‹ Lettres de M. de Bourlamaque au chevalier de Lévis [microforme]Chapitre 4 sur 27 · PRES N · texte numérisé non relu

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derniers jours de ce mois, Ma présence sera très inutile ici, lorsqu'il sera ici ou à Montréal, prêt à s’y porter à la première nouvelle, Il est très incertain que l'ennemi s'approche de l’Ile-aux-Noix, et il est très sûr qu'il est en présence de Québec. Ainsi, Monsieur, il seroit peu convenable que je restasse ici dans ces circonstances, Je compte donc partir aussitôt que j'aurai des nouvelles du retour de M. le chevalier de Lévis; et, en partant, s’il n’est pas arrivé, je ferai part à M. de Roquemaure des ordres que j'aurai recus de lui pour qu’il s’y con-

forme.

La bonne volonté et le zèle, à défaut de talent, avec lesquels j'ai servi jusqu'ici en Canada, me font espérer, Monsieur, que rien ne s’opposera de votre part au désir que j'ai d'aller servir à Québec jusqu’à la fin de la campagne. Bien entendu que si les Anglois s’approchoient de l’Ile-aux-Noix, j'y resterois pour faire nombre jusqu’à ce qu’ils fussent éloignés.

P. $S. — Une lettre de M. de Rigaud m'apprend que M. le chevalier de Lévis doit arriver à Montréal le 25 ou 26; ainsi, si nous n'avons ici aucune nouvelle de l’arrivée des Anglois, je compte pouvoir être à Québec au commencement de septembre,

‘A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

A l'Ile-aux-Noix, le 29 août 1759.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 25 août.

J’ai eu trois déserteurs anglois le 20, que j'ai envoyés

à M. de Rigaud, en le priant de vous faire passer leurs dépositions.

Les Anglois construisent à Saint-Frédéric une barque de dix-huit pièces de canon, et deux bâtiments plats portant chacun quatre pièces de 24. Ils prétendent qu'ils viendront prendre le fort Saint-Jean aussitôt que ces bâtiments seront à l'eau. Les gens sensés croient qu’ils remettront la partie au printemps. Un prisonnier, peu instruit d’ailleurs, m'a dit, hier, qu’on avait donné à chaque régiment provincial une tâche en pièces de bois, après laquelle fournie, chaque régiment auroit congé de retourner dans sa province, M. Amherst fait réparer ce qui a été détruit à Carillon, et construire un grand fort à Saint-Frédéric. L'on ne parle pas à l’armée qu’il doive arriver d’autres troupes.

Je m'aperçois que, malgré la vigilance des chébecs que je suppose telle aw’elle doit être, après les ordres que j'ai donnés au com. audant et réitérés chaque semaine, les Anglois se font un jeu de passer le lac, Un parti s’est rendu à Saint-François, où il a été arrêté; un autre est, à l'heure qu'il est, débarqué au sud de la rivière Saint-Jean, marchant vers Chambly, et un autre encore a débarqué au nord, vis-à-vis le moulin Foucault, où l’on a trouvé une manière d'ingénieur et une berge, et va faire coup sur nos habitations, à la rive gauche de la rivière Saint-Jean. J'ai des partis sauvages après ces deux poignées d’Anglois qui, pour peu que nos gens se conduisent bien, ne peuvent échapper. Ceux arrêtés à Saint-François ont dit avoir passé dans le portage de Missiscoui, où il y avoit tous les jours des Abénakis de la baie, qui n’en ont rien vu

La 40 LETTRES DE M, DE BOURLAMAQUE

ou rien voulu voir, Tous ces partis ont traversé le lac. J'ai toujours pensé que des barques étoient des épouvantails, On passe la nuit.

Il n’y a pas d'apparence que les Anglois viennent cette année entreprendre sur la rivière Saint-Jean. Ils n'auront sans doute pas assez tôt construit leurs barques, quoique les déserteurs disent que M. Amherst annonçoit qu’elles seroient prêtes à la fin d'août, et qu'il partiroit tout de suite,

J'ai envoyé M. d'Hébécourt à Saint-Jean, comme vous me l’avez ordonné, et j'ai cru devoir y faire faire un entourage de palissades pour ‘mettre ce fort à l'abri de surprise,

Quoiqu'il y ait encore ici bien des choses à faire pour mettre l’île eu état, elle est assez arrangce pour désirer que l'ennemi s’y présente.

À M, LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l’Ile-aux-Noix, le 5 septenibre 1759.

J’ai recu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 30 août, et la déposition du prisonnier qui y était jointe. Ceux que j'ai eus ici étoient fort peu instruits de ce qui se passe sur le lac Ontario, Je ne vous ai point envoyé leurs dépositions, parce que je les ai fait passer, sur le champ, à Montréal, où je vous comptois toujours arrivé, suivant les lettres de M. de Rigaud. Je l'ai cependant prié de vous envoyer les dépositions des déserteurs et des prisonniers, au cas que vous n'arriviez pas aussi promptement qu'il me le mandoit,

Comme il m’est venu de toutes parts des représentations sur la récolte, j'ai pris sur moi, quoique je n’en eusrecu aucun ordre de vous, d'envoyer environ cent cinquante habitants du gouvernement de Montréal, travailler à la faire. Vous pourrez les faire revenir lorsque vous le jugerez à propos, parce qu'ils sont, la plupart, peu, éloignés.

