A M. PIERRE COUDERC, DIRECTEUR AU SÉMINAIRE DE SAINT-SULPICE
n l'enconrage à bien porter les croix que la Providence loi envoie ; I le charge de quelques commissions pour des personnes attacbées aà Luxembourg.
[Du Puy, premiers jours de novembre 1652.1
Qui a Jésus a tout.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
Ce n'était pas assez d'avoir porté la croix en la manière que vous l'avez portée en votre intérieur jusqu'à présent, il fallait qu'elle passât jusqu'au dehors et que vous fussiez crucifié en tout vous-même. Que Dieu en soit béni pour tout jamais , qui veut ses enfants sanctifiés universellement par la croix, aussi bien que son Fils aîné, qui n'avait pas une partie entière sur son corps qui ne fût mortifiée pour nous, et afin de nous apprendre, par son silence et par sa patience, que si le juste a été traité de la sorte, que ne doit porter le criminel? et si cela s'est fait sur le bois vert, qu'est-ce que doit attendre le bois mort?
Mon cher frère, je me donne à vous pour porter avec vous une partie de vos peines; je serai auprès, dedans la moitié de novembre tout au plus tôt, pour votre soulagement que je vous prie d'attendre en Jésus-Christ, le meilleur et le plus intime de vos amis. Je vous prie de dire à M. de Fénelon, s'il est possible, qu'il m'attende, car il y a longtemps que je ne l'ai embrassé en notre divin Maître extérieurement, quoique je le fasse très souvent en mon intérieur; mes baise-mains à
(1) Sur l'autographe.
notre cher M. Dufour et Souart (1). Vous direz à ce bon père, s'il vous plaît, que je me hâte de partir pour le voir en son infirmité^ étant bien marri de n'être point auprès de lui pour lui rendre mes assistances, comme je les ai reçues de lui. Je ne vous dis rien pour dame Claude (â); je ne sais si elle est à Blois ou à Pâris^ non plus que tout le reste du Luxembourg; si elle est à Paris, nous la verrons à notre retour et lui parlerons pour examiner à fond sa vocation.
Gomme l'on a adressé toutes nos lettres à Viviers, je suis privé de toutes les nouvelles. Ce m'a été grande consolation d'apprendre des vôtres, quoiqu'elles m'aient affligé et qu'elles continuent à le faire jusqu'à ce que je sois auprès de vous pour vous témoigner combien je suis, dans les entrailles de Notre-Seigneur, Monsieur et très cher frère, votre très humble et très
obligé serviteur.
LETTRE CCXXXVI (3).
A M. DE BRETONVILLIERS, CURÉ DE SÂINT-SULPICE
Il lai parle encore de la mission des CévenneSj ponr laquelle il a reçu de. grandes lomières, et loi propose de faire de gën£renx sacriflces pour une œuvre si sainte et d'engager son frère a y contribuer aussi, afln d'attirer par la sur lui les bénédictions du ciel.
Du Puy, le jour de Saint-Martin,^ [11 novembre 1652.]
Qui a Jésus a tout.
Monsieur et très cher en Notre-Seigneur,
Je souffre toujours avec vous sachant votre incom-
(1) M. Souart, premier apothicaire du duc d'Orléans, avait donné des soins à M. Olièr pendant sa maladie. Ses deux fils, Gabriel et Louis, faisaient partie de la compagnie de Saint-Sulpice.
(2) M°»« Claude était première femme de chambre de la duchesse d'Orléans.
(3) Sur l'autographe.
modité de lête, qui continue avec le reste de vos croix. J'ai une ouverture de m'en aller auprès de vous, pour vous consoler, qui est bien avantageuse. C'est que M^' du Puy s'en va en carrosse passer l'hiver à Paris, et s'en doit revenir au printemps (1). Ce temps me serait commode pour jeter les desseins de l'œuvre de Dieu et préparer lés choses pour entreprendre, en Notre-Seigneur, le service qu'il nous présente en ces quartiers.
