien soldat de sa compagnie, c’est que M. de Vaudreuil a reçu une lettre en chiffres, mais il n’a plus son chiffre particulier. Vous savez que ce la Plume est son secrétaire. M. Hère n’a reçu que huit coups d'épée, et n’en a donné qu'un.
.Mes compliments, je vous prie, aux dames et à M. de la Naudière. Brûlez mes lettres,
A Montréal, le 3 mars 1758.
Je dois répondre, monsieur, aux deux lettres dont vous m'avez honoré, le 24 et le 27. Rien à ajouter à ce que vous avez fait sur les deux soldats de la Reine accusés ou soupçonnés de vol. Les exemples deviennent d'autant plus nécessaires, que ces crimes sont bien fréquents. La justice ordinaire informe actuellement contre un grenadier de Bearn et un soldat de la colonie, qui ont pris, avec effraction, un bœuf ax dames de la Congrégation. Lundi, conseil de guerre à Boucherville contre un soldat qui a mis l'épée à la main et frappé son sergent, qui vouloit le séparer d'avec son camarade.
L'affaire de MM. Hère et Liébaux est finie. Ils se sont comportés au gré de leurs camarades, et on a dit:
Holà ! on ne joue plus aucun jeu, pas même le quinze, M. Duplessis, major, ayant fait voir à M. le marquis de Vaudreuil qu'il n’avoit pas bien lu l’ordre du Roi, et que le quinze est défendu nommément, M. de Vaudreuil a mis en prison, par un effet rétroactif, le nommé Matha, qui tout l'hiver a tenu un tripot pour les jeux de hasard.
M. de la Durantaye part demain de Saint-Jean avec deux cents hommes, dont vingt Canadiens; le reste sauvages du Saut. Les beaux jours occasionnent beaucoup de parties de campagne. M. et Mme de Vaudreuil y vont souvent. Le chevalier de Lévis en est quelquefois, et il a aussi les siennes. Pour moi ma vie ordinaire, le plastron le matin et tous ceux qui n'ont rien à faire ni à dire. Diners avec dix-sept personnes, le soir chez moi, chez le général. Catta dernièra maison est renforcée de Malartic et de Villiers qui y sont souvent, M. Varin peut être remplacé, mais sa maison ne l’est pas; celle de d'Eschambault qui n’a jamais été gaie l’est moins cette année-ci. Restez à Québec jusqu’au dernier moment où votre présence sera nécessaire quelque part, et vous ferez bien ; si j’eusse eu le pouvoir et le devoir, j'en eusse fait autant, J'aurai demain à dîner six dames. Celles de Québec partent dimanche avec Roquemaure ; Pontleroy mardi; d'Hert à la fin de la semaine. Je vous enverrai par eux toutes les gazettes d'Avignon, Hollande, France et mes nouvelles à la main. Si vous vous donnez la peine de les feuilleter, promotions, charges, etc.
J'ai reçu des lettres de Mauneville, de Bellot et du chevalier Péan; je leur répondrai à tous par Roque-
maure, M. de Vaudreuil qui ne devoit expédier son courrier que demain au soir, vient de m'envoyer dire qu’il va le faire partir.
Le chevalier de Lévis est en bonne santé; il me paroît qu’il n’a fait aucun projet de campagne, ceux qu'on a ici me paroissent conditionnels. Vous vous conformerez à mes conversations du mois d'octobre ; dans le détail et l'exécution bien des choses l’arrêteront. Dumas ne quitte ni la chambre ni le cabinet, Je le crois d'opinion contraire pour les détails avec Le Mercier et moins èn crédit que ce dernier. Pour moi, je suis à mon ordinaire très bien, Je vois venir, J'attends qu'on me parle ou qu’il soit temps de parler, Nous attendons ce soir M. Doreil. M. de Vaudreuil, entre nous, n’a pas été content de ce que son ami l'évêque a écrit aux curés sur le serment illusoire demandé par M. de Montrepos, lors de la recherche des grains. 5
Jusqu'à présent, Pontleroy ne peut que se louer, la Fe Naudière est en règle. Lotbinière à ordre de se mettre TA à son devoir, M. de Vaudreuil approuve tout, convient de tout: visites de fortifications à Carillon, Saint-Jean, Niagara, etc., veut s’employer à la guerre. Tout cela est beau, Voyons si au fait et prendre, il ne trouvera pas des empêchements dirimants lors de l'exécution.
On parle, ici comme à Québec, du mariage de M, le Noir avec M"° Herbin. Je le crois meilleur pour lui que pour la demoiselle. 11 mange et loge chez le futur beaupère. J’aurois donné ma permission de suite, s’il n’étoit “Ha en puissance de père et de mère, mais je ne le puis Fatal d’après ma lettre du ministre, du 3 août, Le Noir a re écrit à ses parents et moi aussi, pour demander un con-
sentement qui viendra. Ce détail est pour vous. La demoiselle est un petit outil qui a l'air de jouer encore avec des poupées, et qui n’a pas encore ce qu'il faut pour être nubile,
Je vous prie d'écrire à M. de Trécesson quand vous en aurez occasion; à propos de quoi est-ce que M. de Houstet, petit sujet de son bataillon, s’avise, parce qu’il se croit recommandé à M. de Vaudreuil, d'écrire d’un air d’aisance pour lui prêter vingt-cinq louis. 1l faut lui en laver la tête et le gronder.
P. S.— M. Doreil vient d'arriver, Bougainville qui a de l'argent de reste, a été voir ses frères de la Tortue au saut Saint-Louis, pour leur donner cent cinquante livres de tabac et dix livres de vermillon. Au retour, il a couru véritablement risque de se noyer; les glaces mauvaises ; il s'étoit trompé de chemin.
A Montréal, le 3 au soir.
: Je profite, Monsieur, de l’occasion de M. Cadet: je mets sous votre enveloppe la lettre de M. l’intendant, 1° pour m'éviter de vous en répéter le contenu ; 2° pour que vous preniez et gardiez une copie. Je puis, dans une discussion de conduite, vouloir prouver que je ne me suis pas regardé consulté, et qu’au moins on ne m'avoit parlé en aucune facon d'avance des ordres donnés à la Belle-Rivière, Saint-Jean, Niagara, Frontenac, Présentation, etc ; car dans mes chimères, je crois toujours que si la colonie étoit perdue, on nous mettroit trois à la Bastille, Ce seroit au chevalier de Lévis et à vous à faire les mémoires de votre général. Je vous
prie de prévenir MM. de Roquemaure, Trivio, Trécesson et leurs détailleurs, du départ à la première navigation au plus tard le 1° mai, peut-être au 25. Voyez que rien n'arrête, Il me paroît, monsieur, que votre destination, quoiqu'on ne s’en soit pas encore bien expliqué, sera de partir avec le premier corps des trois bataillons et douze cents Ganadiens québecquois. Ainsi, tenez vous aussi prêt pour tout arranger : ordonnez avec trois bataillons de venir suivant ce que j'aurai l'honneur de vous écrire dans le temps. M. de Vaudreuil doute que l’on ne soit au 20 à Carillon. Ce qui est dans ce gouvernement des Trois-Rivières partira plus tard. Cependant s’il apprenait l'ennemi au fort Saint-George, ceci ferait mouvemeut plus vite, et alors le chevalier de Lévis seroit l'avant-garde ; car nous y serions tous trois, hors le cas d’une charge aux Rapides ou d’une alerte à Québec ; en ce cas je vous vois à Carillon, Rigaud aux Rapides, le gouverneur-général en poste à Québec, le chevalier de Lévis et moi en route de Carillon à Québee pour donner deux batailles, dont une gagnée sauveroit la colonie, Je conseille, si nous capitulons, d’aller en Louisiane avec notre corps qui ne sera pas alors considérable, Ceci est extrait du mémoire, et par l'avis aux trois bataillons, tous pour vous seul, même les douze cents Canadiens. C’est à M. de Ramzay à le dire. Ne faites pas semblant, vis-à-vis l’intendant, d’avoir lu sa lettre,
P, S. — On soutenoit avoir à Carillon pour quatre mille hommes à amener du 1° mai pour un muis. On dit s'être trompé en calcul, n’y avoir que pour trois mille, y compris même le dépôt de Saint-Jean, et on
doute si avec ce quiest ici, les moutures des curés, on aura jour cinq mille de plus pour un mois, Sûrement Rigaud ira aux Rajides,
A Montréal, le 7 mars 1758.
