‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 239 sur 326 · PROBABLEMENT A M. DE LA BAUVERSIÈRE, A LA FLÈCHE · texte numérisé non relu

PROBABLEMENT A M. DE LA BAUVERSIÈRE, A LA FLÈCHE

Il lai fait confldence da grand désir qa'il éprouve d'accompagner le père de Rbodes dans les missions orientales (3).

[Paris, février 1633 (4).]

Monsieur,

Il faut que je vous fasse part de la consolation et de la joie que je reçus, le jour de la Purification de la sainte

(1) C'était la LV* des imprimées.

(2, 3 et 4) Jérôme Le Royer de la Dauversière, fondateur des Hospitalières de Saint-Joseph, de la Flèche, se Ha d'une étroite et sainte amitié à M. 01ier,dès qu'il le vit. Ils entreprirent de concert l'établissement de Montréal, en Canada, et ne reculèrent devant aucun sacrifice pour le faire réussir. Tant qu'il vécut, M. Olier entretint un commerce de lettres avec son saint ami. (Vie de M. Olier, t. III, p. 398.) Il y a lieu de présumer que c'est à lui que cette lettre et les deux suivantes ont été adressées. Dans la seconde, en effet, il est dit que le P. de Rhodes, en allant eu Bre-' tagne, doit passer par le lieu où est celui à qui il écrit. Or, non seulement la Flèche était sur la route de Paris à Nantes, mais elle possédait un

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Vierge, entendant le récit de ce qui se passe dans la Chine, dans le Tonkin et dans la Gochinchine. Il me semblait que ce récit était l'accomplissement de la prophétie de saint Siméon et d'Anne la prophétesse, dont Dieu se servit pour relever Thumiliation de Jésus-Christ et de sa sainte Mère; et il me venait en l'esprit que ce que l'on nous disait du christianisme parmi ces royaumes gentils, qui font confusion à nos chrétiens et aux plus spirituels de ce royaume , nous donnait lieu de nous écrier : Lumen ad revelationem gentium : quod parasli ante faciem omnium populorum. Mais ce qui me faisait soupirer est la disette d'ouvriers en ces lieux où, dans un royaume entier, il n'y en a qne neuf pour trois cent mille personnes. Il y en a lin autre où quatre cent mille âmes n'ont pas un prêtre, ni un évêque. On vient chercher en France des ouvriers, et je me sentirais bien porté à secourir ces

collège dirigé par les Pères de là Compagnie de Jésus, qui devait y attirer le zélé missionnaire. Il y a, d'ailleurs, dans ces trois lettres, des communications tellement intimes que M. Olier n'a pu les faire qu'à un ami tel que M. de la Dauversière ou à M. Picoté, son directeur.

— Le P. Alexandre de Rhodes, religieux de la Compagnie de Jésus, était Tenu en Europe, après plus de trente ans passés dans les missions du Tonkin et de la Cochinchine. Il venait supplier le souverain Pontife d'envoyer des vicaires apostoliques vers ces peuples qui étaient prêts à recevoir l'Évangile. Innocent X accueillit favorablement son dessein et le chargea de travailler lui-même à sa réalisation. C'est ce qui l'amena, vers la fin de 1652, à Paris, où de nombreux ouvriers s'oflfrirent à lui. M. Olier fut de ce nombre, mais il ne put obtenir ce qu'il désirait si ardemment, quoiqu'il le sollicitât à deux genoux. {Vie de M. Olier, t. III, p. 379.) Au, reste l'affaire principale fut elle-même ajournée, et le P, de Rhodes, au lieu de retourner en Cochinchine, fut mis à la tête de la mission de Perse. Il s'embarqua à Marseille le 16 novembre 1654 pour • cette nouvelle destination. {ISouv. mission de Perse, ■ç. 13.)

— La première phrase indique bien que la lettre a été écrite en février et, très probablement, dans les premiers jours de ce mois.

pauvres, mais riches États en Jésus et Marie, selon les anciennes espérances que j'en ai toujours eues; mais je n'ai que des larmes de douleur pour cette affaire, craignant que l'indignité et l'infidélité à la grâce de Jésus et Marie ne me rendent indigne de ce bonheur; et, si l'on met obstacle à ces sentiments de miséricorde et de grâce, je ne serai pas consolable toute ma vie. Je vous dirai, quand j'aurai le bien de vous voir, depuis quel temps j'aspire à cette grâce et à l'honneur d'aller donner ma vie et mon sang pour le salut de ces pauvres gentils. Je me souviens que vous me mandiez autrefois, que vous étiez tellement disposé à tous les saints ordres de Dieu , que vous consentiriez de bon cœur de me voir aller au bout du monde, pourvu que l'Esprit-Saint de Jésus-Christ conservât l'union de nos âmes. C'est ce que tout le monde ensemble ne saurait altérer, et ce que les grands sacrifices peuvent beaucoup augmenter. Demandons-lui que sa très sainte volonté et tous ses adorables desseins sur nous s'accomplissent en toute la manière qu'il le désire.

LETTRE GCXLVI (1).

Son estime et son zèle pour les missions de la Gbine.

[Paris, février 16S3 (2).]

Monsieur,

J'aurai le bien, au premier jour, de conférer seul à seul avec ce grand apôtre, dont je vous ai écrit, afin de voir ce qui se pourra faire pour la gloire de Dieu

(1) C'est la LIVe des imprimées.

(2) Cette lettre dut suivre de près la précédente.

en ces royaumes éloignés. Dieu y verse tant de bénédictions et tant de grâces, que le commun des chrétiens y fait ordinairement des miracles. On y voit des prodiges pareils à ceux que Notre- Seigneur promet dans l'Évangile : In nomine meo démonta ejident, super segros manus imponent et bene habebunt. On y passe les années entières, sans qu'on trouve matière de les absoudre ; en un mot il me semble que c'est un paradis. Et ce qui est étrange, il ne se trouve que neuf ouvriers pour des trois cent mille âmes.

Je consulterai avec lui si quelques-uns de nos sujets lui pourraient être utiles, supposé que je sois trop indigne pour y aller moi-même. J'ai un grand respect pour la grâce apostolique qui réside en ce saint personnage. J'espère que vous le verrez bientôt, parce qu'il fait état de passer par vos quartiers, en allant en Bretagne pour s'embarquer. J'ai acquis société intérieure avec lui par cette sainte rencontre, et j'en ai déjà ressenti les effets, en l'oraison, par une expérience sensible d'un jeune martyr nommé André, qu'il avait depuis trois ans acquis à Notre-Seigneur, et qui souffrit, en la présence de son père, d'étranges tourments avec une constance merveilleuse (1). Je l'ai prié de nous donner part, et à vous , et à moi, à sa vie et à son esprit pour dilater son zèle, lui offrant même nos corps pour multiplier son martyre. Je lui ai aussi demandé qu'il nous obtint par Notre-Seigneur cette grâce que nous fussions présents en esprit à tous ces

(1) Le P. de Rhodes avait été d'abord emprisonné et puis chassé de la Cochiochine, lorsqu'il eut la consolation d'apprendre que son principal catéchiste, nommé André , avait scellé de son sang les instructions qu'il faisait à ses compatriotes et mérité le nom de protomartyr de la Cochinchine. (^Dict. de Feller.)

saints ouvriers, qui travaillent en ces royaumes avec tant de charité, et qu'il nous obtint société et part à leur grâce et à leur amour, pour servir Dieu en tout et par tout.

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