Nous avons les ouvertures pour les Cévennes et pour tous ces pays de deçà infectés de l'hérésie. C'est une grâce non pareille que celle delà lumière sans laquelle on ne sait comment se prendre aux choses même de Dieu, quelque affection qu'on puisse avoir, pour les entreprendre. Vous ne sauriez croire combien ce petit voyage m'a obtenu de jour et de lumière pour entreprendre ce grand ouvrage des Cévennes, pour lequel il nous a laissé si longtemps gémir et soupirer. Nous ferons cela ensemble. Dieu aidant, aussi bien que le reste des choses que Notre-Seigneur nous a commises et nous commettra jamais, s'il plaît ainsi à sa bonté et à sa divine charité. Je me réserve à vous dire en détail les choses quand je serai auprès de vous et que nous nous délasserons en parlant de l'œuvre du divin Maître.
Mon cher enfant, il y a bien longtemps que je ne vous ai vu et que je ne vous ai embrassé dans la charité de Notre-Seigneur, dans les entrailles duquel je
(1) Henri de Maupas du Tour, érêque du Puy de 1643 à 1661, qui fut transféré à Évreux, était premier aumônier de la reine Anne d'Autriche, ce qui l'obligeait à faire de fréquents voyages à Paris. Ce prélat avait uiie grande estime pour: M. Olier, auquel, dans ce voyage de 1652, il fit les plus grandes instances aûn qu'il acceptât son siège.. (Vie de M. Olier, t. III, p. 386, 387.)
VOUS désire de plus en plus. J'ai bieiï envie de vous aller aider à vous soulager de certaines croix dont vous me parlez dans votre dernière, pour éviter les suites fâcheuses que vous savez.
Mon enfant^ je suis ici dans un lieu où je finirais ma vie avec joie aux pieds de Notre-Dame du Puy, à laquelle je suis redevable par sœur Agnès de toutes ses bontés. Je vais démain à son tombeau qui s'ouvrira pour moi par grâce, et je ne vous y oublierai pas ni Monsieur votre frère (1), non plus qu'ici, l'offrant de tout mon cœur à cette divine Mère pour le rendre participant de tous les biens qui se préparent â faire. Je le souhaite dans les entrailles de Jésus-Christ tout plein de zèle et de ferveur pour le service de Dieu et de sa sainte Église.
mon très cher frère et enfant, quelle importance croyez-vous qu'il soit de donner le moyen de former des sujets pour le service de Jésus^ et qu'il est nécessaire de fonder des places pour recevoir des pauvres et des personnes qui dépendent de nous , pour les envoyer dans les lieux nécessaires pour y servir ! Mon enfant, je vous conjure, en attendant que Dieu donne l'ouverture de fonder, de mettre et d'employer la rente et le revenu de ces fonds dans la pension des sujets qui nous manquent pour entreprendre ce qui se présente de plus pressé. Je n'ai pas voulu voir des prélats de peur d'être obhgé de leur refuser du monde.
Mon cher enfant, quUl ne nous soit pas reproché
(1) Jean Le Ragois de Bretonvilliers dont on a parlé plus haut. II entra généreusement dans les vues de M. Oliér, et contribuia d'autant pins volontiers aux dépenses qui se firent dans ces missions, qu'il n'avait pas contracté alliance et qu'étant l'aîné de la famille il disposait d'une très grande fortune.
que, pour n'avoir voulu recevoir quelques sujets pour l'Église, nous ayons laissé périr des contrées et des provinces entières. Notre-Seigneur nous demandera compte des moyens temporels et des ouvertures spirituelles (qui est le principal) qu'il nous aura libéralement départies pour le servir. mon fils , travaillez pour cela auprès Monsieur votre frère. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous en donne l'ouverture et le courage, et à lui la disposition de recevoir ces divines ouvertures pour son salut et pour le salut de ses frères. Si je vais à Paris, je lui en parlerai, car il le faut sauver et sauver magnifiquement dans la contribution au salut d'un million d'âmes. Il semble que Notre- Seigneur m'ait délivré de mon fardeau pour être plus libre et dégagé à entrer dans l'étendue de son œuvre.