M. de Pontleroy part à midi très content de M. le marquis de Vaudreuil, et il doit l’être s’il y a sincérité, Je le vois ingénieur en chef du Canada, Carillon compris. Lotbimé:e ne part que jeudi, ayant fait une chute qui l’alarme, pour laquelle il a été saigné deux fois. Je tiens actuellement M. Le Mercier. Mémoire court, succint, mal fait, où il traite la partie qui ne le concerne pas, ne traite pas la sienne. Je sais M. le marquis de Vaudreuil par cœur sur la campagne ; il m'a entretenu longtemps. Son système général bon, On manquera par les détails. J'ai le morceau de géographie du chevalier de Lévis à lire ; il n’a aucun projet, Mon système seroit de n’en avoir aucun et de ne rien proposer, parce que, dit-il, si ce que vous proposez ne réussit pas, idem, que je l’aie proposé ou non. D'ailleurs, je dois par ma place remontrer, proposer, éclairer, instruire de mon mieux, et en faisant le dû de ma charge, j'attends avec tranquillité l'éloge ou l’'improbation. Les beaux jours continuent ; la fonte des glaces me fait craindre l’interruption des parties de M. et M”° de Vaudreuil qui vont visiter les notables de la côte comme Henri IV chez les notables bourgeois de Paris. Hier, chez MM. Bailly et Gannes, (sic) à l’île Saint-Paul, à l’île Grosbois, chez M. de la Tour, Pour moi, j'ambitionnerais l’île Madame ou l’île Saint-Louis. Des com-
sé à Ja a plie lier Lite do dé Mot had Ai 2
pliments aux dames, Vous voyez, Monsieur, que je cherche les occasions de m'’entretenir avec vous, car c'est vous écrire uniquement pour cela,
P, S. — Dites à Arnoux que je sais tous les ouvriers employés pour le Roi; que je n'aurai jamais de calèche assez tôt pour le printemps ; j'en ai une qu’on me prête pour l’arrière-saison à Québec, ainsi à délibérer pour une autre année si notre séjour se prolonge. Si on dit à Québec que M. de Selles à tué un Canadien, dites que vous ne le croyez pas. Je compte qu'il n’est que blessé légèrement. Le Canadien insolent n’a pas voulu se ranger et l’avoit pris à la gorge, le forçoit, lève sur M. de Selles un petit coup de couteau de chasse, J'ai envoyé un chirurgien. M. de Vaudreuil a pris cela bien, Deux bons bourgeois témoins donnèrent le tort à l’instant à l'insolent Canadien, Je compte que M. Dalquier va donner la prison à M. de Totabelle, de Béarn. Il a insulté l’hôtesse de Cornier, femme quiaime les François et qui ne veut pas se plaindre, raison de plus pour punir avec sévérité, Ce M. de Totubelle et quelques autaes prennent les mœurs des pays d’en haut. Les liqueurs enivrantes. Des attaques d’apoplexie en détachent Segla et le remène à Dieu.
A Montréal, le 10 mars 1758.
L'homme blessé par M. de Selles étoit encore en vie ce matin, toujours dans un grand danger; cependant les accidents ayant diminué, le sieur de Bonne qui ne le quitte pas par mon ordre, sans en espérer, n’en désespérait pas. M. de Selles est d'autant plus à plaindre
qu'entre nous soit dit, le jeu de M. l’intendant l’a précipité dans une ruine totale et affreuse, et si la fortune n’avoit pas favorisé nos joueurs aux dépeus de M. l'intendant, nous n'aurions que trop d'officiers dans la situation de M. de Selles,
M. de Vaudreuil n’arrête pas, il est tous les jours en partie de campagne. J'ai toujours oublié de vous informer que nous avons envoyé et que nous devons envoyer un grenadier de Béarn impliqué dans le vol du bœuf ; c’est d'accord avec le marquis de Vaudreuil pour sauver un Canadien et un soldat complices. Je suis convenu avec les quatre bataillons de la Reine, Languedoc, Guyenne et Béarn que l’on délivreroit l'habillement en entier avant d'entrer en compagne, mais que de fait nous garderions pour n'être délivrés qu’au retour de la campagne les habits et les culottes, et que nous délivrions avant que de partir les chapeaux, vèstes et guêtres, Vous serez peut-être surpris de la réserve des culottes, c’est qu'outre celles de l'habillement général, on nous en délivrera une paire avant &’entrer en campagne pour tenir lieu de brayet. Cet arrangement économique n’est que pour nous, car vis-à-vis l’intendant il faut avoir l'air de prendre l'habillement, car si la paix arrivoit au mois de juin, on voudroit peut-être nous renvoyer avec nos haillons. Je vous écris par M. d’Hert. MM. de Joannès et d’Aiguebelle partiront la semæne prochaine. Mes compliments aux dames, Vous pouvez dire à M"° de Beaubassin que je commence à être très content de la santé de sa mère, que j'ai vue ce matin ; tout ce qui lui appartient m'intéresse bien aussi.
NS cui DE cie
P. S. — Nous avons été au moment de perdre M, de Beauclair qui occupe la chambre de Fontbrune ; inflammation au bas ventre, poitrine affectée, et on n'osoit le saigner, De son aveu, il falloit le vider, et rétablir en consommés, etc.
A Montréal, le 11 mars 1758,
J'ai quelque regret, Monsieur, à la lettre que M. de. ne vous a pas remise. Ce n’est pas qu'il y eût rien d’intéressant, mais autant que je puis me le rappeler, c'est une lettre de quatre pages écrites de ma main, où j'aurois laissé aller ma plume par le plaisir de vous entretenir, Je vous y parlois guerre, campagne, mémoires de M. Le Mercier, anecdotes de Montréal, etc.
L'homme blessé par M. de Selles alloit encore mieux aujourd’hui. L'opinion où vous êtes que les Anglois ont vingt bataillons dans ce pays-ci, cadre avec la déposition du prisonnier, Je ne vous ai rien dit sur la signature des permissions de mariage, parce que c'est comme l’année dernière,
Quand la saison le permettra, et que vous voudrez de la poudre et des balles pour exercer les deux bataillons de Berry, et les huit compagnies nouvelles de la Reine et de Languedoc, j'ai prié M. le marquis de Vaudreuil d’en écrire à M. Le Mercier. Nous n'avons rien de nouveau qui mérite de vous être mandé,
Le 14 mars. — Il n'est pas surprenant, Monsieur, que l’homme frappé par M. de Selles, passe pour mort à Québec. Cependant, hier matin, le chirurgien, le sieur
Den dune 24 —a 40 N na <7 - 4 À
au der nique nee, :7 vas
eg
de Bonne, qui ne le quitte pas, et le soigne comme on pourroit me soigner, en espère grandement, ainsi que ses confrères, après avoir jugé le coup mortel.
Mes remerciements à M. l'intendant, si l’homme ne meurt pas. M. le marquis de Vaudreuil et moi estimons que la famille et l’homme qui convient de ses torts, ne plaidera pas la justice d’en rester dans le silence; et je pense que c’est l'avis de M, l’intendant, En cas de mort; je suis si fort de son avis que la poursuite est inévitable, que je suis convenu avec M. de Montrepos, qui dit que de Bonne m'avertiroit par un exprès, qu'il se feroit requérir par son procureur du Roi, pour éviter des frais-indemnité à M. de Selles, qui est, entre nous, bien éloigné de pouvoir payer, ne sachant où donner de la tête, pour suite de jeu.
M. de Bellecombe vous adresse des copies de jugement d’un conseil de guerre, que j'ai fait tenir à Boucherville, Lévêque, sergent, soupçonné d’avoir contrefait la signatuie de Bellecombe, pour un billet de cent pistoles, va être remis à la justice ordinaire.
Je vous écris par Doreil. La Rochette part samedi avec d’Aiguebelle et Joannès. Boishébert est parti d'hier; quoique M. de Vaudreuil ne m'ait pas instruit de sa mission, la voici :
Cent cinquante hommes choisis : Canadiens, Acadiens, soldat, marine, ce qui, joint à ce qui est à Miramichi, fera un corps de six cents hommes destinés à passer à Louisbourg, et si cela ne se pouvoit pas, ce corps feroit quelques courses aux environs de trois petits forts que les Auglois ont à la rivière Saint-Jean, opération qui ne mènera à rien, quoique M. de Vaudreuil en fasse cas. Boishébert emportera quarante ou cinquante
quarts, Nous attendons, jeudi, Péan et le munitionnaire, Ici, grand projet. Lydius, Orange, Corlar, etc, Je remets ce soir mon avis qui plaira moins que le mémoire de M. Le Mercier, Il ne présente que des roses et moi des épines, il est cependant bien sage par le fond des choses et le style. Je suis actuellement sur les objets de gouvernement, de population, de politique, de réforme, d'abus. Je jette sur le papier bien des idées pour le retour en France, s'il a lieu et qu'on veuille m'écouter, Le crédit de Dumas diminue, mais il ne se rebute pas et suit son plan, s’opiniâtre, On s'occupe sérieusement de garnir de marchandises la Belle-Rivère, Il voudroit déplacer Vassan qui déplaît aux sauvages et les éloigne. Brûlez mes lettres.
M. le chevalier de Lévis, son train de vie ordinaire, Pour moi, ma chambre et le château, je fais bien ma charge de général, Je ne vais partout ailleurs que rarement et en visite. Des compliments à M. l’intendant et des remerciements, Des respects au prélat, Mille choses aux dames. Tranquillisez. vous bien ; c’est votre mieux, jusqu'à ce que l’on fasse mouvoir les troupes. Je doute qu’on veuille poùr le début plus d'un bataillon, faute de vivres ; en ce cas j'aurois envie d'y envoyer huit piquets avec une compagnie de grenadiers. Fontbonne, Lapause, etc. Je crois que dans ma lettre perdue, dont j'ai bien du regret, je vous parlois du bon accueil à Pontleroy, de la décision pour lui, où l’on ne lui manquera pas de parole, où l’on a un mot dans les lettres du 3, Au reste qui a fait changer de ton. Je ne suis pas mécontent de celui que l’on a vis-à-vis de moi. Je me contente aisément, Ne doutez pas, Monsieur, de mon inviolable attachement.
A Montréal, le 16 mars 1758,
Vous verrez, Monsieur, par une lettre que j'écris à M. Arnoux, que je ne comptois pas avoir occasion de vous écrire par M. de la Rochette, faute de nouvelles, Je joins à cette lettre un état des troupes qui sont dans les colonies angloises d’après la déposition d’un prisonnier intelligent, et vous verrez par là que les trois mille hommes annoncés par la gazette du mois d'août sont arrivés cet automne, Je ne trouve par cet état que dix-neuf bataillons, non compris les trois mille hommes, et il me semble qu'ils doivent en avoir vingt. Vous êtes en état mieux qu’an autre de m'expliquer cette différence, Joignez-y le numéro des régiments, puisque vous avez un almanach militaire ; cela me servira à dresser une liste que je veux envoyer en France, sans en garantir l'authenticité. Comparée avec la petite poignée de monde (quatre mille huit cents hommes de troupes réglées), elle ne pourra qu’effrayer la cour et la ville, et c'est toujours bon pour rehausser la gloire du ” général ou diminuer son blâme. M"° de Douglas a
accouché ce matin d’un garcon. Ci-joint l'extrait des nouvelles de Carillon.
