‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 236 sur 326 · LETTRE CCXL · texte numérisé non relu

LETTRE CCXL

 MADAME TRONSON

n loi parle de son flis l'abbé de Saint-Antoine qull a appelé an Poy, des consolations que l'on goûte dans l'église cathédrale de cette Tille ; Il la reprend de sa trop grande retenue à décoavrir ses peines, et lui fait espérer son prochain retonr à Paris.

[Écrite en chemin, vers la fin de novembre 1652.]

Qui a Jésus a tout.

Ma très honorée mère et très chère fille.

J'ai été bien longtemps privé de vos nouvelles, quoique je les eusse fort souhaitées, et que je l'avais témoigné à monsieur votre fils (2), par lequel j'en apprenais parfois ; et me voyant éloigné de la consolation que votre âme me donnait à Paris, j'ai été bien aise d'appeler auprès moi monsieur votre fils, qui porte avec soi une partie de vous-même et me donne] des consolations et des joies en Notre-Seigneur telles que je ne puis vous dire, mais toutefois que j'avais espérées, il y a bien longtemps. Si je le quitte pour un temps, je le

(1) Sur l'autographe. La lettre XCV^ des imprimées, eu .contient une partie.

(2) L'abbé de Saint-Antoine, envoyé d'abord à Viviers et ensuite appelé au Puy pour aider M. de Lantages dans la fondation du séminaire, où il travailla très utilement jusqu'en 1676 qu'il fut appelé à Paris,

laisse aux pieds de la très sainte Vierge da Puy, pour m'y en retourner bientôt, reconnaissant la visible volonté de Dieu pour y être servi en la grâce de sa divine mère. C'est de là que je vous ai souvent désirée, consolée, et faisais mètne une certaine préparation à cela dans mon esprit, pour vous procurer quelque onction de la grâce qui s'écoule en abondance en cette sainte église; c'est que monsieur votre fils de Saint- Antoine, me disant que M. l'abbé, son frère, devait venir au printemps à son prieuré de Cbandieu, qui n'est qu'à douze lieues du Puy, vous pourriez faire ce pèlerinage avec lui (1). Voilà un des effets de mes rêveries sur les remèdes que je désire pour radoucissement et le soulagement de vos peines. Mais j'en laisse à Dieu le remède efficace, qui sera dans le temps qu'il l'a prémédité de toute éternité.

Vous me pardonnerez, ma fille, si je vous tance un peu et si je vous dis qu'il y a eu un peu de la prudence (humaine) en votre conduite, pour vous tenir privée de nous écrire. Je vous ai dit souvent que votre sagesse humaine vous ferait tort et que vous auriez besoin d'enfance en toutes vos actions, pour vivre dans la simplicité avec Dieuetleshomnies, et surtout avec ceux qui vous sont donnés de sa part.

Je prends congé de vous pour vous dire que dans peu je serai près de vous, pour vous expliquer plus au long mes pensées et les désirs de votre avancement dans les voies de Jésus-Christ. C'est en chemin que je vous écris et qui fait que je suis pressé par la rencon-

(1) Louis Tronson était prieur de Chandieu-en-Forez depuis 1638. Ce bénéfice fut uni, en 1694, au séminaire de Saint-Irénée de Lyon, par suite de la démission qu'en fit M. Guillaume Bourbon, prêtre de Saint-Sulpice, en faveur duquel il avait été résigné par M. Tronson.

tre de la poste. Votre fils a eu ordre de vous écrire moD départ et vous assurer que je suis et serai pour jamais, ma très chère fille, votre très humble et très obéissant serviteur en Notre-Seigneur.

Olier.

LETTRE CGXLI (1).

A M. DE BRETONVILLIERS, CURÉ DE SAINT-SULPICE

n lui annonce qu'il est en route pour Paris.

[Écrite en chemin, vers la lin de novembre 1652.] Qui a Jésus a tout.l Mon cher enfant,

Je vous écris ce mot pour vous dire que je suis en chemin pour Paris, afin qu'après l'hiver je puisse m'en revenir à l'œuvre de Notre-Seigneur, en ces quartiers où il y parait beaucoup à espérer. Je vous dirai le détail en vous embrassant à loisir en Notre-Seigneur Jésus, qui me fait être tout vôtre plus que jamais et qui me permet bien la liberté que je finisse ce mot en le commençant, à cause du courrier qui s'en va et du chemin qu'il me faut faire aujourd'hui.

Adieu, mon cher enfant, je suis en Notre-Seigneur votre très humble et très obligé serviteur.

Olier.

(1) Sur l'autograplie.

LETTRE CCXLIl (1).

Il lai fait une première commaaication sarl'œavre des Filles de l'in* térienr de la sainte Tierge, et sar les mystères qu'elles seront oc> cnpées & bonorer en nnion avec Alarie.

[Décembre 1652 (2).] ,-

Vive Jésus en Marie.

Ma très chère et très honorée fille en Jésus et Marie,

Je vais vous chercher à Blois en esprit, et le ferais de même si vous étiez au bout du monde, pour vous prier de me vouloir aider dans une obligation qui m'est imposée intérieurement, et où j'ai permission et ordre de vous associer dans une chose si importante , comme vous Tallez voir.