La construction d’un fort pour l'hiver, sur le pied de trois à quatre cents hommes, n’est pas chose aisée, à moins qu'on ne se contente d’un entourage de pieux.

Je ferai travailler à en ramasser aussitôt que j'aurai fini les retranchements d'été, J'espère qu'ils le seront dans quinze jours, s’il fait beau. Il seroit nécessaire aussi pour se déterminer là-dessus, de savoir ce que l'on mettra à Saint-Jean, et quels moyens on aura pour faire marcher un corps de troupes, si l'ennemi attaquoit l'Ile-aux-Noix pendant l'hiver.

Si l’on fait un furt de pieux ici, ce sera bientôt fait, et je crois, en effet, que c’est tout ce qu'on y peut faire, Les logements seront bien peu longs à construire, Au reste, vous serez, sans doute, à temps de décider, lorsque vous serez ici.

Le scorbut a commencé à attaquer le corps de troupes qui était à Carillon dès le mois de juin, et il y a apparence que cette maladie, qui devient tous les ans plus fâcheuse, détruira, à la fin, la meilleure partie de nos bataillons, Le flux de sang fait des progrès depuis que je suis à l’Ile-aux-Noix; vous trouverez ici ou à Chambly, plus de deux cents malades.

Suivant ce que j'ai pu tirer des déserteurs et prisonniers, il y à à parier que M. Ambherst n’a pas dessein

de venir ici cette année, et qu'il se contente de faire un grand fort à Saint-Frédéric.

P.S.—Ilya un parti de trente sauvages Pyants vers Saint-Frédéric et Carillon, à qui j'ai demandé de m'amener un prisonnier, Les Puants sont bons, mais ils ont pris Kisensik pour conducteur, et je ne sais s'ils feront quelque chose.

À M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

A l’Ile-aux-Noix, le 6 septembre 1759, F à 6 heures du soir.

Je recois, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et ferai partir, demain matin, les deux cents Canadiens que vous m’ordonnez d’envoyer aux récoltes.

J'en ai déjà fait partir deux cents des différentes paroisses du gouvernement de Montréal sans avoir eu l'ordre que les représentations des habitants et les nouvelles que j'avois de l'état des récoltes, M. de Vassan, à qui j'avois écrit, pour avoir de lui quelques détails là-dessus, m'a mandé que toutes celles de Laprairie et des paroisses voisines, étoient fort avancées, et qu’il comptoit faire tout finir avec le monde qu'il avoit,

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL

A l'Ile-aux-Noix, le 7 septembre 1759, à 6 heures du soir.

Je recois, Monsieur, dans le moment, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 5, avec l’ordre

de faire passer par terre les cent habitants qui vont À Terrebonne. Ils sont partis ce matin, en passant par la rivière Chambly, conformément à votre premier ordre. :

Vous né m'avez pas prescrit de quel gouvernement doivent être ces deux cents habitants détachés, Je les ai envoyés de celui de Québec. M. de Combres commande ceux de Berthier, et M. de Linctôt ceux de Terrebonne,

A M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l’Ile-aux-Noix, le 12 septembre 1759,

J'ai, Monsieur, l'honneur de vous adresser quelques lettres qui m'ont été envoyées de l’armée angloise pour des prisonniers,

Je vous supplie de faire passer le paquet à l'adresse de M. de Montcalm.

J’envoie à M. de Rigaud beaucoup de lettres pour des personnes du pays, qui viennent des prisonniers,

P. S. — Il y a six portugaises pour le sieur de Royer, fait prisonnier dernièrement, ;

Les sauvages ont manqué la piste des Anglois qui sont venus à la gabare, la nuit dernière,

À M. LE MARQUIS DE VAUDREUIL A l’Ile-aux-Noix, le 12 septembre 1759.

J'ai recu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, hier.

Vous avez très bien fait de vous servir de mon cheval, et vous deviez être bien sûr que je serois très

aise qu'il pût vous être utile. (C’est à moi à vous remercier de l'avoir sauvé de Deschambault,

Hier au soir, à onze heures, deux Anglois partirent à la nov de là côte du sud, pour venir mettre le feu à Ju gu-are. Ils furent apercus par le matelot de quart; on leur tira, maladroitement, quelques coups de fusil ; ils s'en allèrent et abandonnèreut un baril d'artifices qu’ils avoient apporté. de fis partir, sur le champ, cent homines, pour aller les guetter sur la rivière, et ce motir, me Oanadiens ou sauvages sont allés sur les pistes. U:: brouillard plus obscur que la nuit les aura sans d'ute : u'és ce matin, Ce coup est hardi.

À 1 ‘ie nux-Noix, le 18 septembre 1759.