A Montréal, le 19 mars 1758.
M. le marquis de Montcalm n'ayant pas encore entendu la messe, et M. de Vaudreuil dépêchant un courrier cette après-midi, j'ai l'honneur de vous faire part des nouvelles,
(Extrait de la lettre de M. d'Hébécourt du 15 mars).
Sur une jonglerie sauvage que les Anglois étoient à
portée du fort Carillon, M. d'Hébécourt en fit partir une vingtaine en découverte qui revinrent à toutes jambes nous avertir qu'ils avoient trouvé une piste fraiche considérable, Les sauvages et Canadiens ne furent pas longtemps à se déterminer. Le temps de prendre de la poudre, des balles, leurs fusils et de la galette, et dans l'instant partirent entre deux et trois heures. M. de Langy partit aussi avec des sauvages, et on peut dire que tous ceux qui y étoient fient des merveilles, ayant été obligés d’essuyer la première décharge de l'ennemi qui nous avoit découverts les premiers. Le sieur Rogers fut sauvé avec une vingtaine d'hommes et un officier, ce qui est à la connoissance de deux prisonniers qui ont été faits hier matin, 14, Les sauvages ont cent quarante-quatre chevelures et sept prisonniers, avec les deux qui se sont rendus le 14 au matin, Les ennemis pouvoient être de cent soixantedix à cent quatre-vingts, y compris dix ou douze officiers, Le coup est très beau, mais il coûte cher par la perte que nous avons faite. L'affaire s’est passée le 13 au soir, à peu près au même endroit que celle du 21 janvier, l’année dernière, Ils alloient se porter entre la Pointe et Carillon pour faire des prisonniers. Ceux que nous leur avons faits, rapportent qu'ils étoient très décidés de venir à Carillon, cet hiver, sans la trop grande quantité de neige qu'il y a au fort Lydius; que treize mortiers et douze pièces de canon étoient destinés pour cette entreprise, sans toucher à l'artillerie du fort ; que le chemin avoit été battu pour venir par le Lac; qu'il y a, au sud du fort, une grande quantité d’écheiles qui étoient préposées pour cette expédition; que l’'équi-
pement pour la même entreprise y étoit aussi; que le sieur Rogers attendoit cinq compagnies de cent hommes chacune pour augmenter sa troupe et faire ses découvertes, tant ici qu’au tour de leur fort, Qu'il y avoit eu neuf ou onze régiments de commandés pour ‘ l'expédition. Qu'’à présent, le bruit couroit qu’ils devoient aller à Halifax et de là en Acadie prendre ce qui nons reste dans cette contrée, tantôt que c’est pour aller en Pensylvanie, tantôt ici, tantôt ailleurs, on ne peut rien assurer, Ily a aufort Lydius une cinquantaine de canonniers et six ou huit officiers d'artillerie ou du génie. Les cent douze charpentiers qui travaillent à Orange, aux bateaux, sont venus de la Nouvelle-York,
Etat des officiers canadiens et sauvages tués ou blessés dans cette action :
MM. de la Chevrotière, blessé dangereusement; de Richerville, deux bonnes blessures; un milicien blessé dangereusement; trois Iroquois tués; quinze Iroquois de blessés, tous presque à mort; un Népissing tué; un Abénakis à qui il faut couper le bras.
Voici l’état des commissions dont étoient porteurs les officiers anglois qui ont été tués dans cette affaire :
Commission du capitaine Robert Rogers, du 4 mars 1756 ; …d’enseigne dans le 27° régiment ;.… de lieutenant dans la compagnie de Rogers ; d’enseigne dans la compagnie de Rogers ;.… Cet état des commissions est d’après l'examen que M. de Bougainville en a fait, On a trouvé aussi l’ordre particulier donné au capitaine Rogers pour commander ce parti, qui est spécifié de deux cents hommes ; ainsi il n’y a nul doute que le capitaine Rogers
est tué, malgré ce que disent les prisonniers. M. le mar-
quis de Montcalm vous a: écrit, hier, une très longue lettre, dont M. de Joannès qui est parti ce matin est porteur. Je compte que vous voudrez bien communiquer ce détail à M. Doreil.
Le 23.— Le munitionnaire général part demain, Monsieur, ainsi que M. de Repentigny ; il fait passer axx postes des bœufs tués pour Québec, et c’est mieux que de les jeter, ne pouvant les consommer pour Montréal d'ici au dégel. Nous manquerons de pois, ou il faudra nous en faire revenir en poste. On assure que Chabert porte force marchandises aux Cinq-Nations, qu’on prendra des précautions pour éviter les vols d'ici à la Belle-Rivière. Ainsi soit-il. On fera sortir les troupes le plus tard possible, et quand on sera au moment de la première navigation, on pourra bien vous envoyer des ordres en blanc, afin de prolonger le plus possible, Vraisemblablement, ce sera toujours le 2"° de Berry, puis le 1”, ensuite Languedoc. M. le général compte faire partir Boishébert à la première navigation, et n’écrira pas, dit-i!, par lui. Pour moi, j’enverrai des duplicata par lui, ayant fait triplicata et quadruplicata. M. le général fait partir à la première navigation un bâtiment recta pour la France, et écrira par là et moi aussi et mes triplicata. Demain, je remets à M. le général un petit mémoire sur les découvreurs à envoyer au-dessus d'Orange, vrai moyen de découvrir les projets de Milord Loudon, Je voudrois trois petits déta-
chements d’un officier intelligent, deux Canadiens, deux .
sauvages, Observez, sil défile des troupes; laissez tout passer, hors des hommes seuls qui auroient l'air
courriers. Bien payer les sauvages et Canadiens qui seroient là huit ou dix jours en station, etc. On n’en fera rien, mais j'ai dit. Péan me paroît toujours diminuer à la cour, Dumas assidu sans beaucoup de crédit, à moins que Pâques ne réconcilie Rigaud et d’Eschambault, belle antipathie. M. Le Mercier trouvoit tout facile dans son mémoire, et moi tout difficile. Par sa lettre et mémoire du 18, il trouve tout difficile, et moi je me rapproche un peu plus de M. le général. Je m'amuse si fort à Montréal que je voudrois qu’à la grande assiduité près à l’église, la semaine sainte se prolongeât. C’est un prétexte pour ne faire ni recevoir des visites, rester chez moi, et dîner quasi seul; cela vaut mieux que tout ce que je fais et ferai d’ici à l'entrée en campagne qui sera tardive, à moins que Milord Loudon ne nous y force. Brûlez toutes mes lettres, ainsi des vôtres,
P, S, — Pour peu que M. de Drucour craigne, manquant de monde, il fera passer ce qui est à l’île Saint- Jean en l’abandonnant dans son île; on ne me l'a pas dit, mais j'ai recueilli cela. Ecrivez-moi exactement la réception de mes lettres. L'homme de M. de Selles comme guéri, et tout est dit.
L'histoire du chiffre renvoyé et de l'embarras est une absurgité mal rendue par Montgay ; je sais mieux l’histoire, voilà une incluse pour Bellot, Langy marche actuellement avec un deuxième parti de la moitié des premiers et des Abénakis, qui sont en marche au nombre de 30. Il part sous trois jours cent trente Iroquois, avec les cadets qui seront les trois détachements de Langy. Un détachement d’Iroquois de la
Présentation doit avoir frappé vers Corlar. Le fidèle Oneyout en marche avec trente idem. Troisième parti en marche idem, L’Anglois de Virginie offre de l’eaude-vie, marchandises pour la neutralité aux Loups, Chaouanons. Nous manquons d’habillements à la Belle- Rivière, ete. Vous avez un état ancien des bataillons anglois ; ajoutez six venus de la Vieille-Angleterre, l’année dernière,
Montréal, le 28 mars 1758.
La dévotion et le carême ont, je crois, Monsieur,
dérangé un peu mon estomac et occasionné un rhume, Du lavage, du régime et une médecine rétabliront ma santé, Cela ne m'empêche pas d'avoir aujourd’hui à diner M. le gouverneur général pour le décarêmer, suivant l’usage du pays. M"° de Vaudreuil n'aura d'autre dame que M"° de Baraute, sa petite-fille, et M'° de Longueuil. Je ne sais si je vous ai écrit le retour de sept Abénakis de Missiscoui séparés d’un parti de M. de Langy. Ils ont été frapper à vingt lieues de Boston, ont brûlé une maison, rapporté trois chevelures, amené la femme et les deux enfants. Holà! la femme avait des pendants-d'oreille d’or et la maison étoit bièn garnie. La Durantaye est arrivé hier, avec les prisonniers. Il résulte de leurs diverses interrogations, qu’il y a de l'incertitude sur la mort de Robert Rogers, quoiqu’on ait trouvé sa commission et son ordre, parce qu’il est apparent qu'il a jeté son habit pour mieux courir, comme avoit fait le comte de Lévis-Léran, à la bataille de Plaisance. Il résulte aussi du dire d’un petit domestique assez intelligent, qu’on parle chez eux
ne oc ne Ses + = ”.
218 LETTRES DU MARQUIS DE MONlTCALM
de mouvements pour Halifax, du rappel de Milord Loudon, de l’arrivée de Milord Lothies. M. le chevalier de Lévis connoît ce dernier, qui est Ecossois et lieutenant général. Nouvelles d'officiers qui causent à l'auberge, et fort incertaines,.