Ma fille, je commençai l'hiver passé d'avoir les yeux ouverts à la beauté de notre rehgion sur ce fait, dont je vous en parlai chez M. de Fénelon, qui est qu'en qualité de chrétiens notre obligation première et capitale, selon la prédiction de Notre-Seigneur en saint Jean, parlant à la Samaritaine, serait d'adorer le Père Éternel en esprit et vérité; qui aurait l'auguste mys-

(1) Sur l'autographe.

(2) Cette date est donnée par M. Olier lui-même quand il suppose, au commencement de sa lettre, que M^^ .de Saujon était à Paris l'hiver précédent; et à la fin, qu'il écrivait durant l'avent. Cette dame quitta Paris durant l'été de 1652. Elle y revint, il est vrai, en janvier 1654, mais alors M. Olier, par suite de sa paralysie, était hors d'état de faire des visites et même de quitter le Ut/ D'ailleurs, en janvier 1654, l'œuvre des Filles de l'intérieur était déjà plus qu'un simple projet; M™^ Tronson et Mp^b de Saujon étant allées à Notre-Dame, le 18 de ce mois, pour s'y offrir à la très sainte Vierge et y promettre de réaliser le projet de M. Olier, dès qu'elles le pourraient. {Vie de Mi Olier, t. II, p. 567.)

tère de la très sainte Trinité pour sujet principal de son amour, son respect et ses louanges.

Or, ma fille, ce grand mystère du Père engendrant son Fils en béatitude se dilate et se manifeste en l'Église par la génération adorable de ce Verbe fait chair en Notre-Dame; or le Père verse en l'humanité de son Fils la plénitude de sa vie, de sa substance, et ses vertus; qui est comme le miroir sans tache où Dieu se mire et se contemple hors de lui-même avec une complaisance inéjiarrable, comme il le déclare deux fois en l'Évangile, au Jourdain et au Thabor.

Ma fille, c'est en ce temps qu'il nous faut, en Jésus et avec Jésus, être en adoration du Père Éternel se " donnant à son Verbe dedans l'éternité, où il trouve sa béatitude adorable. Nous devons mille fois , par un amour de complaisance, lui témoigner la joie que nous prenons de le voir bienheureux en son Fils, et là, lui rendre, avec tous les Saints et les Anges, tous les devoirs de notre religion, qui le font en Jésus-Christ, tout seul capable de glorifier ce haut mystère, la source, le modèle et le principe de tout notre bonheur et notre perfection .

Il faut outre cela, ma fille, voyant la dilatation de ce premier mystère en l'adorable mystère de l'Incarnation, où le Verbe divin vient habiter en la nature humaine pour nous faire enfants de Dieu , participant à sa nature divine, nous devons louer et remercier Dieu, au nom de Jésus, notre maître et notre unique bien, d'avoir choisi l'humanité sainte et ado- . rable de Jésus-Christ pour le faire son propre Fils.

Et, ma fille , il me semble que la sainte Vierge est toujours auprès de son Jésus, pour recevoir ses propres sentiments d'amour et de reconnaissance vers

Dieu son Père, et lui sert de plénitude pour dilater son cœur par cette sainte créature qui lui sert autant que toute l'Église ensemble que Jésus vient former, pour dilater plus pleinement et étendre magnifiquement au milieu d'elle les louanges, l'amour et les adorations qu'il veut rendre à son Père. Jésus-Christ vit aussi, en ce temps, dans sa sainte mère pour être supplément de sa reconnaissance vers Dieu le Père, qui l'avait choisie pour mère de son Fils et la dépositaire de ce mystère auguste et des magnificences de son amour et ses miséricordes infinies et incompréhensibles.

Ma fille, associez vos filles (1) à cette dévotion essentielle, mais beaucoup refroidie et oubliée par la plupart des chrétiens. Abimez-vous et vous perdez en cet océan de la béatitude de Dieu le Père dans son Fils. Suppléez autant qu'il est en vous aux devoirs de joie et de conjouissance à notre Père et autres semblables sentiments, dontDieu a été privé quatre mille ans entiers depuis la création, [le monde] ayant été aveugle et indigne à cet adorable mystère, la source de toute paternité au Ciel comme en la terre. Ma fille, vous trouverez la grâce de ces occupations religieuses pendant ce temps d'Aven t destin4par l'Église à cela, laquelle donne huit jours pour adorer Dieu, principe de l'opération du monde, mais donne trois semaines pour adorer Dieu le Père, principe de son Verbe éternel et puis incarné dans Marie et donné à l'Église.

(1) M. Olier parle sans doale des vertueuses filles qui, comme M""= de Saujon, étaient attachées par leurs emplois à la duchesse d'Orléans, et parmi lesquelles il y en avait de fort pieuses. Quelques-unes même, à l'exemple de M^^® de Reménecourt, entrée depuis peu aux Carmélites, aspiraient à la vie religieuse.

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