LETTRE CCXLVII
Son zèle pour aller traTailler à la conversion des Infldèles. Son bamillté'et son attrait pour la vie cacliée.
[Paris, février 1653 (2).]
Il y a huit jours que je vous fis paraître la superbe de mon cœur, vous témoignant le désir que j'avais de suivre ce grand apôtre du Tonkin et de la Cochinchîne : mais après lui avoir parlé à fond de ce dessein, ou plutôt de ce projet, ce saint homme, ou Notre-Seigneur en lui, m'a jugé indigne de cette grâce. Ainsi je me vois obligé de demeurer ici dans mon néant, attaché â l'emploi que la divine majesté m'a donné, où, rempli de la vue de ma misère et de mon indignité, je gémirai et soupirerai toute ma vie, pour m'ètre rendu par mes infidélités si indigne de cet honneur.
Si dans le néant, où la grâce me retire et me renferme, j'osais encore aspirer et regarder quelque chose de la solide gloire, qu'on peut trouver dans le service du divin Maître, en donnant sa vie et répandant son sang pour lui, je regarderais l'Angleterre comme mon espérance (3). Et comme ce grand apôtre, dont je vous
(1) C'est la LVI« des imprimées.
(2) D'après la première phrase cette lettre fut écrite bientôt après la précédente.
(3) Âu moment où il exprimait ce désir de travailler à la conversion de l'Angleterre, M. Olier y travaillait avec zèle dans les conférences
T. II. g
parle, me dit que toutes ses intentions avaient toujours été, dès sa jeunesse, d'aller ou du côté de la Chine, ou s'il ne le pouvait obtenir, d'aller au moins dans l'Angleterre; je m'offris à lui pour accomplir son zèle en ce royaume par tous les services que je pourrais lui procurer et à toute l'Église, le priant que, de son côté, il nous associât à ses travaux, et me portât en esprit en tous ces lieux éloignés, où l'Église est si magnifique en dons, en grâces et en richesses du Saint-Esprit. Mais après tout, je vois qu'il faut nous tenir dans notre néant, recevant avec amour et avec joie les croix et les souffrances qui se rencontrent dans le service du Seigneur. La charité crucifiée est la plus sûre. Toutes choses, en ces lieux de langueur, s'opposent à la charité et à la splendeur de l'Église ; mais il faut gémir en secret, et faire pénitence en notre cœur, vivant martyrs de Jésus en l'Église. Cette vie cachée a quelque chose qui me tient davantage en mon centre, qui est la petitesse d'esprit et le néant. Ces autres emplois ont quelque chose d'éclatant que j'appréhenderais. Mais celui où Notre-Seigneur a fait la grâce à ce pauvre pécheur de l'appeler, est plus caché , plus inconnu, et a plus de rapport à l'anéantissement de notre Maître. Car il n'est point sorti de la Judée pour faire tout le bien qu'il aurait pu par la prédication de l'Évangile, mais laissant à ses disciples à accomplir le zèle caché et inconnu de son âme pour la gloire et la louange de Dieu, il s'est contenté de travailler dans ce petit pays et parmi ce peuple où il avait été envoyé. Demandez à Notre-Seigneur qu'il me rende fidèle à ma vocation. Adieu.
qu'il avait avec Charles II. (Voir à ce sujet ce qui a été dit lettre CCXXXVIP, et ce qui sera dit encore lettre CCLXXVIP.)