I1 semble, par le rapport unanime et bien circonstancié des prisonniers, qu’il n’y a pas de doute que l’Anglois n’a eu, tout l’hiver, un projet d'entreprise sur Carillon, et n'ait fait faire beaucoup d’échelles. C’est
-sans doute à quoi aboutissoient leurs fréquentes visites,
au commencement de l'hiver, pour connoître l’extérieur de la place, et savoir si on étoit alerte. Rappelez-vous qu’ils se sont glissés jusque dans le fossé, Suivant la dernière lettre de M. d'Hébécourt, du 16 mars, Carillon manque totalement de fer et d'acier à l'égard des outils. Je vous envoie la note de ceux qui sont à l’artillerie, et M. d'Hébécourt m'a ajouté qu'à l'égard de ceux qui sont à la disposition du génie, ce qui sans doute veut dire de MM. de la milice. Ils en ont peu, et mauvais, Je vous fais ce détail pour que vous le communiquiez à MM. de Pontleroy et Lotbinière, et que vous en parliez, s’il le faut, à M. l’intendant, RS Le 30 mars 1758,
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27, où vous avez la bonté de m’accuser la récention de mes diverses lettres. J'ai er. l'honneur de vous ecrire, il y a deux jours, par M. de Boinio (sic) ; depuis rien d’intéressant. Nos blessés du saut Saint-Louis y sont rendus, bien soignés, et vont bien ; un chirurgien à demeure y va souvent en visite,
et rien n’y manque, et l’on m'a promis que les morts
‘seront bién couverts, avec distinction,
Le général Lothies s'appelle Rothes ; voyez votre almanach militaire, colonel du régiment gris.
Les trois maisons en avant peuvent être, comme vous dites, très bien des blockhouses ou une suite de la lecture du livre du maréchal de Saxe, voyez: Pour agrandir une petite place.
L’instruction donnée à Rogers, traduite par M. Perthuis, dénote plutôt occupation de savoir quand nous nous assemblerons à Carillon, que projet de l’attaquer, surprendre, J'ai interrogé moi-même le M. Doigners ; il parle comme de bruits incertains, ainsi que le petit valet, de marche de troupes à Halifax; assemblée de milices à Lydius ou Orange. Rappel de Loudon, Arrivée d'un général, que les uns disent pour le remplacer, d’autres pour être son supérieur, Saint-Jean court en vivres; entre nous, mal administré, séjour d'ouvriers inutiles, travaillant mal. Chabert part vers le 10, pour les Cinq-Nations, avec cinquante mille francs, marchandises, Pénisseault, Roéheblave et Créty, fils de M"*° de Couagne, pour la Belle-Rivière, Ce dernier, cadet À l'aiguillette, confié, avec une pacotille, à Rocheblave, N'en parlez pas, les glorieux de la colonie ne l’approuveroient pas. Mme de Vaudreuil s’en est enthousiasmée, comme de son parent, et s’il fait bien, il ne vieillera pas à être officier, Grand diner, aujourd’hui, chez Martel ; vingt-trois personnes, les grosses perruques, nulle dame, D'ici à quinze jours il nous reste à essuyer ceux de Péan, Deschamtault, le chevalier de Lévis, le major-
général ; il nous manque Monsieur Cadet, Ma santé va mieux, c'est-à-dire mon estomac.
Le chevalier de Lévis travaille en géographie, et Pouchot aussi. Le chevalier de Lévis travaille à un mémoire sur des points que je lui ai donnés Vederimo et à un, sur des points qu’il s’est donnés. Bougainville respire avec peine, lit peu, va d'habitude, n'aime plus, et moi quasi tous les soirs dans ma chambre ; c’est l'endroit où je m'ennuie le moins, et où je me plais le plus. Je ne savois pas y- rester, à Québec. Bien fait de laisser à la côte des petits hommes aussi dangereux que nos petits Tudesques, et de faire rester Badelard à son devoir, ou le casser, J'ai toujours oublié de vous parler de deux sergents de Languedoc nécessaires pour la procédure de Lévêque, sergent de Royal-Roussillon. Je compte que M. Privat les fera descendre, si l’intendanit l'en requiert directement, ou par vous. Vers le 15 avril un état exact de la force des bataillons, une note des soldats servant comme valets, avec permission, une note détaillée des mariages, nom du soldat, de la fille, paroisse. La note exacte, et comme Doreil passe quelques hommes de plus, me marquer à combien il passe, pour que je m'y conforme dans la note à remettre à M. le marquis de Vaudreuil. Si dans les bataillons il y a quelques hommes incapables de servir, mangeant des vivres inutilement, m'en envoyer la note pour que je les fasse repasser en France ; mais les voir et examiner vousmême; toute demande d’invalides renvoyée, à moins d’impossibilité d'aller à Carillon ; car le vieux soldat qui peut y aller en bateau, sauf à ne faire aucun détachement est bon à amener, il servira derrière le rempart.
de Carillon, mieux que des recrues. J'en userai de même pour les quatre bataillons qui sont ici, et j’enverrai, à la navigation, par la première barque, le petit nombre de soldats à renvoyer en France à M. Doreil.
A Montréal, le 6 avril 1758.
Je dois réponse, Monsieur, à deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, l’une le 3, en me renvoyant le plan de Lydius, l'autre le 4. Rien n’est mieux que de tâcher de prolonger le séjour de nos bataillons chez leurs hôtes le plus qu’il sera possible, Je ne crois pas la nouvelle de la prise d’une goélette, comme vous a dit M. de Boishébert; les Acadiens en ont pris une l’automne dernier, qu’ils vont même armer en course, et M. Jacquot demandoit à la commander, ce que M. le marquis de Vaudreuil lui refuse; il ira, au contraire, à Carillon, avec une soixantaine d'ouvriers. Le Mercier l’a proposé, et M. de Bonafous reviendra à Québec pour être sous Pontleroy. Le Mercier ignore ce dermer article. Les Acadiens ont, cette fois-ci, manqué une goélette chargée de vivres, et pris une petite chaloupe, Tous ces détails pour vous, Monsieur, Le mémoire donné pour avoir des nouvelles des ennemis, a été loué, goûté, approuvé, et pas plus exécuté; mais on compte en avoir par MM. de Langy et Wolff, qui vont retourner successivement à la guerre,
Vous avez eu grande raison, Monsieur, de nier tout ce que l’on vous a dit sur le siège de Lydius ; au contraire, M. le marquis de Vaudreuil me trouve très liant, très facile, car je lui promets tout, je lui accorde tout,
et je ne m'engage à rien; mais à profiter de toutes les circonstances favorables, si nous avons des vivres, En attendant, nous travaillons fort et ferme’ à mettre une nombreuse artillerie en état, avec quatorze mille sacs à terre, et quinze mille outils, deux cents petites voitures. Si, au moins, tout cela ne sert pas à un siège, cela servira à quelqu'un,
Je vous envoie, Monsieur, copie de la lettre que m’a écrite M. d’'Hébécourt, M. l’intendant sera peut-être bien aise de la lire. Ne dites à personne l’article de la Belle-Rivière, que je ne crois pas; ce n'est pas qu’ils ne disent tous dans la colonie bien des choses contre Des Ligneris, et que Dumas ne soit persuadé, ainsi que Chabert et Rocheblave, que lui et Vassan peuvent aliéner les nations, ce qui seroit un grand malheur. M. le marquis de Vaudreuil persiste à ne vouloir pas que Milord Loudon ait été en Angleterre. Très bien d'avoir renvoyé M. de Gofretau à son quartier, et d’en agir de même pour tous les MM. de Berry, à la moindre plainte. Il faudroit même que quand les temps deviendront difficiles pour la nourriture, et nous y sommes, il y eût un capitaine dans chaque quartier, hors dans celui de la Reine, qui est tout seul.
M. de Vaudreuil doit envoyer ses lettres pour la France, le 20 ou le 21 de ce mois. Je voudrois bien envoyer nos deux officiers détenus en prison par cette goélette, et au moins M. de Clairville pour lui abréger sa prison.
Je vous prie de dire ou d'écrire à vos quatre commandants de corps, et officiers majors en particuliers, que je les prie de tenir la main à ce que le décompte
soit fait exactement aux soldats, au premier mai; que c’est bien le moins qu'on le leur fasse deux fois par an, en entrant et en sortant de campagne, que je les prie aussi de voir s’il ne se fait point de petites injustices particulières dont le soldat n’oseroit se plaindre, parce que l'officier l'intimideroit, Vous aurez la bonté de leur dire que je ne veux pas m'expliquer davantage, mais que j'ai des raisons pour leur recommander d’être très attentifs à cet objet, Je vous prie de faire agréer mes compliments à M. l’intendant, comme vous lui communiquerez les nouvelles que je vous envoie, et que je n'ai rien de particulier à lui marquer. Je n'ai pas l'honneur de lui écrire par cette occasion ; traitez avec lui, je vous prie, la nécessité qu’il y auroit de faire un peu plus de petite monnaie, pour en faire donner dans le paiement des troupes, afin de faciliter le décompte aux soldats. Tout en dictant cette lettre, j'en lis une d’Arnoux qui m'oblige d'écrire à l’intendant; ainsi je vais lui dire moi-même ce que je vous écrivais. J'ai l'honneur de vous adresser ma réponse à M. de Trivio: elle est à cachet volant,
Au départ des bataillons, nul officier pour les malades et recrues qui peuvent arriver, mais un sergent sur les quatre bataillons et deux vieux caporaux ne suffisent-ils pas; qu’en pensez-vous, de vous à moi? Bougainville se rengage dont il n’en a rien eu, tout au plus quelques légères faveurs qui ne feroient que des péchés véniels. La donzelle a été au-devant de l'explication sur Maillon, il l’a écrit, Je crois qu’il se repaît quelquefois avec de l'esprit de châteaux en Espagne, Pour moi, ma chambre et mon général, peu de visites. Cet hôtel des Indes
ge cs \æé - jé hatetne 1 ee 7 2 ce LS 5 Sd mr - E res =
ca
RL ne
m'ennuie, Je leur donnai cependant, l’autre jour, à diner à tous, et à la même dame de Saint-Luc,
J'ai acheté une carriole pour m'aller promener avec M. de la Rochebeaucour, car pour Bougainville il recommence, comme l’année dernière, on n’y comprend rien ; il attend le courrier de France, et moi aussi,
Le chevalier de Lévis à l'ordinaire, Je ne sais ce que fait Péan. Arnoux veut partir à la première navigation, et c’est très bien.