- J'apprends, Monsieur, ‘a, le moment, la mort de M. de Montcalm. J’en suis dans la plus grande douleur, et elle seroit bien plus grande s’il n’étoit pas remplacé par vous.

Les troupes qui sunt ici, ne sont pas encore instruites de ce malheur; mais, comme je sais la confiance qu’elles ont en vous, je suis persuadé qu’elles ne ressentiront pas la perte de leur général, comme elles le feroient, si vous ne preniez pas sa place.

Puissè-je, Monsieur, être à même de vous seconder d’une manière qui vous soit agréable ! Vous connoissez mon zèle pour le service ; je n’en aurai pas moins pour

m'attirer votre confiance et votre approbation.

ps

A l'Ile-aux-Noix, le 21 septembre 1759.

Les malheurs, Monsieur, arrivés à Québec, ont transpiré ici rualgré mes précautions, et sous différentes formes. Un plus long silence auroit fait croire qu'ils étoient plus grands. Ainsi j'ai pris le parti de tout dire, en recevant la lettre que vous m'avez fait l’honneur de m'écrire le 18, et j'ai présenté notre situation d’une manière très favorable, J'ai peut-être persuadé que le sort de la colonie n’avoit pas empiré, et j'ai peint la position de l'ennemi comme insoutenable,

La confiance que votre arrivée a rendu aux troupes battues a passé jusqu’à celles-ci, et l’on s'attend à vous voir bientôt rétablir nos affaires. Ce qui est de sûr, et je le dis sans compliment, parce que je suis dans l'usage de n’en point faire, c’est qu’elles sont eu bien bonnes mains.

Je me ferai toujours gloire de vous seconder de mon mieux ; il ne tiendra pas à moi que ce ne soit à votre satisfaction, et je serai bien content de moi, lorsque je pourrai contribuer en quelque chose à vos succès, Ce ne sera jamais par mes avis, dont vous n’avez assurément pas besoin, mais par mon attention à vous aider, encore moins comme citoyen que comme votre serviteur et votre ami. Je vous supplie de me regarder comme tel ; ce sont ces sentiments que j'aurai toujours en vue lorsque j'exécuterai vos ordres, autant que le bien du service,

Je ne pense pas qu'il y ait rien à faire à Saint-Jean de plus que ce que vous y avez vu. A l'égard de Chambly on pourroit lui faire un entourage de palissades du côté de la terre pour le mettre à l'abri d’esca-

lade ; mais les bras manquent, Il ne reste ici que cinq cents Canadiens, dont plus de cent vingt malades ou estropiés.

Je n'ai encore pu commencer le fort d'hiver faute de monde. Les soldats vont aussi tous à l'hôpital; pluies continuelles, campés dans un marais, peu de nourriture. Je ne suis s’il en restera beaucoup de sains dans un mois. Quoiqu'il en soit, je tâcherai d'attraper le bout de la campagne, et de bien me battre d’ici là, si l'ennemi se présente. J’espère qu’il ne me surprendra pas et qu’il ne me fera point de prisonniers.

J'ai reconnu la baie de Missiscoui. Je voudrois être à la place de M. Amherst; j'attaquerois par là sans difficulté, Au reste, je m'y prépare autant que je le puis, avec si peu de monde et si harassé de travail.

Le fort de Chambly auroit besoin sûrement d’un commandant, si l'ennemi approche, Celui que vous nommez ne manqueroit pas de talents ; mais c’est l’homme d’affaires du régiment, D’uilleurs il m'a paru trop inquiet à Carillon, et trop prévoir les inconvénients. Il ne faut pas de ces gens-là. J’en trouverai un meilleur dans son corps où dans la marine, Melhau ou Raymond. Dans la Reine, quatre pour un: mais votre intention n’est pas, sans doute, de donner toute la confiance au même corps.

Donnez-moi de vos nouvelles, je vous supplie, aussi souvent que vos affaires vous le permettront. Il est nécessaire, dans les circonstances, que j'amuse un peu, par le détail de ce qui se passe à Québec, les officiers de cette armée qui n’ont rien à faire, et qui, quand on ne leur dit rien, font le mal très grand.

Je serois bien aise que vous me fixiez, par des ordres donnés à M. de Rigaud, à l'égard des Rapides, parce que, si les deux parties sont attaquées, elles le seront en même temps, et il seroit bon que je susse sur quoi rompter,

A l’Ile-aux-Noix, le 27 septembre 1759.

J’appris, il y a trois jours, Monsieur, par mes découvreurs, qu'il y avoit dix-sept berges dans la baie de Missiscoui. Je jugeai que ce détachement pouvoit avoir dessein d'aller vers Québec ou Saint-François, et j'envoyai, en conséquence, un courrier à M. de Rigaud, Trois cents hommes que j'ai envoyés sur les pistes de ces Anglois, ont trouvé qu'ils dirigeoient leur marche sur Chambly, Maska ou Saint-François : on juge qu'ils peuvent être deux cents ou deux cent quarante hommes. #.

J’expédie un courrier pour vous donner avis, et j'écris à M. de Rouville de faire passer à Maska et à Saint- Francois. J'écris au Père missionnaire de ce village.

