‹ Lettres de M. Olier, fondateur du Séminaire de saint-Sulpice [microform]Chapitre 241 sur 326 · LETTRE CCXLVIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXLVIII

niai parle des peines qu'elle a à supporter & la eonr da duc d'Orléans, inl en montre l'utilité et la met en sarde contre la pensée de faire quelque avance en vue de s'en délivrer.

[Paris, février 1633 (3).]

Ma très chère et très honorée fille,

J'ai reçu une de vos lettres, qui m'apprend que votre amour-propre est crucifié par les mêmes choses qui vous consolaient autrefois. C'est justice et miséricorde tout ensemble de la part de votre Époux, qui veut que vous n'ayez plus de joie qu'en lui, et que vous ne soyez point partagée par d'autres sujets qui vous consolent. Cette voie est rigoureuse à la nature ; car elle se trouve par là crucifiée en tous ses désirs, même en ceux qui sont innocents, et qui pourraient la satisfaire : mais c'est un temps où Pamour divin s'augmente et l'intérieur se fortifie, se purifie, se sanctifie , et s'unit plus intimement à Jésus. Lui-même se présente alors avec plus, de satisfaction de sa part, et plus de consolation pour l'âme, qui se sent libre et dégagée de toutes choses, pour posséder uniquement son Tout.

C'est ici le temps de votre sacrifice et de votre der-

(1) C'est la LXV= cfes imprimées.

(2) Tout ce qui est dans celle lettre coavieat à M"* de Saujon et même ne eonvient bien qu'à elle. M^^® de Montpensier dit, en effet, dans ses Mémoires « que M™e de Saujon n'était pas aimée à la cour de Blois, que le duc d'Orléans lui-même se brouillait souvent avec elle, que la duchesse lui était peu sympathique, » etc. C'est dans^un de ces moments de défaveur que M. Olier fait envisager à sa fille spirituelle les avantages de sa disgrâce, qui met son âme en sûreté et pourra faciliter sa sortie de la cour.

(3) Cette date approximative pariât donnée par les lettres suivantes qu'elle semble avoir précédées.

nier abandon à Jésus, qui est jaloux que cela soit ainsi, afin que rien ne prétende à vous, et que vous ne prétendiez à rien qu'à lui tout seul. C'est aussi le temps de votre sûreté , et c'est même le temps de la préparation pour accomplir les desseins de Jésus- Christ sur vous, lorsque les moments de la divine providence seront venus. Dieu vous en ouvrira la porte quand il voudra. Elle vous est encore fermée : il faut attendre ses ordres en patience, et avec grande joie.

Cependant soyez toujours égale, comme je vous l'ai mandé, et ne témoignez rien de votre peine qu'à Jésus- Christ votre Époux, et votre médecin, qui guérira fort doucement vos plaies. Ce ne sont que des plaies de douleur et d'amertume, qui ne sont nullement périlleuses, et qui seront même utiles à la vie de votre âme. Mais il faut que vous empêchiez l'adresse imperceptible de l'amour-propre, qui, sous quelque prétexte de charité ou de dévotion, vous ferait faire quelque avance, et rechercher quelque propre satisfaction. Vivez en paix en ce martyre, et demeurez intérieurement occupée de l'Époux votre tout, pour porter avec amour cette privation.

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