Le 7.— Le chevalier de Lévis qui ne veut pas être cité, a en mains l'affaire des décomptes; et d’après lui, ordonnez aux quatre bataillons. Je vais faire de même : que les quatre premiers y assistent en rendant compte ; nulle retenue, sous aucun prétexte; que la paie soit délivrée également, sauf le service et les vivres que le Roi paye en argent aux soldats mariés ou non mariés, par congé ou non. Un compte qui tomberoit dans ce cas, je le ferois casser (sic). Parlez ferme, de ma part, aux commandants de bataillons ; le chevalier de Lévis, qui ne veut pas être cité, craint que son ami Roquemaure à qui il l’a dit, ne soit poule mouillée; il croit M. Dumas dans ce cas, et il peut y en avoir d’autres.
A Montréal, le 8 avril 1758.
Voici la copie de la lettre que j'écris à nos quatre commandants de bataillons du gouvernement de Montréal. Vous savez, Monsieur, que j'ai ordonné qu’on fit dans chaque bataillon le décompte aux soldats de tout ce qui peut leur revenir, au moins deux fois l'an, c’està-dire au premier mai et au premier novembre, Je
nt
vous recommande d'y tenir la main avec la plus grande exactitude, et qu'on ne retienne rien à aucun soldat marié ou non, par congé ou travaillant, à l'exception du service, lorsque votre bataillon sera en garnison, et encore que ce soit dans toutes les compagnies d'une façon uniforme, que le service se paye ainsi que vous l'aurez réglé, Voyez que le décompte des vivres que le munitionnaire paye en argent soit également fait aux soldats mariés ou per congé, n’attendez pas des plaintes à cette occasion, L'esprit de despotisme et d’injustice de quelques capitaines qui menacent de coups de bâton et de prison, empêchent que les soldats ne se plaignent de leurs vexations. Mettez en vigueur l’article de l'ordonnance pour que les lieutenants fassent le décompte, et vous en rendent compte. Il me seroit fâcheux de punir avec sévérité des officiers qui m'y obligeroient par leurs injustices vis-à-vis le soldat, et par contre-coup cela ne pourroit que vous faire tort, Monsieur, Je n'ai garde de penser qu’il y ait aucun abus à cet égard dans votre bataillon, mais il me suffit de croire qu’il y en ait dans quelques compagnies des huit bataillons que j'ai l'honneur de commander, pour que je doive vous ordonner d'y avoir attention.
Je vous recommande aussi de vous informer ce que devient l'argent provenant de la succession des soldats morts, et de tenir la main à ce qu’il soit, ou envoyé aux familles, si c’est un objet, ou distribué, ainsi que le soldat peut en avoir disposé verbalement, ou employé à l'utilité du service ou en bonnes œuvres.
Vous savez, Monsieur, que j'ai des ordres du ministre pour tenir la main à l'exactitude sur cet article, et
pour charger M. Doreil d'y veiller; que même en décembre 1756, MM. Bigot et Varin croyoient pouvoir se mêler de cet article de notre police, et que je fis convenir M. l’intendant que cela me regardoiït uniquement et M. Doreil, notre commissaire, J'ai en même temps toujours cru devoir m'en rapporter à la bonne foi et à la religion de MM. les capitaines, et aux attentions de leur commandant, La lettre que j'ai l'honneur de vous écrire est pour vous seul, et vous ne devez la communiquer à personne,
P. S. — Je ne vous parle pas, Monsieur, du mouvement pour votre personne, vous êtes plus utile à Québec jusqu’à ce que les troupes en partent; d’ailleurs, je ne serois pas fâché que vous y recussiez les premières nouvelles, que j'ai pensé arriver au 10 mai. Marquezmoi si vous comptez aller en droiture, ou si vous voulez venir ici; quelque plaisir qu’on eût de vous voir, votre goût seul et encore plus le temps doivent vous déterminer,
Vous recevrez vos instructions à Saint-Jean; en tout cas venez ici pour quelques jours, nous sommes trop variés (sic) pour que vous ayez besoin de maison, Je puis vous traiter comme M. Despinassy, à qui j'aidit de ne chercher ni ordinaire ni pension. Vous connoissez mon inviolable attachement pour vous, Monsieur. Vous pouvez communiquer ma lettre à nos commandants,
A Montréal, le 9 avril 1758.
Le sieur Cadet, munitionnaire général, vient de nous arriver, Monsieur, et repart demain. C’est par lui que j'ai recu la lettre de M. l'intendant que je vous envoie ;
vous verrez ce dont il s’agit. Je lui réponds pour le remercier, et je lui marque que je vous prie de voir un peu, avec M. Deschenaux, de quelle façon il faudroit établir la communication entre les deux appartements, quoiqu'il ait habité cette maison. Je ne suis pas en état de décider encore, et je m’en rapporte bien à l’arrangement que vous croirez qu’il faudra prendre, Monsieur, de la peine que cela vous donnera, je vous en serai très obligé.
Au reste, quand une fois je serai maître en entier de cette maison, et que M. Deschenaux ne l’habitera plus, je ne sais qui est-ce qui la gardera en mon absence. 11 faudroit que j'y eusse un concierge, ou y loger quelqu’un. Je vous prie d'en parler à Arnoux qui imaginera quelque moyen pour remédier à cet inconvénient, Nulle nouvelle depuis dernière lettre.
A Montréal, 10 avril 1758.
Nous venons, Monsieur, de recevoir des nouvelles de Niagara et de Frontenac. Rien de bien intéressant, il paroît seulement que l’Anglois se donne de grands mouvements pour détacher les Cinq-Nations et les Loups,
Le gouvernement de Philadelphie a tenu une grande assemblée des sauvages. Illeur a beaucoup parlé de faim et misère, à laquelle nous étions réduits, et a distribué quarante médailles ou hausse-cols d'argent ; quelques députés sont venus sur le champ en rendre compte au commandant de Niagara, et lui rapporter un de ces hausse-cols, sur lequel on voit le soleil, un sauvage et une sauvagesse, attisant le feu sacré, qui est
entre eux deux; le sauvage assis à l'ombre d’un arbre de paix et fumant un calumet de paix. Ces mêmes sauvages ont de suite pris la hache pour aller manger du bœuf frais, en enlevant un convoi de bœufs que les Anglois envoient aux Loups de Théoga. M. de Joncaire est en névociations chez les Cinq-Nations, qui demandent à corys et à cris leur fils Chabert, qui part ces jours-ci avec 80,000 livres de marchandises et une douzaine de forgerons ou armuriers, qui seront établis aux dépens du Roi, dans les divers villages des Cinq- Nations et des Loups.
Comme les abus m'obligent toujours à renouveler les règlements, je vous prie de recommander à vos commandants de bataillons: 1° d’être difficiles sur les permissions à accorder aux soldats, pour servir de domestiques ; 2° de ne pas le permettre aux beaux et bons soldats ; 3° d’exhorter les officiers à prendre de préférence des jeunes Canadiens, des soldats de la colonie, puisque cet abus est toléré chez eux, des Francois arrivant avec les vaisseaux ; 4° qu’il vous en soit rendu compte, et demandé permission en mon absence ; 5° que la permission soit motivée, qu’elle n’est accordée qu'attendu le cas urgent où se trouve l'officier, et jusqu’à ce qu'il ait pu le remplacer, et que le soldat soit toujours censé l'être; 6° qu'il s'arrange pour son service dans sa compagnie, C’est à l'officier qui s’en sert à lui donner des gages. Tout ce détail que je vous fais, Monsieur, est conforme à ce que j'ai prescrit, il y a longtemps. C’est bien assez que j'aie osé prendre sur moi, contre la disposition formelle de l'ordre, d'accorder cette permission à MM. les officiers
dans le cas d’une nécessité absolue. J’entre dans tous ces détails, à cause de ce qui arrive dans le régiment de Bearn, où deux soldats vont être mis au conseil de guerre et pendus pour avoir été arrêtés à l’île La Mothe, passant à l'ennemi.
Le 29. — Vous recevrez, Monsieur, deux lettres de moi. Réflexion faite, ne parlez pas à l’intendant de ce bavardage me concernant, d'autant plus que les agréables de la société en ont disconvenu, mais vous pouvez lui dire que la fermentation a été des plus grandes ; qu’il est nécessaire d'accorder quelque chose ; en tout cas qu'on fasse payer la ration du domestique et du lieutenant, à prix modéré dix livres,
Vous pouvez lui dire que j'ai été celui contre lequel on a le plus écrit, m’accusant de ne pas assez représenter, de ne pas agir ni écrire fortement, et se plaignant toujours de ce qu'ils n’ont pas vu la lettre du ministre, ordonnant à M. de Vaudreuil et à M. Bigot de supprimer le traitement de campagne, et de ne leur donner que la ration du soldat, et deux pots d’eau de vie, Si j'étois à la place de M. Bigot, j'écrirois à chaque commandant de bataillon, quoique le dépositaire de l’autorité du Roi ne soit comptable de sa conduite qu’au Roi même, Je suis bien aise, Monsieur, de vous envoyer copie de l'ordre reçu, et ils verront par là qu’on me doit d'avoir. ce traitement, tout 1756. Ce n’est ni ma faute ni celle des représentations de M. le marquis de Montcalm, si le Roi n’a pas voulu y revenir, Au reste, la facon de penser, injuste à mon égard, de quelques particuliers, ne m’empêchera pas de bien traiter d'aussi
bonnes troupes ; vous leur ferez part de ma lettre, Je réponds, au surplus, aux représentations de M. le marquis de Vaudreuil. Je lui donne un conseil de quelqu'un qui est son serviteur, Je souhaite, Monsieur, meilleure santé pour vous, et la paix pour tous.