Il se pourroit faire, au reste, que ce détachement eût ordre d'aller à Québec. Toutes les apparances sont cependant qu’ils veulent punir le village de Saint-François de sa fidélité. Quoiqu'il en soit, je crois qu'il seroit bon que l’on fit dex découvertes sur le chemin que ces gens-là doivent tenir pour aller à Québec et en avertir M. de Vaudreuil,

A l'égard de Saint-François et de Maska, je pense que vous y enverrez des secours, si ces endroits ne sont pas en état de se défendre d'eux-mêmes.

Les Anglois sont partis de la baie de Missiscoui le 23 au matin.

P.S, — Je n’écris point à M. de Vaudreuil; je vous supplie de lui en donner avis.

Mandez-moi, je vous prie, ce qu’on apprendra de ce détachement, pour que je prenne mes mesures en conséquence,

J'ai trois cent soixante hommes qui les attendent au lieu où étoient leurs berges. ;

A l’Ile-aux-Noix, le 29 septembre 1759.

: La nouvelle de la prise de Québec, Monsieur, a consterné tous les esprits, Le peu de Canadiens que j'ai ici ne montrent encore aucune mauvaise volonté ; mais je crains qu'en apprenant le bon traitement que les Anglois font à leurs familles, ils ne décampent pour les aller joindre.

J'ai beau dire que les Anglois ne garderont pas Québec cet hiver; on sait qu'ils attendent un grand convoi de vivres, et on en infère, avec raison, qu'ils veulent y laisser un corps de troupes. D'ailleurs les raisonnements vont leur train. On dit votre armée très petite et dépourvue de tout ; point de places pour opposer cet hiver aux Anglois qui seront à Québec ; point de position actuelle pour empêcher les Anglois de pénétrer dans l’intérieur, ou par la rivière ou par la côte du sud. Sorel et toute la rivière de SAR sont exposés aux courses des Anglois.

Voilà les raisonnements publics, et je n’ai rien à y opposer qui puisse satisfaire.

Je désirerois que vous me fissiez part des projets que l’on a pour la conservation du pays. Je pourrois là-dessus bâtir un système plausible pour tranquilliser les esprits.

Le retour de M. de Vaudreuil à Montreal est un nouveau sujet de découragement,

Je pense que M. Amherst est instruit actuellement des avantages que l’armée de Québec a remportés, soit par des partis venus de cette armée, ou par des sauvages va par les prisonniers anglois de Montréal, à quion a laissé toute liberté, Je ne doute pas qu’il ne fasse incessamment un mouvement pour s'approcher de la rivière Saint-Jean. Je ferai mon possible pour lui en défendre l'entrée, et je crois pouvoir assurer qu'il ne pénètrera pas par l’Ile-aux-Noix. Je ne pourrois répondre également de la baie de Missiscoui, surtout si les chébecs, comme je l’appréhende, se laissent couper.

Dix-sept berges angloises ont été trouvées par des découvreurs dans la baie de Missiscoui. Ce détachement qui est de deux cents ou deux cent cinquante hommes au plus, paroît avoir dirigé sa marche sur Maska, Chambly ou Saint-François, peut-être même vers Québec. J'ai quatre cents homiaes embusqués au lieu où étoient ces berges. J'ai fait avertir dans les côtes. J'ai écrit à M. de Longueuil et au missionnaire de Saint-François. On doit aussi en avoir donné avis à M. de Vaudreuil, que je croyuis pour lors à l’armée. Je n'ai eu aucune lettre de lui depuis plus de trois semaines.

P.S.— Si vous avez appris quelque chose de la marche des Anglois passés par la bai: de Missiscoui,

je vous supplie de me le mander le plus promptement qu’il vous sera possible,

Je vous supplie aussi de me mander si les Anglois donneront liberté d'écrire en France,

A l'Ile-aux-Noix, le 29 septembre 1759.

M. de Chambaran, Monsieur, mauvais sujet, inconnu, désagréable à son corps, vint me demander, il y a quelque temps, d’aller finir sa campagne dans les côtes, ne voulant pas servir au régiment de Berry, où il est enseigne. Je le lui refusai et lui ordonnai de continuer ce service jusqu’à la fin de la campagne, et qu'alors il auroit liberté d'abandonner son emploi. Il a refusé de faire son service sans autre raison que de très mauvais propos. Je l'ai envoyé à Saint-Jean, en prison, par la crainte qu’en lui laissant la liberté de se déshonorer à sa fantaisie, il ne fit quelque méchante action et ne passât aux ennemis.

Il restera au fort Saint-Jean jusqu’à ce que vous ordonniez de son sort, Je crois qu'il seroit dangereux de lui donner sa liberté dans ce pays-ci.

A l'Ile-aux-Noix, le 2 octobre 1759.

