LETTRE CCXXXIV
A M. DE BBETONVILLIERS; CURÉ DE SAINT-SULPICE, A PARIS
Heareases dispositions qa^n a troavées dans le clergé da Pay ponr la mission et ponr le séminaire ; rien ne doit coûter ponr sauver des âmes.
[Le Puy, premiers jours de novembre 1632 (2).] Qui a Jésus a tout.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
Je vous envoie une lettre ouverte, que 3'adresse à M. du Plessis, pour épargner mes yeux que je voudrais me pouvoir bien servir à vous écrire et vous mander toutes choses en votre particulier, afin que vous voyiez au long la conduite de Dieu dessus son œuvre. Vous n'avez pas oublié ce que je vous ai dit, comme Notre- Seigneur autrefois, en quittant ces quartiers, m'avait fait l'honneur de me commander d'avoir soin de trois provinces, dont j'ai vu les évêques tout pleins de feu pour le service de Dieu et le salut des âmes (3).
(1) Sur l'autographe.
(2) M. Olier alla de Viviers au Puy, en passant par Privas. M. de Queylus l'accompagna en ce voyage.
(3) M. Olier dit aussi à M. de Maupas qu'étant à Glermont la sainte Vierge lui avait recommandé les diocèses de Glermont, de Viviers et du Puy. {Attest. autfi., p. 176. Vie deM. Olier, 1. 1, p. 181.)
Et comme 3 'étais en peine de visiter un de Messeigneurs les évêques de ces provinces, qui est assez écarté et de difficile accès à un infirme, Dieu, par sa providence, a permis qu'il est venu voir M^' du Puy pendant que j'étais avec lui, où j'ai reçu toute la satisfaction que je pouvais espérer dans ma visite particulière.
J'ai trouvé une ferveur merveilleuse dans MM. les chanoines du Puy, soit pour le séminaire ou pour les missions, à quoi je me suis engagé avec eux pour les remettre en train et recommencer les premiers services qu'ils ont voués à Dieu. Demain nous renouvellerons leurs conférences des mardis et nous verrons ce qu'un chacun voudra contribuer pour le commencement du séminaire. Je leur offrirai, de mon côté, une somme pour les encourager et M. de Queylus en fera de même du sien, et se prépare à faire beaucoup de dépenses en ces quartiers, où il se voit visiblement appelé par les sensibles succès que Dieu lui donne , se voyant en état de profiter pour son service plus que s'il avait le plus grand et plus riche diocèse de l'Église, ayant vu de ses yeux en la personne des prélats les grands obstacles et les empêchements qui leur sont suscités à toute heure, par la malignité du diable et (la) fourbe du siècle.
Mon cher enfant, nous sommes dans le déclin des temps et la langueur de la charité de l'Église; les trésors du Saint-Esprit et l'efficace de ses opérations divines ne paraissent plus à présent pour faire l'œuvre de Dieu indépendamment de la terre. Notre-Seigneur nous laisse maintenant dans l'usage des secours temporels pour aider à son œuvre et au salut des âmes. Il nous faut par conséquent employer avec amour ce moyen qui nous reste et que Dieu nous a mis dans les.
mains, le défaut duquel empêche nos prélats et les autres ministres de Jésus-Christ de secourir les âmes. Hélas ! mon. fils, si le sang n'a rien coûté à Jésus^Christ pour nous, le bien, la cendre et la poudre de la terre nous sera-t-elle quelque chose pour la mêler avec ses trésors divins, pour coopérer avec lui au salut de tant d'âmes? Je vous remercie par avance pour elles, pour Jésus-Christ et pour vous-même , des offres que vous me faites par votre lettre, de faire toutes les choses qui se pourront ménager pour notre Maître.
J'ai reçu en cette ville cent trente livres pour la pension d'un chanoine du Puy qui est au séminaire, que j'ai employées pour m'habiller. Je vous prierai de faire rendre à M. Bandeau 100 et au chanoine 30 livres pour se vêtir. Je vous recommandé ce jeune homme dont tout le monde attend la conversion eh cette ville avec passion, ayant été fort dyscole, comme lui-même le confesse. Monsieur son père qui, par ressentiment des services que nous avons rendus à son fils, m'est venu offrir tout son bien , étant homme de condition et qui mérite beaucoup, m'a fort prié de le faire veiller de près et lui aider (1). Je ne vous mande pas le reste à cause du courrier qui part.
(1) Il s'agit Traisemblablemeal de M. François Obrier, chanoine de l'église cathédrale du Puy, entré au séniinaire de Sîâat-Sulpice le 4 juin 1652, et sorti le 3 décembre de la même année.
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