À Montréal, le 3 mai 1758.
Sur les représentations de M. l'intendant, M. le marquis de Vaudreuil ayant déterminé, Monsieur, le départ du régiment de la Reine, il m'en a remis l’ordre que j'ai l'honneur de vous adresser, et il en informe M. de Ramezay. Vous voudrez bien convenir avec lui et M. l'intendant du jour de leur départ, et de tout ce qui peut avoir rapport à leur embarquement, Comme, suivant la lettre de M. l’intendant, il y a aussi plusieurs soldats de Berry et Languedoc qui.ne peuvent plus trouver de subsistance chez les habitants, vous verrez, Monsieur, suivant les ordres que m'en a donné M. le marquis de Vaudreuil, de les rassembler, en former des piquets et les faire partir à fur et à mesure pour Saint- Jean, où ils recevront de nouveaux ordres, soit que M, le marquis de Vaudreuil veuille les y arrêter ou les faire passer jusqu’à Carillon ; vous attacherez à ces piquets des officiers en proportion de leur nombre, MM. de Berry étant moins nownbreux en capitaines qu’en lieutenants, vous êtes maître de mettre moins de capitaines et plus de lheutenants pour conduire leurs piquets.
S'il marche plusieurs piquets, tant de Languedoc que de Berry, et que cela fasse un demi-bataillon, vous
donnerez l’ordre à M. de Trécesson de partir pour en prendre le commandement ; il mènera avec lui un officier major pour faire le détail de ces piquets. Je n'ai pas besoin de vous prévenir, Monsieur, aue ces piquets doivent partir armes et bagages, avec des tentes et marmites proportionnées à leur nombre.
M. le marquis de Vaudreuil désire aussi que M. Desandrouins parte en même temps que MM. de la Reine, pour se rendre à Saint-Jean, y reprendre la direction des travaux dont il la chargé, Vous voudrez bien lui en donner l'ordre, et je l'en préviens en réponse à une lettre qu’il m’a fait l'honneur de m'écrire.
Je me suis acquitté de tout ce dont vous m'avez chargé, pour M. et M"° la marquise de Vaudreuil, Je puis vous assurer des sentiments de l’un et de l’autre, et vous n’avez rien à désirer.
M. le marquis de Vaudreuil vous connoît trop utile au service pour ne pas souhaiter vous employer, mais l'inaction où le défaut des vivres nous réduit, fait que votre présence lui paroît plus utile à Québec dans le moment; car les troupes que l’on y envoie actuellement n'ont d'autre objet que celui de pouvoir subsister, ne le pouvant ailleurs.
À Montréal, le 4 mai 1758.
J'ai l'honneur, Monsieur, de répondre aux deux lettres que vous m'avez fait celui de m'écrire le 16 et le 28. La première, avec le plan de ma maison, la seconde, avec l’état de la situation des quatre bataillons. La lettre ci-jointe se passe sous les yeux de M. le marquis de Vaudreuil qui m'a dit de vous ajouter
1° qu'il suffisoit que pour le départ de la Reïne, vous convinssiez avec M. l'intendant, M. de Ramezay inutile ; vovs croyez bien qu'il n’est pas plus occupé à donner de à considération aux commandants de place canadiens qu’à nous; 2° de ne pas écouter les jérémiades du soldat ni de l'habitant, et de ne les faire partir par piquets que lorsqu'on ne pourra plus les nourrir, Comment pourrez-vous être sûr qu’on ne vous trompe pas ? Tue rt y avoir, ce me semble, d'autre moyen qu’une vérif coton faite ‘par un officier major avec un homme de l'intensan! qui dit: Nourrit jusqu’à un tel jour, ou ne peut nourrir Si vous en savez d'autre, employez-le, quo'j;"e nous nc", servions du mot piquet, terme générique. Vous 4ere: re\tir à fur et à mesure quinze: hommes, s’il le faut, et toujours des officiers. Lorsque vous aurez acheminé cent cinquante hommes à M. de Trécesson, il faut qu'il aille ailleurs; je lui enverrai à Saint-Jean instruction pour y commander, Si on l'y arrête, et s’il passe à Carillon, je lui donnerai le commandement de tout ce qui y sera, par piquets, des troupes de terre. Je vous ai dit qu’il amèneroit un officier major, quand même il amèneroit son aide-major. Il ya un M. Valentin qui peut le suppléer partout, Comme vous nous donnerez avis du départ des troupes par les courriers, nous aurons le temps de leur donner des ordres à Saint-Jean, qui dépendront des nouvelles et subsistances ; 3° comme dans les derniers jours de mai, les corps de C'arillon s’augmenteront et deviendront considérables, on ne peut rien faire de mieux que de vous y faire passer alors, autre chose n’arrivant. Aussi est-ce projet de M. le marquis de Vaudreuil ; il espère,
d'ici là, des nouvelles qui lui feront voir plus clair ainsi tenez-vous prêt à passer d’un moment à l’autre, du 25 mai au 5 juin, et mon avis est, vos gens, équipages, en droiture, votre personne reste ici. Vous retraverserez à Laprairie, S'il faut, pour vous aider, me détacher, en cas que vous partiez avant moi, d’une partie de mes cinquante moutons, je le ferai ; ils sont à Chambly, et j'aurai le temps de remplacer.
Il me paroît que M. de Vaudreuil a commencé à croire qu’il ne sera question d'aucune expédition cette année, L'arrivée des vivres en détail et à lèche-doigt, réserver pour le peuple, faire passer à Montréal de quoi: 1° Envoyer dans tous les postes d’en haut pour trois mois, à la Présentation du biscuit, pour trois semaines, puis Chambly, Saint-Jean, Carillon, pour rassembler l’armée en entier, pour agir, ou par petits camps, pour travailler : le seul objet qu’il croit possible et nécessaire, inévitablement une course vers Corlar ; il paroît que les Cinq-Nations le demandent, se déclareroient et lèveroient la hache,
Par des nouvelles arrivées, il y a trois jours, que j'ai lues (sic), donnera-t-il à cela la forme convenable pour en tirer bon parti; je n’en sais rien, mais je lui en ai parlé, car je le vois tous les soirs, et suis bien aise avec lui, ce que j'attribue, entre nous, à ce que je vais peu chez Deschambault, et à la défense absolue que j'ai renouvelée à Bougainville de ne jamais parler de moi à ces derniers, que je crois tracassiers, rapporteurs, esprits dangereux, et de la preuve que je lui en ai donnée, malgré le flambeau, preuve géométrique. La même
personne occupe Bougainville, Villars beaucoup, Raymond et Malartic.
Plus M. de Vaudreuil paroît croire l’inaction de la campagne, plus je mets de chaleur à vouloir agir, à ne demander que six semaines à promettre de faire de grandes choses, ou au moins à n’en pas faire de mauvaises, à offrir ma personne et celles de mes lieutenants généraux, pour aller ubique et ce noble courroux va bien.
J'ai déjà essayé de vivre avec de la farine grôlée, une poignée par vingt-quatre heures, et je me trouvois soutenu, en état de faire toutes nos fonctions, sans en excepter aucune; il est vrai, c'est le mois de mai. Demain et samedi, quoiqu’on dîne chez moi, quatre onces de farine grôlée dans mes vingt-quatre heures,
Nous avons eu des nouvelles de Carillon, Monsieur, M. Descombres, qui les porte, fait le grand tour avec deux officiers pris, dont je vous ai parlé dans mes précédentes. Ce sont les deux du régiment de Blackney. Il me paroît, s’il en faut croire M. de la Chevrotière, que Langy a fait quatre chevelures et aucun prisonnier ; que l’on a trouvé des lettres qui n’apprennent rien, si ce n’est que Rogers n’a pas été tué, mais est malade, Langy, mécontent de n'avoir aucun prisonnier, reste pour retourner,
M. de Vaudreuil recommande bien à M. l’intendant de prolonger le séjour des soldats. Voilà ce qu’il vient encore de me dire chez le chevalier de Lévis, qui a enfin donné un repas, que diverses circonstances avoient fait différer,
Vous ferez partir les’ soldats de Languedoc, du point
ee - EE
que vous jugerez à propos, pour le mieux, et toujours pour éviter peine et consommation.
Au départ de Trécesson, M. de Villemontès doit aller habiter ses quartiers. Je crois avoir écrit sur la formation des compagnies de grenadie 3 de Berry.
Ces bataillons ne pourront tiercer, et s’égaliser qu’au camp, puisqu'ils partiront en détail.
Je trouve que je serai à Québec trop bien et trop grandement logé ; je souscris à votre arrangement pour ma maison, mieux que je ne l’aurois fait, car je n’y entends rien, et je joins à cette lettre, une pour M. Deschesnaux, toute ouverte,
Boissons au lieu de pâtisseries, puisque cela leur conviendra mieux, Si cependant les premiers bâtiments annonçaient la paix, nous suspendrions tout,
L'état que vous m'avez envoyé de la situation des quatre bataillons, avec les observations, est ce que je demandois; ceux que quelques aides-majors m'ont adressés r'ecta, sans leur avoir demandé, ne m'instruisent pas autant, Je vous enverrai, le prochain, une note des quatre bataillons d'ici, et vous verrez qu'il ne faut compter que sur trois mille six cents combattants. Il est certain que les vivres sont dus à l'officier et à son domestique, quand il en a ; il doit les prendre en nature pour le nourrh. Que pour éviter une consommation, il ne les prenne pas comme soldat, soit; mais le décompte en doit revenir à la compagnie qui fait le service; car cette compagnie doit lavoir, si l'officier avoit pour domestique un autre qu’un soldat; aura-t-il des vivres et le soldat aussi, voilà le moyen de tout concilier, Je sais que l’article des soldats domestiques est hérissé
d'abus, et je ne l’eusse jamais permis si l’on en avoit pu trouver, Votre avis sur les domestiques renvoyés par leurs maîtres est juste, mais je craindrois des contrariétés dans ce que vous proposez, qui seroit sage et bien de la part de MM. de Vaudreuil et Bigot, plus occupés à disputer au général des troupes de terre son autorité qu’à l’étendre.