Je recois, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 28, et suis on ne peut plus sensible aux marques que vous avez la bonté de me donner de votre confiance et de votre amitié,

La capitulation de Québec a dû être pour vous un coup terrible; elle me paroît incompréhensible, Peut-

être, et même il y a à parier, que vous auriez pu réparér nos malheurs sans cet événement,

J'épuise mon éloquence, depuis que cette nouvelle est parvenue ici, pour rassurer les esprits qui ont été furieusement consternés, J'ai eu peine à persuader que la colonie n’alloit pas capituler, J'étois bien persuadé que vous faisiez un fort pour mettre nos quartiers en sûreté pour l'hiver, Presque tous les officiers qui sont ici ont leurs effets dans Québec. Les uns ont tout perdu par l'effet des bombes et par le feu, les autres espèrent conserver ce qu'ils ÿ ont encore en vertu de la capitulation, On dit que plusieurs personnes ont eu permission d'entrer dans la place pour retirer leurs effets; mais on assure que les Anglois n’en laissent sortir personne de ceux qui y sont entrés de cette manière, pas même les femmes.

Je vous supplie de me mander ce quien est, Les officiers pourroient envoyer, Sur la fin de la cafmpagne, pour retirer ce qui leur appartient. J'ai permis à Cadillac d'envoyer un domestique qui sondera le terrain, Vous savez ce que c’est que de perdre des bagages ; ce n'est rien vis-à-vis le reste, mais c’est toujours quelque chose,

J'ai eu l'honneur de vous écrire, il y a trois jours, pour être instruit de la situation de nos affaires. Votre lettre du 28 est un canevas suffisant pour me donner le moyen de rassurer les esprits; mais je désirerois savoir encore si vous êtes sûr de barrer la rivière, et si la côte du sud est gardée,

L'on me mande que quatre cents Canadiens ont été enlevés à Sainte-Croix. Je garde cela secret; mais on

le saura bientôt, et l’on sera inquiet pour Sorel et la rivière de Chambly.

Vous êtes dans une position bien intéressante et où il n’y a rien à vous imputer si vous ne sauvez pas le pays; mais qui sera glorieuse, si nous conservons au Roi le nom du Canaua,

A mon égard, je ferai ce que je pourrai avec deux mille deux cents hommes, que j'ai en tout, sur lesquels il faudra, peut-être, faire des détachements pour Chambly et Saint-Jean.

Je :e doute pas que M. Amherst ne soit instruit de Ja pris. de Québec par plus d’une voie, et je compte qu’il va se mettre en mouvement, ainsi que M. Gage, avant peu.

Si les Anglois n’ont pas le temps de faire venir de Louisbourg un grand convoi de vivres, ils s’efforceront de nous faire croire qu'ils s’établissent pour l'hiver, dans la vue de nous engager à capituler pour le pays, d’ici à la fin de la campagne, et partiront tous dans un mois, après avoir détruit Québec. S'ils peuvent avoir des vivres, ils seroient fous de s’en aller,

Je suis très flatté de la confiance que vous voulez bien me 1nurquer; mais je vous serai très obligé de me mander, quand vous en aurez le temps, ce que vous penserez de mieux pour cette partie-ci. Outre la satisfaction que j'aurai toujours à exécuter vos ordres, les lumières que vous me donnerez par là me seront toujours très nécessaires,

A l’Ile-aux-Noix, le 5 octobre 1759.

J'ai reçu, mon cher général, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 29, et j'exécuterai vos ordres à l'égard de la revue et de l’état des grâces que vous me demandez.

Je ne conçois pas comment les Anglois peuvent éluder l’article 27 du cartel à l'égard des blessés qui n’ont pas été faits prisonniers sur le champ de bataille. Quand ils voudroient s'appuyer sur le mot malades, qui est dans cet article, la distinction des blessés qui doivent être prisonniers, et des blessés qui ne doivent pas être prisonniers, établie par l’article 26, lève toute difficulté,

Je vous supplie de me mander s’il y aura moyen de faire passer des lettres en France, et par où.

À l'égard du quartier d'hiver, M. de Vaudreuil me mande qu'il me laisse le maître de choisir entre Chambly et Laprairie pour passer l'hiver, ayant la bonté de me continuer le commandement de la frontière,

Je désirerois fort que ma santé me permît de m'en charger; mais il m'est impossible de le faire. Si je n’eusse pas cru que l’armée angloise fera un mouvement avant la fin de la campagne, j'aurois déjà remis à M. de Roquemaure le commandement de l’Ile-aux- Noix. Ma santé est tellement épuisée par les fatigues de l'été, à la suite d’une maladie de huit mois, que j'ai besoin de remèdes continuels, de beaucoup de repos et de régime, Ma fièvre, depuis que les froids ont commencé, devient plus fréquente, Il m'est survenu, d’ailleurs, un très grand mal de poitrine et un renouvellement d'asthme qui m'annoncent un hiver bien fâcheux,

J'espère, mon général, que ni vous ni M. de Vaudreuil n’attribuerez à défaut de volonté la nécessité où je suis d’hiverner en ville, et de ne m'occuper que de ma santé.

