‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 230 sur 326 · LETTRE CCXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXVIII

A M. DE BRETONVILLIEBS, CURÉ DE SAINT-SULPICE

Après ravoir prié de sapprimer les titres d'bonnear qu'il loi donnait sur ses lettres, Il l'instruit de ce qu'il a k faire h l'égard des Bernardines, des religieuses de la Miséricorde, de l'évéque nommé de Biez ; il lui parle ensuite du projet d'Avignon.

fDe Bourbon, premiers jours d'octobre 1652.] Qui a Jésus a tout.

Monsieur et très cher enfant en Notre-Seigneur,

Si 3'avaisles yeux aussi bons que vous, je vous ferais des réponses aussi amples que vos chères lettres le sont, dont je vous remercie de tout mon cœur, ne vous priant d'y rien retrancher que les dessus par lesquels vous me nommez abbé, et vous savez par la miséricorde de Dieu que je ne le suis plus ; et que vous m'appelez encore fondateur du séminaire de Saint-Sulpice ; vous savez que c'est Jésus en sa divine mère qui l'est et qui l'a établie la fondatrice de la maison. Fundavit eam Âltissimus. Je crois que vous savez et vous aimez trop l'esprit de Jésus-Christ anéanti et inconnu au monde, pour ne point affligei? ses pauvres serviteurs inutiles. Il faut courir au mépris et à la vie inconnue et cachée, et je prie Notre-Seigneur qu'il remplisse de cet esprit tous les sujets de la maison.

Pour l'affaire des Bernardines (2), je ne crois pas que

(1) Sur l'autographe.

(2) Ces religieuses, qui furent connues dans la suite sous le nom de Bernardines réformées du Précieux Sang, suivaient encore, en 1652, les constitutions que la mère de Ponçonas leur avait données, lesquelles étaient calquées sur celles de la Visitation. Établies à Parisen 1636, elles habitaient une maison située dans la rue Mézières, et malgré leur pau-

M. Tronson s'y doive embarrasser, y ayant beaucoup de tracas, si ce n'est que ce fût pour un temps, admodicum, afin d'en ôter le janséniste qu'on appréhende y devoir entrer. Je ne sais si jamais la mère supérieure voudrait de M. des Guerrois, qui a fait tous ses efforts pour l'en congédier (l). On peut sonder sa disposition et des filles ses adhérentes, après quoi je ne manquerai pas d'écrire à M. des Guerrois. J'aimerais mieux que M. Dardenne y entrât que M. Tronson, car il les connaît déjà (2).

J'apprends que M"^ de Gandelous souffre à présent contradiction par M""® de Lestrades, qui lui avait promis l'achèvement de son dot en entrant dans la maison de la Miséricorde. Je ne sais pas ce qui en sera, niais je

vreté elles s'accrurent rapidement. La ferveur était si grande dans la communauté, que bientôt on y trouva trop mitigée la règle qui s'y observait, et plusieurs sollicitèrent le rétablissement de la règle primitive de Cîteaux. La mère Baudet de Beauregard, supérieure de la maison, ne le désirait pas moins ardemment que ses filles ; mais comme toute la communauté ne demandait pas la réforme, elle prit du temps pour ne rien entreprendre témérairement. Tel était l'état des choses en 1652, et M. Olier y fait allusion quand il parle des adhérentes de la supérieure. On se tromperait si l'on voyait dans cette expression l'indice d'une division malheureuse. Tout se passa très paisiblement et le changement tant désiré se fit peu à peu et sans aucune secousse. Dès 1653 on prit le costume primitif de Cîteaux ; mais ce ne fut que le 27 août 1661 que les religieuses firent les vœux de la nouvelle réforme. Alors le monastère de Paris eut le bonheur de porter à sa dernière perfection ce qui n'avait été qu'ébauché par les premières réformatrices. En ce moment, la ^communauté habitait dans la rue de Vaugirard, près du couvent des Carmes, où des personnes charitables, parmi lesquelles M. du Ferrier place en première ligne la duchesse d'Aiguillon et M. de Bretonvilliers, les avaient mises en état de bâtir une maison convenable. {Hist. des ord, relig., t. V, p. 447.)

(1) M. des Guerrois était un très digne prêtre de la communauté de la paroisse qui, en 1684, fonda un salut du Saint-Sacrement pour chaque troisième jeudi du mois.

(2) M. Dardenne travailla aussi du temps de M. Olier à la paroisse et y rendit de grands services soit pour l'instruction des artisans, soit pour la controverse. {Vie de M. Olier, t. II, p. 370.)

VOUS dois donner avis de sa valeur, qui est que je la crois une fille à acheter, pour cette pauvre maison destituée de bons et solides sujets. Il n'y est rien entré jusqu'à présent qui la vaille, et pour cela je vous prie de dire à la mère qu'elle n'omette rien pour la faire recevoir. Elle n'y manquera pas, dans l'envie qu'elle a de recevoir des sujets que je désirerais bien retrancher pour beaucoup d'autres.

J'espère, notre cher enfant, de voir bientôt leur père Y van, si je n'apprends que la guerre se passe. On m'écrit d'Avignon qu'on nous attend pour commencer un séminaire et que toutes choses sont prêtes : on m'en a mandé le détail qui parait beau en apparence. Je ne lé ferai pourtant pas que je ne me sois allé jeter aux pieds de Notre-Dame du Puy qui n'est pas loin de Bourbon, où je suis dans le 5® de mes eaux.

Pour M^' de Riez (1), on ne doit pas lui refuser la maison, pourvu qu'il veuille se mettre en état de bienséance conforme à sa condition et à notre devoir. Il faut lui faire proposer auparavant et lui témoigner qu'on ne peut absolument le recevoir à moins de cela. S'il venait en Provence dans peu avec M. Philippe (2), peut-être qu'on pourrait lui servir en quelque chose en ces commencements. U y a beaucoup d'ouvertures pour l'œuvre de Dieu en ces quartiers; j'ai même découvert quelque jour pour les Ce venues ; dont je m'é-

(1) Nicolas de Vallavoire fut nommé àl'évêché deRiez le 10 mars 1652, et sacré dans l'église des Feuillants le 8 décembre de la même année. Déjà, en 1651, il avait passé quelque temps au séminaire de Saint-Sulpice. {Vie de M. Olier, t. II, p. 1 16.)

(2) Louis Philippe, du diocèse d'Aix, avait fait son séminaire à Salnt- Sulpice où il était entré en 1644. Plus tard il fonda un séminaire dans la ville d'Aix. C'était un ecclésiastique plein de mérite que M. Olier estimait beaucoup. {Vie de M. Olier, 1. 1, p. 133.)

claircirai davantage dans le progrès de mon voyage.

Je vous prie m'excuser si je romps sitôt : c'est contre

mon gré, mais il faut déférer aux médecins qui me

défendent d'écrire , à présent surtout que je suis dans

les remèdes. Je n'oublierai pas, toute cette octave de

saint François , monsieur votre frère (1) ni vous, qui

me sera bien chère dedans cette retraite, auprès des

Capucins de ce lieu. Je suis en Notre-Seigneur tout

vôtre.

Olier.

Dieu vous remplisse de ses plus chères grâces et de ses plus solides vertus. Amen.

LETTRE CCXXIX (2).

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