M. Damville m'a écrit et à M. de Vaudreuil, Je vous. envoie ma réponse à cachet volant, pour que vous voyiez que je n’ai pas voulu croire qu'il eût besoin de ma permission : 1° ne pas me compromettre dans le doute vis-à-vis M. de Vaudreuil, aussi jaloux d'étendre ses prérogatives, que je le peux des miennes; 2° au cas qu'il ait père et mère, cela m’évite de refuser une permission, ou de déroger à ma règle, Très bien à vous d’avoir grondé MM. de Basserode, Calan. M. de Vaudreuil, entre nous, est peu obéi des Canadiens qu'il gâte, Que j'ai eu de peine, l’autre jour, à lui en faire mettre un en prison! mais, Dieu merci, il vient d’éprouver personnellement l’insolence d’un nommé Girouard, du faubourg, qu'il n’a pu se dispenser de mettre au cachot,.
M. d'Hurtubise fera bien de faire le service, et M. de la Sorbière aussi, Ce dernier, pauvre enfant, grand sot de Montpellier, fils et frère d'ingénieur, ne peut être renvoyé d’un bataillon; d’ailleurs, je ne dois pas le renvoyer, il faut qu’il vienne à la guerre ; heureux, s’il y remplissoit le fossé du retranchement de Lydius, etque nous l’exportassions. Il est mal venu de MM. de Berry, comme imbécile, soit ; l’est-il plus que X... de la Reine ?
J'ai recu une lettre de M. de Crèvecœur ; je vous prie de lui dire que je ne lui réponds pas, mais que j'aurai attention à ce qu’il m'écrit ; que je lui conseille de ne pas demeurer dans l’inaction, et, au moins, demander à Le Mercier à aller, Je vous envoie une carte ; c'est celle de Pouchot envoyée par M. de Vaudreuil à M. de Moras ; j'en voudrois deux copies qu’il pourroit tirer à la vitre. Comme je ne voudrois pas que la carte courût, pourriez-vous lui prêter territoire chez vous ? J'ai envoyé à M. de Paulmy comme à M. de Vaudreuil mon avis sur les limites, plus détaillé ; je lui ai parlé de l'avis de M. de Vaudreuil, et de cette carte, Le chevalier de Lévis lui a envoyé par duplicata la sienne, et j'ai déjà, en même temps, envoyé l'analyse de cet ouvrage, en peu de mots, J'ai annoncé celle de Pouchot, par les derniers bâtiments pour servir de triplicata et quadruplicata, à celle du chevalier de Lévis ; je veux l'envoyer par cette raison, et à cause des deux lignes marquées en jaune et en rouge. Elles indiquent le projet de limites, suivant M. le marquis de Vaudreuil, Le pays entre indivis.
M. Doreil m'écrit pour deux soldats de Berry à laisser, l’un chez un orfèvre, l’autre chez Loyseux, et dit que M"*° de Beaubassin lui a dit de m'en écrire: je ne lui ai répondu que vaguement, il ne faut laisser aucun soldat. partir des derniers, si l'orfèvre faisoit un travail pour le Roi. Il n’y a rien que je fisse pour une recommandation de M"° de Beaubassin ; mais ce seroit d’un mauvais exemple, et je ne voudrois pas que l’on dit qu’elle m'en a prié, et que c’est pour elle ; mais si M"° Péan vous en sollicitoit, car elle protège Loyseux,
et que cela soit égal au capitaine, il est üe Surimeau (sic); mais voyez si vous voulez prendre cela sur vous, je ne pourrai pas vous désapprouver; voilà ce que je n'ai pas voulu écrire à M. Doreil, et que je ne crains pas de vous écrire.
M. l'intendant m'a répondu : approuvé sur les deux points; mais sur le premier, nécessité bisogna di compatire.
Il ne me reste, Monsieur, qu'à vous parler de deux hommes dont M. d'Hert m'écrit ; l’un appelé Jolicæur, compagnie de Pascalis, l’autre, Bellerose, qui demande les invalides : examinés, mais d'avis, ainsi que les deux, dont on m'a parlé, de les garder, mener, s’il se peut, en campagne, sauf à les laisser à Carillon. En tout cas, ils peuvent rester à Québec, et laisser avec ceux-là et d’autres, un sergent sur les quatre bataillons, aux ordres de Doreil, pour les hôpitaux, recrues, etc, et leur donner une chambre au quartier. Je n'ai pas besoin de vous prévenir que les compagnies nouvelles de la Reine auront besoin de quelques Canadiens de plus, et peut-être d’être mêlées dans les bateaux avec de vieux soldats, de même pour les piquets de Berry.
Je devrois m'excuser avec vous de la longueur de ma lettre, Je n'ai pas le temps de la faire plus courte ni mieux: d’ailleurs, comptant sur votre amitié et indulgence, je laisse aller ma plume et bavarde, Je devrois vous faire excuse d'écrire moi-même, car il doit vous en coûter pour me lire; il faut aimer leurs amis avec leurs défauts.
P.S. — Je n'écris pas au cher petit Arnoux; je le crois parti. En tout cas, dites-lui que j'ai reçu sa der-
A M. DE BOURLAMAQUE 239 « nière lettre, mais qu'il n’équivoque pas, que ma pièce de vin qu'il doit me faire embarquer, est pour venir recta à Montréal, non pour passer à Carillon, Quoique |A! | M. de Vaudreuil demande le départ de M. Desandrouins, c "ie comme celui de la Reine, s’il veut passer par ici, pour deux fois vingt-quatre heures, y ayant ses affaires,
Lt arrangez-les lui; ainsi il ne faut laisser à Carillon aucun ÿ | officier, hors le cas de maladie, un sergent sur les “0 4 quatre bataillons et mes vieux caporaux, c'est assez, so |:
Manneville vous communiquera ce que je lui écris sur mr 4 le départ de Guyenne. PEU
M. Péan se plaint beaucoup de son bras. Cela est- RO il vrai? Il est décidé qu'il passe cet automne en France, et c’en est la raison.
Dumas, sur le côté, dans la cour, s’il n’étoit pas proposé pour la majorité (sic). Il ne le sera pas. Deschambault n’y paroît quasi pas, mais y est très bien : M. de Vaudreuil souffre de son frère qui, l'autre jour, devant trente personnes, traita Deschambault de plai- “.. sant C... et dans le cabinet, en disant à son aîné: je me... de lui et de vous aussi. M. Péan a parlé d’un
voyage de M. l'intendant, cet été, avec M"° Péan. Abliir
RU
A Montréal, le 7 mai 1758. PPT qe
Il nous arrive, Monsieur, un courrier extraordinaire, APPLE UNE et notre joie a été courte. Il vient uniquement pour dei À
porter de l’argent au trésorier. Puisque vous ne voulez
pas nous donner des nouvelles d'Europe, voici celles que “toi nous pouvons débiter, d'après la conversation d’un Mat | capitaine de Blackney, assez aimable. L'expédition con- |
tre Rochefort, étoit commandée par l’amiral Hawke, et le lieutenant-général Mordaunt ; et n’a abouti qu’à prendre l'île, en détruire les fortifications, retourner à Londres, où le peuple étoit furieux du mauvais succès, L'amiral Holbourne y a été mal recu. On parloit de lui faire faire son procès pour n'avoir pas pris Louisbourg. Milord Charles Hay, général major, très brave, dans le goût de Roquessine ? mais fort aimé du peuple, opinoit toujours à aller à Louisbourg, et de parole en parole, ayant des démêlés vifs avec Milord Loudon, a été mis aux arrêts par le général et a retourné à Londres. S'il faut en croire ce capitaine, Milord Loudon parti avec Daniel Webb. Abercromby commande. Quatre vaisseaux et une frégate ont hiverné à Halifax, avec Milord Colville, et ordre de croiser. le projet sur Louisbourg, et d’y arriver de meilleur heure que l’année dernière, Un général y viendra d'Angleterre qui remplacera Milord Loudon; il ignore lequel ; il doute de Milord Rothes, qui avoit refusé avant Loudon. Il croiroit Mordaunt, Cumberland, de retour en Angleterre, a été désapprouvé par le parlement, s’est démis de tous ses emplois. Son régiment des gardes donné au prince Edouard, et Ligonier déclaré généralissime à sa place, Le capitaine écrit tout cela, faits à la main, et que peut-être Cumberland est rétabli à l'heure qu’il est, Le roi de Prusse a gagné une bataille sur les Autrichiens, le 6 novembre, et doit en avoir gagné une seconde, que le capitaine ne donne pas pour aussi certaine,
Le maréchal de Richelieu, sur-le-champ, a laissé un corps dans l’électorat d'Hanovre, et a marché avec son armée au secours de la Reine. On voit, dans les gazettes, une lettre du Roi de Prusse à la Reine mère, pour chanter le Te Deum ; sa harangue à ses compagnons : ‘ J'ai partagé les mêmes fatiques, ete”, et une lettre au Roi d'Angleterre, où il paroît. craindre une paix particulière, S'il en faut croire le capitaine qui dit, à la vérité, les nouvelles des gazettes incertaines, trois de nos vaisseaux de guerre, pris aux attérages de France, une rencontre entre cinq vaisseanx de guerre, conduisant une flotte à Saint-Domingue, et trois Anglois, avec pete de quelques bâtiments marchands.