Je serois d’eilleurs fort inutile à la côte. Il n’y a pas d'apparence que je sois en état de faire aucune marche en hiver, pas même la plus petite, une partie de ma maladie étant une foiblesse inconcevable, et qui a beaucoup augmenté depuis le mauvais temps. Si les forces me revenoient, la distance de Montréal à Laprairie est si petite, que j'y serois avant que les troupes eussent pu faire aucun mouvement pour se porter en avant,

J’achèverai la campagne si je le puis, et comme je le pourrai, et je serai bien content de moi si je pus aller jusqu’au bout,

François - Charles de Bourlamaque, brigadier des armées du Roi, commandant à l’Ile-aux-Noix.

A l'Ile-aux-Noix, le 7 octobre 1759.

Il est ordonné à Saint-Louis, sergent du régiment de la Reine, de partir aujourd’hui avec deux sergents du régiment de Berry, un sergent de la marine, un canonnier et vingt domestiques de ce camp, pour aller à Québec retirer les effets appartenant aux officiers des troupes de terre et de la marine qui-sont à l’Ile-aux-Noix.

Il se rendra le plus diligemment qu'il pourra dans un bateau jusqu'aux Trois-Rivières, où étant, il prendra les ordres de M. de Longueuil pour continuer sa route jusqu'au camp de M. le chevalier de Lévis, qui lui ordonnera ce qu’il aura à faire,

Il veillera, avec les deux sergents de Berry, à la conduite des domestiques qui sont’avec lui, et fera punir et arrêter ceux qui ne se conduiront pas convenablement,

A l'Tle-aux-Noix, le 7 octobre 1759,

Il est étonnant, mon cher général, que vous n’ayez pas reçu de mes nouvelles, ayant eu l’honneur de vous écrire quatre fois depuis quinze jours.

Vous aurez su la destruction du village de Saint- Francois. Ce n’est pas faute que les sauvages n'aient été avertis. J’ai donné avis de la marche des Anglois à M. de Rigaud par deux courriers différents, et j'en ai envoyé, moi-même, un au missionnaire de ce village. J’ai trois cent cinquante hommes dans la baie, qui attendent le retour du détachement,

A l'égard des postes d'hiver, je fais entourer de pieux le fort de Chambly comme celui de Saint-Jean, L'on a commencé depuis peu de jours celui de l’Ile-aux-Noix, ouvrage immense qui finira quand il pourra. Les retranchements d'été sont presque entièrement finis. Je manque de charpentiers et de bûcheurs, et j'en ai demandés à M. de Vaudreuil.

J'ai été tellement occupé depuis la réception de votre lettre du 29, que je n’ai encore pu faire la revue des bataillons. Je compte avoir l'honneur de vous l’adresser dans peu de jours.

Sans doute vous règlerez les quartiers des trois bataillons qui sont ici, sinon je placerai la Reine à Chambly, l'état-major dans le fort, pour y commander ;

Berry dans la grande côte, de Laprairie à Verchères. J'ignore encore à qui M. de Vaudreuil destine le commandement de Saint-Jean et de l’Ile-aux-Noix. Je l'ai prié de m'en instruire,

Je fais partir aujourd’hui des sergents et des domestiques, pour aller à Québec retirer les effets des officiers. Presque tous les soldats y ont aussi, ou dans la côte, des équipages. Je n’ai pas osé en détacher un seul dans la circonstance où nous sommes.

Arnoux demanderoit d'aller, à la fin de la campagne, faire un tour à l’Hôpital-Général pour retirer des remèdes qui lui manquent. Mandez-moi, je vous. supplie, si la chose est possible.

Le nommé Guichot, commis des magasins, très bon: sujet et fort utile, a sa femme à Québec. Il désireroit que vous la redemandiez, et m'a prié d’avoir l'honneur de vous en écrire, Le nommé Dufau, écrivain d'artillerie, demande aussi la sienne.

Les officiers de la marine qui sont ici, n’envoient point de domestiques; ils ignorent où sont leurs effets. Ils écrivent à leurs femmes qui adresseront à quelque officier de la marine de votre armée, l’état de leurs effets. Un sergent de la marine part pour prendre cet. état de ceux à qui il sera adressé, et pour aller à Québec avec ceux des troupes de terre.

Il part aussi un canonnier,

J’envoie aussi un domestique à moi. Je vous supplie de lui donner ün billet pour avoir sa femme qui est à Québec, s’il veut la faire monter.

Etat des sergents et domestiques détachés de l'Ile-aux-Noix,

La Reine, un sergent, cinq domestiques; Berry, deux sergents, quinze domestiques, y compris celui de Cadillac, parti devant ; la marine, un.

Plus trois femmes du régiment de Berry, et un domestique de M. de Bourlamaque et un canonnier.

(Sans signature)

eme certe |

A l’Ile-aux-Noix, le 10 octobre 1759.

