‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 225 sur 326 · LETTRE CCXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXVII

II loi parle d'one grâce extraordinaire qn'il avait reçne pour lai et pour elle, rinvitant à en remercier beaucoup Notre-Seignenr comme il le fera de son côté.

[Paris, vers le 16 février 1652 (3).]

Ma très chère et très honorée fille,

Je vous écris de la part du bien-aimé Jésus, auprès duquel il y a deux heures entières que je pleure de joie, et que je m'épanche en bénédictions, louanges et actions de grâce pour la chose qu'il m'a ordonné d'é-

(1) C'était la L^ des imprimées.

(2) Nicole a supposé que celte lettre avait été écrite à M™^ de Saujon et en ce point il parait bien informé, car les Mémoires de M. OÏier finissent sur le récit d'une faveur tout à fait semblable à celle mentionnée ici et à laquelle M™^ de Saujon eut certainement part. Mais l'écrivain janséniste a manqué d'exactitude dans les conséquences malveillantes qu'il a tirées de ce fait. « On ne peut de la conduite ultérieure de cette dame, dit avec beaucoup de raison M. Faillon, rien conclure contre le serviteur de Dieu, puisque la connaissance dont il parle ne devait être vérifiée que conditionnellement, comme nous le lisons de plusieurs vues semblables que l'on trouve dans les vies des saints. Un jour, dit M. de Bretonvilliers, en rappelant le même fait, la honte de Notre-Seîgneur fit connaître à M. Olier le degré de gloire qu'une personne, qui lui était fort unie, devait avoir dans le ciel, si elle demeurait fidèle à son service. (Vie de M. Olier, t. III, p. 236.)

(3) La date a été indiquée d'après celle du récit des Mémoires.

crire. C'est une grâce dont je m'estime si heureux, qu'il me semble que je n'ai plus rien à désirer au ciel ni en la terre, et que je dois dire par cette expérience ce que disait David : que Dieu fait la volonté de ceux qui le craignent et qui le cherchent, et qu'il la fait non seulement dans les petites choses et ordinaires, mais dans les plus grandes. Car enfin la chose, de toutes celles que notre Maître me pouvait accorder, la plus pressante et la plus forte dans les désirs de la charité, ce divin et suraimable Époux des âmes, ce cher lien des cœurs, Jésus, qui appelle toute l'Église à la consommation universelle de son amour dans les cieux, m'a fait entendre qu'elle arriverait.

Voici ses propres termes. Lisez-les à genoux, comme je les écris de même, croyant que nous ne saurions apporter trop de respect et de religion, trop d'amour, de ressentiments, de-louanges et d'actions de grâces pour cet insigne don, pour lequel la vie entière, et mille vies offertes en reconnaissance, ne pourraient pas suffire. Mandez-lui, me disait-il parlant de vous, qu'elle ne soit pas en peine : vos degrés de gloire seront égaux : et, ajoutant les moyens d'y parvenir, il dit : Elle priera pour vous, vous agirez pour elle, et vos souffrances seront communes.

Notre divin et toujours très saint et adorable Maître m'a confirmé par là dans ce qu'il lui avait plu autrefois me faire entendre, que toute la vie chrétienne et intérieure consistait en trois choses : à prier, à faire et à souffrir. Et comme il veut que nous fassions cela dans un esprit commun, quoique extérieurement nous soyons appliqués avec différence aux exercices de notre vocation, il prétend qu'en faisant l'un pour l'autre, par l'autre et en l'autre, tout ce que nous ferons et souf-

frirons nous servira pour acquérir une gloire et une couronne commune.

Qu'il soit béni à jamais, cet aimable Jésus, qui appelle après lui si* doucement les siens, qui les instruit si fortement, et qui les pousse si efficacement à porter sa croix avec lui ! Oh ! qu'il entend à merveille à adoucir ce joug si pesant en lui-même, mais si léger à l'amour ! Qu'il entend bien à faire entrer ses victimes par d'agréables portes dans le Temple ! Il me semble qu'il n'y a rien qui ne soit très doux à souffrir maintenant. Nous ne pouvons, ce me semble, trouver aucune chose qui mérite que nous la nommions un sacrifice, nous souvenant de la promesse laquelle nous est faite aujourd'hui. Il me semble que nous serons désormais ingénieux à trouver des moyens de nous crucifier, et de sacrifier les choses qui augmenteront la gloire de Jésus-Christ en nous. Oh! que l'espérance est forte, et que c'est avec raison que Dieu l'a mise entre la foi et la charité î Jusqu'à cette heure je n'avais point été assez convaincu de ce que pouvait l'espérance sur un cœur chrétien ; et quoique la charité pressante puisse tout, c'est une merveilleuse préparation à la très sainte charité, que l'effet de la sainte espérance qui nous rend présentes la charité, la justice et la miséricorde de Dieu, lequel rend à un chacun, dans le ciel, selon ce qu'il a souffert et opéré pour son amour sur la terre.

Je me suis vu si fort rempli d'obligations à Dieu dans cette rencontre, que je me suis engagé pour tous les jours de ma vie à offrir le divin sacrifice et des prières particulières pour cela. Je crois que vous en ferez de même de tout votre cœur, lequel se trouvera trop petit pour aimer, bénir, louer et remercier Dieu

pour cette faveur. Vos yeux auront bien peu de Ibimes pour satisfaire à l'étendue de ce bienfait; et de ma part je vous puis dire que je ne pense pas que les miens s'étanchent jamais dans le souvenir de cette grâce. Je ne croyais pas même que les pleurs me dussent permettre de vous écrire, tant j'en étais baigné et détrempé en la prière.

Je vous écris ceci dès les six heures du matin^ pour vous faire savoir le plus tôt que je puis cette bonne nouvelle, n'y ayant point de temps à perdre pour commencer nos actions de grâces et l'exercice de l'emploi que Dieu nous prescrit à tous deux. J'offrirai demain et après-demain le sacrifice sur les huit heures, pour commencer ma gratitude et la vôtre envers Dieu, en Jésus-Christ son Fils et en sa divine Mère.

LETTRE CCXVm(l).

A UNE DAHE.

Il la prie dlntervenir encore pour lai procarer l'entrée cliez nne dame de la paroisse.

[Avant le mois de juin 16S2 (2).] Qui a Jésus a tout.

Madame,

Après vous avoir remerciée de la grâce qu'il vous a plu me faire sur le sujet de M"^^ la M. de M., je vous dirai que j'ai besoin de votre secours pour approcher cette dame, car je n'ai pu avoir le bien de la voir,

(1) Sur l'autographe.

(2) La date ne peut être autrement indiquée : on voit seulement par le contenu de la lettre que M. Olier était encore curé quand il l'écrivit. Il n'est pas moins difficile de connaître la marquise qui refusait de le recevoir chez elle, malgré le besoin qu'elle avait de sa visite.

quoi que j'aie représenté à sa demoiselle, qui m'a refusé de la part de sa maltresse l'entrée de sa chambre. Si vous preniez la peine de la faire disposer à cela, vous lui feriez une grande charité, faisant bien paraître sa nécessité par ce procédé-là ; j'attendrai.

LETTRE GCXIX (1).

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