LETTRE CCXLIII
 LA MÊME,  BLOIS
n l'exborte à faire faire quelques aumônes an duc d'Orléans et à les lui faire régler.
[Vers la fin de 1632 (2).]
Ma très chère et très honorée fille,
Je me joins à la prière que vous doit faire M. N. (3), afin que vous obteniez la grâce qu'il demandera à Son Altesse pour le soulagement des pauvres, selon l'ouverture qu'il lui en doit faire par sa requête. Ce lui est un bonheur de trouver partout de quoi faire du bien, et de recevoir des occasions de la main de Jésus- Christ, pour le soulager et le secourir dans la langueur et la misère de ses membres,. Quelle grâce un Dieu nous fait, qu'il veuille bien recevoir du pain de notre main, pour se rassasier et se nourrir! Et si Son Altesse a aidé, quoique contre sou gré , à faire des misérables (4), la justice et la pénitence, aussi bien que la religion et l'amour de Jésus, ne le doivent-ils pas obliger à travailler désormais à faire des aumônes?
J'ai oublié deux ou trois fois â vous dire qu'il serait à souhaiter qu'il eût quelques personnes zélées et entendues, en ces commencements, qui vissent et exami-
(1) C'est la LXXXH« des imprimées.
(2) D'après la première phrase du second alinéa, cette lettre est écrite dans les commencements du séjour que le duc d'Orléans fit à Blois. Il reçut de Louis XIV l'ordre de s'y rendre le 21 octobre 1652.
(3) Probablement M. deBretonvilliers, nouveau curé de Saint-Sulpice , qui, plus que personne, avait droit aux aumônes du duc d'Orléans, pour ses paroissiens.
(4) Ce prince avait pris trop de part au soulèvement qui eut lieu en Languedoc, sous le règne de Louis XIII et surtout à la seconde guerre de la Fronde, qui fit tant de malheureux, pour ne pas reconnaître la vérité de ce que M. Olier ne disait qu'avec de très grands ménagements.
liassent la manière d'entreprendre , et de régler les œuvres importantes de piété et d'aumône qu'il voudra faire. Il n'est pas imaginable combien de biens se perdent et se dissipent, faute de les bien ordonner. Et pour cela l'Épousé, qui représente l'Église, disait : Le Seigneur a ordonné en moi la charité; et saint Paul, qui en voyait l'importance, donnait ce conseil à ses enfants : Pour le mal, soyez simples à le fuir; mais pour le hieny soyez prudents et avisés à le faire, afin qu'il ait sa subsistance et sa durée; comme aussi, afin qu'en joignant le spirituel au temporel, il soit fait dans l'assaisonnement de l'esprit et de la grâce. Et Dieu. même a fait connaître combien cette prudence était nécessaire , lorsqu'il ordonna autrefois dans la loi qu'on offrirait du sel, qui est figure de la sagesse, dans tous les sacrifices. Et même on en met encore dans la bouche des enfants qu'on baptise , pour leur apprendre qu'étant faits victimes de Dieu, ils doivent être abreuvés, et nourris de sa sainte sagesse, et de l'esprit de Dieu qui les conduise en sa prudence. C'est à quoi vous veillerez dans les occasions, pour y agir selon les ouvertures que vous aurez.
LETTRE GCXLIV (1).