LETTRES DE M. DE BIURLAMAQUE
est en plaine ; mais on ne peut y songer à présent, Il est habillé de neuf sur sa vieille forme, J'y ai fait passer en arrivant ici quatre pièces de fer de 4 et des piewriers ; j'y joins encore deux petites de 2 ; c’est autant qu’il en faut contre un coup de main, et il my a que cela à craindre, M. du Vernys y va de temps en temps pour faire faire les embrasures et les plates-formes, Je pense qu'outre trente hommes de garnison, il peut y avoir cent cinquante miliciens, dont environ quarante vieillards ou infirmes ; mais tout cela peut faire le coup de fusil Mon projet est d'y envoyer, lorsque l'ennemi approchera, un officier intelligent avec un piquet. Jusque là je garde tout le monde ici, parce que j'en ai besoin pour le travail,
Un ban, sous peine de la vie, pour empêcher les soldats et miliciens de déserter, seroit fort bien fait, Mais je ne le ferai point battre sans un ordre, par écrit, de M. de Vaudreuil ou de vous, puisque vous en avez un pour commander dans le gouvernement, parce que, si je l’avois fait battre, je le ferois exécuter, et vous comprenez bien que, pour mettre à mort un milicien, il faudroit un ordre du gouverneur général, et, si je ne mettois pas au conseil de guerre le milicien fuyard comme le soldat, ou si je le renvoyois au gouverneur général pour l'exécution, il vaudroit mieux ne l'avoir pas fait battre,
Je fais mettre au piquet le fuyard, quand on peut le rejoindre ; d’ailleurs j'ai deux bateaux de garde sur la rivière avec un officier, et personne ne passe sans un billet de moi. |
M. de la Colombière a eu une vivacité ce matin avec un M. Clapier, officier de la marine, auquel, de sang-froid, il a donné des coups de bâton bien appuyés. Le jeune homme, qui n'avait point tort, a voulu le tuer; mais on l’a arrêté. Je l'envoie à Montréal pour y recevoir vos ordres. Je pense que vous ferez bien de l'envoyer aux Rapides pour y servir, et il y servira bien, car il est très bon officier. Il s'excuse en disant que M. Clapier, qui gesticuloit avec une baguette, l'en avoit menacé. D'ailleurs, il ne refuse pas de donner satisfaction à cet officier et est fort fâché de sa sottise, Si vous n’étiez pas à Montréal, j'aurois peut-être pris un autre parti; mais vous déciderez de son sort, puisque vous êtes à portée,
J'envoie ce soir M. du Vernys à Saint-Jean pour arranger le départ des quatre pièces de fonte que j'envoie et leur faire sauter les rapides.
Vous n'aurez pas, sans doute, recu une lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire à Québec, où je vous instruisois de la situation de ce poste et des moyens que je croyois les plus propres à arrêter les enneinis.
Un beau coteau, m'a-t-on dit, mène à Saint-Jean, en débarquant à une lieue d'ici. Six ligues de portage en tout. Je l'ai fait reconnoître ; il y a un endroit, sans doute, gâté par les pluies, où il faudroit un travail immense pour y faire des transports.
Les Anglois peuvent débarquer à la pointe où étoit la croix, en avant de l’Ile-aux-Noix, et se rendre en suivant la rivière, à cinq ou six cents toises dans le bois, à la rivière du Sud, demi-lieue au-dessus de son embouchure, belle eau qui les mène dans la rivière Saint-
Jean, au-dessous de l'Ile-aux-Noix, J'ai reconnu l’em- | bouchure et je suis sûr qu'ils n’y passeront pas.
l Ils peuvent débarquer au fond de la baie de Missis- }l coui, suivre le portage, qui est magnifique, jusqu'à la | | rivière du Sud, descendre cette rivière une demi-lieue, | belle eau ensuite, débarquer et faire un portage jusqu’à la rivière Saint-Jean, Ils tomberont une lieue au-des- [A sous de’ l’Ile-aux-Noix. J'ai fait reconnoître, comme | j'ai eu l'honneur de vous le mander, et ce dernier por-
tage est actuellement fort mauvais.
Voilà les trois seuls moyens par lesquels l'ennemi peut pénétrer avec du canon dans la rivière Saint-Jean, sans attaquer l’Ile-aux-Noix., J'ai mandé à MM. de Vaudreuil et de Montcalm qu’au cas qu’ils entreprissent l'un ou l’autre de ces portages, il convenait que je laissasse douze ou quinze cents hommes à l’île, et que je joignisse, avec les troupes les plus lestes, M. de
Rigaud, pour tomber sur l'ennemi par le bois, tandis (ll que les chébecs et barques garderoient la rivière, J'ai | même demandé un ordre en conséquence à M. de Vaudreuil, parce que son instruction du 20 mai y est contraire,
Maintenant que‘les chemins sont reconnus, :l y a moins à craindre, à moins qu’il ne vienne un temps bien sec. Mais l’ennemi peut envoyer par terre de gros détachements par le bois, tomber sur Châteauguay, Laprairie et les côtes de Chambly, désoler les habitations et empêcher la récolte, Voilà pourquoi j'ai demandé à M. de Vaudreuil de mettre la côte des Rapides en état de se passer du camp de Laprairie, parce que, lorsque l'ennemi fera cette manœuvre, il masquera l’Ile-aux-
Noix par une démonstration d'attaque, et je ne pourrai me dégarnir,
J'ai mandé à M. de Rigaud d'avoir de fréquentes découvertes sur les derrières de la Présentation et la rive droite du fleuve, parce que M. Johnson peut envoyer par là des détachements qui se joindroient peut-être à ceux partis de Saint-Frédéric.