J’ai l'honneur de vous envoyer, mon cher général, l'état des grâces, celui des emplois vacants et la revue des trois bataillons qui sont ici. La Reine est complet en officiers. Il restera encore dans Berry des souslieutenances vacantes, M. de Trivio ne proposant que deux sujets, Je lai décidé à nommer à l'enseigne du sieur de Chambaran, duquel j'ai déjà eu l'honneur de vous rendre compte, et qui ne doit plus être regardé comme officier,

Sur la revue, j'ai admis un homme de gratification par compagnie dans la Reine, et vingt-sept en tout dans Berry. C’est ainsi que l’avoit décidé M. de Montcalm. Il faisoit passer de plus, deux hommes dans la Reine et deux dans Berry pour les Rochettes ; je ne les ai point admis, et vous les y ajouterez, si vous le jugez à propos.

L'état des grâces est nombreux, tous les officiers sont persuadés que si M. de Montcalm avoit demandé, l'année dernière, un plus grand nombre de grâces, il les

auroit obtenues. Ilest vrai aussi que trois bataillons n'ont pas été traités aussi avantageusement que les autres.

Vous verrez que je propose des gratifications pour tous ceux qui ont passé l'hiver à Carillon, ou qui y ont été pendant les quatre jours de siège. Je crois qu'il faut quelque distinction à ceux qui ont plus servi que les autres. Au reste, j'ai l'honneur de vous proposer, et vous demanderez ce que vous jugerez convenable.

Wolff, passé en 1755, comme partisan, a bien servi pendant cinq campagnes et n’a encore rien eu, de lui ai donné, cet été, une compagnie de volontaires; je vous supplie de lui procurer la commission de capitaine. C’est nn bon sujet qui pourra servir très utilement pour la petite guerre. Brave homme, vigoureux et intelligent plus qu’il ne le paroît.

Je joins ici, pour vous seul, s ous le voulez bien, un état des grâces que je crois les plus justes et auxquelles, je vous supplie, de vous intéresser d'avantage. Vous verrez aisément que je ne donne la préférence qu'aux bons. D’Hébécourt sur toutes choses, Louvicourt, Bartouille et Wolff. D’Hébécourt désire fort le brevet ; :nais, si la chose ne peut réussir, il voudroit au moins une pension, et c’est bien juste.

Je joins à l’état des grâces les raisons qui m'ont paru devoir être présentées ; vous en ferez l'usage que vous jugerez à propos.

Je ne dis rien à l’article de Roquemaure. L’injustice est manifeste, D'ailleurs vous n'avez pas besoin, je pense, de notes sur son compte.

J'ai proposé pour la croix de Saint-Louis plus de

sujets que la cour n’en admettra et, peut-être, que

vous n’en demanderez; mais ils sont plusieurs en con-

currence pour les services et le rang. J'ai cru devoir

vous présenter leurs services exactement, et de tous

ceux qui y prétendent; vous jugerez. D'ailleurs, je

pense que vous recevrez bien des lettres à ce sujet.

Le sieur Vaudarant, sous-lieutenant dans Berry, vous demande une lieutenance dans quelqu'un des. autres bataillons, pour le mettre à l’abri de la réforme. Il est fils d’un aide-major des Invalides, ci-devant officier dans Artois. Obligé de quitter, pour un travers de son père, regretté dans ce régiment, passe sergent dans Berry, fait officier l’année dernière, excellent sujet.

* Le sieur Dumesnil demande la croix de Saint-Louis;

et, comme vous verrez, est le plus ancien de service.

Mais, comme il a servi dans la milice et qu'il est tel que vous le connaissez, il seroit fâcheux qu'il fit tort aux autres qui sont très bons sujets. Je désirerois fort

que De Laas et d’Asserat pussent être admis.

A l'égard des pensions que je demande pour les premiers capitaines, c'est en conséquence d’une lettre de M. de Montcalm, qui mande que les premiers factionnaires auront la pension après cette campagne,

Je demande une pension pour d'Hert, attendu le

détail de ce camp qu'il a fait pendant la campagne, et

ses anciens services.

J’ignore ce que vous ferez pour M. de Saint-Félix,

capitaine au régiment de Berry ; à tout hasard, je joins

ici l’état de ses services.

M. de Montcalm, dans la revue faite, l’année dernière, au régiment de Berry, comprit dans le nombre des présents les prisonniers de guerre et plusieurs hommes désertés dans les côtes. Je n’y ai compris que les | effectifs, et j'ai ajouté séparément les hommes de grati- | fication.

Il ne me reste plus, mon cher général, qu’à vous recommander ce petit corps de troupes, qui étoit inconsolable d’être séparé de la grande armée, avant l'affaire du 13, quoique M. de Montcalm eût promis de les traiter exactement comme ceux qui servoient avec lui. ii Ils espèrent, ainsi que moi, que vous voudrez bien n’y point mettre de différence. Notre besogne n'a pas été brillante, mais elle a été utile ; et nous ne demandons pas pas mieux que d’avoir, avant la fin de la campagne, des services à rendre d’un genre plus éclatant. En mon particulier, je suis très content de ces bataillons | en général, et des officiers en particulier; et, si je Li croyois que vous eussiez besoin d’être sollicité pour faire du bien aux troupes, je vous importunerois plus longtemps en faveur de celles-ci. Je n'ajoute qu’un mot, c’est que, quoique notre campagne ne vous ait coûté aucun officier, n'ayant point eu d'action, il seroit. à désirer qu'elle eût été aussi heureuse sur toutes les frontières.