Les Hollandoiïs, vainement sollicités par l'Angleterre, et refusant les six mille hommes, L'Espagne neutre, mais les tenant en crainte; toutes ces nouvelles de la fin de décembre, Il a dit que huit jours avant sa prise, il étoit arrivé un paquebot à la New-York, mais qu'ils n’en savoient pas le contenu.
J'en conclurois quasi des nouvelles qui ne leur sont pas avantageuses, car comment savoir les nouvelles de l'arrivée du paquebot, et n’en savoir pas du reste ? Ils ont vingt-deux bataillons, y compris les Ecossois, et j'en aurai la liste, L'année dernière, notre flotte étoit rassemblée le 28 juin, la leur le 12 juillet, Milord Loudon rembarqué le 17 août, arrivé le 2 septembre à New-York, M. Daniel Webb, bien retranché, avec sept mille hommes, nous attendoit, avec ferme intention de ne pas sortir, mais de nous laisser bouquer; blâmé
par les colonistes de n’être pas venu chercher, suivant l'avis de Johnson, loué par les gens de bon sens.
La veille de Noël, le feu a pris à Lydius, a brûlé plusieurs habitations, une caserne ; le fort a couru de grands risques. |
Beauséjour leur tient à cœur. Mon voyage à Québec en septembre, et d’avoir quitté l’armée, fit courir le bruit que j'avois été prendre Beauséjour, et c’est la nouvelle qu’on donne à Milord Loudon, à son arrivée au fort Edouard, qui en fut un peu inquiet; ils n’ont pu avoir un Agnier pour leurs découvertes, de tout l'hiver ; ils ont mis en Pensylvanie, pour ne pas servir, toutes les troupes du fort Guillaume-Henry, même les compagnies de rôdeurs de bois ; ils en avoient dix. Le capitaine Rogers avoit parlé d’être major, commandant les deux compagnies. Le lieutenant-colonel Lawrence, gouverneur d'Halifax, vient d’être fait colonel d’un des quatre bataillons de Royal-Américaïn, Le lieutenantcolonel Munro est mort. Fesch doit avoir, à ce qu’il croit, repassé en Angleterre, Young n’est pas encore mais sera gouverneur de Virginie. Littlehales, les deux régiments de Pepperell, Shirley, cassés en entier et remerciés.
Vous allez croire, Monsieur, que j'ai beaucoup interrogé le capitaine; pas un mot, mais j'ai recueilli ce qu’il disait, et Bougainville cause avec lui, Revenons à Carillon. :
Langy n’a pu faire de prisonniers, mais quatre chevelures, dont un officier à l'uniforme, trop blessé pour être amené, Parmi les papiers, unc lettre du 3 avril, écrite d'Orange, pour affaires domestiques, au capitaine
ant
rûlé L de
‘bec r le t la ivée ont tout rvir, » les
Le dant ence, des nantqu'il core deux r et
teri ce ns à
che- Dour vril, aine
Rogers, au fort Edouard. M, le marquis de Vaudreuil ne regarde pas cela comme une preuve de son existence, au moins, c'est une présomption. Une lettre de Thomas Graham, commandant au fort George, au colonel Grant, commandant au fort Edouard; elle nous apprend que le colonel Haviland et toute la garnison du fort Edouard a été relevée, et les signaux convenus pour avertir jusqu’à Orange, de fort en fort, de notre arrivée ; parce que Graham écrit à Haviland en passant,.…..m'a bien dit le nombre de coups de canon, mais j'ai oublié de lui demander le nombre de minutes pour la répétition. A cette occasion, le capitaine prisonnier nous a appris que Milord Loudon se trouvant à Saratoga, le jour de saint George, à ordonné que ce fort dorénavant s’appela le fort George. Voilà les chariots qui s’en retournent à Orange, avec la garnison qui venoit de relever. Le capitaine nous a encore dit que cela devoit être à cause du scorbut, et qu’on le leur avoit annoncé, dès l’automne. Lettres de Coleraine à des particuliers, où l’on parle des maisons brûlées, dans cette partie, par les sauvages.
\ (Extrait d’une lettre de M. d'Hébécourt, du 2 mai).
M. de Langy ne doit pas tarder de revenir de son détachement, étant parti le 22, avec seize sauvages, de différentes nations, et son parti auroit été plus fort, si dix Abénakis n’eussent point changé d'avis, le jour même de son départ, Les derniers sauvages, arrivés du Lac, au nombre de douze, partent aujourd’hui avec M. du Fay, volontaire au régiment de la Reine, qu'ils m'ont demandé ; il a été au second détachement de M. de Langy, à l’action du 13, où il s’est bien comporté; il
a, outre cela, été à presque toutes les découvertes que les sauvages ont faites autour de ce poste.
Les travaux les plus considérables de mon hiver sont l'excavation du fossé, qui devoit être finie dans peu, si si je n’étois contrarié par les pluies ; cet ouvrage a produit tant de pierres qu’il mettra M. de Lotbinière à même, malgré lui, de finir ses demi-lunes, en pierre, au lieu de bois, comme il l’avoit projeté, ce qui sera meilleur, et plus tôt fait. Le solage du hangar à reconstruire est fait à l'endroit désigné par MM. de Bourlamaque et de Lotbinière ; la rampe s’y fait, et on le montera ensuite, Voilà, Monsieur, toutes les nouvelles, Comme on dit que le courrier partira demain matin, j'ai fait faux bond à M. le gouverneur général, ce soir, pour vous écrire tout ce détail ; si vous croyez qu'il puisse amuser M. l’intendant, vous pouvez lui communiquer ces nouvelles ; on les lui écrira cependant vraisemblablement, 11 doit partir, jeudi, un parti de Népissings et Outaouais pour Carillon, avec demi-douzaine de cadets ou jeunes Canadiens.
Le 8 mai. — Une lettre de M. l’intendant, remise ce matin, m'apprend le sujet de son courrier; il va faire expédier un second bâtiment pour porter ses duplicata, et (ceux) du munitionnaire, pour demander encore des vivres; il ne l’a pas voulu dire à Québec, ce que m'a dit Péan, et que M. de Vaudreuil, qui n’a pas imaginé le départ de ce second bâtiment, dit inutile; je ne veux pas écrire par là, je ne sais si c'est la raison ou antipathie qui est cause qu'il ne m'en a rien dit, ni à M.
l'intendant, pour moi. J'écris par cette voie et j'envoie
, au eil- >0nr'lan le Îles.
atin, soir, qu’il unisemsings
de
se ce faire cata, des m'a giné eux tipavoie
quadruplicata du 19 et du 23 février, triplicata du 10 avril, duplicata du 18.
Vous voyez que j'écris par toutes les voies.
Les lettres ci-jointes pour MM. de Privat, Trivio, sont conformes à celle de Roquemaure,
A Montréal, le 12 mai.
Je réponds par celle-ci, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 9. J’avois prévu le silence timide de l’intendant vis-à-vis MM. de la Reine. L’agitation de trois belles dames, les propos, etc. M. le marquis de Vaudreuil est bien aise que vous ayez accepté ie délai de deux jours; autant d'épargné sur les vivres de Carillon. Votre arrangement pour Languedoc, très bien, ainsi que celui dont vous me parlez, des étourderies des jeunes gens de Berry ; maïs je ne suis pas en peine que vous n’y ayez mis bon ordre. M. Doreil pleure sur ce qu’il n’a qu’un sergent, donnez-lui en un de Berry, il lui faut bien une espèce de troupes. J'ai déjà parlé des deux jours de séjour que le régiment de la Reine vouloit avoir à Saint-Jean, On donnera instruction à M. de Roquemaure pour le faire camper comme vous le marquez. Je suis certain de n'avoir pas accordé l’homme pour lequel M"° de Beaubassin s’étoit d’abord intéressée ; refus sur tout. Toujours à vos ordres pour vous faire part de mon troupeau. Nous savions par Péan le danger de la demoiselle; il en frémissoit comme un père qui n’a qu’une fille (sic).
Voyez avec M. Doreil pour le mieux sur les six
hommes de la Reine; c’est beaucoup à envoyer en France; le reste servira sous les ordres de Doreil, donnez-lui à rendre compte de ce détail d’invalides, Je ui en fis le cadeau, l’année dernière ; je me contenterai d’en écrire un mot in globo. Faites partir le grenadier mn de la Reine déjà invalide ; si cela ne se peut par ce | bâtiment, qui va être expédié, et qui devoit l'être à l'arrivée de cette lettre, ils partiront tous ensemble, Nous en aurons huit à envoyer sur les quatre bataillons d'ici. Voilà, Monsieur, réponse aux divers articles de L votre lettre ; rien d’intéressant à vous marquer, toujours même vie, même allure, la mienne est de n’en avoir point. Le capitaine anglois de Blackney est assez aimable, Le major Hopson, fait général major en parà tant pour l'Amérique, est l’ar ‘ien gouverneur de Louisbourg; embarqué l’année ‘ernière sur la flotte, il a hiverné à Halifax en atteruant aller prendre possession de son gouvernement, Le colonel Perry a été si ennuyé, de voir des brumes, qu’il se tua sur son vaisseau.
Les deux officiers anglois partent ce soir ou demain er: barques.
Le 13, à midi, — Lotbinière est arrivé qui reste ici sept ou huit jours. M. de Vaudreuil parle des jeunes gens de Berry, prison; vous êtes trop doux. Charmant en prison, MM. de Penlan, Coitivel aux arrêts, ceux qui ont battu un capitaine de la côte, en prison. Ces premiers ont besoin d’être morigénés. Je m’imagine qu'on l’a écrit à M. de Vaudreuil ; il se plaint que les officiers de ces deux bataillons ne se mettent pas aux circonstances et exigent des vivres, etc.