M. de Langy est arrivé, hier, d’une découverte vers Saint-Frédéric, avec quinze ou vingt sauvages dont Kisensik faisoit nombre, Il a vu les Anglois campés au fort avec grand nombre de bateaux, sur quelques-. uns desquels il pense qu’il peut y avoir du canon.
Je n'ai pas trouvé moins ridicule que vous la chambre du capitaine dans les chébecs, J'écris à M. Levasseur de la faire sauter pour y mettre du canon, si la. chose peut se faire sans retarder leur départ, D'ailleurs je ne connois pas le modèle sur lequel ces bâtiments sont faits ; mais c’est peu de chose.
Il n’y a point de tabac ici, chose nécessaire, Je ne sais s'il en vient, Je vous supplie d'en parler à M. Martel. Au cas qu'il n’y en auroit pas à Montréal, on pourroit en trouver chez la Porte, habitant de la paroisse Saint-Sulpice, qui a offert à M. de la Colombière mille livres de tabac à acheter, et quatre à cinq cents minots d'avoine,
Comme les sauvages me pressent pour partir, je vous prie d'envoyer à M. de Montcalm la déposition du prisonnier, que j'ai l'honneur de vous adresser ; car je n'ai pas le temps de la faire copier, et je ne lui en envoie point. Cependant elle est importante,
J'ai permis à Chassignoles de descendre pour ses affaires, Il restera même tant qu’il voudra, si vous le trouvez bon.
A l'égard de ce que vous me mandez d'envoyer à l'Tle-aux-Noix, je compte faire partir dans quelques jours.
P, S. — Je vous supplie de faire passer les lettres ci-jointes,
A M, LE MARQUIS. DE VAUDREUIL A l’Ile-aux. Noix, le 15 août 1759,
Si vous n'avez, Monsieur, point recu de réponse à la lettre que vous me fites l'honneur de m'écrire le 12, c'est qu’elle n’avoit pas eu le temps de vous être rendue. J'ai fait partir cette réponse deux heures après la réception de votre lettre, et je l'ai remise à M. Aubert,
Je souhaite que M. de Rigaud puisse rassembler sept à huit cents hommes ; et en ce cas, il est bien peu instruit des forces de son gouvernement; car il s'en faut presque de moitié qu’il compte sur ce nombre avant son arrivée, Et, en effet, pour tirer huit cents hommes du gouvernement de Montréal, il faudroit qu'il y en eût plus de mille par la non-valeur des fuyards et des malades, ou soit disant tels,
J'ai eu l’honneur de répondre à tous les articles de la lettre que vous me fîtes l'honneur de m'écrire le 12 ; ainsi je n’entrerai pas dans un plus grand détail.
Il faut espérer, pour votre gloire, que M. Amherst attendra que vous ayez battu M. Johnson aux Rapides, où vous ne lui donnerez que le temps nécessaire pour
AU CHEVALIER DE LÉVIS 37 cela, pour venir se faire battre aussi par vous dans la rivière Saint-Jean, Puisque vous voulez bien cependant, qu’en attendant nous les battions, s'ils se présentent, je tâcherai de faire pour le mieux,
J'ignore encore si je pourrai trouver ici les cent vingt hommes, devant et derrière de bateau, que vous m'ordonnez de faire passer à M. de Vassan, La plus grande partie des miliciens que vous avez ici, sont du gouvernement de Québec, où il n’y a ni devant ni derrière ; ce qui est de ce gouvernement est presque tout vieux ou enfant, D'ailleurs, vous me mandez queÿje les tirerai du camp de M. de Vassan, si j'en ai besoin dès à cette heure pour les travaux; mais je m'en passerai.
A M, LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l’Ile-aux-Noix, le 17 août 1759,
Je viens, Monsieur, en conséquence de vos ordres, de détacher cent vingt miliciens, pour servir de devant et de derrière à Laprairie, Ce sont de très bons hommes; mais aussi ce sont les seuls du gouvernement de Montréal qui valussent quelque chose, Les autres font pitié, mais cela est égal,
A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l’Ile-aux-Noix, le 21 août 1759,
J'ai prié M. le marquis de Montcalm de vous demander un ordre pour me rendre à Québec, et y aller servir sous vos ordres et les siens, aussitôt que M. le chevalier de Jévis sera de retour des Rapides, ce qui est fixé aux
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