Pour ce qui me regarde, votre suffrage m'est trop nécessaire pour ne pas vous prier de faire valoir mes un services. J'ai fait de mon mieux, et je me trouve heureux si je finis cette besogne comme je l'ai comme mencée. J'espère que vous voudrez bien me rendre il le service de parler de moi aux ministres, d’une facon

avantageuse, C’est tout ce qu’il me faut pour parvenir à donner de moi quelque opinion et, après les grâces que j'ai eues dans ce pays-ci, il ne me manquera rien si l'on me croit propre à quelque chose.

P, S. — Vous avez les sieurs de Chambaran et Mercy, sous-lieutenants de Berry, à renvoyer en France, J'attendrai vos ordres pour les faire partir, l’un de Saint- Jean, où il est en prison, et l’autre du camp. Le sieur de la Sorbière demande aussi à partir. Pauvre sujet!

"M. de Vaudreuil m'a mandé que je pouvois faire mes lettres pour France; mais il ne m'a pas voulu mander par quelle voie il écrivoit. Cela est pourtant nécessaire à savoir pour la manière d ccrire.

A l’Ile-aux-Noix, le 17 octobre 1759.

Je n'ai pas eu, mon cher général, un instant à moi pour vous rendre compte, jusqu’à aujourd’hui, du mouvement de l’armée angloise. Elle est partie de Saint- Frédéric le 11, au nombre de dix, onze ou douze mille hommes, précédée d’une avant - garde de soixante bateaux ou berges, d’un brigantin, de vingt pièces de canons de 18, d’un senau aussi fort que notre goélette, et de plusieurs bateaux armés de gros canons; un seul en porte six de 24.

Nos chébecs ont été surpris, sans doute, et n’ont point vu passer cette*avant-garde, Ils étoient à leur poste ordinaire, près des îles Aux-quatre-Vents, quoique j'eusse mandé au commandant que, pour peu qu'il craignît d’être coupé, il eut à rapprocher sa croisière et sa station, parce que l'essentiel étoit d'entrer dans la rivière avant les Anglois.

La goélette étoit placée à la pointe de la Grosse-Ile pour garder le passage de la baie de Missiscoui, Le 12, au point du jour, elle fut accueillie par le brigantin et le senau. Le premier lui donna la chasse et alloit la. prendre, lorsqu'il s'échoua. La goélette se réfugia dans le fond de la baie de Missiscoui.

Les chébecs, que ie brigantin n’avoit pas vus, étoient. aux prises avec les berges et en avoient enlevé une, lorsque le vent manqua tout à coup, puis vint nord-est, Le brigantin déchoué en profita pour retourner sur les chébecs.

A l'entrée de la nuit, M. de Laubara, après avoir vu le corps de l’armée angloise près des îles Aux-quatre- Vents, se réfugia dans l’anse des Tsonnonthouans, où il coula bas ses trois bâtiments, et se mit en marche le 13 au matin, par le bois, ayant précédemment dépêché deux chaloupes pour m'avertir de la marche des ennemis et du rapport des prisonniers,

Le vent du nord-est qui a duré trois jours avec violence, a empêché cette armée de s'approcher d'ici ; elle a pu marcher depuis hier matin, et je la crois bien près de la rivière.

La goélette, sortie par le nor:.-est de la baie de Missiscoui, est vis-à-vis l'extrémité de l’île laMothe, près de la côte du nord, et attend inutilement depuis trois jours un vent de sud-ouest, le seul qui puisse la faire marcher, Il y a à parier dix contre un qu’elle est prise ou brûlée à présent. La perte de ces bâtiments est un grand malheur pour la défense de la rivière,

J'ai demandé des secours à M. de Vaudreuil, ayant trop peu de monde pour espérer garder cette frontière.

J'ignore ce qu’il m'enverra. Mes retranchements sont finis depuis quelque temps, et j'étois après le fort d'hiver, tout est suspendu; il faut songer au plus pressé, Si l’on est assez heureux pour repousser ou lasser l'ennemi, on fera comme on pourra.

Par le rapport des prisonniers, il paroît que M. Ambherst s’est consulté avec M. Gage, pour agir en même temps.

La saison est avancée; malheureusement il fait sec depuis longtemps, et le plus beau temps du monde, quoique froid depuis peu de jours.

Je ne sais pas où l'ennemi veut venir, Quelques prisonniers, partis il y a trois semaines, de Saint-Fré-” déric, pour aller sur les Rapides, et pris au retour, parlent d’un camp du passage à la pointe aux Fers; mais il peut y avoir des corps détachés sur d'autres côtés.

Montréal est dans la consternation, et je crains fort que cet abattement n'empêche les miliciens de marcher. Nous avons tous envie de bien faire, J'ai pris toutes les précautions que le temps, le peu de monde que j'avois, et la nature du pays m'ont permis. Nous nous battrons de notre mieux ; arrivera ce qui pourra.

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